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Janvier 2015
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Ouverture de la séance.

Débat/ Conseil municipal/ Janvier 2015


 

Mme LA MAIRE de PARIS. - Monsieur le Maire honoraire de Paris, Mesdames et Messieurs les Présidents de groupe, Monsieur le Préfet de police, Monsieur le Préfet de Région, Mesdames et Messieurs les membres des familles, les amis et collègues des victimes, Mesdames et Messieurs les journalistes, Mesdames et Messieurs les représentants de l'État, dans des circonstances d'une extrême gravité, nous sommes réunis ce matin pour témoigner, témoigner de l'union sacrée des Parisiens, union sacrée pour honorer nos morts, union sacrée pour défendre notre liberté, union sacrée pour assurer notre sécurité.

Je veux remercier mes collègues, maires de France et du monde entier, qui nous ont manifesté leur affection et leur solidarité. Mes premiers mots vont aux 12 femmes et hommes qui ont payé de leur vie le prix de notre liberté : Frédéric Boisseau, Franck Brinsolaro, Jean Cabut, Elsa Cayat, Stéphane Charbonnier, alias Charb, Philippe Honoré, Bernard Maris, alias Oncle Bernard, Ahmed Merabet, Mustapha Ourrad, Michel Renaud, Bernard Verlhac, alias Tignous, Georges Wolinski. Ces noms font dorénavant partie de la mémoire vivante de Paris. Chacun d'entre eux est celui d'un homme et d'une femme de paix en même temps qu'un partisan de la liberté. Chacun d'entre eux est celui d'un héros tombé en défendant les valeurs les plus profondes, les plus essentielles de notre humanité. Chacun d'entre eux enfin est celui d'un fils, d'un père, d'un frère, d'un ou d'une amie, d'un ou d'une collègue. C'est avec une émotion profonde que j'adresse à leur famille et à leur proche les condoléances de notre Assemblée et des Parisiens. En pensant à leur dignité face à la mort, la mort qui n'éblouit pas les yeux des partisans, je vous propose que nous observions une minute de silence.

(L'Assemblée, debout, observe une minute de silence).

Je pense également ce matin à toutes les personnes blessées lors de cette attaque. Elles peuvent, avec leur famille, compter sur le soutien indéfectible de notre ville.

Paris est et restera la ville de la liberté. Renier la liberté, c'est pour le peuple de Paris se renier lui-même, et la liberté de la presse est consubstantielle à la liberté tout court. Voilà pourquoi Paris, en deuil, dit aujourd'hui à la face du monde que la liberté de la presse et la liberté d'expression sont pour elle sacrées.

Sacrées comme les vies, les vies de celles et ceux qui se sont battus pour elle depuis des siècles, et sacrées en particulier comme les vies des journalistes tombés pour l'avoir incarnée avec intransigeance et talent.

C'est pour rappeler cet attachement absolu, imprescriptible, inconditionnel à la liberté de la presse que nous ferons de Charlie Hebdo un citoyen d'honneur de notre ville ce matin.

Cette distinction, extrêmement élevée, très peu attribuée, est réservée aux défenseurs les plus emblématiques des Droits de l'Homme à travers le monde. Elle a récompensé d'immenses résistants à la dictature et à la barbarie.

En choisissant de la remettre à Charlie Hebdo, Paris, notre ville, accorde à un journal courageux et héroïque le respect dû aux héros.

Dans le même esprit, l'hôtel de ville accueillera chaque année un grand festival international ouvert aux dessinateurs de presse du monde entier.

Nous organiserons aussi, en prenant le temps et avec dignité, et avec l'ensemble de ceux qui contribuent et ont contribué à Charlie Hebdo, nous organiserons une exposition sur les dessins des artistes assassinés.

Nous éditerons enfin les belles contributions de Cabu qui avaient un lien intime avec Paris ; les contributions de Cabu à notre journal municipal feront aussi l'objet d'une édition particulière.

Nous serons ainsi fidèles à la cause qui tenait tant à c?ur à Charlie Hebdo et pour laquelle Charlie Hebdo a été frappé en plein c?ur : la liberté de créer, de s'exprimer, de controverser comme ferment principal de la paix ; la laïcité, aussi, comme fondement de cette liberté.

Il s'agit là aussi d'un message pour les équipes de Charlie Hebdo. Votre journal doit vivre et vivra parce que la liberté et la laïcité ont besoin de lui et ont besoin de vous. Nous serons à vos côtés, nous respecterons le temps, le temps qu'il faudra pour retrouver les mots, l'énergie, le courage. Paris vous y aidera en abonnant les 163 conseillers qui siègent dans cette Assemblée à votre journal.

Je veux également, en présence de M. le Préfet de police, saluer les policiers, qui paient un lourd tribut dans cette agression. A toutes les femmes, à tous les hommes qui assurent notre sécurité et qui protègent notre liberté, je souhaite dire solennellement la reconnaissance et la confiance de Paris.

Personne n'ignore que les représentants de l'Etat et, en particulier ceux qui portent l'uniforme, sont ciblés par les fanatiques. J'ai aussi une pensée pour la policière municipale assassinée hier matin à Montrouge parce qu'elle avait le malheur de représenter l'autorité publique.

Si "Je suis Charlie", je suis cette femme en tenue qui s'expose pour protéger ses concitoyens.

Vous risquez vos vies pour que les nôtres méritent d'être vécues. Les Parisiens le savent : ils vous respectent, ils vous soutiennent pour cela. J?ai mesuré leur solidarité et leur affection, notamment auprès des policiers du 11e arrondissement de Paris.

Je pense également aux équipes de secours qui sont à l'?uvre et qui sont toujours prêtes pour le pire, les médecins, les pompiers, les équipes de l'A.P.-H.P., dont je salue le directeur et l'ensemble des équipes, le Samu, la Croix-Rouge, la protection civile, l'Ordre de Malte, vous êtes aussi des acteurs clés de notre liberté.

Nous avons plus que jamais besoin de vous, au même titre que nous avons plus que jamais besoin de journalistes indépendants.

C'est autour de cette idée que le Conseil de Paris est réuni aujourd'hui. Je veux ici remercier les présidents de groupes, de l'ensemble des formations politiques qui composent notre Conseil, d'avoir accepté d'exprimer si fortement cette union et celle des Parisiens. Cette union a vocation à durer. Aucune menace, aucun crime ne parviendra à nous faire renier ou encore oublier ce qui nous rassemble. C'est en étant fidèles à ce que nous sommes, que nous résisterons à ceux qui espèrent nos divisions et nos reniements pour nous vaincre. Au-delà du Conseil de Paris, ce sont tous les agents de la Ville qui sont réunis pour garantir aux Parisiens la sécurité et la sérénité dont personne n'a le droit de les priver. Nous avons pris des mesures pour nous adapter aux circonstances. Nous avons en particulier porté une très grande attention à la sécurité de celles et ceux qui travaillent sur l'espace public et dans les équipements ouverts aux publics mais, même en étant vigilants, nous devons continuer à vivre ensemble, et c'est ce qu'expriment nos services publics ouverts dans cette crise. En votre nom, je tiens à les remercier. Mes chers collègues, en ces circonstances dramatiques, je souhaite rappeler que notre liberté et notre sécurité sont à la fois indissociables et inaliénables. Nous devons être intransigeants dans la défense solidaire de notre liberté, mais également dans l'organisation solidaire de notre sécurité. Cette solidarité, cette union, sont les plus belles réponses que nous pouvons adresser à ceux qui haïssent notre liberté et qui espèrent la détruire. Nous n'accepterons aucun amalgame. Nous nous battrons pour que nos différences soient une force. Nous nous battrons pour la laïcité. Nous ne céderons pas, nous ne céderons jamais. Vive la liberté, vive Paris, vive la République et vive la France. Je vous remercie. Mes chers collègues, je vous propose à présent, dans l'ordre des prises de parole, de donner la parole à M. le Préfet de police de Paris, puis nous aurons une intervention du Maire du 11e arrondissement et ensuite les interventions des groupes politiques du Conseil de Paris. Monsieur le Préfet de police, vous avez la parole.

M. LE PRÉFET DE POLICE. - Madame la Maire, Mesdames et Messieurs les Conseillers, Monsieur le Maire honoraire, Monsieur le Préfet de Région, Monsieur le Directeur général de l'Assistance publique, Mesdames et Messieurs, c'est avec émotion, reconnaissance et gravité que je prends la parole devant le Conseil de Paris à la suite des événements tragiques qui viennent de se dérouler ces derniers jours dans notre Capitale.

Emotion pour les personnes décédées et devant la souffrance des familles. Reconnaissance pour la mobilisation exceptionnelle de tous les services et notamment des policiers et des sapeurs-pompiers. Gravité face aux enjeux qui restent devant nous et aux mesures prises pour y faire face.

Madame la Maire, vous avez souhaité organiser cette séance exceptionnelle du Conseil de Paris afin de montrer l'unité des Parisiens face à ce drame et dans leur refus de la violence terroriste. Je voulais vous en remercier.

Cette préoccupation rejoint celle du Président de la République qui nous appelle au rassemblement. Permettez-moi tout d'abord, à mon tour, de rendre hommage aux 12 victimes de l'attentat au siège de Charlie Hebdo, lâchement assassinés dans des conditions particulièrement ignobles par des individus lourdement armés. En frappant notamment les célèbres signatures de Charlie Hebdo, c'est la liberté d'expression, valeur fondamentale de notre République, qui a été attaquée.

Dans cette tragédie, deux fonctionnaires de police, les gardiens de la paix, Franck Brinsolaro, qui assurait la protection de Charb, et Ahmed Merabet, ont fait le sacrifice suprême dans l'accomplissement de leur devoir.

Ahmed Merabet était un policier de la Préfecture de police, âgé de 40 ans, natif de Livry-Gargan, agglomération où il résidait. Il servait au sein du commissariat du 11e arrondissement. Mercredi, alors qu?avec deux de ses collègues il intervenait en réaction à l'appel lancé par les personnels de Charlie Hebdo, ils sont tombés sur les criminels, boulevard Richard-Lenoir. Ils ont fait face. Blessé à une jambe, tombé au sol et dans l'impossibilité de se relever, Ahmed Merabet a été froidement abattu par ses assassins.

Je voudrais ici saluer son courage, sa maîtrise du métier et son engagement au service des citoyens et témoigner ma très profonde sympathie à sa famille et à l'ensemble de ses collègues. Notre institution, dans les services de police et dans toutes les directions de la Préfecture de police, notre institution est bouleversée par ce drame.

L'agglomération parisienne a été frappée une seconde fois. Nous avons vécu hier, à Montrouge, une nouvelle et terrible agression. Un homme, lourdement armé lui aussi, a tiré sur une policière municipale, la blessant mortellement. Un de ses collègues venu en aide, a été blessé. Le criminel en fuite est activement recherché.

Face à ces terribles événements, la priorité des pouvoirs publics est d'identifier, interpeller, remettre à la justice ces criminels afin qu?ils soient punis. Les deux enquêtes, vous le savez, se déroulent sous l'autorité unique de la section antiterroriste du Parquet de Paris, ce qui garantit une efficacité maximale.

Soyez convaincus de la totale mobilisation de tous les services de police, au premier rang desquels la Direction de la Police judiciaire de la Préfecture de police, qui fait un travail tout à fait remarquable depuis deux jours et deux nuits, aux côtés de la Direction centrale de la Police judiciaire et de la Direction générale de la Sécurité intérieure qui ont été co-saisies par le Procureur de la République de Paris avec la Direction générale de la Police judiciaire.

Ces enquêteurs - et les informations que vous pouvez connaître depuis ces deux jours le montrent - travaillent sans relâche sous l'autorité du Procureur pour appréhender leurs auteurs, dont un certain nombre sont déjà identifiés.

Je souhaiterais exprimer devant vous - comme vous l'avez fait Madame la Maire et je vous remercie infiniment - ma vive reconnaissance pour tous les personnels de la Préfecture de police qui ont agi avec un grand professionnalisme lors de ces événements. Tout d?abord, remercier les policiers qui ont essuyé le feu des assaillants. Nous nous sommes rendus hier - Madame la Maire, vous l?avez rappelé - au commissariat du 11e arrondissement en présence de M. le Maire du 11e arrondissement, afin de leur témoigner tous ensemble notre profonde gratitude pour leur action courageuse, leur exprimer notre solidarité dans ces moments douloureux et partager leur peine.

J'exprime également cette reconnaissance aux sapeurs-pompiers qui ont mobilisé dans un temps record 50 véhicules et 160 hommes. Leur intervention a été facilitée par l'action exemplaire des médecins, et en particulier du médecin-chef TOURTIER et du Dr PELLOUX, qui se trouvaient à proximité.

Je n'oublie pas non plus la mobilisation des agents de l'Institut médicolégal de Paris.

À midi, hier, le Président de la République a voulu rendre hommage à tous ces policiers et sapeurs-pompiers en choisissant de se rendre à la Préfecture de police pour la cérémonie nationale de recueillement à la mémoire des victimes, un moment particulièrement émouvant partagé par tous les services publics mais aussi tous les citoyens de notre pays.

Mais face à l'horreur et en dépit de la tristesse que nous ressentons, je voulais vous redire ce matin que la Préfecture de police est plus que jamais mobilisée pour assurer la sécurité à Paris.

Les mesures décidées par le Gouvernement pour faire face à une menace qui demeure très sérieuse sont mises en ?uvre avec énergie et détermination.

Dès mercredi, le niveau "alerte attentat" du plan Vigipirate a été déclenché sur la Région Ile-de-France. Les effectifs mobilisés pour assurer la sécurité ont été renforcés, grâce notamment à l'engagement d'unités mobiles supplémentaires de la réserve nationale et à l'engagement de nouveaux militaires du Ministère de la Défense.

Plus de 30 unités de forces mobiles sont venues conforter les 2.550 policiers qui sont déjà déployés sur le terrain par la Préfecture de police à un instant donné. Les militaires engagés dans le cadre de Vigipirate sont passés en trois jours de 450 à 850 et vont s'accroître de 250 encore en fin de semaine, pour atteindre le nombre de 1.100 militaires. Cette mobilisation exceptionnelle permet de renforcer la surveillance d'un grand nombre de sites sensibles que j'ai décidée immédiatement après la survenance de cet attentat. Ce sont les sièges des médias, ainsi que de certaines maisons d'édition qui peuvent être visés. Ce sont les lieux de culte, les écoles confessionnelles, les gares et les aéroports, les grands sites touristiques, les lieux de grand rassemblement de personnes ainsi, bien sûr, que les institutions de la République et les représentations diplomatiques. À cet égard, l?hôtel de ville fait l'objet depuis mercredi d'une garde permanente par des effectifs des forces mobiles. Le dispositif de surveillance des réseaux de transport a également été renforcé en lien avec les services de sécurité de la R.A.T.P. et de la S.N.C.F. J'ai demandé par ailleurs aux grands magasins de renforcer les mesures de contrôle d'accès. Je veux enfin saluer l'action de la Ville et de tous les maires d'arrondissement qui participent aux côtés de l'État, au quotidien, à l'effort de sécurisation des lieux publics. Et je veux saluer le soutien que la population de la Capitale apporte à travers ses élus aujourd'hui à la Préfecture de police, ces témoignages de reconnaissance, de soutien et de solidarité qui renforcent encore, et je vous en remercie, la légitimité et l'efficacité de notre action. Votre soutien nous est précieux. Bien sûr, l'efficacité de la lutte contre le terrorisme dépend d'une bonne coopération internationale. Dimanche, le Ministre de l'Intérieur réunira place Beauvau ses collègues des principaux pays concernés par cette lutte, dont ses collègues américains. Cette réunion permettra de poursuivre notre combat contre le terrorisme. Il s'agit du combat pour la liberté d'expression, pour la liberté de la presse et pour l'Etat de droit : il est le fondement même de la démocratie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, Monsieur le Préfet. Je vais donner la parole à François VAUGLIN, maire du 11e arrondissement.

M. François VAUGLIN, maire du 11e arrondissement. - La barbarie que nous avons connue a eu lieu dans le 11e mais à l'évidence, ce n'est pas notre arrondissement qui était visé.

En choisissant Charlie Hebdo, les terroristes s'en prennent à la liberté de la presse, la liberté d'expression, la liberté d'être satirique.

Liberté, fondement de notre République qui défend exemplairement ses valeurs lorsqu'elle affecte des policiers pour protéger Charlie quand il est menacé.

Aujourd'hui, nous pleurons 10 contributeurs au journal qui sont morts pour avoir fait rire, morts pour s'être moqué de faux-culs et de barbares.

Nous pleurons aussi la mort de deux policiers tombés dans l'exercice de leurs fonctions. L'un d'eux servait au sein du commissariat du 11e, M. le Préfet vient de le rappeler. Tous les deux incarnaient le rempart de la République pour défendre la liberté et la démocratie.

J'ai été impressionné par la réactivité et la mobilisation de l'ensemble des services : police, pompiers, protection civile de Paris, Samu, et tant d'autres. Tous étaient déployés dans les minutes qui ont suivi l'attentat. Je tiens à leur rendre un très grand hommage, à la hauteur de leur engagement.

Avec Patrick BLOCHE, député de la circonscription, avec vos adjointes Nawel OUMER et Alexandra CORDEBARD, avec le directeur académique, M. DECHAMBRE, nous nous sommes rendus dans les écoles et dans les crèches du quartier. La mise en sécurité des enfants a été sans faille et dès hier matin, les moyens adaptés ont été déployés pour apporter le soutien psychologique nécessaire.

Le 11e n'était pas visé mais il a été touché au c?ur. Cet attentat a tué et blessé physiquement. Mais après le bruit des balles, c'est un choc assourdissant qui nous a étreints comme une déflagration silencieuse, tant la monstruosité et l'horreur étaient absolues. C'est la violence de l'acte symbolique qui nous a frappés. À cette heure, l'attentat a laissé un profond désarroi dans ce quartier. Habitants, agents publics, travailleurs, usagers des services publics, toute cette population est sous le choc et a besoin d'aide. Elle a besoin d'être soutenue, entendue, épaulée. Pour commencer ce travail, j'ai mis en place un registre de condoléances dans la mairie du 11e arrondissement et nous travaillons ensemble pour organiser en début de semaine prochaine un rassemblement, une cérémonie avec les habitants, pour les habitants, pour honorer la mémoire des victimes, pour témoigner notre solidarité à leurs proches, pour affirmer la fraternité dans le quartier et pour défendre la liberté. Pour réagir, nous devons trouver le courage et la force de ne pas nous replier sur nous-mêmes. Lorsque nous sommes agressés, cette tentation du repli sur soi est grande et je déplore que certains s'y soient déjà fourvoyés. Se replier sur soi-même, ce serait offrir à la terreur une victoire indue, injuste. Au contraire, nous devons trouver la force de nous appuyer sur nos valeurs fondamentales : la liberté, l'égalité, la fraternité et sur leur instrument, la justice, pour d'abord trouver, arrêter puis condamner les terroristes et enfin, retrouver les voies d'une vie ensemble paisible dans laquelle toutefois, c'est une des leçons de cette histoire, la lutte contre les intolérances et les intégrismes doit être permanente. Comme Paris, le 11e est riche de sa diversité, d'une grande mixité générationnelle, sociale, confessionnelle. Il restera ce qu'il est. Le sang ne doit plus couler ; c'est l'encre qui doit au contraire se répandre pour incarner la lutte permanente pour notre liberté.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci, Monsieur le Maire. Il y a une accélération des faits. Le Préfet nous rejoindra et nous aurons peut-être l'occasion d'en reparler avec lui. La parole est à présent aux présidents du groupe Ecologiste de Paris. D'abord Anne SOUYRIS, puis David BELLIARD.

Mme Anne SOUYRIS. - Madame la Maire, chers collègues, nous sommes profondément éprouvés par l'acte criminel qui a tué huit journalistes de Charlie Hebdo que nous connaissions tous, un invité de la rédaction, deux policiers, un agent d'entretien et qui a gravement blessé plusieurs personnes.

Nous avons tous et toutes une histoire particulière avec ce journal, ces hommes et ces femmes d'engagement qui nous ont accompagnés, parfois agacés, le plus souvent fait rire.

J'ai une pensée émue pour Bernard Maris, économiste talentueux avec qui j'ai eu le bonheur de mener en 2002 une campagne joyeuse et sans tabou pour les élections législatives.

Bernard était un homme courageux, capable de porter ses idées avec humour et même de faire rire les gens dans des lieux aussi improbables que des meetings politiques.

Comme toute l'équipe de Charlie Hebdo, il avait cette impertinence et cet esprit libertaire que nous, écologistes, apprécions tant.

Je me souviens de l?un de nos slogans, que nous aimions : "Les minorités font la majorité". Aujourd'hui, cela raisonne tout particulièrement. Nous sommes éprouvés et nous sommes aussi profondément inquiets, inquiets de voir ainsi violer la liberté de la presse par l'attaque d'un de ses symboles les plus indépendants et les plus caustiques. En attaquant Charlie Hebdo, les assaillants ont attaqué l'un des fondements de notre démocratie, cette liberté de pouvoir nous exprimer, de pouvoir débattre et de pouvoir en rire. Il arrivait que nous ne soyons pas d'accord avec ce journal, mais nous sommes attachés à la liberté d'expression plus que tout. C'est pour nous l'un des piliers majeurs de notre société. Nous sommes également inquiets parce que la violence appelle d'autres violences, comme avant-hier à Villefranche, au Mans la nuit précédente, à Poitiers, à Port-la-Nouvelle et maintenant à Dammartin-en-Goële. Nous ne pouvons accepter de voir se mettre en place une logique de guerre de civilisation. Cette tuerie n'a pas fait que 12 morts. Elle a aussi blessé 66 millions de personnes vivants en France, quelle que soit leur origine, leur croyance, leur appartenance culturelle. Ce qui s'est passé à Charlie Hebdo nous rappelle que nous avons des valeurs communes et qu'il est de la responsabilité des partis politiques, des organisations représentatives, des élus, de tous les corps constitués, de rappeler l'importance de ce qui nous unit, plutôt que de fabriquer sans cesse de nouvelles divisions.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - David BELLIARD pour poursuivre pour le groupe Ecologiste de Paris.

M. David BELLIARD. - Il est des valeurs fondamentales qui permettent de lutter contre la violence et pour le respect des libertés. Le pacifisme, fondateur de l'écologie politique et cher à Charlie Hebdo, en est une. Bien sûr, il faut sanctionner les auteurs de ces crimes. C'est un impératif de justice et de paix sociale, mais nous devons être beaucoup plus exigeants. A la haine, nous devons répondre par la responsabilité lorsque des journalistes sont tués, lorsque les forces de l'ordre sont abattues, lorsque des innocents sont massacrés. La situation est critique pour notre démocratie et la perpétuation de notre vivre ensemble. La France est diverse et nous avons laissé le silence s?installer sur nos différences et sur nos histoires. Nous devons assumer nos diversités comme une maison commune, par un travail de mémoire et de réconciliation. A notre niveau, au Conseil de Paris, nous pouvons agir en faisant Charlie Hebdo citoyen d'honneur de la Ville, mais aussi en engageant des actions concertées et d'envergure dans les écoles, dans les lieux de rencontre, dans les musées et dans les lieux culturels pour que nos histoires se conjuguent et deviennent véritablement notre histoire commune. Nous pourrions ainsi insuffler un grand mouvement d?éducation populaire de la mémoire pour tous les âges et partout à Paris. Notre responsabilité, c'est que notre ville-monde ne soit pas celle d'un monde en guerre, divisée, où le tout sécuritaire soit la seule et unique réponse. Paris doit être ouverte, respectueuse des croyances et des pratiques de chacun, une ville de débat et de discussion, une ville de création, bref, une ville de paix. Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci à vous, Madame et Monsieur les co-présidents du groupe Ecologiste de Paris. La parole est à présent à Nicolas BONNET-OULALDJ, président du groupe Communiste - Front de Gauche.

M. Nicolas BONNET-OULALDJ. - Madame la Maire, Monsieur le Maire honoraire, Monsieur le Préfet, mes chers collègues, les membres de la famille, Mesdames et Messieurs, amis, lecteurs du journal, au nom du groupe des élus communistes - Front de Gauche, je voudrais vous exprimer toute notre douleur mais aussi toute notre détermination pour faire front face à la barbarie.

Les réactions dans le monde entier montrent que nous ne sommes pas seuls. Quand on assassine au c?ur de Paris dans un journal, c'est l'ensemble de celles et ceux qui sont attachés à la liberté qui sont touchés, qui se lèvent et sont solidaires. Nous sommes toutes et tous Charlie.

Ce 7 janvier 2015, nous avons perdu 12 d'entre nous, sans compter les blessés, dont certains sont dans un état grave. C'est l'ensemble des habitants du quartier, des collègues, voisins qui sont sous le choc, c'est Paris qui est meurtrie. Si, aujourd'hui, Cabu, Charb, Tignous, Wolinsky, Honoré, Bernard Marris, Elsa Cayat, Mustapha Ourrad, Michel Renaud, Frédéric Boisseau, Franck Brinsolaro et Ahmed Merabet ont été lâchement assassinés, nous devons être debout et résister à la haine. Nous avons le devoir de transmettre la mémoire de leur vie. Nous devons poursuivre leur engagement.

Nous nous inclinons aussi devant les deux policiers morts dans l'exercice de leur fonction, deux policiers qui protégeaient la liberté des journalistes, qui n?étaient pas toujours tendres avec les membres des forces de l'ordre. Madame la Maire, nous partageons vos propositions pour faire Charlie Hebdo citoyen d'honneur de Paris. Et pour honorer la mémoire des victimes, nous ajoutons une proposition d?apposer une plaque sur le lieu du drame avec les 12 noms inscrits dans le marbre de la République. Je tiens à saluer, bien sûr, les hommes et femmes du service public qui ont porté secours : les pompiers, personnels de santé, policiers, agents de la Ville, qui ont réagi rapidement, avec maîtrise et calme, dans de telles circonstances.

Ces extrémistes ont fait le choix de s'attaquer à Charlie Hebdo, un journal satirique qui avait chevillé au corps la lutte contre le racisme, contre les intégristes et les obscurantistes, contre l'extrême-droite, contre les abus de pouvoir, contre la stupidité du monde. Un journal engagé pour la paix et le dialogue entre les peuples.

On pouvait aimer ou ne pas aimer, on ne pouvait en aucun cas être indifférent à son ton, à ses dessins, qui bousculaient nos certitudes et nous renvoyaient, tel un boomerang, nos petites lâchetés et nos compromissions.

Nous ne devons en aucun cas laisser dire que ce journal allait trop loin, ce qui sous-entendrait qu'ils auraient mérité ce qui est arrivé. C'est un journal qui était et qui est encore, non seulement nécessaire, mais indispensable à la démocratie. Nous sommes fiers de la réponse immédiate, forte, déterminée et pacifique, du peuple de Paris qui, de suite, est descendu dans la rue et a pris sa place.

Cette réaction spontanée montre l'attachement des Parisiennes et des Parisiens aux valeurs de la République. Elle démontre que la peur doit changer de camp et que jamais nous ne baisserons la tête devant ceux qui veulent mettre à bas nos valeurs.

C'est quand il est uni sur ces valeurs que le peuple de Paris fait de grandes choses. C?est quand il ne cède pas aux sirènes de ceux qui cherchent à mettre au pilori des boucs émissaires, qui pensent que derrière tout musulman se cache un terroriste potentiel. Tout acte de violence à l?égard de quelque communauté qu?elle soit, qu'il s'agisse d'une mosquée, d'une synagogue, d'une église, d'un lieu public ou politique, ou d'un fonctionnaire, doit être vigoureusement condamné et jugé.

Quel que soit le rapport que chacune et chacun avec la religion, nous sommes en droit d'en critiquer partout les dérives et surtout, par la caricature et l'humour. Ce ne sont pas les croyants qui étaient visés, mais bien celles et ceux qui pensent que les lois divines président aux lois humaines et qui souhaitent imposer leur lecture de la religion à toutes et tous.

En cette année d'anniversaire de la loi de 1905 de la séparation de l'Eglise et de l'Etat, la laïcité doit être notre combat pour la démocratie. Ce n'est pas le combat du bien contre le mal, c'est la garantie du bien vivre ensemble, c'est la reconnaissance que chacune et chacun ait la liberté de croire ou de ne pas croire, sans imposer à l'autre sa vision du monde ou de la société.

Les plus grands responsables religieux de notre Capitale, tous cultes confondus, se sont d'ailleurs exprimés cette semaine dans ce sens. Ils dénoncent avec nous cet acte barbare d'une extrême gravité contre la démocratie et la liberté de conscience. Ils ne s?y trompent pas : cet acte criminel est aussi contre les croyants.

Nous, communistes, avions une relation privilégiée avec les dessinateurs de Charlie Hebdo. Ils font partie de notre quotidien. Chaque jour, dans les pages de l'Humanité et de l'Humanité Dimanche, leurs dessins illustraient nos idées et surtout celles que nous n'aurions pas eues. Leurs dessins étaient souvent plus efficaces que nos textes. Combien de fois Tignous ou Charb ont croqué les milliardaires du CAC 40, offrant leurs dessins aux salariés en lutte. C'est aussi dans des gobelets qu'ils avaient illustrés, que tous les ans, à la Fête de l'humanité, nous trinquions à l?avènement d?un monde meilleur fait de justice et de paix. Après le recueillement, viendra le temps d'une réponse politique à la hauteur du danger qui pèse sur le pays. Face à la barbarie et à l?obscurantisme, nous avons le devoir de convoquer l'esprit des Lumières, nous avons l'obligation d'allumer les étoiles, celles qui viennent de la Révolution française, de la Commune et de la Libération de Paris. J'en appelle à toutes celles et tous ceux qui ne veulent pas que notre Nation se déchire, à renforcer les fondamentaux de notre démocratie. La lutte contre le terrorisme, l'urgence de la sécurité, doit être menée mais ne pourra triompher durablement que dans un projet de société qui place l'émancipation humaine au c?ur de ses choix, avec plus d'éducation, plus de prévention, plus de dialogue, plus d'association, plus de compréhension mutuelle et de travail en commun. Face aux barbares, la réponse n'est pas du côté de ceux qui versent avec micros ouverts dans la haine de l'étranger. Elle est du côté des progressistes qui croient en l'avenir de l'humanité, de sa jeunesse, de ceux qui croient en la raison et au progrès, l'amour, celles et ceux qui, pour les futures générations, veulent construire un monde sans guerre où les bombes et les kalachnikovs auront disparu au profit des crayons, des dessins, des poèmes, des baisers. Nous avons tous ici la responsabilité politique de réaliser les jours heureux, cet héritage si cher que nous ont laissé les membres du Conseil national de la Résistance.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci, Monsieur le Président, pour votre proposition, qui bien sûr reçoit mon soutien. Monsieur le Préfet, un mot sur l'accélération des événements ?

M. LE PRÉFET DE POLICE. - S'agissant d'une enquête judiciaire, il m'appartient d'être prudent, mais chacun a pu constater, je l'ai évoqué dans mon propos tout à l'heure, la rapidité avec laquelle l'enquête relative à l'attentat contre le siège de Charlie Hebdo a progressé. Je peux vous dire que depuis 48 heures, nous sommes jour et nuit sur le pont. Actuellement, il y a des développements importants à Dammartin, en Seine-et-Marne. On est sans doute proche de l'épilogue. Les deux individus recherchés ont été en effet localisés sur cette commune, et les forces de l'ordre sont également présentes. Je ne peux pas en dire plus à ce stade et vous le comprendrez : je ne suis pas directeur d'enquête, ni le Procureur de la République mais répondant à l'invitation de Mme la Maire, il m?était difficile de ne pas confirmer ce que vous savez tous en consultant vos iPhones et vos tablettes et que je ne peux que confirmer, mais en précisant bien que les forces de l'ordre sont présentes.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci, Monsieur le Préfet. Jean-Bernard BROS, président du groupe Radical de Gauche, Centre et Indépendants.

M. Jean-Bernard BROS. - Monsieur le Préfet de police, Madame la Maire, Monsieur le Maire honoraire, mes chers collègues, s'il est des interventions difficiles à prononcer, celle-ci l?est particulièrement car l'émotion est bien sûr encore très vive aujourd'hui.

La tragédie que nous venons de vivre constitue un crime tellement horrible qu'il est difficile à qualifier. Ce macabre 7 janvier 2015 est une date qui va marquer à jamais l'histoire de notre ville, de notre pays et bien au-delà.

Comment ne pas être anéantis devant ces images d'une telle violence que nous voyons depuis mardi ? Tout ceci s'est passé dans les rues de Paris, à quelques pas de l'hôtel de ville.

Je souhaite tout d'abord rendre hommage aux 12 victimes tuées mardi, dessinateurs, chroniqueurs, agents d'entretien, correcteur, agents de police, brigadiers. Ils étaient des citoyens de Paris. La haine d'esprits fanatiques les a emportés loin de nous. Nous avons aussi une pensée pour les nombreux blessés et pour ceux dont le pronostic vital est encore engagé. Nous leur envoyons, à notre modeste niveau, toute notre énergie et toutes nos pensées afin qu?ils restent parmi nous.

Un mot également pour les autres victimes, les proches de ceux qui ont donné leur vie - il y en a, je crois, dans les tribunes - et à ceux qui ont pu survivre à ce moment dramatique et qui seront marqués à vie.

Mes chers collègues, nous devons nous montrer dignes de toutes ces personnes directement touchées par ce drame. Nous montrer dignes, c'est nous mobiliser avec lucidité et gérer avec sang-froid la situation dans les jours et les semaines qui viennent.

Le Chef de l'État a particulièrement donné le cap et posé le cadre de l'unité nationale. Notre défi aujourd'hui est de travailler à ce que cette unité ne soit pas remise en cause. Plus prosaïquement, la sécurité des Parisiens doit être assurée au mieux.

La Maire de Paris, les adjoints concernés, les services de la Ville travaillent sans relâche depuis trois jours avec la Préfecture de police. Les agents de la Ville et les services de police sont mobilisés, et nous saluons le courage de ces femmes et ces hommes pour assurer notre sécurité.

Les élus ont une responsabilité : nous devons rassurer nos concitoyens légitimement inquiets. C'est, je crois, ce que nous faisons depuis le drame.

Notre responsabilité est également d'éviter les déclarations hasardeuses ou les initiatives maladroites qui pourraient nourrir le feu. Je tiens à saluer l?esprit qui habite l?ensemble des Conseillers de Paris depuis mardi, un esprit de rassemblement qui fait honneur à notre Conseil. Il faut le souligner et nous en satisfaire.

Car en face de nous, les provocations, les appels à la haine, les amalgames sont faciles, dangereux et doivent être combattus.

C?est pourquoi je salue la décision de la Préfecture d'avoir interdit le rassemblement d'un groupuscule d'extrême-droite hier soir, place de la Bourse, et appelle M. le Préfet de police à réitérer ces interdictions partout où un trouble à l'ordre public serait à craindre. Mes chers collègues, nous ne céderons rien, nous ne reculerons pas pour défendre et faire vivre notre ville et notre pays, la liberté, l'égalité et la fraternité.

Toutes ces valeurs qui ont construit notre République, la liberté de conscience, l'amour de la démocratie, la tolérance envers les idées de chacun font partie des fondamentaux avec lesquels nous ne transigerons pas. C'est le message qu'il nous faut envoyer à ces terroristes qui font du mal à la religion dont ils se réclament. Ils ne nous diviseront pas. La République est plus forte, elle est unie puissamment. Vous connaissez notre attachement à la laïcité. La laïcité, bien au-delà de la question religieuse, est ce qui permet aux esprits libres et non asservis de s'exprimer, de penser, de s'interroger. Charlie Hebdo était de ces esprits libres. Défendre la liberté de la presse à être irrévérencieuse, insolente, impertinente, parfois bête, souvent drôle, parfois déplacée, c'est notre responsabilité de républicain. Charlie Hebdo va devenir citoyen d'honneur de la Ville de Paris. Madame la Maire, je tiens, au nom de mon groupe, à saluer l'initiative que vous avez prise. Nous ne pourrons jamais oublier le drame qui s'est déroulé mardi. Néanmoins, la vie doit reprendre et nous devons regarder devant nous : c'est la meilleure réponse que nous pouvons envoyer à ceux qui nous regardent. Les citoyens parisiens sont debout, fièrement, et les mobilisations auxquelles nous assistons depuis deux jours nous réchauffent le c?ur et doivent nous rendre combatifs et optimistes pour la suite. Non, notre société ne se divisera pas. Mes chers collègues, passé le temps de l'émotion, s'ouvre devant nous le temps de la mobilisation. Nous devons défendre avec détermination ce qui nous unit en tant que citoyens français : la liberté, l'égalité, la fraternité, et nous allons y arriver, soyons-en persuadés ! Georges Clemenceau disait : "Gloire aux pays où l'on parle, honte aux pays où l?on se tait". Nous devons clamer au monde entier que nous sommes attachés à la liberté et que dans l'unité, quoi qu'il arrive, nous la défendrons. Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci à vous, Monsieur le Président. Je donne à présent la parole à Mme KOSCIUSKO-MORIZET, Présidente du groupe UMP.

Mme Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET. - Madame la Maire, Monsieur le Préfet, Monsieur le Maire honoraire, mes chers collègues, quand les mots manquent face aux manifestations de l'obscurantisme le plus abject, c'est dans le rassemblement que nous pouvons le mieux exprimer notre attachement à la valeur de la vie humaine et notre horreur devant la barbarie.

48 heures après la fusillade dans les locaux de Charlie Hebdo, l?émotion, la consternation et l'indignation sont toujours aussi intenses et s?y ajoute un besoin irrépressible que chacun d'entre nous ressent intimement : celui de dire non à l'intimidation, celui de ne pas se laisser abattre.

S?en prendre à la liberté de dessiner, c'est s?en prendre à la liberté d'écrire, de s'exprimer, de penser. C'est tout simplement s?en prendre à la raison d'être de la France, qui ne serait pas la France sans la liberté d'expression.

Jean Cabut, Stéphane Charbonnier, Philippe Honoré, Bernard Verlhac, Georges Wolinski, Bernard Maris, Elsa Cayat, Mustapha Ourrad participaient tous les jours, grâce à leur liberté de ton, sans craindre les tabous, au pluralisme de l'information, et c'est la raison pour laquelle ils ont été abattus.

Nous saluons leur mémoire, nous saluons leurs familles et en particulier celles et ceux qui sont présents aujourd'hui dans les tribunes auprès de notre Assemblée.

Que nous soyons simples citoyens ou responsables politiques, ces morts tragiques nous obligent. Elles nous obligent à nous dresser contre l'intégrisme, contre la bêtise humaine pour défendre les valeurs qui fondent notre civilisation.

Face à la barbarie, nous ne baisserons pas la voix, nous ne baisserons pas les yeux, nous ne baisserons pas les bras.

Les Français l'ont montré : ils ne céderont pas à la peur. Dès mercredi, ils ont fait bloc. Dignes et déterminés, des centaines de milliers de nos compatriotes se sont réunis contre la violence et contre la haine, comme en témoignent le nombre et l'intensité des rassemblements spontanés ces derniers jours. L'unité nationale est la seule réponse aux tentatives de déstabilisation des terroristes. Alors, oui, nous ferons bloc, et nous ne nous diviserons pas. Nous ne sombrerons pas dans la confusion entre l'écrasante majorité de nos compatriotes musulmans et quelques individus radicaux qui salissent une religion en usurpant son nom pour répandre la mort. Nous ferons bloc et nous serons fermes. Ceux qui pensent nous abattre nous trouveront plus forts et résolus à nous défendre contre la barbarie, à défendre la liberté, l'égalité et la fraternité, à défendre notre civilisation et ses fondements. Je voudrais adresser un hommage particulier à ceux dont on parle moins : Michel Renaud, fondateur du festival "Rendez-vous du carnet de voyage", qui participait exceptionnellement à la conférence de rédaction de Charlie Hebdo, mais aussi Frédéric Boisseau, qui effectuait des travaux de maintenance lorsqu'il a été tué. Je souhaite saluer avec la même force la mémoire du brigadier Franck Brinsolaro, membre du S.P.H.P., et d'Ahmed Merabet, policier du commissariat du 11e arrondissement. Je vous demande, Monsieur le Préfet, au nom de tous les élus, de bien vouloir transmettre toutes nos pensées et notre soutien aux familles des victimes et à leurs collègues de travail. J'y associe bien sûr la mémoire, comme vous l'avez fait, de la policière municipale de Montrouge assassinée hier. Je tiens enfin à adresser un message particulier de soutien aux forces de l'ordre, qui réalisent un travail considérable depuis mercredi pour identifier et interpeller les tueurs présumés et pour nous protéger. Nous apprenons en même temps que cette séance qu'une prise d'otages serait en cours, impliquant les tueurs présumés. Nous souhaitons vivement qu'elle trouve un dénouement rapide et favorable. Dans ce contexte, Madame la Maire, nous saluons et nous soutiendrons évidemment sans aucune réserve les deux projets de délibération que vous nous soumettez aujourd'hui visant d'une part à faire de Charlie Hebdo un citoyen d'honneur de la Ville de Paris et d?autre part à verser une subvention exceptionnelle à la Fondation Louis Lépine pour soutenir les familles des policiers assassinés. Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci à vous, Madame la Présidente du groupe UMP. Monsieur Eric AZIÈRE, président du groupe UDI-MODEM.

M. Eric AZIÈRE. - Mesdames et Messieurs, je veux à mon tour citer Frédéric Boisseau, 42 ans, agent de maintenance, Franck Brinsolaro, 49 ans, policier du Service de protection des hautes personnalités, Jean Cabut, dit Cabu, 75 ans, dessinateur, Elsa Cayat, 54 ans, psychanalyste et chroniqueuse, Stéphane Charbonnier, dit Charb, 47 ans, dessinateur et directeur de Charlie Hebdo, Philippe Honoré, 73 ans, dessinateur, Bernard Maris, dit Oncle Bernard, 68 ans, économiste et chroniqueur, Ahmed Merabet, 42 ans, policier membre de la brigade V.T.T. du commissariat du 11e arrondissement, Mustapha Ourrad, 60 ans, correcteur, Michel Renaud, 69 ans, ancien directeur de cabinet du Maire de Clermont-Ferrand, Bernard Verlhac, dit Tignous, 57 ans, dessinateur, et Georges Wolinski, 80 ans, dessinateur.

J'ai voulu à mon tour que leurs noms résonnent encore une fois dans cette salle du Conseil pour graver encore plus profondément dans nos mémoires le poids et l'héritage des responsabilités que le sacrifice de leurs vies représente pour nous.

Cette femme et ces hommes journalistes, caricaturistes, policiers, ouvriers, collaborateurs qui ont été lâchement assassinés et sauvagement massacrés avant-hier dans les locaux de Charlie Hebdo posent pour nous une conscience particulière.

En ces jours de deuil, le groupe UDI-MODEM se joint à l?ensemble des élus parisiens pour rendre hommage à la mémoire de cette femme et de ces hommes morts pour la liberté d'expression dans l'exercice de leur passion, de leur art qui fut jusqu'au bout leur raison d'être : le journalisme d'opinion et de combat.

Au sein de cette rédaction et de celles qui l'ont précédé pendant ces 50 dernières années, alors que la pensée dominante dans notre pays alterne incessamment d'un idéal mensonger à un autre idéal mensonger, ils ont affiché régulièrement dans nos rues des bouffées d'air frais, impertinentes, provocatrices, subversives, humoristiques en réaction à une actualité délavée, souvent essorée par les mass media qui nous asphyxiaient de ses scandales, de ses débats, de ses modes, de ses mots, de ses convulsions nombrilistes, le plus souvent de son néant.

Ils relèvent bien d'une certaine empreinte de notre bitume parisien qui leur colle à la plume. Du pavé dans la gueule au pavé dans la mare, la une de Charlie Hebdo est non seulement un trait de crayon mais un trait de génie, un trait d'esprit.

C'est pour cela qu'ils se sont fait une place particulière dans l'esprit puis dans le c?ur de plusieurs générations de Parisiens et de Français.

Ils perpétuent l'héritage d'un journalisme de courage, frondeur, drôle, satirique, cruel, quelquefois savoureusement révolutionnaire, signe de la vitalité de notre démocratie.

Ils incarnent une part de l?âme de la France et de Paris, rabelaisienne, voltairienne, peu importe, qui jamais ne plie, ni ne rompt, ni ne se couche, sauf pour mourir. Ils nous ont enseigné qu'il est des injonctions aux institutions, aux pouvoirs, aux drapeaux, aux croyances religieuses, à l?argent, à tant de conformismes, à tant de certitudes, qui donnent furieusement envie d'y opposer un droit particulier : appelons-le le talent. Juste un trait, deux mots, le droit à l'irrespect, au blasphème, à l'insurrection des esprits, toujours dans l'humour et la caricature. Ces artistes sont morts pour la France en conférence de rédaction, dans l'exercice de leurs fonctions, comme ceux qui les ont accompagnés dans ce drame inhumain, tués aussi sauvagement au service de la sécurité des Parisiens ou de la maintenance de l'immeuble. J'ajoute à cet hommage la mémoire de Clarissa Jean-Philippe, assassinée hier à 25 ans, à Montrouge, tous victimes de la barbarie et du fanatisme. Nous adressons nos condoléances à leurs familles et apportons notre soutien à tous ceux qui vont continuer à faire vivre Charlie Hebdo car bien sûr, il est vivant. Au fond, ce qui rajoute à notre chagrin et à notre tristesse ce matin, c'est que cet acte terroriste, cet acte de guerre plus bête et plus méchant que tout ce que l'on peut imaginer a été perpétré en vain, car nous n'avons pas peur, nous n'avons pas peur de ces fanatiques obscurantistes qui tuent avec des armes de guerre au nom d'une idéologie dont ils sont successivement prisonniers, victimes, bourreaux sanguinaires et qui doivent être impitoyablement combattus. Nous n?avons pas peur, car les valeurs de la République - la justice, la liberté, la laïcité, le respect de la diversité - sont ancrées dans chacun de nous, dans nos gènes, quelle que soit notre condition sociale, notre origine, notre conviction religieuse ou humaniste, notre philosophie, notre sensibilité politique. Oui, ces fanatiques ont échoué. Ils souhaitaient mettre à bas le symbole même de la liberté d'expression de la presse en France et mettre l'esprit français sous une menace permanente. Nous venons leur dire aujourd'hui que cette liberté s'est encore renforcée et affirmée et que Charlie est debout. Ils espéraient provoquer la division des Français ? Nous, responsables politiques, religieux, associatifs, citoyens, nous venons leur dire que le peuple français, par principe et par nature, ne se divise pas sur ses valeurs. Ils souhaitaient gangrener Paris par la peur et menacer la démocratie ? Nous leur avons montré que des milliers de Parisiens, avant-hier sur la place de la République et après-demain, dimanche, encore plus nombreux, se sont spontanément levés et rassemblés pour manifester leur détermination silencieuse et leur amour indéfectible aux victimes martyres de la haine. Nous n'avons pas peur car nous sommes tous Charlie, et nous sommes tous Ahmed, Frédéric, Franck, Michel, Clarissa. Au-delà de l'émotion, montrons-leur que la solidarité des Français sur son socle républicain n'est pas ébranlée et qu'aujourd'hui à Paris, au nom des valeurs et des combats dont nous sommes tous ici les héritiers, au nom de ceux que nous honorons ce matin, nous sommes unis sur ce que nous sommes, ce que nous portons, ce à quoi nous croyons : l'esprit de résistance et la République. Que vive Charlie, vive Paris, vive la République, et vive la France !

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci, Monsieur le Président. La parole est à Mme Danielle SIMONNET, non inscrite.

Mme Danielle SIMONNET. - Charb, je repense à ma première rencontre au café "La mer à boire", dans le 20e, en 2006, lors de l'exposition des caricatures "Ni Dieu, ni Dieu".

Charb, je repense à ton engagement résolu pour la liberté de conscience, contre toutes les formes d'obscurantisme, de fascisme, de racisme.

Camarade Charb, je t'appelais juste pour échanger, et tu venais toujours nous soutenir avec tes dessins, dont la force valait mille de nos discours, mille de nos tracts pour éveiller les consciences.

Charb, mon ami du 20e, mon camarade politique, je te pleure et nous te pleurons, toi, et tous les autres partis avec toi.

Madame la Maire, je salue et j'approuve votre proposition de faire Charlie Hebdo citoyen d'honneur de la Ville de Paris. Je vous propose également, ultérieurement, que nous honorions nos rues, nos bâtiments de leurs noms. Nous avons le devoir de transmettre leur mémoire, la mémoire de leur combat, pour le poursuivre sans relâche.

Madame la Maire, nommons ultérieurement des rues de Paris ou des bâtiments des noms de Charb, Wolinsky, Cabu, Tignous, Bernard Maris et tous les autres. C'est le symbole de la liberté d'expression, garante de la liberté de conscience, pilier de notre République, qu'ils ont voulu tuer.

Nous pleurons les meilleurs des nôtres, ceux qui nous ont tant fait rire et réfléchir, ceux qui nous empêchaient de penser en rond et s'opposaient à tous les ordres établis, ceux qui combattaient sans relâche tous les obscurantismes, tous les fascismes. Nous pleurons deux policiers, morts pour la France, morts pour protéger nos droits les plus inaliénables, la liberté de conscience, la liberté d'expression, la liberté de la presse, La Liberté. Des kalachnikovs contre des crayons : la pire des lâchetés ! Mais nous n'avons pas peur et nous ne nous tairons jamais.

C'est un assassinat politique. C'est donc par la politique qu'il faut répliquer avec un grand "P". Le peuple l?a bien compris, en se rassemblant dans toutes les villes de France, d'abord en silence puis en scandant : "Nous sommes Charlie". Nous nous sommes retrouvés pour retrouver notre chaleur humaine et fraternelle, nous avons fait peuple. Nous prenons l'engagement de faire peuple, le peuple un et indivisible, qui refuse la peur et la haine, qui refuse de se diviser - car c'est l'objectif recherché -, le peuple qui refuse toute assignation à une quelconque appartenance autre que celle de l'humanité, le peuple qui refuse toute instauration d'un délit de blasphème, toute théorie du choc des civilisations. Soyons peuple fraternel et laïque, plus que jamais. Oui, nous devons faire peuple souverain, libre et éclairé, combatif pour défendre la liberté, l'égalité, la fraternité, la laïcité, notre idéal inachevé.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci, Madame SIMONNET. Rémi FÉRAUD, président du groupe Socialistes et Apparentés.

M. Rémi FÉRAUD, maire du 10e arrondissement. - Madame la Maire, Monsieur le Maire honoraire de Paris, Monsieur le Préfet de police, mes chers collègues, Mesdames et Messieurs, face à l'horreur qui a frappé Paris en plein c?ur et qui, bien au-delà, a saisi d?effroi notre pays et la planète toute entière, il était de notre devoir d'élus de Paris de réagir sans délai avec force et solennité.

Je veux vous remercier, Madame la Maire, d'avoir pris cette initiative exceptionnelle qui nous rassemble ce matin.

12 personnes sont mortes assassinées mercredi 7 janvier. Nous n'en oublierons aucune : grandes figures de la société française, journalistes et artistes qui, par leur talent et leur engagement, accompagnaient nos vies et celles de notre pays depuis si longtemps, comme les autres qui, eux aussi, faisaient leur métier et ont payé de leur vie. Chacun de leurs noms restera dans le c?ur de Paris.

Au nom de mon groupe, je voudrais aujourd'hui exprimer à tous leurs proches éprouvés par le deuil, nos sincères condoléances et toute notre solidarité, de même que nous pensons aux personnes blessées qui souffrent et qui luttent.

Cet acte de terrorisme atroce, abject, intolérable, nous atteint bien sûr et nous sommes bouleversés et souvent en colère. Mais il ne nous a pas détruits et, comme l'ont dit les Parisiens eux-mêmes depuis deux jours, nous sommes debout.

Les réactions spontanées des Parisiennes et des Parisiens, de la presse, des dirigeants politiques, comme des anonymes du monde entier, ont montré que les terroristes avaient tué, mais n'avaient pas atteint leur but. Ils voulaient diviser notre société. Ils ont réussi à la rassembler.

A nous, élus, d'être à la hauteur et de faire vivre dans la durée cette unité autour des valeurs essentielles de notre peuple et de notre République : liberté, égalité, fraternité.

L'unité nationale qui prévaut depuis le drame doit perdurer, lorsqu'il s'agit d'affirmer le socle républicain, les valeurs qui le fondent, le refus des amalgames, la soif de justice et non de vengeance. Elle doit aussi agir pour condamner tous les fanatismes, les extrémismes, les appels à la violence qui menacent la République et distillent leur venin.

Ceux qui profiteraient de ce moment pour semer la haine, pour ouvrir des brèches entre les membres de la Nation, ceux qui se délectent des amalgames et des tentations de repli, ceux-là n'auront pas gain de cause, car le peuple de Paris et l'ensemble des Français, ont impressionné le monde entier par leur solidité et leur dignité depuis deux jours.

Robert BADINTER l?a dit, au lendemain de ce crime qui restera gravé dans les mémoires : "Refusons ce qui serait leur victoire et gardons-nous des amalgames injustes et des passions fratricides".

Bien au contraire, ce sont les valeurs de la République qui rassemblent les Français aujourd'hui, comme souvent dans les grands moments de l'Histoire.

Ce matin, c'est le message de nos concitoyens que nous représentons, que nous portons.

La France et Paris, qui doivent tant aux philosophes des Lumières, ne se laisseront pas impressionner. La force de la pensée, des idées, des combats contre l'obscurantisme et l?intolérance, doivent tant à notre Ville, à son histoire glorieuse. Dans la Capitale des Droits de l'Homme, nous ne renoncerons jamais à la liberté, à la liberté d'expression, à la liberté de la presse, libertés qui ne se divisent pas et qui comprennent le droit à la caricature et à l'insolence que le dessin permet si bien d'exprimer. Comme l?a dit Edgar MORIN : "L'irrespect, c'est l'oxygène de la liberté et de la laïcité".

Chers collègues, celles et ceux qui sont morts mercredi, sont morts pour la liberté de chacun dans notre République. Aujourd'hui, nous leur rendons l'hommage solennel qu'ils méritent. Rendre hommage à toutes les victimes nous conduit à saluer, comme nous l'avons tous fait ce matin, le rôle indispensable et le courage des forces de police. Deux policiers sont morts mercredi, une fonctionnaire stagiaire a été assassinée à Montrouge hier. Nous ne les oublierons pas et nous sommes aux côtés de tous ceux qui, fonctionnaires de l'Etat mais aussi de la Ville de Paris, sont sur le terrain pour assurer la sécurité des Parisiens.

A Paris plus qu'ailleurs, nous vivons dans une ville-monde, solidaire et forte parce que diverse. Cette diversité est une richesse. Elle nécessite le respect, la considération pour chacun. Elle a besoin de paix et de sécurité pour que nous vivions bien ensemble, comme elle a besoin de laïcité et aussi de liberté. C'est pour cela que Charlie Hebdo fait partie de Paris. Aujourd'hui, tous unis dans la diversité de nos opinions et de nos engagements politiques, nous prouvons que Charlie Hebdo, citoyen d'honneur de Paris, continuera de vivre. Aujourd'hui, nous sommes tous bouleversés, mais nous sommes également fiers de Paris. Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci à vous, Monsieur le Président.

Mes chers collègues, après toutes ces expressions, je tiens à vous remercier, remercier de la dignité des propos, de la force, de l'union qui en émane. C'est important, dans ce moment tragique, que nous puissions relever le défi, le défi et la fragilisation qui a voulu être faite de notre démocratie avec cette union. Je voudrais, avant de procéder au vote des deux projets de délibération, dire aussi que les dessinateurs, ces dessinateurs qui sont morts - et Patrick PELLOUX me le disait tout à l?heure -, étaient très attachés aussi aux écoles de la Ville de Paris. Ils étaient très présents à l?école Estienne. Ils venaient, pour certains, de l'école Boulle. Là aussi, ils savaient accompagner, aller chercher les talents. Nos écoles, notamment l'école Estienne, saura aussi leur rendre hommage et faire en sorte que des prix, chaque année, soient attribués à des jeunes dessinateurs puisqu'ils étaient avides de rechercher les talents dans les générations actuelles et futures. Merci pour ces propos.