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Janvier 2000
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Conseil Municipal
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13 - I - Question d'actualité déposée par Mme BRAQUY, au nom du groupe "U.D.F. et Modérés", à M. le Préfet de police concernant l'insécurité constante à Paris

Débat/ Conseil municipal/ Janvier 2000


M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - Nous commençons par la question déposée par Mme BRAQUY, au nom du groupe "U.D.F. et Modérés", et adressée à M. le Préfet de police.
La parole est à Mme BRAQUY.
Mme Arlette BRAQUY. - Monsieur le Préfet de police, mes chers collègues, comme nous le savons, les problèmes d'insécurité, de délinquance notamment des plus jeunes, se posent de plus en plus avec acuité à nos cités, dans des quartiers que l'on décore pudiquement du terme de sensible, dans certaines zones périphériques ou des banlieues qui deviennent peu ou prou des secteurs de non droit.
Le phénomène est général et toutes les régions françaises de métropole ou d'Outre-Mer sont concernées. Sur les 22 régions métropolitaines, 13 ont enregistré en 1998 un accroissement de leur criminalité. L'Ile-de-France constitue, et de loin, la région qui comptabilise le plus de crimes et de délits. Pour ce qui concerne Paris intra muros, la criminalité connaît en 1998 une progression sensible de 4,60 %, plus marquée que celle relevée au plan national.
Paris n'est pas sûre, hélas.
Bien évidemment, et c'est ce que je disais à M. Le Préfet de police, la police à elle seule ne peut assumer les problèmes de délinquance notamment celle des jeunes et pallier les carences en matière d'éducation des familles.
Des mesures sévères s'imposent. Comment, en effet, assurer la mixité sociale tant prônée par le Gouvernement si les victimes des délinquants souhaitent quitter le patrimoine social ?
Nous sommes chaque jour confrontés à de telles demandes. Nous ne pouvons plus nous permettre de laxisme. Toutes les tentatives d'insertion sur Paris, même si elles sont divinement bien dirigées, montrent leurs limites et les difficultés demeurent.
Difficultés au quotidien pour les travailleurs, les familles, les personnes âgées, angoissés chaque jour par l'insécurité permanente, les voitures brisées, volées, les cages d'escalier, d'ascenseur souillées, les graffitis, les injures, la drogue, les agressions et j'en passe.
Les mineurs sont livrés à eux-mêmes jusqu'à 2 heures du matin sur les sites. Quel travail scolaire peuvent-ils effectuer ? Quel sera leur avenir et celui de la société ? Ils sont forcément les déshérités de demain et, les travailleurs, leurs victimes du futur. Il est temps que le Gouvernement prenne ses responsabilités.
Je rappelle à ce sujet qu'en septembre dernier, M. BARIANI, au nom du groupe "U.D.F. et Modérés", avait déjà appelé votre attention, Monsieur le Préfet de police, sur la montée de l'insécurité et des violence à Paris et, depuis sa création, notre groupe a maintes fois insisté sur la nécessité de créer une police municipale dans la Capitale, mais une police municipale, nous l'admettons, qui ne peut oeuvrer seule. Il faut la participation de tous les acteurs sociaux et judiciaires.
Nous intervenons aujourd'hui pour une question d'actualité sur l'insécurité parce que des problèmes de délinquance se posent particulièrement dans le 20e arrondissement, dans les secteurs sensibles tels que Envierges, 140, rue Ménilmontant, la cité Patrice de la Tour du Pin, etc.
C'est justement dans ce secteur que, très récemment, le gardien de l'ensemble immobilier du 19, rue Patrice de la Tour du Pin a été agressé et transporté dans le coma à l'hôpital. Vous pouvez imaginer l'émotion bien compréhensible des habitants de ce quartier qui, pour la plupart d'entre eux, vivent dans le respect des règles de la République et de la cité, et qui souffrent de l'incivisme, de la délinquance et des malversations de tous ordres de quelques-uns.
Une véritable psychose s'est créée et les demandes de changement d'appartement se multiplient.
Il est temps de réagir. Alors, Monsieur le Préfet de police, si vous me le permettez encore une fois, faites maintenir la sécurité dans les quartiers, faites en sorte que nous puissions établir la mixité sociale et l'intégration harmonieuse des étrangers, en situation régulière et respectueux des règles de la république dans la société. Je vous remercie.
(Applaudissements sur les bancs du groupe "U.D.F. et Modérés").
M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - La parole est à M. le Préfet de police.
M. LE PRÉFET DE POLICE. - Merci, Monsieur le Maire.
Madame le Conseiller, Mesdames et Messieurs les Conseillers, la lutte contre les violences urbaines, dans le 20e arrondissement notamment, fait partie des priorités que s'assigne la Préfecture de police dans la Capitale, en particulier sous la forme d'actions particulièrement soutenues de la part de la Direction de la Police urbaine de proximité. Dans le 20e arrondissement, la réponse policière, qui est forte, s'appuie sur une présence en continu, un îlotage resserré. Elle s'appuie aussi sur des patrouilles pédestres et motorisées, et des opérations de sécurisation répétées. L'îlotage tout d'abord. Il a fait l'objet d'un redécoupage et d'un renforcement intégrant systématiquement toutes les cités sensibles implantées dans le 20e et son efficacité a été notablement améliorée avec la création, le 20 octobre dernier, d'un groupe de soutien à îlotage, composé d'un gradé et de 10 fonctionnaires répartis en deux groupes, qui patrouillent dans l'ensemble de ces cités, de 16 heures à 2 heures du matin.
S'agissant des opérations de sécurisation, j'indiquerai qu'elles sont conduites régulièrement par des effectifs locaux de police urbaine de proximité et que s'y ajoutent des opérations mobilisant les unités de la police urbaine de proximité. Je veux citer la BAC de jour, l'unité cynophile, la BAC de nuit. S'y ajoutent aussi des unités de la Direction de l'Ordre public et de la Circulation. Je fais allusion aux compagnies de district, qui sont renforcées ponctuellement par une compagnie républicaine de sécurité.
Au cours des deux derniers mois de l'année, une trentaine de ces opérations particulières ont été conduites dans le 20e arrondissement afin d'accentuer la lutte contre la toxicomanie et l'insécurité ressentie par les riverains face aux regroupements des jeunes dans les cités sensibles.
Au cours de ces opérations, plus de 4.000 personnes ont fait l'objet d'un contrôle. 59 d'entre elles ont été interpellées, 10 au motif d'infraction à la législation sur les stupéfiants, 4 pour infraction à la législation sur le séjour des étrangers en France. Cette action concentrée en direction des grandes cités, notamment la cité Bognet, la cité Patrice de la Tour du Pin, la Z.A.C. "Saint-Blaise", intègre également un travail partenarial avec les principaux bailleurs sociaux à savoir l'O.P.A.C. et la S.A.G.I.
Cette collaboration étroite a porté ses fruits au sein de la cité Bognet, 140, rue de Ménilmontant où un calme et une sécurités relatifs ont été restaurés au cours de ces dernières semaines. Les rassemblements en soirée y ont quasiment disparu et aucun animal dangereux n'y circule plus actuellement. La brigade cynophile y est extrêmement attentive.
Quant à la Z.A.C. "Saint-Blaise", un incident s'est produit square des Cardeurs, le 19 janvier. Il est à mettre au compte des affrontements qui opposent régulièrement des jeunes de ce site à d'autres jeunes de la rue des Haies.
L'opération de sécurisation, qui a été immédiatement déclenchée sur les lieux et qui a mobilisé la BAC du secteur, la BAC d'arrondissement, les îlotiers et l'unité cynophile, a conduit à l'interpellation de deux individus détenteurs de 125 grammes de haschisch. Pour autant, cet incident sérieux et regrettable demeure isolé. Le site connaît actuellement une relative tranquillité.
La situation du secteur de la Tour du Pin demeure plus préoccupante. Des incidents successifs s'y sont produits. Le dernier en date remonte au 13 janvier et la victime en est un gardien de l'O.P.A.C. agressé lâchement par plusieurs individus. Cette affaire n'a toujours pas été élucidée. Elle est suivie avec le plus grand soin par le service d'accueil, de recherche et d'investigation judiciaire du 20e arrondissement, qui poursuit ses investigations.
Depuis le 1er janvier, l'action policière a permis la réalisation de 6 affaires de stupéfiants conduisant à l'interpellation de 11 individus. Deux chiens à la dangerosité avérée ont été placés en fourrière. Une procédure pénale a été établie et leurs propriétaires ont été interpellés. Dans le cadre de cette action ciblée que j'évoque en direction de ce secteur et de celui de Saint-Blaise, je citerai une dernière intervention à mettre à l'actif des fonctionnaires locaux de la police de proximité, et qui témoigne de leur engagement et de leur détermination dans la lutte contre la délinquance juvénile. Elle s'inscrit dans le dispositif mis en place pour lutter contre des faits de violence exercés par des adolescents originaires de ces deux quartiers, aux abords des lycées Hélène-Boucher, Maurice-Ravel et Lucie-Faure. Ce dispositif a ainsi permis, hier, 24 janvier, en fin de journée, l'interpellation des six auteurs, donc cinq mineurs, d'un flagrant délit de racket perpétré à l'encontre d'un adolescent de 14 ans, devant le collège Lucie-Faure.
Bien entendu, Madame le Conseiller, Monsieur le Maire, Mesdames et Messieurs les Conseillers, mes services resteront particulièrement mobilisés sur l'ensemble des sites sensibles, du 20 arrondissement notamment.
M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - Merci, Monsieur le Préfet de police.