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Decembre 2015
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Conseil Municipal
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2015 DLH 383 - Réalisation 88, rue Ménilmontant (20e) d’un programme de construction de 45 logements étudiants par "l’Habitation Confortable".

Débat/ Conseil municipal/ Décembre 2015


 

Mme Colombe BROSSEL, adjointe, présidente. - Nous examinons maintenant le projet de délibération DLH 383 et les amendements n° 150 et n° 150' : réalisation 88, rue Ménilmontant d?un programme de construction de 45 logements étudiants par "l?Habitation Confortable". La parole sera successivement à M. Jérôme GLEIZES, Mme Danielle SIMONNET, Mme Raphaëlle PRIMET, pour 5 minutes maximum.

M. Jérôme GLEIZES. - C?est dommage que M. MISSIKA soit parti parce que c?est un peu la suite du débat. Ce projet de délibération est assez mystérieux. Derrière un titre avenant "DLH 383 : réalisation au 88, rue Ménilmontant d?un programme de construction de 45 logements étudiants par "l?Habitation Confortable"" se cache un projet commercial d?une superficie aussi importante, mais dont les détails nous sont inconnus ou du moins ils ne sont pas publics. Face à cela, l?Exécutif est obligé de déposer un amendement technique mais qui est en fait une litote. Ce qui n?était pas possible en Conseil d?arrondissement devient possible en Conseil de Paris. Par la magie d?un amendement technique qui est, en fait, une réécriture du projet de délibération qui devient, de fait, un projet de délibération nouveau. C?est pourquoi je préfère faire des projets de délibération que des v?ux. Ce projet de délibération mystérieux cache en fait un lieu mythique de la scène alternative parisienne, "La Miroiterie". "La Miroiterie" est un des derniers lieux de culture populaire autogéré alternatif à Paris. En sursis depuis 2007, depuis le rachat des murs par un groupe d?investissements, ce lieu a été victime d?un incendie criminel en 2014. C?est en 1999 que s?installe ce "squart" qui est la contraction de squat et art. Héritière de la culture underground, alternative et punk des années 1980, "La Miroiterie" était entièrement autonome, ne dépendant d?aucun label ou d?une grosse régie de l?industrie artistique, ouverte aux artistes du monde entier, Manu CHAO, la saxophoniste, et David MURRAY y ont joué alors qu?ils n?étaient pas aussi connus qu?aujourd?hui. Elle est devenue par la suite une salle où les meilleurs groupes de free jazz et de jazz contemporain ont joué. Un marchand de biens, Edmond COIGNET, a essayé de faire une opération spéculative, mais heureusement Paris Habitat a pu racheter toutes les parcelles concernées. Malheureusement, à la suite de cette vente, une grande opacité s?est installée sur cette parcelle. L?opacité est telle que l?adjointe à l?urbanisme du 20e arrondissement a refusé de présenter ce projet de délibération, sur lequel elle n?a pas été associé, sous le prétexte que tout était lancé depuis l?ancienne mandature. Pourtant, un incendie criminel, qui a mis fin au squart "La Miroiterie" en accélérant la procédure d?expulsion par la Préfecture de police grâce à un arrêté de péril, a eu lieu le 25 et 26 avril 2014, un mois après l?élection des élus de cette mandature. Logiquement, nous avons demandé un retrait du projet de délibération pour qu?une concertation soit mise en place sur le devenir de la partie "La Miroiterie", et non sur la partie concernée par la construction de logements étudiants. La maire du 20e arrondissement l?ayant refusé, nous avons été contraints de voter contre ce projet de délibération. La découverte d?un projet caché lors de ce Conseil d?arrondissement a créé beaucoup d?émoi. Dans ce quartier et bien au-delà, car la renommée de "La Miroiterie" dépasse largement les frontières de Ménilmontant. D?ailleurs je pense que Bruno JULLIARD pourra nous le confirmer. Je parle de projet caché car la fiche technique comporte très peu d?éléments sur le local d?activité, sauf le prix d?ami de 199 euros le mètre carré, appelé sous une autre litote "local d?activité". Sa taille est pourtant importante : 1.300 mètres carrés, alors que la partie du logement étudiant des deux parcelles de 880 mètres carrés et 420 mètres carrés est très documentée. Pourtant, les projets semblent bien avancés sur cette parcelle, à écouter les détails donnés par la Maire, malheureusement qui n?est pas présente, avec des toits végétalisés, des spas, du coworking, le déplacement des sorties de secours, etc. Une nouvelle fois, la démocratie locale est mise à mal après le 48, rue Ramponeau, et Grésillon dont on vient de parler. Pourquoi ces éléments n?étaient pas dans la fiche technique ? Pourquoi il n?y a pas de concertation ? Le lieu serait-il loué avant d?avoir été construit et le prix négocié par avance ? J?espère que j?aurai des réponses. Ce projet de délibération amendé répond heureusement à nos remarques. Comme je l?ai déjà dit, ce qui n?était pas possible en Conseil d?arrondissement est devenu possible en Conseil de Paris. Le local d?activité sera affecté après une concertation. Il n?est plus fait mention du prix de location, est effacée la référence à La Bellevilloise qui semblait, au regard de l?ancien projet de délibération, avoir préempté l?espace cité. Et il est maintenu que le lieu conserve la pratique du site existant de "La Miroiterie", c?est-à-dire au minimum la salle de concerts. Cependant, il reste un problème et non des moindres : le permis de construire doit être déposé en janvier 2016, dans bientôt un mois. S?il est important de ne pas retarder les travaux sur la partie résidence étudiante, comment faire une réelle concertation sur le local d?activité ? Il sera question d?un nouveau passage en force. J?espère que l?on aura des réponses assez rapidement pour ne pas avoir la même situation que l?on a eue pour Grésillon, et que dans 3 mois, on soit encore en désaccord avec M. MISSIKA. Merci d?avance.

Mme Colombe BROSSEL, adjointe, présidente. - Merci beaucoup, Monsieur GLEIZES. La parole est à Mme Danielle SIMONNET.

Mme Danielle SIMONNET. - Je vous le dis, il va falloir arrêter cette arrogance. Je vous le dis pour M. MISSIKA parce qu?il y en a ras-le-bol ! Il y en a ras-le-bol de se permettre une telle arrogance quand, à un moment donné, la vérité c?est que les dossiers sont traités et on met les citoyens et les élus devant le fait accompli. Et comme le dit Jérôme GLEIZES, ce projet de délibération que nous allons aborder est bien révélateur de la même méthode. Evidemment, à première vue, un projet en faveur du logement étudiant, on ne peut qu?approuver vu le manque de logements étudiants au loyer accessible sur la Capitale. Je vais voter contre ce projet de délibération, car il n'est pas honnête de déconnecter ce projet de délibération du projet prévu au rez-de-chaussée pour le financer. Et le rétropédalage sur ce projet de délibération que l'on a à ce Conseil montre bien qu?il y a un problème, et que vous reconnaissez au moins à moitié qu'il y a un souci. Je voterai contre parce que par cette omission, qui j'en suis persuadée était volontaire de votre part, vous déconnectez le projet prévu au rez-de-chaussée pour le financer, vous méprisez toute une histoire collective et un attachement présent dans ce quartier, celui lié à "La Miroiterie", celui de lieux culturels partagés. Il existe par ailleurs déjà à 30 mètres des logements étudiants qui sont déjà bien peu intégrés dans le quartier. Quand on construit du logement étudiant, on doit aussi penser comment on l'intègre dans le quartier. Et penser comment on l'intègre dans le quartier, c'est construire les projets avec les habitants du quartier. Ces logements étudiants sont construits donc sur la parcelle où existait auparavant "La Miroiterie", lieu alternatif unique de musique "underground", mais aussi lieu unique où se mêlaient diverses activités d'éducation populaire dans un esprit de liberté, d'engagement sans équivalent dans la Capitale. Lors du Conseil du 20e arrondissement, nous avons découvert que le financement de ces logements étudiants serait étroitement lié à des activités lucratives au rez-de-chaussée. On nous a parlé d'un spa, d'espaces de "coworking", nouvelle mode pour désigner au final des espaces de bureaux, une galerie, des boutiques artisanales, l?anticipation d'un mur d'expression pour essayer de garder au moins l'esprit artistique, et une salle de spectacles de 100 places. Bien sûr, on salue la volonté de la Ville qui a assumé de racheter aux marchands de biens qui en 12 ans avaient acquis 48 lots attenants. La Ville prétend par ce projet défendre l'intérêt général en maintenant la vocation culturelle du lieu, mais pourquoi la défense de cet intérêt général ne peut-elle pas être compatible avec une réelle implication des citoyens, des acteurs du quartier dans leur ensemble, dans l'élaboration du projet ? Nous, élus, nous avons découvert cela lors de la séance du Conseil d'arrondissement. Pourquoi ? Comment cela se fait-il ? L'équipe qui faisait vivre "La Miroiterie", sans aide d?ailleurs de la Mairie, a-t-elle été associée à la réflexion des futurs espaces ? Non. Pourtant, elle s'est constituée en association depuis 2013, à la demande même de la Mairie. Elle a fait deux demandes de locaux dans des locaux de baux de convention d?occupation précaire auprès de la Calas, rien, elle n'a toujours à ce jour aucune proposition. Les habitants du conseil de quartier, pourtant si attachés à préserver un esprit coopératif d'appropriation sociale des espaces pour des démarches de solidarité, de culture partagée, ont-ils été associés ? Non, pas le moins du monde, et Monsieur Bruno JULLIARD, cessez de dire que c'est faux, je les ai encore eus au téléphone y compris hier, donc hier, ils n?avaient toujours pas de proposition. Je ne doute pas un seul instant que vous allez nous annoncer que la concertation va commencer. Mais donnons une date de réunion d'information, parce qu'en passant, sur la question de la rue Ramponeau dont on a parlé tout à l'heure, vous nous dites que, comme on avait voté un v?u en septembre, ce n'était pas la peine de représenter un v?u. Mais quelle concertation y a-t-il eu depuis septembre ? Rien, que dalle ! Et sur ce dossier, c'est la même situation, aucune concertation. Et sur quoi va porter cette concertation si elle a lieu enfin maintenant ? Sur la couleur des boutons des portes d'entrée ? Quand accepterez-vous enfin de partir aussi des projets des habitants, de faire travailler les services, quitte à dire : attendez, on ne peut pas faire autrement, on est obligé sur les rez-de-chaussée de garder au moins tant de mètres carrés assez lucratifs parce qu?il faut faire rentrer un loyer. Mais au moins les choses seraient claires, mais dites les choses, assumez le débat, assumez la confrontation, les citoyens peuvent l'entendre. Le pire est quand les choses sont faites derrière le dos, non seulement des citoyens, mais aussi des élus et des associations. De nombreux collectifs d'artistes ne demandent qu'à trouver des espaces mutualisés, soyons ambitieux, soyons innovants pour reprendre ce mot qui vous est aussi cher, faisons un espace culturel, novateur, multidisciplinaire, un espace au service de la création et de l'appropriation sociale de la culture. Un espace engagé dans des démarches d?éducation populaire avec toutes et tous et pour toutes et tous. Alors non, je ne voterai pas ce projet de délibération, parce que cela suffit que l'on nous présente les dossiers de cette manière-là. Je vous propose d'ailleurs qu'il soit reporté et que l'on puisse retravailler avec l'ensemble des acteurs sur les projets du rez-de-chaussée, et qu'ensuite ce soit bien l'ensemble du dossier qui fasse l'objet d'un projet de délibération au Conseil de Paris. Je vous remercie.

Mme Colombe BROSSEL, adjointe, présidente. - Merci, Madame SIMONNET. La parole est à Mme Raphaëlle PRIMET, pour cinq minutes maximum.

Mme Raphaëlle PRIMET. - Ce projet de délibération concerne une parcelle emblématique du 20e, puisqu'elle a abrité pendant 15 ans "La Miroiterie", squat mais surtout lieu de spectacles, d?expositions, de diffusions musicales atypiques et de pratiques variées et alternatives. Ce lieu autogéré devenu culte a marqué la vie du quartier Ménilmontant, et sa fermeture suite à l'incendie et l?écroulement d'un mur a marqué la fin d'une époque. Ce n'est donc pas une parcelle banale, les habitants y sont très attentifs et ce, d'autant plus qu'il y a eu ces derniers mois, plusieurs projets qui ont suscité de l'émotion en ce qu'ils impactaient des lieux culturels et artistiques dans l'arrondissement, comme le 48, rue Ramponeau ou la rue Dénoyez. Les habitants sont donc extrêmement sensibilisés et mobilisés, ne souhaitant pas voir l'âme du 20e s?envoler ni dans la spéculation immobilière ni dans des projets s'éloignant trop de l'esprit de nos quartiers. Une partie d'ailleurs se réunit régulièrement à la Bellevilloise autour d?un collectif nommé "Belleville n?est pas à vendre". D'un autre côté, nous sommes conscients de l'importance de créer de nouveaux logements étudiants dans une ville qui présente encore de grosses carences en matière d'hébergement et nous ne souhaitons donc pas retarder la construction de la résidence. L'amendement proposé nous va, car il permet de lancer les travaux tout en mettant à l?arrêt le projet artistique et des surfaces dites commerciales allouées à la Bellevilloise, ce qui permettra aux habitants de prendre connaissance de ce projet. Mais ce vote ne sera pas un blanc-seing, nous serons totalement vigilants et une concertation devra être menée avec les habitants pour répondre à leurs attentes quant à ce qu'ils souhaitent voir s'installer en lieu et place de "La Miroiterie". Je vous remercie.

Mme Colombe BROSSEL, adjointe, présidente. - Merci beaucoup, Madame PRIMET. Ian BROSSAT a grand plaisir à répondre à chacun d'entre vous.

M. Ian BROSSAT, adjoint. - Je réponds bien volontiers sur ce projet de délibération, bien que n?étant ni adjoint au spa ni au hammam ni au sauna, je vous propose deux amendements de l?Exécutif au projet de délibération DLH 383, dont il a été largement question dans nos débats. Un premier amendement technique concernait une erreur matérielle portant sur les subventions utilisées. Il était fait mention de subventions de l'Etat remplacées par des subventions de la Ville de Paris, le montant total des subventions reste inchangé. Et un deuxième amendement de l?Exécutif précise que l'attribution du local en rez-de-chaussée sera déterminée à l'issue d'une concertation, ce qui vise précisément à tenir compte des remarques qui ont été faites au sein du Conseil du 20e arrondissement. Et je tiens à préciser pour finir que les financements votés dans ce projet de délibération sont forfaitaires et totalement indépendants du financement de la partie culturelle de l'opération.

Mme Colombe BROSSEL, adjointe, présidente. - Merci beaucoup, Monsieur BROSSAT. Je mets donc aux voix, à main levée, l'amendement technique n° 150. Qui est pour ? Qui est contre ? Abstentions ? L'amendement est adopté. Je mets aux voix, à main levée, l'amendement technique n° 150'. Qui est pour ? Qui est contre ? Abstentions ? L'amendement est adopté. Et je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DLH 383 ainsi amendé. Qui est pour ? Qui est contre ? Abstentions ? Le projet de délibération amendé est adopté. (2015, DLH 383). Merci beaucoup.