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Decembre 2015
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Conseil Municipal
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2015 DASES 501 G - Conventions avec 12 associations autorisées pour la gestion d'actions de prévention spécialisée à Paris pour la période 2016-2018. Vœu déposé par le groupe Communiste - Front de Gauche relatif au conventionnement des associations de prévention spécialisée. Vœu déposé par le groupe les Républicains relatif au renforcement des moyens alloués à la protection de l'enfance. Vœu déposé par le groupe les Républicains relatif à l'évaluation de l'action des associations chargées de la prévention spécialisée.

Débat/ Conseil municipal/ Décembre 2015


 

M. Emmanuel GRÉGOIRE, adjoint, président. - Nous entamons le dernier dossier pour notre longue journée. Il s'agit du projet de délibération DASES 501 G et des v?ux nos 116 G, 117 G et 118 G relatifs aux conventions avec 12 associations autorisées pour la gestion d'activités de prévention spécialisée à Paris. Je donne la parole à Mme Olga JOHNSON.

Mme Olga JOHNSON. - Merci, Monsieur le Maire.

Chers collègues, derrière ce débat sur les conventions avec les associations autorisées pour la gestion d'actions de prévention spécialisée à Paris pour la période 2016-2018, c'est un sujet central que nous abordons puisqu'il révèle des phénomènes durables de désocialisation, un problème qui touche les jeunes et qui révèle encore une fois la grave crise de repères pour des jeunes de plus en plus nombreux, l'absence d'horizon, l'absence d'espoir tout simplement. Compte tenu de l'importance de ce dossier, on peut d'ailleurs s'interroger sur l'habitude de déléguer à des associations, d'externaliser cette politique. Pour autant, je ne remets pas en cause le professionnalisme des travailleurs sociaux qui se dépensent sans compter dans ces associations et la générosité de leurs responsables. Si nous déléguons ce travail à des associations, cela ne nous exonère pas de notre responsabilité première. Il ne s'agit pas seulement de financement, de conventionnement. Quelle évaluation, quel suivi, quel retour d'information en permanence pour les élus d'arrondissement qui sont au plus près de cette réalité de quartier ? Quelle adaptation permanente au terrain ? Ce projet de délibération proposant de conclure des conventions avec 12 associations est examiné en amont du Schéma départemental de prévention et de protection de l'enfance. Le groupe UDI-MODEM a eu l'occasion de déplorer le nombre de communications et de débats organisés par le Conseil. Cependant, il eut été souhaitable de consacrer à ce sujet spécifique un véritable débat, tant il apparaît structurant. Ce projet de délibération propose une modification du périmètre géographique d'intervention, avec un recentrage vers les quartiers où les besoins en prévention spécialisée se font plus prégnants. Si cette méthode semble à tout le moins flexible, l'appel à projets et la reprise d'activité par d'autres associations dans les 12e, 13e et 14e arrondissement, sont pourtant vécus comme une injustice par le collectif des travailleurs sociaux de la prévention spécialisée parisienne. L'absence de pédagogie, de véritable concertation et de dialogue intense et constructif, nuit profondément à cette démarche et à ses fondements. Au groupe UDI-MODEM, nous avons reçu le collectif des travailleurs sociaux parisiens et nous les avons entendus exprimer leur mécontentement. Alors même que la constitution du Schéma départemental de prévention et de protection de l'enfance 2015-2020 semble reposer sur une démarche de coopération partenariale entre les différents secteurs intervenant sur la question de la protection de l'enfance, comme la justice et la protection judiciaire de la jeunesse, la pédopsychiatrie, la prévention spécialisée et le travail social, il est étonnant de constater que ces conventions passées avec ces 12 associations semblent souffrir de lacunes criantes en termes de concertation et de processus de co-conception. Travailleurs sociaux, acteurs de la prévention spécialisée, associations, maires d'arrondissement, nombreux sont les voix qui s'élèvent contre un calendrier hâtif et des décisions qui paraissent pour certaines brutales et dont le bien-fondé supposé n'a pas été explicité avec toute la pédagogie nécessaire, ni suffisamment bien démontré. D'autant que les taux d'encadrement induits par la diminution des effectifs sur le terrain paraissent inquiétants. A ce titre, le groupe UDI-MODEM souhaite que soient établies des conditions propices à un échange renouvelé entre les maires d'arrondissement et l'Exécutif parisien par le biais d'une évaluation des politiques publiques menées en termes de prévention spécialisée. La mutualisation des moyens et des compétences, la rationalisation des actions menées au plus près du terrain, l'efficience des moyens engagés, doivent effectivement demeurer les principes directeurs de ces 12 conventions, mais la méthode n'est pas la bonne. Nous soutenons sans hésiter le v?u de Delphine BÜRKLI demandant de ne pas diminuer les moyens alloués à la prévention spécialisée et de les adapter aux besoins du terrain, ainsi que le v?u déposé par la majorité de mon arrondissement du 17e demandant une évaluation de l?action des associations subventionnées dans notre arrondissement au bout de 6 mois. Enfin, les mécontentements exprimés par certains maires d'arrondissement préoccupés par la lutte active contre les incivilités dans l'espace public semblent avoir été relayés. Cependant, s'il existe une indéniable complémentarité des interventions des inspecteurs de sécurité, des correspondants de nuit et des associations de prévention spécialisée, ces derniers ne sauraient assurer à eux seuls la tranquillité publique. C'est la raison pour laquelle nous demandons la création d'une police municipale. Aussi, pour toutes ces raisons que je viens d'évoquer, le groupe UDI-MODEM s'abstiendra sur ce projet de délibération.

M. Emmanuel GRÉGOIRE, adjoint, président. - Merci. La parole est à Mme Claudine BOUYGUES.

Mme Claudine BOUYGUES. - Merci, Monsieur le Maire. Je souhaite dire quelques mots sur cette nouvelle convention de la prévention spécialisée à Paris pour la période 2016-2018. Je voudrais dire que ce secteur - comme nous l'indique ce projet de délibération et comme je connais les priorités à la fois de la Maire et de Colombe BROSSEL ainsi que le travail qui a été mené en amont -, reste une priorité majeure de l'action de la Municipalité parisienne. Comme vous, Monsieur le Maire, Madame la Maire, Madame BROSSEL, nous tenons à ce que Paris soit une ville plus inclusive qui ?uvre sans relâche en faveur du renforcement du lien social entre tous les Parisiens et de l'insertion des plus jeunes d'entre eux. La prévention spécialisée parisienne est partie intégrante de la protection de l'enfance, nous le savons. Elle vise à développer la socialisation, la responsabilisation et l'autonomie des personnes et des groupes, et à faciliter l'insertion et la promotion sociale des jeunes en particulier. Au sein des quartiers, la prévention spécialisée s'adresse à des jeunes Parisiens de 12 à 21 ans, essentiellement des jeunes adolescents de 12 à 18 ans qui sont en souffrance, pris dans des processus de rupture, qui sont des ruptures souvent multiples. En 2014, 16.000 jeunes en risque d'exclusion ont été suivis sur leur lieu de vie. Fin 2015, le dispositif parisien est porté par 12 associations et 54 équipes de rue, qui jouent un rôle important, en particulier dans les quartiers populaires. L'actuelle convention arrive à échéance fin 2015 et c'est pour cela que nous avons ce débat. Pour son renouvellement, le Département a établi une cartographie en lien avec la nouvelle géographie de la politique de la ville, en s'appuyant notamment sur les retours des mairies d'arrondissement et des clubs de prévention. En 2016, nous passerons de 220 postes d'éducateurs à 224, les nouvelles conventions entre la Ville de Paris et les associations pour cette période maintiendront non seulement les champs d'action déjà existants mais elles les élargiront, elles prévoiront un meilleur repérage des situations préoccupantes chez les jeunes et une diversification accrue des moyens d'accompagnement des difficultés sociales et socioéducatives. Elles mettront aussi en place davantage de proximité et d'échange avec les mairies d'arrondissement et les autres acteurs locaux. Comme élue d'un arrondissement où les secteurs en politique de la ville sont nombreux, je peux vous dire que j'appuierai de toutes mes forces ces nouvelles conventions qui, à mon sens, vont dans la bonne direction même si, effectivement, nous avons tous entendu les représentants des associations de la prévention spécialisée. Mais c'est ce travail au plus près du terrain qui doit nous permettre d'avancer. Merci beaucoup.

M. Emmanuel GRÉGOIRE, adjoint, président. - Merci beaucoup. La parole est à M. Nicolas BONNET-OULALDJ.

M. Nicolas BONNET-OULALDJ. - Monsieur le Maire, mes chers collègues, dès la présentation de ce projet de délibération qui était prévu au mois de novembre sur la prévention spécialisée parisienne, les élus communistes ont souhaité avoir une expression forte sur le sujet. Il nous semble en effet que les représentations des uns et des autres sur ce qu'est la prévention spécialisée ou plutôt sur ce qu'elle devrait être ne correspondent pas toujours à la réalité. Je commencerai donc par rappeler que la prévention spécialisée est directement rattachée à la protection de l'enfance, c'est-à-dire qu'elle intervient auprès des jeunes et met en place avec eux des actions éducatives, les aide à construire des projets d'insertion sociale et économique. Les acteurs de la prévention spécialisée - il suffit de discuter avec les éducateurs - se réfèrent aujourd'hui encore, même si elle a maintes fois été modifiée, contestée, à l'ordonnance de 1945, qui porte sur la délinquance juvénile et qui continue à clairement faire primer l'éducation sur le répressif. La prévention spécialisée a tiré de cette base 6 grands principes qui constituent sa doctrine d'action : l'absence de mandat nominatif administratif ou judiciaire, la libre adhésion des publics aux projets qui les concernent, le respect de l'anonymat des jeunes et des familles, le partenariat, la non-institutionnalisation des actions et, surtout, le support associatif. Ces principes, bien sûr, ne sont pas immuables. Les éducateurs peuvent d'ailleurs s'en éloigner par moment dans leur pratique quotidienne. Mais, ces principes, nous devons les considérer comme des points d'ancrage à partir desquels nous pouvons mesurer l'ampleur des dérives que l'on a pu observer ces dernières années. Ces dérives, nous savons d'où elles viennent. Elles partent déjà de cette lame de fond qui traverse la société dans son ensemble, de la montée du sentiment d'insécurité couplé à une certaine baisse du seuil de tolérance au moindre écart de comportement par rapport à ce que ce qui est jugé conforme. Le résultat est que nous sommes en tant qu?élus locaux très sollicités par nos concitoyens sur les problématiques de sécurité et surtout, bien plus encore, sur ce qu'on appelle la tranquillité publique. De ce fait, beaucoup d'élus locaux, de conseillers d'arrondissement et surtout de maires d'arrondissement cherchent à concentrer leurs efforts sur le maintien de l'ordre public, sur la sécurité au détriment d'autres versants de l'action publique que nous pouvons mener. Nous voyons bien que ce contexte rejaillit sur la prévention spécialisée parisienne. Je le dis donc clairement, les élus communistes, de manière générale, ne souhaitent pas accompagner la dérive du tout sécuritaire et nous ne souhaitons pas non plus que cette dérive fasse disparaître la prévention spécialisée telle que nous la connaissons. Oui, l?action éducative demande du temps à notre époque où l'urgence règne en tout domaine. Du temps, nous n'en avons plus mais n'opposons pas inutilement l'éducation à la sécurité. Certains diront que j'enfonce des portes ouvertes mais je ne peux m'empêcher de citer Victor Hugo, qui disait : "Celui qui ouvre une porte d'école ferme une prison." Voilà l'état d'esprit dans lequel les communistes sont et voilà pourquoi nous avons demandé dès le mois de novembre le rattachement de la prévention spécialisée à la protection de l'enfance. Car oui, l?Exécutif parisien a suivi le glissement et depuis 2009, la prévention spécialisée est rattachée à la délégation sécurité. Dans les arrondissements, la pratique est généralisée depuis 2008, de sorte que les clubs de prévention, souvent, ne connaissent même pas l'élu à la jeunesse ou aux affaires sociales de leur arrondissement. En conséquence, les clubs de prévention peuvent être utilisés à contre-emploi, untel leur demande d?intervenir pour calmer les jeunes dans la rue, tel autre leur demande de devenir des éclaireurs des forces de police dans les quartiers. En définitive, c'est un travail éducatif de fond qui est jeté aux oubliettes. Alors, les choses ont évolué durant le mois de novembre. L'Exécutif prévoyait dans un premier temps de réaliser des économies et, finalement, ce ne sera pas le cas. Je ne sais pas s'il faut s'en réjouir vu le contexte mais c'est en tout cas un signe en direction de la prévention spécialisée et qui, je l'espère, ne s'arrêtera pas là. Je vous remercie.

M. Emmanuel GRÉGOIRE, adjoint, président. - Merci beaucoup. La parole est à Mme Danielle SIMONNET.

Mme Danielle SIMONNET. - Avant les terribles attentats du 13 novembre dernier, l?Exécutif avait prévu un premier projet de délibération relatif aux conventions 2016-2018 de la prévention spécialisée. Celui-ci prévoyait de supprimer 26 postes sur l?ensemble des territoires parisiens. Les travailleurs sociaux de la prévention spécialisée parisienne s'étaient constitués en collectifs, protestant contre les manquements à la concertation prévalant à ces brutales décisions. J'avais d'ailleurs à l'époque prévu un v?u dénonçant ces baisses et demandant le report de l'ancien projet de délibération. Depuis les terribles attentats, l?Exécutif a rétropédalé. Vous renoncez fort heureusement aux suppressions de postes que vous aviez prévues grâce notamment à la mobilisation. Il n'y aura pas un éducateur spécialisé de plus sur le terrain mais, par ailleurs, moins de chefs de service, moins de postes d'encadrement. Vous n?avez daigné rencontrer le collectif des travailleurs de l'éducation spécialisée que jeudi dernier et vous ne renoncez pas à la logique d'ensemble. Rien dans le rapport de l?Inspection générale de juillet 2012 pourtant sur la prévention spécialisée ne faisait état d'un besoin en diminution, et aucune étude plus récente à notre connaissance n'a été effectuée et, a priori, sur le terrain, les demandes sont plutôt en augmentation. Alors pourquoi ne pas en augmenter les moyens ? Uniquement pour des raisons comptables d'économies, d'austérité. Pour assumer ces missions, les modes d?intervention de la prévention spécialisée nécessitent une implantation locale pérenne, un ancrage sur les territoires sur plusieurs années, à même de permettre une bonne connaissance des publics concernés déjà fragilisés, l'instauration d'un climat de confiance, réciproque, pour apporter un cadre sécurisant aux publics permettant le travail é-du-ca-tif. La mise en concurrence entre les associations, le placage par remplacements entre structures, en les réduisant à de vulgaires prestataires de service où les redistributions de poste sur les territoires sont en totale contradiction avec la continuité qu'exigent les missions de la prévention spécialisée et le respect du cadre éthique et déontologique des associations comme des travailleurs sociaux. Nous sommes hélas face à un glissement très inquiétant de la conception même des missions de la prévention spécialisée. La prévention spécialisée est régie par la loi de 2007 sur la protection de l?enfance. C?est pour cela que les clubs de prévention sont rattachés administrativement à la DASES, mais ils dépendent à Paris de notre collègue adjointe, qui a notamment en charge la prévention et la sécurité, Madame BROSSEL. Je défends que la prévention spécialisée devrait être attachée à la délégation de Mme VERSINI, en charge de la protection de l?enfance. Aussi, au niveau des arrondissements, sans remettre en cause les pouvoirs du Maire, qui sont aussi régis par une loi de 2007 mais qui n?est pas la même, il y a un danger, dans la territorialisation de la prévention, de transformer ces missions en faveur de la tranquillisation de l?espace public aux dépens de ces missions qui s?inscrivent dans un cadre éducatif et dans l?intérêt des jeunes suivis. J?ai par ailleurs été alertée sur la situation à Paris Centre, où on demande au club "La Clairière" de travailler en lien avec Unibail, opérateur privé des Halles. Clairement, l?inquiétude, que l?on demande aux éducateurs de faire de l?interventionnisme situationnel à court terme, aux dépens des accompagnements des jeunes et de leur projet, est hélas légitime. Cette problématique des gestionnaires privés ou parapublics qui contrôlent des espaces de fait à usage public, mais sous statut quasi privé, n?est pas nouvelle. La S.N.C.F., par exemple, n?autorise plus les éducateurs à intervenir comme ils le faisaient depuis trois ans dans la gare Saint-Lazare quand cela est toujours possible gare du Nord. Il faudrait aussi vivement que l?Exécutif prenne en charge ces problématiques. Pour conclure, je défends la création d?un comité de suivi qui, je crois, était aussi relayé par des élus communistes dans des v?ux en arrondissement, la création d?un comité de suivi de mise en place des conventions, parce qu?il faut permettre aux instances représentatives des travailleurs sociaux de terrain, de pouvoir participer aux instances de décision, d?orientation et d?évaluation du travail de la prévention spécialisée dans le cadre de ces nouvelles conventions, car eux connaissent leur métier et donc il faut s?appuyer sur les acteurs qui connaissent leur métier et les associer. Je vous remercie.

M. Emmanuel GRÉGOIRE, adjoint, président. - Merci beaucoup. Mme Fanny GAILLANNE.

Mme Fanny GAILLANNE. - Merci, Monsieur le Maire. Monsieur le Maire, chers collègues, j?interviens à la suite de Nicolas BONNET-OULALDJ pour revenir sur la mise en application de ces nouvelles conventions et sur ce que cela va entraîner pour la prévention spécialisée à Paris. Je commencerai déjà par le Centre de Paris. Il est évident que ce quartier a énormément changé depuis vingt ans : la population qui habite aujourd?hui dans le Centre de Paris n?est plus du tout la même qu?il y a vingt ans, les classes populaires dans ces quartiers ont largement été repoussées vers la périphérie. Mais il n?en demeure pas moins que de très nombreux jeunes, qui n?habitent pas forcément le quartier, le fréquentent pourtant quotidiennement, comme c?est le cas autour de la Fontaine des Innocents, à Châtelet par exemple. D?où la nécessité d?analyser le territoire au-delà des données qui concernent les habitants domiciliés dans ce quartier. Le profil et les difficultés sociales que ces jeunes rencontrent justifient pleinement le maintien de la prévention spécialisée à cet endroit. Nous regrettons d?ailleurs qu?il n?ait pas été possible de maintenir l?association "La Clairière", aux abords de la gare Saint-Lazare, un espace qui attire lui aussi de nombreux jeunes en difficulté. Le glissement des missions sur ce territoire nous questionne également. A la lecture de la convention, nous remarquons que la Ville n?attend plus de l?association qu?elle remplisse une mission de prévention spécialisée, comme elle continue pourtant de le demander à toutes les autres associations parisiennes, mais plutôt qu?elle joue un rôle de "médiation sociale et prévention jeunesse dans l?objectif de prévenir les situations de marginalisation et de contribuer à la tranquillité publique". Cette formulation nous laisse craindre que dorénavant la protection de l?enfance ne soit plus le c?ur de métier de cette équipe, ce que nous regrettons. Pour poursuivre, je souhaiterais souligner l?ampleur des évolutions que vont entraîner ces nouvelles conventions dans le tissu associatif. Nous voyons déjà que le Département financera moins de postes rattachés aux fonctions support et moins de postes d?encadrants. Nous connaissons les contraintes budgétaires auxquelles la Ville fait face, mais nous pensons qu?il ne faut négliger l?importance de ces postes qui, même s?ils n?interviennent pas directement auprès des jeunes, sont néanmoins nécessaires pour garantir que le travail des éducateurs soit mené dans des conditions optimales. En réduisant la dépense sur ces postes, nous pensons que cela peut faire peser des risques sur la qualité des accompagnements. Nous notons également que ces conventions vont obliger par la force des choses à des fusions associatives, comme c?est le cas dans le 12e arrondissement, où vont considérablement modifier les modes de fonctionnement interne, comme c?est le cas pour l?association "Jeunesse Feu Vert". Nous touchons là à une question sensible, le respect du fait associatif. Il faudrait, selon nous, que l?Exécutif et les services prennent le temps de mieux se concerter avec les associations, quand des décisions modifient à ce point leur organisation. C?est en partie l?objet du v?u que nous avons déposé sur ce projet de délibération. Il nous semblerait aussi pertinent de veiller à associer les salariés eux-mêmes à ces discussions, tant nous avons pu voir que le degré de partage de l?information est différent d?une association à l?autre. Récemment, les éducateurs de la prévention spécialisée parisienne se sont fortement mobilisés au sein d?un collectif pluraliste. Cela a déjà été évoqué. Ils étaient notamment présents en nombre lors de la présentation du Schéma départemental de la protection de l?enfance pour justement montrer leur attachement à ce secteur d?intervention particulier et souvent incompris. Les associer aux discussions futures entre les services et les dirigeants associatifs ne pourraient, selon nous, qu?enrichir les échanges, en ajoutant un point de vue particulier et une connaissance fine des problématiques de terrain. Je vous remercie.

M. Emmanuel GRÉGOIRE, adjoint, président. - Merci beaucoup. Monsieur LEGARET, pour la présentation des v?ux n° 117 G et n° 118 G.

M. Jean-François LEGARET, maire du 1er arrondissement. - Monsieur le Maire, je suis certain que les nombreux conseillers ne pourront que manifester leur enthousiasme unanime, quand je rappellerai que ce v?u d?abord a été adopté à l?unanimité par le Conseil du 9e arrondissement lors de sa séance du 14 septembre 2015, qu?il consiste à rappeler que, dans la nouvelle convention proposée le club de prévention "Siloe" a vu ses effectifs diminuer de 9,6 ETP à 7,06 ETP avec la perte d?un poste d?éducateur, alors qu?il y a de nouveaux besoins d?intervention qui ont été identifiées, notamment pour couvrir des secteurs comme le square Montholon et la rue Sainte-Cécile. Rappelant également qu?à la suite des attentats du 13 novembre, la Mairie de Paris est revenue sur son intention de supprimer des postes d?animateurs dans d?autres arrondissements, sauf dans le 9e. C?est la raison pour laquelle Delphine BÜRKLI, Jean-Baptiste de FROMENT, Gypsie BLOCH et les élus du groupe les Républicains émettent le v?u que la Maire de Paris ne diminue pas les moyens alloués à la protection de l?enfance, pilier de la politique sociale du Département de Paris, et s?engage à les adapter aux besoins du terrain dans le 9e arrondissement. Quant au n° 118, il a été proposé par Brigitte KUSTER, Frédéric PÉCHENARD, Geoffroy BOULARD et les élus de notre groupe, il émet le v?u que l?action des associations chargées d?actions de prévention spécialisée fasse l?objet d?une évaluation dans les six mois suivant la reconduction de la nouvelle convention par les partenaires du contrat de prévention et de sécurité du 17e arrondissement. Je vous remercie.

M. Emmanuel GRÉGOIRE, adjoint, président. - Merci. Pour vous répondre, Colombe BROSSEL.

Mme Colombe BROSSEL, adjointe. - Ces nouvelles conventions qui vous sont proposées sont des conventions qui ne sont pas à l?identique des conventions précédentes puisqu?en effet, depuis maintenant une année, nous avons entamé un travail de réforme sur ces conventions dans leur forme et sur un certain nombre de sujets sur lesquels je souhaite vous dire quelques mots. Ce travail de concertation a été mené avec l?ensemble des clubs. Je reviendrai sur l'importante question des salariés. Ce travail a été effectué par l?identification d?un certain nombre de données de nature sociale dans chacun des territoires et des arrondissements considérant que les besoins pouvaient avoir évolué. Depuis quelques années, dans Paris, les quartiers se transforment, les arrondissements bougent, la population change, évolue, est mobile. Donc il était besoin de reposer de façon objective, par le biais d?un certain nombre de critères de nature sociale, les besoins de la Ville de Paris. Ce que j?ai dit à l?ensemble des acteurs depuis maintenant un an, c?est qu?au-delà de ce travail d?identification des besoins, il était absolument important que nous travaillions dans deux directions. D?abord, d?ancrer, de renforcer le lien entre les intervenants, clubs de prévention et l?ensemble des associations, avec leurs territoires d?intervention, ainsi que les mairies d?arrondissement ; mais également de ne pas avoir de vision figée des territoires et de pouvoir évaluer régulièrement la pertinence des territoires d?intervention, d?abord comme bassins de vie, parce que, dans un certain nombre d?endroits, le fait d?avoir des territoires qui soient figés ne nous permettait pas de pouvoir avoir une action efficace en matière de protection de l?enfance, mais aussi parce que les jeunes accompagnés et suivis par les clubs de prévention ne nous demandent généralement pas l?autorisation pour passer d?un territoire à un autre. Donc il était nécessaire que nous retrouvions un peu de souplesse sur la question des territoires. Voilà les points d?entrée qui nous ont permis de travailler avec les uns, avec les autres, et de pouvoir aboutir aujourd?hui à un dialogue qui a donc permis à chacun de trouver sa place, de pouvoir vous proposer ces conventions. En effet, la Maire de Paris l?a dit il y a de cela un mois : le souhait de la Ville était de conserver le montant alloué à la prévention spécialisée dans notre ville au même niveau que l?année dernière. Je me permets de le rappeler : c?est un montant de près de 19 millions d?euros, un montant important au moment où d?autres départements et certains pas si loin que cela de notre ville, en Région Ile-de-France, se désinvestissent totalement de la prévention spécialisée, je le dis juste pour que nous n'ayons pas de faux débats sur l?engagement de la Ville de Paris en la matière. Il y aura, si vous votez ce projet de délibération, 224 éducateurs de rue dans la rue, aux côtés et avec les jeunes pour les accompagner, dans un parcours éducatif, dans une action éducative, sur le chemin de l'autonomie, c'est donc vous dire à quel point notre engagement est fort. Je retire de l'ensemble des discussions que nous avons pu avoir sur ce sujet, d'abord un point. En effet, un certain nombre de salariés des clubs de prévention spécialisés se sont manifestés en se constituant en collectif, en demandant à pouvoir participer à l'ensemble de ces travaux. Je les ai en effet rencontrés, Madame SIMONNET, la semaine dernière. L?Exécutif se permet de rappeler à Danielle SIMONNET, qui est si prompte à nous rappeler à l'ordre sur le besoin nécessaire d'être féministe et de défendre les conditions de travail des uns et des autres, que l?Exécutif a accouché le 10 septembre et que l?Exécutif n?était pas en mesure de recevoir les clubs de prévention au mois de novembre. Et que l?Exécutif a reçu l'ensemble du collectif lorsqu'elle est revenue à l'Hôtel de Ville. Mais je vous remercie, je vois que le féminisme ne s'applique pas de la même façon à tous, fin de la parenthèse. Ce collectif a demandé à pouvoir être associé aux travaux et donc, ce sera fait, je le leur ai dit la semaine dernière lorsque je les ai vus, maintenant qu'ils se sont constitués en collectif et qu'ils sont représentatifs de ceux qui participent à la prévention spécialisée, ils seront évidemment partenaires dans nos discussions, un premier rendez-vous est déjà fixé au mois de janvier avec la DASES. J'ai souhaité que nous puissions travailler sur l'évaluation, avec eux, avec les associations, mais également avec les mairies d'arrondissement. C'est la raison pour laquelle - c'est M. LEGARET qui l'a présenté - je ne comprends pas le v?u qui émane de la mairie du 17e. Car peut-être n'a-t-il pas eu le temps de lire intégralement la convention qui lie le club de prévention au Département dans le territoire du 17e arrondissement, mais il y est spécifiquement inscrit, après justement discussion avec l'ensemble des partenaires, que la DASES réunira tous les trimestres un comité de suivi de l?action menée. La composition de ce comité étant la suivante : la DASES, un représentant de la mairie du 17e, de l'adjointe à la Maire de Paris, et de l'association évidemment. Je ne comprends donc pas pourquoi ce v?u intervient alors qu?il y est répondu dans le cadre du projet de délibération et en l'occurrence de la convention. C'est la raison pour laquelle j'apporterai un avis défavorable. J'apporterai également un avis défavorable au v?u déposé par le groupe les Républicains du 9e arrondissement, parce que je le redis, nous avons fait un travail d?objectivation des besoins et donc, nous allons évidemment faire en sorte que ce soient les territoires qui en ont le plus besoin, qui bénéficient du plus de moyens de la prévention spécialisée. Enfin, je termine d'un mot en disant que bien entendu, j'apporterai un avis favorable au v?u déposé par le groupe Communiste - Front de Gauche. Il ne m'appartient pas, vous le savez chers collègues, chers amis, de déterminer les délégations de chacun des membres de l?Exécutif. Je me permets juste de rappeler que je suis en charge, non pas uniquement de la sécurité, mais de la prévention, de la sécurité et de la politique de la ville et de l'intégration, et que ceci fait un tout. Mais le rattachement que vous souhaitez ne dépend donc pas de moi. Par contre, nous avons souhaité, en lien avec Dominique VERSINI, que l'inscription dans une histoire, parce que l'histoire est importante, l'inscription dans des pratiques, parce que les pratiques professionnelles sont importantes, l'inscription de la prévention spécialisée dans le schéma de protection de l'enfance, mais aussi très administrativement parlant auprès de la DASES, soit affirmée et réaffirmée afin qu?aucune crainte ne puisse être exprimée par les éducateurs ou les clubs de prévention sur la façon dont ils doivent intervenir. Je sais les traumatismes qu'a vécus ce secteur professionnel il n'y a pas si longtemps que cela, et je ne souhaite évidemment pas les inquiéter en la matière. L'évaluation, j'en ai dit quelques mots, bien entendu, j'y suis tout à fait favorable y compris dans la façon dont vous le proposez dans votre v?u. C'est la raison pour laquelle j'apporterai un avis favorable à ce v?u, en vous remerciant les uns et les autres d'avoir rappelé la grande qualité d'intervention des éducateurs auprès des jeunes de nos arrondissements. Merci.

M. Emmanuel GRÉGOIRE, adjoint, président. - Merci beaucoup. Une demande d'explication de vote du groupe Ecologiste de Paris, Mme Aurélie SOLANS.

Mme Aurélie SOLANS. - Merci. Nous nous associons pleinement aux attentes du v?u du groupe Communiste qui renforce tout à fait le projet de délibération qui nous est soumis au vote avec, en particulier, la création d'un comité de suivi que nous attendions. Le groupe Ecologiste de Paris votera donc ce v?u et ce projet de délibération, malgré un certain nombre de points de vigilance sur l'évolution de la prévention spécialisée à Paris. D'abord, nous nous réjouissons, car ce travail de conventionnement permettra le redéploiement des clubs de prévention en ciblant les quartiers où les besoins sont les plus importants. Ensuite, nous sommes satisfaits que les attentes du v?u que nous avons déposé en septembre dernier ne soient plus d'actualité, nous avons bien un solde positif d'éducateurs spécialisés sur le terrain. Enfin, il nous reste une grande vigilance sur la suite. Premièrement, les restructurations, fusions d'associations avec des suppressions de postes d'encadrement, attirent toute notre attention pour la suite. Deuxièmement, la tentation de glisser dans les missions des éducateurs des clubs de prévention vers la prévention de la délinquance, nous inquiète. Les rencontres avec le collectif d'éducateurs, qui s'est constitué pour peser sur ces reconventionnements, nous l?avons rencontré de nombreuses fois, et dont nous saluons l'engagement, nous ont de ce point de vue apporté des observations sur leur expérience de terrains qui vont dans ce sens. Attention, les éducateurs spécialisés sont des diplômés d'Etat, leur travail repose sur une relation avec les jeunes, une relation de confiance. La prévention de délinquance n'est pas la prévention spécialisée. Ce qui m'amène à notre troisième point de vigilance et qui reste une revendication du terrain que nous partageons.

M. Emmanuel GRÉGOIRE, adjoint, président. - Je vous ai laissé, par excès d?indulgence, 39 secondes, il faut conclure.

Mme Aurélie SOLANS. - On m'avait dit deux minutes.

M. Emmanuel GRÉGOIRE, adjoint, président. - Il s?est trompé, c?est une minute pour les explications de vote.

Allez-y.

Mme Aurélie SOLANS. - On m'avait dit deux minutes parce que c?est un v?u rattaché.

M. Emmanuel GRÉGOIRE, adjoint, président. - Alors, ce n?est pas de votre faute, finissez.

Mme Aurélie SOLANS. - Je termine sur mon troisième point de vigilance qui est une revendication du terrain que nous partageons. La prévention spécialisée doit relever de notre politique de protection de l?enfance pour qu?elle retourne du côté du champ socioéducatif. Je vous remercie.

M. Emmanuel GRÉGOIRE, adjoint, président. - Merci beaucoup. Je vais donc commencer par mettre aux voix le v?u n° 116 G. Pour les explications de vote sur un v?u, c'est une minute. Je mets aux voix, à main levée, le v?u n° 116 G du groupe Communiste - Front de Gauche, avec un avis favorable de l?Exécutif. Qui est pour ? Qui est contre ? Qui s?abstient ? Le v?u est adopté. (2015, V. 36 G). Je mets ensuite aux voix, à main levée, le v?u n° 117 G du groupe les Républicains, avec un avis défavorable de l?Exécutif. Qui est pour ? Qui est contre ? Qui s?abstient ? Le v?u est repoussé. Le v?u n° 118 G concernant le 17e est-il maintenu ? Oui. Je le mets aux voix, à main levée, avec un avis défavorable de l?Exécutif. Qui est pour ? Qui est contre ? Qui s?abstient ? Le v?u est repoussé. Je mets maintenant aux voix, à main levée, le projet de délibération DASES 501 G. Qui est pour ? Qui est contre ? Qui s?abstient ? Le projet de délibération est adopté, non, pas à l'unanimité, abstention du groupe les Républicains. (2015, DASES 501 G).

M. Emmanuel GRÉGOIRE, adjoint, président. - Très bien. Je vous remercie beaucoup, et je vous souhaite une bonne soirée.