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Decembre 2015
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2015 DDEEES 154 G - Approbation du Plan stratégique de lutte contre le gaspillage alimentaire de la Ville de Paris.

Débat/ Conseil municipal/ Décembre 2015


 

M. Bruno JULLIARD, premier adjoint, président. - Nous passons au projet de délibération DDEEES 154 G. Approbation du plan stratégique de lutte contre le gaspillage alimentaire de la Ville. La parole est à M. Yann WEHRLING.

M. Yann WEHRLING. - Monsieur le Maire, ce projet de délibération nous invite à débattre ensemble du gaspillage alimentaire, sujet qui apparaît nouvellement dans le débat politique, mais qui n'est pas un sujet nouveau. Le gaspillage alimentaire est ancien malheureusement et représente dans les chiffres que vous annoncez, quelque chose d'assez considérable dans la poubelle des Parisiens, puisque 46 kilos par an et par habitant, c'est à peu près si mes calculs sont justes, une dizaine de pour-cent du poids des poubelles des Parisiens, c'est donc considérable. J'ajouterai en commentaire qui aurait pu être ajouté car c'est effectivement un facteur bien sûr économique et social, mais aussi un facteur environnemental, que globalement, le secteur alimentaire est un facteur d?émission de gaz à effet de serre très puissant. Effectivement, d'après les chiffres que j'ai pu consulter, l'alimentation, de la production jusqu'à l'assiette, toute la filière, peut constituer jusqu'à trois fois plus de contributions de gaz à effet de serre que le secteur automobile et des transports. C'est vous dire à quel point on touche là du doigt quelque chose qui devrait être abordé au moins autant que la question des transports dans notre travail de lutte contre les gaz à effet de serre. Mais ma question essentielle sur ce sujet porte sur l'objectif que vous affichez de diminuer par 2 le gaspillage alimentaire d'ici 2025. Je l'avais déjà évoqué la dernière fois en commentant le rapport "Développement durable" de la Ville de Paris, il manque dans ce genre d'objectif la question de l'évaluation. Autant vous dire que c'est bien d'afficher évidemment de tels objectifs, mais encore faudrait-il savoir en termes d'observation d'où nous partons, exactement quel est le niveau aujourd'hui de gaspillage alimentaire réel constaté au niveau de la Ville de Paris. J'enregistre les 46 kilos, mais comment mesurera-t-on, comment évaluera-t-on d?ici 2025, en 2025 on sera peut-être encore là pour certains d'entre nous je l'espère, la baisse de ce gaspillage alimentaire, savoir si l?on aura divisé par 2 le gaspillage alimentaire. La question de l'évaluation me paraît assez essentielle pour se dire que ce que nous décidons aujourd'hui sera suivi d'effet d'ici 2025. Ce n'est pas demain mais tout de même, il faut s'y mettre dès maintenant.

M. Bruno JULLIARD, premier adjoint, président. - Merci, Monsieur WEHRLING. La parole est à Mme JÉGO.

Mme Ann-Katrin JÉGO. - Votre projet de délibération sur le plan stratégique contre le gaspillage alimentaire va dans le bon sens et rejoint la loi votée à l'unanimité à l'Assemblée nationale il y a une semaine. Il est incontestable qu'il convient de sensibiliser chaque Parisienne et Parisien à cette question cruciale pour notre avenir, sujet d'autant plus insupportable lorsque l?on sait le combat que mènent les associations caritatives spécialisées dans l'aide alimentaire des plus démunis. Lutter contre le gaspillage alimentaire, c?est agir et la Ville de Paris peut le faire dans bien des domaines de sa compétence, mais elle doit aussi sensibiliser et éduquer, et là encore Paris possède des outils d'expression et de communication qui doivent être mis au service de cette cause essentielle.

A ce titre, permettez-moi de m'interroger sur les suites données au v?u que j?ai eu l?honneur de présenter lors de notre séance du mois de mai dernier, il s'agissait de mettre en place des outils de communication simples, pédagogiques, et de les distribuer dans chaque foyer parisien pour que les bons gestes de tri soient opérationnels dès la cuisine, qu'ils puissent ainsi être compris et surtout mis en pratique par toute la famille, enfants et adolescents inclus.

Ce v?u ayant été approuvé par la majorité, je m'interroge sur les suites données. Où en est l'élaboration des stickers qui permettraient, en les collant sur les poubelles individuelles d'appartements, de mieux trier ? Si le travail est en cours, pourrait-on m?y associer ? Au c?ur du gaspillage alimentaire se trouvent nos cantines scolaires, vous l'avez souligné et je ne puis que vous demander à nouveau d'étudier ma proposition de mettre en place un menu végétarien alternatif quotidien dans toutes les cantines de Paris, à l'image de ce qui est déjà fait dans d'autres grandes villes de notre pays. Le retour d'expérience de ces villes montre en effet que ce dispositif, soutenu par près de 150.000 signataires d'une pétition sur Internet, permet aussi de lutter contre le gâchis alimentaire. Le menu végétarien alternatif évite aux enfants qui ne veulent pas manger de viande de la laisser sur le bord de leur assiette et permet, en tenant compte de la diversité des modes alimentaires, une consommation plus rationnelle des repas servis dans nos cantines. Je m'étonne que la Ville de Paris, souvent en pointe sur ce genre de sujet, refuse la mise en ?uvre de cette option, et ce n?est pas l?expérience d'un seul menu végétarien par semaine menée dans le 2e arrondissement qui répondra de façon opérationnelle à ce formidable gâchis que représente la viande ou le poisson non consommés dans les cantines scolaires parisiennes. Le gaspillage alimentaire est l'affaire de tous, c?est un combat qui, à l'image de ce a qui été voté à l?Assemblée nationale, doit être consensuel. J'approuverai votre projet de délibération tout en souhaitant que vous soyez plus ouverts aux suggestions portées par les groupes de l'opposition. Je vous remercie.

M. Bruno JULLIARD, premier adjoint, président. - Merci, Madame JÉGO. La parole est à Mme Sandrine MÉES.

Mme Sandrine MÉES. - Merci, Monsieur le Maire. Chers collègues, plus de 30 % de la production alimentaire mondiale n'est pas consommée. Le gaspillage alimentaire est l'équivalent du troisième émetteur mondial de gaz à effet de serre. En France, chaque habitant jette en moyenne 20 à 30 kilos de nourriture par an, ce qui représente une somme de 12 à 20 milliards d?euros sur une année. Ce gâchis, en plus d'être un non-sens économique, est un scandale humain et environnemental. Mes collègues ont déjà parlé de la proposition de loi qui a été présentée par le député PS Guillaume GAROT et qui est cosignée par plus de 300 députés de tous bords. Cette proposition de loi vient d'être adoptée à l'unanimité et nous espérons que le Sénat l'adoptera également. Il sera interdit aux grandes surfaces de jeter de la nourriture consommable, de détruire de la nourriture consommable par javellisation notamment. Voir de l'eau de Javel déversée dans les poubelles des grandes surfaces sur des aliments consommables, cela est choquant. Les grandes surfaces, justement, auront aussi l'obligation de signer un protocole avec une association de solidarité afin de faciliter les dons alimentaires, et les produits sous-marque de distributeurs qui seraient retournés aux fournisseurs pourront être donnés alors qu?ils sont actuellement obligatoirement détruits. La lutte contre le gaspillage alimentaire fera en outre partie de l'éducation à l'alimentation durant le parcours scolaire. Signataire du pacte national en juillet 2013, Paris s'engage dans la lutte contre le gaspillage alimentaire, enjeu inscrit au c?ur des états généraux du Grand Paris de l'économie circulaire coordonnée par notre collègue Antoinette GUHL. Paris travaille avec l'Agence nouvelle des Solidarités actives pour animer le réseau des acteurs parisiens de lutte contre le gaspillage alimentaire afin de mener plusieurs actions : la généralisation de la collecte et de la redistribution des invendus alimentaires sur les marchés et dans la distribution parisienne, mais aussi dans la restauration collective, notamment scolaire, et la lutte contre le gaspillage domestique. Il s'agit aussi de sensibiliser les Parisiens par des actions qui restent en partie à expérimenter, notamment dans les écoles. Je reviens sur l'exemple de la mairie du 2e arrondissement : dans les cantines, les déchets qui restent sur le plateau en fin de repas sont triés par les enfants eux-mêmes, ce qui permet aux enfants de prendre conscience de la quantité de ces déchets et aussi d'essayer de les réduire. Ce travail de sensibilisation et de récupération, de redistribution doit impérativement s'accompagner de la structuration de filières pour le traitement des déchets alimentaires mais aussi d'un travail afin de réduire la distance croissante qui sépare les lieux de production et les marchés de consommation. En effet, les pertes et les gaspillages sont un des symboles de l'inefficacité et de l?inéquité des systèmes alimentaires en place. L'impact des supermarchés et de la grande distribution est important et ne se limite pas aux normes et standards esthétiques qu'ils imposent aux producteurs. Le modèle qui se cache derrière ces acteurs est celui de la globalisation, de la complexification et de l'allongement des filières et, en cela, il est une des causes de nombreuses pertes et de gaspillages alimentaires. Or ce système qui s'auto-entretient grâce au gaspillage risque de finir par tourner court. Le plan stratégique contre le gaspillage contribuera à modifier quelque peu ce modèle absurde.

M. Bruno JULLIARD, premier adjoint, président. - Merci beaucoup, Madame. Pour répondre à ces trois interventions, la parole est à Mme Antoinette GUHL.

Mme Antoinette GUHL, adjointe. - Monsieur le Maire, chers collègues, oui, Monsieur WEHRLING, vous avez raison, l'alimentation en général et le gaspillage alimentaire en particulier sont très émetteurs de gaz à effet de serre. Pour préciser vos chiffres sur le gaspillage alimentaire, puisque vous nous les donniez sur l'alimentation, je vous dirais que si le gaspillage alimentaire était un pays - et Sandrine MÉES le disait -, il serait le troisième pays émetteur de gaz à effet de serre, c'est-à-dire qu'il serait placé derrière la Chine et les Etats-Unis. Nous sortons juste de l'accord de Paris sur le climat, c'est donc dire que la lutte contre le gaspillage alimentaire est bien à propos dans le contexte que nous connaissons. Mais c'est aussi une aberration éthique. Je me permets juste de rappeler aujourd'hui que 14 % de la population à Paris vit en dessous du seuil de pauvreté. D'un point de vue éthique, j'aimerais qu'on se pose la question de savoir s'il est encore normal de jeter 30 % d'alimentation quand on a 15 % de la population qui vit en dessous de ce seuil de pauvreté. L'impact économique, vous en avez parlé, Madame MÉES, et l'aberration économique, c'est que tout au long de la filière, que ce soit dans les champs, que ce soient au niveau des transports, que ce soit au niveau de la distribution, que ce soit lors de la distribution ou encore directement dans les déchets, nous avons tout un gaspillage qui s'effectue et sur lequel nous pouvons agir. Ce gaspillage représente également des pertes sèches pour l'ensemble des entreprises des filières. Nous avons décidé de prendre en main ce plan de lutte contre le gaspillage alimentaire en y mettant un grand nombre d'actions. Pour répondre tout de suite à votre question, Monsieur WEHRLING, la question de l'évaluation est inscrite dans le plan d'action. C'est un des grands problèmes de la lutte contre le gaspillage alimentaire : comme il est très diffus, il est relativement compliqué à mesurer. Ainsi, la mesure du gaspillage alimentaire, tout autant que la mesure de sa réduction, font partie eux-mêmes du plan d'action et du préalable du plan d'action. La réponse est donc comprise dans ce plan mais je suis tout à fait d'accord avec vous sur le fait que c'est un point absolument crucial. Le plan de lutte contre le gaspillage alimentaire s'opérera sur 3 fronts : - Les restaurants et les cantines scolaires. Sandrine MÉES vous avait parlé des cantines scolaires. Effectivement, c'est un sujet important. Alexandra CORDEBARD nous disait que 105.000 repas étaient jetés dans les cantines scolaires faute d'enfants inscrits pour pouvoir y déjeuner pendant les vacances scolaires. C'est un des exemples, il y en a de nombreux autres. - C'est encore en trouvant des solutions comme les restaurants en vrac, comme les box anti-gaspi qui ont été lancés récemment et qui sont, vous savez, ces petits "doggy bag". Comme le disait, je crois, ce matin "Mon Quotidien", les "doggy bag", cela n'est pas que pour les chiens. Nous les avons lancés la semaine dernière à Paris et 100 restaurants, aujourd'hui, proposent des box anti-gaspi pour pouvoir emmener les restes de ses repas. - C?est aussi dans la formation des agents, dans la diffusion de la bonne pratique, dans le fait de favoriser la redistribution au profit de celles et ceux qui en ont besoin. Là aussi, c'est tout un système d'associations et de structures de l'économie sociale et solidaire qu?il faut renforcer pour qu?elles puissent opérer dans la lutte contre le gaspillage alimentaire, que ce soit sur les marchés parisiens, que ce soit en lien avec la grande distribution - d'autant plus avec cette loi qui est passée en première lecture mercredi dernier -, ou encore que ce soit par la sensibilisation à domicile. Voilà l'ensemble, les actions - cela n'est pas l'ensemble mais une partie des actions - qui composent ce plan de lutte contre le gaspillage alimentaire. En ce qui concerne les cantines scolaires et les repas végétariens, je crois que cela a déjà fait l'objet d'un débat ici et que cela en fera sans doute encore l'objet. Je m'abstiendrai d'une réponse dans ce cadre- là sur ce sujet et quant aux bons gestes de tri, je sais que nous aurons les outils de communication très prochainement sur le sujet. Voilà. Je vous invite à faire ce qu'a fait l'Assemblée nationale sur la proposition de loi adoptée à l'unanimité en première lecture et à voter, toutes et tous, quelle que soit notre appartenance politique, ce projet de délibération.

M. Bruno JULLIARD, premier adjoint, président. - Merci beaucoup. En effet, je mets aux voix, à main levée, ce beau projet de délibération DDEEES 154 G. Qui est pour ? Qui est contre ? Qui s'abstient ? Le projet de délibération est adopté à l'unanimité. (2015, DDEEES 154 G). Félicitations à toute l'Assemblée !