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Decembre 2015
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Conseil Municipal
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2015 DAC 649 - Plaque commémorative en hommage à Rafael Padilla dit "le clown Chocolat" 251, rue Saint-Honoré (1er).

Débat/ Conseil municipal/ Décembre 2015


 

M. Mao PENINOU, adjoint, président. - Le projet de délibération DAC 649 et l'amendement n° 60 qui y est rattaché portent sur la plaque commémorative en hommage à Rafael Padilla, dit "le clown Chocolat", au 251, rue Saint-Honoré. La parole est à Mme Fadila MÉHAL, puis à M. Jean-François LEGARET.

Mme Fadila MÉHAL. - Monsieur le Maire, chers collègues, je suis heureuse que nous puissions avoir l'occasion aujourd'hui de rendre hommage à Rafael Padilla, plus connu sous le pseudonyme du "clown Chocolat". Je ne reviendrai pas longuement sur les éléments biographiques de sa vie très riche mais je souhaiterais surtout vous expliquer en quoi cet hommage me tient à c?ur, et devrait tous nous tenir à c?ur. Rafael Padilla est né en 1868 à Cuba et il est mort en 1917 à Bordeaux. Rafael Padilla a été à l'origine, me semble-t-il, de plusieurs révolutions. Une révolution d'abord artistique puisque, avec le clown Footit, il a créé le célèbre duo du clown blanc et du clown Auguste. Révolution également du point de vue sociétal. Sans le savoir, Rafael Padilla a impulsé ce qu?on pourrait appeler aujourd?hui l'art-thérapie et les clowns d'hôpitaux, puisqu'à partir de 1910 il décide d'aller jouer pour les enfants hospitalisés avec un succès révélé par le personnel médical de l'époque en termes d?aide et de guérison. Il faut le dire, Rafael Padilla a une histoire assez complexe puisqu'il est né pour ainsi dire esclave dans une région du monde, Cuba, à la fin du XIXe siècle, qui pratiquait encore ce genre d?inhumanité. Abandonné par ses parents à l'âge de 10 ans, il est vendu à 8 ans par la femme qui l'avait recueilli à un riche marchand portugais qui l'amènera en Europe et une succession d'événements et de rencontres en feront d'ailleurs, dans le siècle passé, une véritable star, notamment auprès du tout Paris de l'époque. Rafael Padilla a inspiré de nombreux artistes, des frères Lumière en passant par Samuel Beckett, de Toulouse-Lautrec en passant aussi par Colette et Cocteau. Aujourd'hui, certes, après être d'une certaine façon retourné dans l'oubli, il redevient une source d'inspiration et même un modèle, à tel point qu?Omar SY l?a encore dernièrement incarné sur le petit écran. Oui, décidément, la vie de Padilla, son ?uvre, méritent de ne pas être oubliées et méritent même, je dirais, de nous inspirer. C'est vrai que ces étoiles qui étaient dans les yeux de beaucoup d'enfants quand ils le regardaient, ne doivent pas masquer les problématiques plus profondes auxquelles l'artiste avait été confronté et qui font malheureusement cruellement écho à des situations similaires de nos jours. Le numéro de duettistes entre le clown Chocolat et le clown Footit reposait généralement sur une idée principale : le clown noir brimé par le clown blanc. A l'époque, il s'agissait d'une révolution. C'était une forme de dénonciation du racisme par le rire, la caricature par le clown, le rire dans l'exagération, l'épuration des vices par le comique où, comme le disait Henri Bergson, le rire châtie certains défauts à peu près comme la maladie châtie certains excès. Puis vint l'affaire Dreyfus. Certains historiens qui se sont penchés sur l?histoire de Rafael Padilla ont tiré la conclusion que l'une des causes du déclin de ce duo clownesque, au-delà bien sûr d'un essoufflement classique est peut-être une des conséquences de l'affaire Dreyfus. En effet, le développement bienheureux d'un courant antiraciste post affaire Dreyfus et le développement d'une certaine gêne, même, à rire d'un clown noir se faisant brimer par un clown blanc. On pourra donc peut-être parler aussi un peu d'actualité puisque c'est la même gêne similaire dès lors qu'il s'agit de rire de ce genre d'inégalité. Il me semble que cette histoire fait écho à la polémique qui a suivi la tenue de l'exposition Exhibit, au Centquatre, et continue de poser la question suivante : montrer l'horreur renforce-t-il l'horreur ou l'affaiblit-elle ? Mes chers collègues, je ne peux évidemment et je n?ose prétendre répondre à cette question qui doit tous nous interroger. Mais en ces temps où les questionnements identitaires se renforcent, il est plus que jamais urgent de repenser à cet homme, ancien esclave, véritable star du tout-Paris et à la leçon de vie qu'il nous a imposée. Celui d'un temps où la France, malgré des pensées et une sociologie bien plus conservatrices qu'aujourd'hui, savait faire une place d'honneur aux talents d'où qu'ils viennent, y compris en dehors de nos frontières et où la couleur de la peau, fut-elle noire, n'était pas un motif d'indignité ni non plus une exaltation exacerbée. Je vous remercie.

M. Mao PENINOU, adjoint, président. - Merci. Jean-François LEGARET ? Amendement technique, d'accord. La parole est à M. Bruno JULLIARD.

M. Bruno JULLIARD, premier adjoint. - Oui, c?était un amendement technique de la correction d'une légère erreur d'orthographe sur le prénom de George Footit pour lequel il ne faut pas de "s" à la fin du prénom. Merci beaucoup, Fadila MÉHAL, pour cette intervention ainsi que pour cette correction, et merci au maire LEGARET. C'est en effet une très belle initiative que cette plaque commémorative en hommage au clown Chocolat, rue Saint-Honoré dans le 1er arrondissement, au 251, rue Saint-Honoré, à l'emplacement du nouveau cirque, là où il débuta sa carrière qui est actuellement le Mandarin Oriental. L'année 2016 va être riche en hommages au clown Chocolat, avec d'abord un livre qui sortira début 2016, "Chocolat, la véritable histoire d?un homme sans nom", un film également, que vous avez cité, Madame MÉHAL, ainsi qu?une exposition qui lui sera consacrée. Il est très heureux que la Ville participe à cet hommage avec l'apposition de cette plaque. Cela nous permet d'abord de rendre peut-être un double hommage, d'abord un devoir de mémoire. L?apport du clown Chocolat à la culture populaire française a très longtemps été ignoré. Rafael Padilla n'apparaît que rarement, voire pas du tout dans les ouvrages sur le cirque, contrairement à d?autres artistes, y compris d?ailleurs George Footit. Il est oublié des livres, il a été enterré dans le carré des indigents. Il était plus que temps que Paris rende hommage à ce très grand artiste qui a fait ses jours de gloire. A travers lui, c?est aussi l?occasion de saluer tous les artistes oubliés qui participent au rayonnement culturel français. Le deuxième hommage est celui rendu à la lutte contre les préjugés, contre tous les préjugés. Vous l'avez magnifiquement dit, Madame la Présidente, cet hommage est aussi le moment de rappeler les préjugés que cet artiste a dû affronter à son époque. Son parcours s'inscrit dans notre histoire commune, l'histoire de notre pays : l'esclavage, la colonisation, mais aussi la lutte contre les discriminations. Cet hommage met en évidence les ressources, notamment le soutien des institutions, indispensable, que peuvent mobiliser les personnes stigmatisées afin de devenir acteurs de leurs propres vies. C'est donc évidemment un avis favorable à l'amendement et plus encore à ce beau projet de délibération.

M. Mao PENINOU, adjoint, président. - Merci. Je mets donc d'abord aux voix, à main levée, la proposition d'amendement n° 60, déposée par le groupe les Républicains, assortie d'un avis favorable de l'Exécutif. Qui est pour ? Contre ? Abstentions ? La proposition d'amendement n° 60 est adoptée. Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DAC 649 ainsi amendé. Qui est pour ? Contre ? Abstentions ? Le projet de délibération amendé est adopté. (2015, DAC 649).