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Fevrier 2002
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Conseil Municipal
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33 - 2002, DAC 14 - Apposition d'une plaque commémorative en hommage à Gabriel-Péri, 5, place de la Porte-de-Champerret (17e)

Débat/ Conseil municipal/ Février 2002


M. Christophe GIRARD, adjoint, président. - Nous passons au projet de délibération DAC 14 relatif à l'apposition d'une plaque commémorative en hommage à Gabriel Péri.
Madame BORVO, vous avez la parole.
Mme Nicole BORVO. - Merci, Monsieur le Maire.
L'homme que nous voulons honorer en apposant une place à la Porte de Champerret, est un des hommes politiques, une des personnalités les plus attachantes de la vie publique française, dans les années précédant la deuxième guerre mondiale.
Ces années, ce sont celles de la résistible montée du nazisme, de l'incroyable aveuglement des couches dirigeantes françaises qui, de la non intervention à la capitulation à Munich devant les exigences de Hitler, lui ont permis de devenir la force monstrueuse qui a manqué détruire notre civilisation.
Gabriel Péri a été un observateur et un acteur parmi les plus lucides de son époque.
Né en 1902, étudiant brillant, adhérant très jeune au parti socialiste, il rejoint le parti communiste après le congrès de Tours.
Il fut journaliste au journal "Clarté" et entra au journal l'"Humanité", en 1924. Il avait 22 ans.
Très vite responsable de la politique étrangère au journal du parti communiste, il y resta jusqu'en 1939.
Il fut, en même temps, vice-président de la commission des affaires étrangères à la Chambre des députés.
Les articles de Gabriel Péri, ses discours dans le pays et à la Chambre des députés firent souvent événement. Beaucoup des interventions de Péri, notamment celles sur les accords de Munich, sont, avec le recul, de véritables avertissements. Entendus, ils auraient pu éviter bien des souffrances.
Comme journaliste et homme politique, ceux qui ont connu Gabriel Péri notent la qualité de la réflexion, la précision et la beauté du langage, la volonté d'être compris de tous.
Il a dit de son métier la chose suivante : "J'ai trouvé passionnante l'existence dans laquelle il était interdit, plus peut-être que dans aucune autre, de vivre sur l'acquis, où il fallait mordre en permanence dans le granit de la science, apprendre encore et encore. J'ai tenu ma profession comme une manière de religion dont la rédaction de mon article quotidien était chaque nuit le sacerdoce".
De lui, l'historien Claude PENNETIER dit : "Gabriel Péri est un homme de parti, un dirigeant, un propagandiste, un journaliste, un député, un orateur, un intellectuel de parti".
Ce sont des mots qui semblent dater, mais puis-je ajouter qu'étant tout cela il était à la fois un homme politique et un homme d'état.
Une photographie de 1937 aux obsèques de Paul Vaillant-Couturier, le montre aux côtés de Lucien Sampaix, Lacan et Blache, tous les quatre journalistes à l'"Humanité", tous les quatre fusillés.
Naturellement, cette période ne sera pas simple. Chacun sait comment aujourd'hui encore on débat du pacte germano-soviétique qui affecta Gabriel Péri.
Mais il ne rompit pas, resta fidèle au parti communiste dont je rappelle qu'il a été interdit en septembre 1939 par le Gouvernement français. Et que nombre de ces militants passèrent directement des prisons françaises aux geôles de la Gestapo.
A l'été 1940, Gabriel Péri participe à la reconstruction clandestine du parti communiste. Il est arrêté le 18 mai 1941 et incarcéré à la prison de la Santé.
Livré aux nazis, il sera fusillé au Mont-Valérien, le 15 décembre 1941, avec des dizaines d'autres otages et son camarade Lucien Sampaix.
Mesdames, Messieurs, chers collègues, je pense que le Conseil de Paris, en prenant cette décision, en appelle légitimement à la mémoire si nécessaire pour donner sens à tout ce que représente la vie et le passé de notre peuple.
Honorant Gabriel Péri, Paris s'honore aussi.
Je vous remercie.
M. Christophe GIRARD, adjoint, président. - La parole est à Mme DOUVIN.
Mme Laurence DOUVIN. - Merci, Monsieur le Maire.
Il nous est proposé de poser une plaque à la mémoire de Gabriel Péri place de la porte Champerret, dans le 17e arrondissement.
Cette initiative dont le principe louable est d'honorer sa mémoire a provoqué un débat au dernier Conseil du 17e arrondissement. En effet, le projet du texte de la plaque commémorative mentionne l'appartenance politique de Gabriel Péri. Je cite, il est fait mention du "Résistant et député communiste Gabriel Péri".
Monsieur le Maire, chacun de nos députés est député de la France et non député d'un parti quel qu'il soit.
Le département dont il est élu peut être mentionné, en l'occurrence "député de la Seine" mais non l'appartenance politique, encore une fois, quelle qu'elle soit.
Et c'est pour cette raison que la mention de "député communiste" n'a pas été maintenue par la majorité du Conseil d'arrondissement qui, certes, s'est exprimé favorablement sur le principe de cette plaque, mais qui a déposé un v?u en ce sens et qui ne s'est exprimé favorablement que sous réserve de la prise en compte de ce v?u. Il n'a pas été pris en compte. En tant qu'élue du 17e arrondissement, je me vois dans l'obligation de ne pas voter ce projet de délibération.
M. Christophe GIRARD, adjoint, président. - Monsieur VUILLERMOZ, vous avez la parole.
M. Jean VUILLERMOZ. - Merci, Monsieur le Maire.
La collectivité parisienne s'acquitte aujourd'hui de son devoir de mémoire en honorant l'action d'un homme qui, pour avoir choisi une juste cause et l'avoir payée de sa vie, est devenu un héros national, une sorte de mythe fédérateur dépassant tous les clivages.
Je ne reviens pas sur la vie de cet homme, dont Nicole BORVO vient de retracer les grandes et belles lignes et qui invite encore chacun, soixante ans après, au plus profond respect. Et c'est justement parce que de tels actes ne sauraient souffrir la polémique que je tiens à regretter la position des élus de la majorité du 17e arrondissement.
Invoquant quelque prétexte hasardeux, ceux-ci ont refusé que soit mentionnée sur la plaque commémorative rendant hommage à l'action de Gabriel Péri son appartenance communiste.
Je souhaiterais seulement lire ces quelques lignes à l'adresse de nos collègues de cet arrondissement, quelques lignes rédigées par Gabriel Péri lui-même juste avant son exécution :
"Que mes amis sachent que je suis resté fidèle à l'idéal de toute ma vie, que mes compatriotes sachent que je vais mourir pour que vive la France. Une dernière fois, j'ai fait mon examen de conscience, il est très positif. C'est cela que je voudrais que vous répétiez autour de vous. J'irai dans la même voie si j'avais à recommencer ma vie.
Sans doute est-ce parce que Marcel Cachin a été mon bon maître que je me sens fort pour affronter la mort.
J'ai souvent pensé, cette nuit, à ce que mon cher Paul Vaillant-Couturier disait avec tant de raison : que le communisme était la jeunesse du monde et qu'il préparait des lendemains qui chantent.
Je vais préparer tout à l'heure des lendemains qui chantent."
Quelques heures plus tard, au Mont Valérien, Gabriel Péri était assassiné par les nazis pour avoir combattu leur haine et leur barbarie.
Ces dernières paroles, au-delà de l'émotion et de l'admiration qu'elles ne peuvent manquer de susciter, illustrent avec clarté les sources de l'engagement d'un homme, dont la trajectoire mène en droite ligne du communisme à la Résistance, au nom d'un seul et même combat : le respect de la dignité humaine.
M. Christophe GIRARD, adjoint, président. - Toutes les nuances et sensibilités s'étant exprimées, nous allons passer au vote.
Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DAC 14.
Qui est pour ?
Contre ?
Abstentions ?
Le projet de délibération est adopté. (2002, DAC 14).
Merci beaucoup.