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Fevrier 2002
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Conseil Municipal
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10 - III - Question d'actualité de Mme MARTIANO à M. le Maire de paris relative au problème de la malpropreté à Paris

Débat/ Conseil municipal/ Février 2002


M. LE MAIRE DE PARIS. - La parole à Mme MARTIANO, pour sa question d'actualité.
Mme Géraldine MARTIANO. - Monsieur le Maire, mes chers collègues, pour régler le problème de la malpropreté à Paris, M. CONTASSOT a découvert l'arme fatale : l'audit. Nous ne doutons pas que les Parisiens apprécieront que l'argent de leurs impôts serve à financer une nouvelle étude qui finira, sans doute, dans l'une des poubelles débordantes de la Capitale. Et pourtant, aux dernières jonquilles, vous promettiez zéro crotte début 2002. Votre solution : "mobilisation citoyenne" et verbalisation des propriétaires contrevenants. Mais la signature du décret qui tarde, l'on se demande bien pourquoi, compromet sérieusement vos promesses.
Paris était sale avant, dites-vous, et certains arrondissements auraient bénéficié, ça et là, de traitements de faveur. Peut-être. Je n'ai vu ni les cartes, ni n'ai connu les décisions de l'ancienne municipalité. Force est de constater qu'aujourd'hui, Paris est partout, tout entier, intégralement sale.
M. LE MAIRE DE PARIS. - Ce n'est pas vrai.
Mme Géraldine MARTIANO. - Il ne s'agit pas d'écologie, mais d'hygiène élémentaire, de salubrité. Or par votre décision de mener une nouvelle étude, vous nous signifiez qu'il est urgent d'attendre. Avant de chercher "à remettre du vert dans Paris"... commencez par en chasser l'immonde. Cessez de vous défausser, d'accuser la gestion précédente et les machines en panne. Cessez de ne pas voir la réalité de nos rues, cessez vos déclarations d'intention qui ne font, je le crains, que masquer votre incapacité.
Comment allez-vous régler ce problème ? Monsieur le Maire, sachez qu'il nous pèse d'évoquer sans cesse ce sujet, notre Capitale mérite mieux, et j'aimerais que notre Assemblée se penche sur d'autres sujets. J'aimerais aussi pouvoir contredire le poète, qui annonçait prophétiquement au début du siècle dernier : "La merde a de l'avenir, vous verrez qu'un jour on en fera des discours".
M. LE MAIRE DE PARIS. - Avez-vous terminé, chère Madame ?
Mme Géraldine MARTIANO. - Oui, Monsieur le Maire.
M. LE MAIRE DE PARIS. - Chacun ses goûts en matière de poésie. Je ne pensais pas que M. JUPPÉ avait autant d'influence dans notre enceinte, mais soit !
La parole est à M. CONTASSOT.
M. Yves CONTASSOT, adjoint. - Madame MARTIANO, vous vous interrogez sur l'opportunité de lancer un audit d'organisation des services de la propreté de Paris.
Même un ancien Ministre, à qui vous empruntez son vocabulaire fangeux, on serait tentés de vous retourner la remarque, qui se voudrait cinglante.
Chaque jour, les Parisiens trouvent dans leurs rues ce qu'une politique irresponsable y a laissé depuis des années. Le fait que, près de la moitié de Paris ne puisse pas être normalement nettoyée le week-end, est l'illustration la plus caricaturale de l'état de délabrement dans lequel nous avons trouvé le Service de la propreté de Paris, en avril dernier.
Ce n'est pas tout. Depuis 1983, les services de la propreté de Paris ont vu leurs effectifs en perpétuelle baisse. De 5.074 éboueurs en 1983, la propreté de Paris est passée à 4.355 en 1999, soit une chute de 719 emplois.
Le matériel également, le privé, je vous réponds de suite : moins 539 emplois. Il en manque encore 200, faites les calculs !
Le matériel également est d'une vétusté sans cesse dénoncée par les maires d'arrondissement, à juste titre, en raison de leur panne fréquente. Quant aux garages dont la tâche est justement d'assurer la maintenance des engins, ils sont, pour certains d'entre eux, dans un état de quasi-insalubrité.
L'organisation des services est également totalement dépassée. Nous pouvons trouver jusqu'à 10 intervenants sur un même morceau de trottoir entre les balayeurs, les laveuses, les "moto-crottes", le traitement des urines, la collecte des ordures ménagères, la collecte des encombrants, la collecte des zones à verre etc., sans que ces intervenants puissent communiquer entre eux tellement la parcellisation est grande, sans qu'aucun d'entre eux ne soit véritablement responsable de la propreté dudit trottoir.
C'est le résultat de la multiplication de nombreux marchés privés passés sans aucune cohérence.
Les événements tragiques du 11 septembre 2001 et leurs suites sont venus révéler au grand jour cette situation tout aussi dramatique qu'ubuesque. Vous nous accusez de faire des effets d'annonce. Vous croyez pouvoir dire qu'il nous semble urgent d'attendre. Au-delà du traitement purement polémique et électoraliste, cela va de soi, d'un sujet grave pour le quotidien de chacun, c'est faire peu de cas des améliorations certes insuffisantes, mais néanmoins réelles, que les Parisiens peuvent déjà constater dans certains quartiers et les décisions qui ont été votées dans cette enceinte.
Pour la première fois depuis la création de la procédure "Vigipirate", voici plusieurs années, la Ville a quasiment remplacé en quelques semaines la plupart des corbeilles de rue condamnées. Aujourd'hui, les maires d'arrondissement et les services déconcentrés remplacent la totalité de ces corbeilles et sont en train d'en rajouter près de 4.000 supplémentaires pour atteindre 20.000 corbeilles, chiffre jamais atteint jusqu'à présent, à Paris.
En décembre dernier, la majorité, certes pas l'opposition, a voté ici même un marché exceptionnel de nettoiement qui entrera en application au plus tard fin mars. Il s'ajoute au travail quotidien des agents de la Ville.
L'effectif des éboueurs est, lui, à nouveau en progression. Aujourd'hui, nous en sommes déjà à 4.664 agents et nous allons continuer à renforcer les moyens humains de la propreté. La répression des comportements de malpropreté est en forte évolution en 2002, plus 50 %, et en passe d'être multipliée par 10 avant que le décret permette l'intervention des agents de surveillance de Paris. Nous sommes à la veille d'une vaste compagne qui entend remettre les Parisiens et les Parisiennes au centre des préoccupations en matière de propreté. C'est avec eux, grâce à leur mobilisation citoyenne que nous ferons enfin de Paris une ville propre et que nous inverserons la pente de la malpropreté dans laquelle nous ont entraîné les mandatures précédentes.
Nous avons besoin d'une vision d'ensemble afin de réformer en profondeur les services techniques de la propreté, de responsabiliser les agents, de renforcer les moyens d'action, de permettre aux maires d'arrondissement de peser sur les choix du Service de la propreté de leur arrondissement. Tel est l'objectif de cet audit.
En résumé, l'effort qui est en train d'être fait aujourd'hui, que nous poursuivons et que nous allons encore approfondir grâce aux résultats de l'audit d'organisation que nous lançons, est sans précédent à Paris. Malheureusement, ce n'est que le simple rattrapage du retard accumulé par une gestion laxiste de la propreté pendant des années.
M. LE MAIRE DE PARIS. - Voulez-vous ajouter quelque chose, Madame MARTIANO ?
Mme Géraldine MARTIANO. - Attendons !
M. LE MAIRE DE PARIS. - Nous n'attendons pas. Je félicite M. CONTASSOT et son équipe des progrès limités, mais réels que nous connaissons déjà. J'ai pu constater dans des quartiers précis que les choses s'étaient arrangées ; dans d'autres, ce n'est pas encore assez, c'est le moins que l'on puisse dire.
Il vous faut du temps, Monsieur CONTASSOT. Vous l'avez... mais pas trois ans, quelques mois encore...
La parole est maintenant à M. LEKIEFFRE...
Mme Françoise de PANAFIEU, maire du 17e arrondissement. - Venez dans le 17e, vous verrez !
M. LE MAIRE DE PARIS. - D'accord, je viendrai. Mais vous savez, Madame, puisque vous voulez vraiment m'interpeller là-dessus, un matin, à la radio, j'ai entendu le maire du 5e arrondissement dire : "Mon arrondissement est très sale, c'est une sanction politique".
Le hasard d'un rendez-vous m'a permis, en sortant de ce rendez-vous, d'aller passer une heure (c'était il y a quinze jours environ) dans le 5e arrondissement à aller voir le maximum de rues. C'était nickel ! J'ai vu un matelas abandonné...
Quelques heures après, j'allais dans une partie du 18e. Permettez-moi de vous dire, Monsieur CONTASSOT, que j'aimerais que le 18e soit aussi propre que le 5e !
(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste et radical de gauche, communiste, "Les Verts" et du Mouvement des citoyens).
Et maintenant, la parole est à M. LEKIEFFRE.
Ce sont des questions d'actualité, Madame de PANAFIEU...
Mme Françoise de PANAFIEU, maire du 17e arrondissement. - Venez, vous verrez...
M. LE MAIRE DE PARIS. - C'est mon droit de donner des informations, c'est même mon devoir, mais je viendrai. Vous pensez que je vais me gêner ? Vous savez, il m'arrive de passer dans le 17e sans nécessairement vous téléphoner avant !