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Septembre 2015
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relatif au mouvement de boycott d'Israël.

Débat/ Conseil municipal/ Septembre 2015


 

M. Bruno JULLIARD, premier adjoint, président. - Nous passons à l'examen du v?u référencé n° 24, déposé par le groupe les Républicains, relatif au mouvement de boycott d'Israël. La parole est à Mme la Présidente Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET.

Mme Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET. - Merci, Monsieur le Maire, mes chers collègues, il y a des débats qui ne doivent pas être escamotés et sur lesquels il est important que les avis des élus soient sus et entendus.

Et pourtant, il y en a un qui peine à être abordé dans notre Assemblée, et sur lequel certaines positions restent désespérément floues.

Avec mes collègues du groupe les Républicains, nous pensons qu'il est temps de se prononcer et de comprendre dans cette Assemblée, qui condamne clairement le boycott illégal, je le rappelle, d'Israël, et qui l'entretient de manière insidieuse. Les positions sont parfois floues. Floues, parce qu'on ne peut pas justifier l?organisation d?une manifestation comme Tel Aviv sur Seine cet été, comme cela a été fait par la Maire en découplant Tel Aviv d'Israël, comme si Tel Aviv était une sorte d?extra territorialité et comme si Israël pouvait être découpé en morceaux. Tel Aviv sur Seine, qui était avant tout une manifestation culturelle, est devenue, en raison du manque d'anticipation, une polémique nationale qui a attisé les tensions entre les communautés, et finalement, on a eu un événement qui ne ressemblait ni de près ni de loin ni à Tel Aviv, ni à Paris. Floues, quand la Maire de Paris reçoit, la semaine dernière - et à aucun moment on ne met en cause le protocole qui veut que la Ville reçoive les hommes de son rang - le Président de l'autorité palestinienne pour lui remettre la médaille Grand Vermeil de la Ville de Paris à l'occasion de la journée mondiale de la paix. Ce jour-là, la Maire de Paris répète à l'envi qu'il est un homme de paix, mais à aucun moment, publiquement, ne le rappelle à son devoir d?apaisement ni ne lui demande des comptes sur ses récents propos. Floues enfin, vendredi dernier au moment de la polémique sur les agendas distribués dans les écoles, parce qu'on ne peut pas s'abriter derrière une erreur de fabrication, comme cela a été fait par la Municipalité ce week-end pour justifier que l?État d?Israël ait été tout bonnement rayé des cartes dans les agendas qui ont été distribués aux petits Parisiens. Ces fous, mes chers collègues nourrissent une vision portée par une organisation dénommée BDS, qui appelle ouvertement au boycott d'Israël. Eh bien, avec les élus de mon groupe, nous considérons qu'il est impossible de soutenir dans nos discours aussi bien que dans nos actes, une telle association, et nous espérons que notre Assemblée, par le v?u que nous proposerons, s'attachera à défendre notre position. Je vous remercie.

M. Bruno JULLIARD, premier adjoint, président. - Pour répondre à cette intervention, la parole est à M. Patrick KLUGMAN.

M. Patrick KLUGMAN, adjoint. - Madame Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET, je voudrais vous dire, d'abord, et en forme de préambule, combien je suis atterré par cette intervention. Et je vais vous dire pourquoi. D'abord, parce que le v?u que vous nous proposez est, de sa propre rédaction, d'une inutilité parfaite, puisqu'il rappelle les positions constantes de la Maire de Paris, et de la Ville de Paris, sur le mouvement que vous nous proposez de condamner. Anne HIDALGO, comme Bertrand DELANOË, dès 2010, ont signé une tribune dans "Le Monde", dans laquelle ils condamnaient sans réserve le mouvement de boycott d'Israël et BDS. Mais ce n'est pas tout, ce n'est pas comme si nous n?étions que dans une condamnation de façade, la Ville de Paris a des liens actifs d'amitié avec Israël, avec les villes israéliennes. Nous nous sommes rendus hors des périodes électorales, Madame KOSCIUSKO-MORIZET, avec une délégation du Conseil de Paris où vous n'avez pas cru utile de vous joindre, ni même d'envoyer un des maires d'arrondissement qui sont encore quelques-uns sur vos rangs, d'envoyer Valérie MONTANDON. Je pense que vous ne savez pas exactement ce qu?il s'est passé dans ce voyage. On n'est pas obligé d'aller en Israël qu'en période électorale et lors de ce voyage, Madame KOSCIUSKO-MORIZET, nous avons fait suite à un v?u que nous avions adopté ensemble, dans lequel nous avions décidé de renforcer les liens d'amitié avec les villes israéliennes. Ce v?u, nous l'avons signé à Jérusalem, et il a donné lieu à un débat important ici au Conseil de Paris, au mois de mai, lorsque nous débattions de l?action internationale de la Ville et à cette place, à la place du président du Conseil, Anne HIDALGO a réitéré ce qu'elle pensait du mouvement de boycott d'Israël. Mais ce n'est pas tout, car c'est bien beau de dire ici : que pensez-vous d'un mouvement sur lequel vous connaissez comme tout le monde notre position ? C'est bien beau de le faire, mais je vais vous dire où se trouve le courage en politique. Le courage, écoutez-moi s'il vous plaît, le courage en politique, c?est être comme nous l'étions quelques-uns, avec Valérie MONTANDON, à Jérusalem, au Consulat général de France, avec des militants palestiniens qui nous disaient : " Madame HIDALGO, nous voulons que vous boycottiez Israël ". Et devant eux, elle a dit, " Anne HIDALGO, Maire de Paris, je ne serai pas d'accord avec vous et ne soutiendrai jamais le boycott d'Israël ". C?est une chose de le dire place du Trocadéro, c?en est une autre de le dire là-bas et de tenir le même discours. Vous avez bien voulu parler de Tel Aviv sur Seine, lors de Tel Aviv sur Seine, vous avez bien vu que le débat était de celui de boycotter ou pas Israël et de prendre prétexte de Tel Aviv pour boycotter Israël. À cette occasion encore et une nouvelle fois dans "Le Monde", la Maire de Paris a réitéré cette position. Le débat a été quand même un peu extra municipal, il a même été national et même international. Qu'avez-vous dit à ce moment-là ? Absolument rien ! Alors votre courage, qui n?en est pas un, et qui est même le contraire, nous nous en passons. Maintenant, vous nous parlez de la réception du président ABBAS. Le président ABBAS, que nous sommes heureux d'avoir reçu ici, a dit la chose la plus importante sur le boycott d'Israël. Il a dit dans le bureau d'Anne HIDALGO, " nous avons besoin de votre lien avec les villes d'Israël et avec Israël ", et ce qu'a dit le président ABBAS, je tiens à le saluer, ce qui prouve à la fois le bien-fondé d'une politique qui est une politique d'équilibre, qui est une politique qui à la fois condamne le boycott et encourage la paix, qui condamne les formes insidieuses d'isolement d'Israël et en même temps fait en sorte que le droit à l?autodétermination du peuple palestinien soit reconnu. Voilà ce que nous voulons faire et voilà en quoi était utile, y compris la réception du Président ABBAS. Quant à l'affaire des agendas, vous avez mal lu, je pense, le communiqué de presse de la Ville de Paris, puisqu'il rappelait la réalité, que nous n'avions pas de responsabilité dans cette affaire, mais nous avons tenu à rappeler que nous ne supportions pas la moindre forme d'isolement d'Israël parmi le concert des nations, ce qui nous laisse quand même une liberté d'appréciation sur sa politique évidemment. Nous rejetons ce v?u, parce qu'il est d'une lâcheté et d?une man?uvre politicienne inacceptable. Inacceptable !

M. Bruno JULLIARD, premier adjoint, président. - Merci, Patrick KLUGMAN. Je suis saisi de deux explications de vote. Je vous redonne la parole. D'abord, Mme Valérie NAHMIAS.

Mme Valérie NAHMIAS. - Monsieur le Maire, mes chers collègues, nous voterons bien évidemment au groupe UDI-MODEM le v?u des Républicains. Ce mouvement, qui est totalement hors la loi, doit être condamné officiellement et fermement par la Ville de Paris. Je suis désolé, Monsieur KLUGMAN, mais sans partir en Israël pour témoigner son amitié, il reste encore trop de laisser-aller, que ce soit sur les marchés parisiens ou dans les rues. Nous parlons de Paris. Je me permettrai de souligner que certains amendements dans le v?u sont inutiles, notamment un. Je pense que, sur ces bancs et au niveau parisien, aucun groupe ne remet en question l'état d'Israël. Aussi, cette phrase, je la cite : "Considérant que dans leur majorité, les Parisiens reconnaissent à Israël le droit d'exister en tant Etat juif." Je considère cette phrase inutile. C'est la seule chose que je rajouterai dans ce v?u. Sinon, pour moi, l'initiative était indispensable. Bravo et nous voterons bien sûr ce v?u.

M. Bruno JULLIARD, premier adjoint, président. - Merci. Pour le groupe Ecologiste de Paris, explication de vote de M. Jérôme GLEIZES.

M. Jérôme GLEIZES. - Merci, Monsieur le Maire. Il est difficile de faire un débat géopolitique de cette façon, au détour d'un v?u. J?en profiterai uniquement pour rappeler la position d'EELV et dire pourquoi nous nous opposons à ce v?u. Par rapport à la question du boycott, il faut distinguer les productions israéliennes faites dans les territoires occupés et celles qui sont faites en Israël. La position des Ecologistes, comme le droit international le dit, c'est le boycott de tous les produits fabriqués par des entreprises israéliennes dans des colonies palestiniennes. Voilà la position des Ecologistes. C?est aussi la position du droit international et d?ailleurs, des entreprises israéliennes sont souvent condamnées sur le fait que ces produits soient faits sur des territoires occupés. Ensuite, sur la question de la reconnaissance de la Palestine et d'Israël, j'ai entendu ici quelque chose de très inquiétant. Ne pas reconnaître l'autorité de M. ABBAS, c'est ne pas reconnaître de fait la Palestine. La position des Ecologistes est de reconnaître les deux Etats. Nous reconnaissons les deux autorités principales, à la fois M. NETANYAHU, même si on n'est pas d'accord avec sa politique, et M. ABBAS pour la Palestine. C'est cela, le respect de deux Etats, de ces deux autorités désignées par leur peuple. Merci.

M. Bruno JULLIARD, premier adjoint, président. - Merci beaucoup, Monsieur GLEIZES, pour ce rappel. La parole est à Mme Raphaëlle PRIMET, pour le groupe Communiste - Front de Gauche.

Mme Raphaëlle PRIMET. - Evidemment, notre groupe votera contre ce v?u, qui ne m?étonne pas tellement parce que j'ai des souvenirs de jeune militante contre l'Afrique du Sud et déjà, à l'époque, vous étiez contre le boycott de l?Afrique du Sud et vous traitiez Nelson Mandela de terroriste. Dont acte, vous continuez dans la même lignée. Le camp de la paix, c'est le camp de ceux qui veulent faire appliquer le droit international. Ceux qui militent pour le boycott, évidemment dans les termes définis par Jérôme, dont nous faisons partie, sont ceux qui agissent pour le respect du droit international. Aujourd'hui, il se trouve qu'Israël a un gouvernement d'extrême droite qui viole tous les jours, tous les jours, les droits du peuple palestinien. Je dirais que votre v?u est une provocation lamentable.

M. Bruno JULLIARD, premier adjoint, président. - C'est assez clair. M. GOASGUEN comme Mme KOSCIUSKO-MORIZET ont estimé qu'ils avaient été mis en cause. Cela m?a un peu échappé. Mais pour éviter un incident de séance, on gagnera du temps à ce je vous donne de manière très brève la parole. Madame KOSCIUSKO-MORIZET ?

Mme Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET. - Merci, Monsieur le Maire. Ce sera très bref. Monsieur KLUGMAN, heureusement que vous êtes avocat, parce que comme acteur, vous êtes mauvais. Vous n'êtes pas atterré mais vous êtes gêné, profondément gêné et j'en veux pour preuve des échanges de mails entre nos cabinets, ce week-end, quand vous avez proposé des amendements, puisque vous nous demandiez de supprimer "Considérant, dans la majorité, que les Parisiens reconnaissent à Israël le droit d'exister en tant qu?état juif." Ah bon, il n'y a pas une majorité de Parisiens qui reconnaît à Israël le droit d?exister ? Expliquez-vous. Vous nous demandiez de supprimer "Considérant qu?Ethan SCHWARTZ, le conseiller du maire de Tel Aviv, dont la Maire de Paris et l?Exécutif se disent très proches, a déclaré : "Tout appel à boycotter Israël est une forme d'antisémitisme." Est-ce que cette déclaration vous gêne ? Il l'a bien déclarée et vous nous demandiez enfin de supprimer le c?ur du v?u qui n?avait plus donc aucun intérêt, "Condamne le boycott envers Israël". Bref. Merci, Monsieur le Maire.

M. Bruno JULLIARD, premier adjoint, président. - Je note que votre intervention n?est en rien une réponse à une mise en cause de M. KLUGMAN. Mais, cela dit, vous avez eu la parole. En revanche, Monsieur GOASGUEN, j?ai cru comprendre que vous avez été largement mis en cause. Je ne l?ai pas compris, mais vous l?avez dit, en tout cas. Allez-y.

M. Claude GOASGUEN, maire du 16e arrondissement. - Monsieur KLUGMAN, je suis plus souvent, beaucoup plus souvent en Israël que vous. Je connais beaucoup mieux la vie politique israélienne et palestinienne que vous. Alors me dire que je suis sur le Trocadéro, c'est une rigolade ! Je suis consterné par votre intervention. Comment, vous, vous passez des v?ux sur le Yémen, très bien, sur la culture des saucisses à Monaco demain, mais sur Israël, on n?aurait pas le droit de présenter un v?u ? Mais où vous croyez-vous ? Vous passez des v?ux sur n?importe quelle affaire géopolitique mineure, nous les votons par solidarité. Mais sur une question aussi importante que le boycott d'Israël, qui est reconnu par l'O.N.U., à la différence de l'autorité palestinienne que vous appelez d'ailleurs "Palestine", ce qui n'est pas son appellation, puisque sur les cartons il est indiqué président de la Palestine. A ma connaissance, juridiquement la Palestine n?existe pas encore ; il y a l'autorité palestinienne. Quand on parle de boycott, qui est une atteinte au droit international et au droit interne, vous ne vous solidarisez pas sur cette affaire parce que soi-disant c'est hors sujet et c?est politicien. Monsieur KLUGMAN, vous avez perdu la raison ! Allez en Israël et en Palestine de temps en temps au lieu de discuter dans les couloirs de l'Hôtel de Ville. Cela vous fera du bien.

M. Bruno JULLIARD, premier adjoint, président. - Merci, Monsieur GOASGUEN. Pour conclure effectivement ce débat, une dernière intervention avant, évidemment, de donner la parole à Patrick. La parole est donc à Mme MONTANDON, qui a été durement mise en cause et qui va pouvoir répondre.

Mme Valérie MONTANDON. - Je voulais juste préciser que quand cela vous arrange, je suis caution de la représentativité du groupe de la délégation en Israël, mais que dans d'autres cas, je suis simplement une sous-élue qui n'a pas sa place. C'est dur à suivre. Je voulais juste vous rappeler que dans cette même instance, il n?y a pas très longtemps, il y a eu un vote sur l?Espace Culturel et Universitaire Juif, à Nation, et que trois groupes de votre formation politique ont voté quand même contre. Donc, oui, en effet, ce v?u a toute sa justification.

M. Bruno JULLIARD, premier adjoint, président. - Cela n?a rien à voir. Cela n'a strictement rien à voir, Madame. Pour ne pas rallonger les débats, je suggère, Patrick, que tu ne répondes pas sur ce dernier point pour que nous gagnions du temps puisque c?est absolument hors sujet. Dernière intervention, Patrick, pour quelques secondes.

M. Patrick KLUGMAN, adjoint. - Simplement, Madame KOSCIUSKO-MORIZET, je vous fais grâce de vos appréciations sur mon état d'esprit. Il y a des choses que je peux entendre et d'autres que je ne peux pas entendre. J'ai passé assez d'années dans ma vie à militer et à combattre, y compris parfois sous des menaces de mort que nous n?avez pas reçues, en tout cas pas pour celles-là, des gens qui sont assez radicaux sur la question du boycott d'Israël. Je vous invite à consulter mes réseaux sociaux pour le savoir. Quand vous en aurez fait un peu moins sur ce sujet, vous pourrez venir me remettre en cause. Les échanges que nous avons eus, mon cabinet avec le vôtre, viennent simplement du fait que, effectivement, vous connaissez notre position, que j?ai rappelée là, c'est la position d'Anne HIDALGO. Maintenant, le sujet est délicat et la Ville de Paris a une politique qui est très claire : le rejet du boycott, la condamnation de BDS, je pense qu?elle ne souffre pas de débat ici. Vous le savez, vous l?avez même écrit. Si vous écoutez ce que vous dit Jérôme GLEIZES, il ne vous dit pas autre chose. Monsieur GOASGUEN, je voudrais finir, on a une politique à Paris qui est importante et je crois que l'on devrait en être fier. Je pense, d'ailleurs, qu'en Israël et en Palestine, on nous en remercie. Vous savez, Monsieur GOASGUEN, ou Madame KOSCIUSKO-MORIZET, qui êtes candidats à tout, je ne sais pas à quoi vous serez candidats à l'avenir, mais que l'on nous préserve d?une candidature de votre part à l'Organisation des Nations Unies, sinon cela nous promet encore plus de conflits et nous en avons déjà bien assez.

M. Bruno JULLIARD, premier adjoint, président. - Merci, Patrick KLUGMAN.

Je mets aux voix, à main levée, la proposition de v?u déposée par le groupe les Républicains, assortie d'un avis défavorable de l'Exécutif.

Qui est pour ? Contre ? Abstentions ? La proposition de v?u est repoussée.