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Decembre 2015
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Conseil Municipal
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2015 SG 42 - Aménagement des berges de Seine - Liaison Bastille/Tour Eiffel (1er, 4e, 7e, 12e) - Approbation du bilan de la concertation préalable et approbation du projet. Vœu déposé par le groupe Communiste - Front de Gauche relatif à la politique tarifaire des commerces. Vœu déposé par le groupe les Républicains relatif à une étude sur une promenade de Bercy au port de l'Arsenal. Vœu déposé par le groupe UDI-MODEM relatif à un débat sur l'enjeu de la logistique urbaine de marchandises. Vœu déposé par le groupe UDI-MODEM relatif à un report de calendrier.

Débat/ Conseil municipal/ Décembre 2015


 

M. Emmanuel GRÉGOIRE, adjoint, président. - Nous passons à présent à l?examen du projet de délibération SG 42, et de l'amendement technique n° 110, et ensuite des v?ux nos 111, 112, 113 et 114 sur l?aménagement des berges de Seine, la liaison Bastille-Tour Eiffel : approbation du bilan de la concertation préalable et approbation du projet. Nous avons dix inscriptions. Monsieur Christophe GIRARD, Monsieur le Maire, vous avez la parole, pour commencer.

M. Christophe GIRARD, maire du 4e arrondissement. - Merci, Monsieur le Maire. Mes chers collègues, le bilan de la concertation traduit le souhait réaffirmé des Parisiens de vivre dans une ville moins polluée, où l?espace public est redistribué en faveur des circulations douces et de la nature donc d?une plus grande qualité de vie. Je me félicite des orientations retenues, centrées autour d?aménagements légers, sans intervention sur la voirie, qui se concentreront sur la végétalisation du parcours et l?installation de mobiliers urbains. En outre, ma demande d?installation de toilettes publiques et poubelles en nombre suffisant est prise en compte, et je remercie vivement Mao PENINOU, Monsieur l?adjoint, d?avoir retenu les berges de la rive droite comme lieu-test pour le système "Trilib'". J?ai également porté auprès de la Maire de Paris et de son premier adjoint la création d?animations complémentaires à celles des berges rive gauche, centrées sur l?art et la culture populaire au travers d?un salon littéraire et d?un festival des jardins, auxquelles Mme Pénélope KOMITÈS est évidemment associée avec la direction des Jardins. Si le scénario n° 2, portant une fermeture plus large, a été retenu, c?est aussi en raison de son impact moindre sur la circulation, notamment au regard des temps de parcours entre la Concorde et le quai Henri IV. Nous savons néanmoins qu?il y aura une phase de transition avant que le changement des habitudes de déplacements ne diminue sensiblement le trafic. Ce sera une période difficile, mais nécessaire, que nous assumons compte tenu de l?urgence d?agir en faveur d?une diminution sensible de la circulation automobile dans Paris, et donc de la pollution de notre air. Rappelez-vous ce que nous entendions à l?époque où Bertrand DELANOË a mis en place les couloirs de bus avec son adjoint Denis BAUPIN. Aujourd?hui, plus personne ne conteste ces aménagements et le réseau a pu se renforcer et augmenter la fréquentation. Cette décision de fermer les berges de Seine à la circulation s?inscrit dans un plan d?ensemble, visant à modifier profondément le rapport de notre ville à la voiture individuelle. Il s?agit de réduire la circulation automobile en ciblant prioritairement les déplacements pendulaires, la circulation de transit et la circulation que je qualifie de confort. Notre rôle est d?impulser et d?accompagner le changement des comportements. L?une des clés de notre réussite résidera dans notre capacité à offrir des alternatives aux particuliers et aux professionnels, qu?ils soient parisiens ou de la Métropole. A Paris intra-muros, cela se traduit entre autres par l?engagement ferme d?Anne HIDALGO et de son adjoint Christophe NAJDOVSKI à travailler sur une requalification des quais hauts, grâce à la ligne à haut niveau des services. Par ailleurs, le travail important engagé par Jean-Louis MISSIKA et Christophe NAJDOVSKI avec les acteurs économiques sur l?adaptation de la logistique urbaine et des systèmes de livraison à cette mutation de la ville permettra à Paris de conjuguer l?amélioration de son cadre de vie avec le maintien indispensable de l?attractivité économique qui est la sienne, en particulier au centre de Paris. En parallèle, depuis de nombreuses années, la Ville de Paris a su travailler en lien très étroit avec la région Ile-de-France autour d?un partenariat aussi bien politique, au travers de priorités partagées, que financier. La Ville de Paris contribue grandement au projet francilien via sa participation à hauteur de 30 % du budget du S.T.I.F., soient 369 millions d?euros en 2014. Ainsi, ce partenariat avec la Région Ile-de-France a permis de nombreux projets, comme les prolongations de nombreuses lignes de métro vers les départements limitrophes, ou la création de nouvelles lignes de tramway. N?oublions pas également de saluer l?engagement de l?Etat sur ces questions depuis 2012, qui a permis d?accélérer la mise en ?uvre du plan de mobilisation pour les transports en Ile-de-France et la réalisation du Grand Paris Express, qui permettra de faciliter les déplacements de banlieue à banlieue et ainsi de décongestionner Paris. De telles avancées ne sont rendues possibles que par la mise en place d?un programme d?ensemble partagé entre les différentes institutions, qui permet d?agir résolument et efficacement au service des Franciliens. Demain, la mise en place de la Métropole du Grand Paris, à laquelle nous sommes tant attachés, nous permettra de renforcer ce lien entre Paris, son centre et tout particulièrement les villes voisines. La réappropriation des berges de Seine en est un formidable exemple, puisqu?elle s?étend jusqu?au-delà des frontières de Paris et que cela bénéficie et bénéficiera à bon nombre d?habitants des communes limitrophes, qui viennent régulièrement jouir des atouts de la Capitale. Je vous remercie.

M. Emmanuel GRÉGOIRE, adjoint, président. - Merci. Madame Catherine BARATTI-ELBAZ, maire du 12e arrondissement, vous avez la parole.

Mme Catherine BARATTI-ELBAZ, maire du 12e arrondissement. - Oui, quelques mots pour me féliciter à mon tour, après mon collègue du 4e, de ce beau projet de délibération. J?avais envie de dire enfin, après une longue période de concertation et de réflexion sous la précédente mandature, puis les débats portés dans la campagne électorale, et enfin, cette concertation de plusieurs mois. Et quand j?entends certains demander d?attendre encore deux ans, deux ans avant de supprimer cette autoroute au c?ur de notre ville, cela me semble inouï ! Comment pourrions-nous être la seule Métropole de France, d?Europe à accepter cette autoroute urbaine en notre c?ur. Cela me semble inimaginable. Fière que nous ayons retenu ce scénario le plus ambitieux, pour ma part, je serai aussi attentive à la coordination avec la réflexion sur le réaménagement de la place de la Bastille et la connexion avec la promenade plantée pour poursuivre cet itinéraire de la Tour Eiffel jusqu?à la promenade plantée et au-delà, jusqu?au bois de Vincennes. Et donc, je me félicite de ce projet de délibération aujourd?hui. Je vous remercie.

M. Emmanuel GRÉGOIRE, adjoint, président. - Merci. Monsieur le député, Patrick BLOCHE, vous avez la parole.

M. Patrick BLOCHE. - Chers collègues, à cette heure tardive, mon propos sera inévitablement bref.

Je voudrais, après mes collègues et amis maires des 4e et 12e arrondissements, apporter, moins comme élu du 11e que comme député de ces deux arrondissements concernés par ce projet de délibération, mon soutien enthousiaste. Il s'agit effectivement de mettre fin à cette si vilaine autoroute urbaine, qui coupe Paris en deux, et notamment en son centre, en son c?ur. Il s'agit de redonner à notre ville son identité, son identité qui s'est construite au fil des siècles dans cette relation si particulière entre Paris et son fleuve, et de ne pas oublier que Paris a un statut de ville fluviale. C'est donc tout l'enjeu de ce projet de délibération qui, d'ailleurs, est avant tout une marche en avant vers la reconquête des berges, vers un partage d'un espace essentiel à la vie des Parisiennes et des Parisiens, nous le constatons d'ailleurs d'ores et déjà chaque dimanche, quand les berges sont fermées et font l'objet d'une véritable réappropriation par nos concitoyennes et nos concitoyens au profit des circulations douces. Et nous pouvons évidemment tirer le meilleur de ce qui se passe depuis plus de deux ans côté rive droite entre le pont Royal et le pont de l?Alma. C?est d?ailleurs les enseignements tirés de cette fermeture des berges rive droite, entre ces deux ponts, qui a permis d'arrêter ce calendrier certes exigeant mais, nous le savons, la volonté politique ne s'exprime qu'en dynamique. Evidemment, il faudra avoir toute la vigilance nécessaire pour que l'échéance de l?été 2016 se passe dans les meilleures conditions qui soient. Je voudrais, avant de conclure, insister - parce que j'y ai assisté avec beaucoup de bonheur - sur le succès, en termes de participation mais aussi en termes de propositions, qu'a suscité la concertation qui a été mise en place. Nous avons eu dans l'auditorium de l'Opéra de la Bastille, un auditorium plein de citoyennes et de citoyens du 4e, du 12e et sans doute aussi un peu du 11e arrondissement, passionnés et enthousiastes à l'idée que ce projet voie jour. Ainsi, je souhaitais, à la fois comme élu parisien et comme élu de la nation, y apporter mon plein soutien et je continuerai bien sûr à accompagner activement ce projet porté avec ô combien d'enthousiasme et de volonté par Christophe GIRARD et Catherine BARATTI-ELBAZ.

M. Emmanuel GRÉGOIRE, adjoint, président. - Merci beaucoup. La parole est à Mme Maud GATEL.

Mme Maud GATEL. - Merci, Monsieur le Maire. Monsieur le Maire, mes chers collègues, dès 2008, nous appelions de nos v?ux la création d?une coulée bleue, une promenade en continu sur les berges afin de rendre la Seine aux habitants. Reconstruire le lien entre le fleuve et les Parisiens mais aussi les Franciliens et les touristes va dans le bon sens, celui d'un apaisement de la ville, d'un meilleur partage de l'espace public au profit de toutes les mobilités. Cela répond à des préoccupations environnementales et de cadre de vie. C'est bien parce que nous sommes favorables à l'aménagement des berges que nous souhaitons que ce projet soit une réussite, qu'il suscite l'adhésion de tous, qu'il soit un projet réellement partagé. Lors de notre précédent débat, tout en rappelant notre soutien à la reconquête des berges, nous appelions votre attention sur 4 aspects pour mener à bien ce projet. D?abord, la nécessité de penser l?aménagement dans sa globalité et pas simplement sur le tronçon concerné, et de mener également une réflexion sur un schéma global de circulation pour la ville centre. Nous appelions également votre attention, au-delà des berges, à la nécessité d'élaborer un plan d'ensemble pour les circulations piétonnes à Paris, dans la mesure où les piétons sont encore les grands oubliés des plans de déplacement aujourd'hui à Paris. Nous insistions également sur la nécessité d'une large concertation en incitant les Parisiens, les Franciliens à partager leur créativité sur un sujet qui les engage, mais également sur l'impérieuse nécessité d'associer à ce projet les habitants et les élus de la petite et de la grande couronne. Non seulement nous n'avons pas été entendus mais nos craintes se sont réalisées. Je partage évidemment ce qui a été dit par les orateurs précédents. Cette autoroute urbaine au c?ur de Paris est le symbole d?un urbanisme totalement dépassé. Néanmoins, il s'agit d'un axe structurant qu?on ne peut pas rayer d?un trait de plume sans tenir compte des conséquences. Susciter l'adhésion prend du temps, notamment pour répondre aux besoins des Franciliens en leur proposant de réelles alternatives, pour ne pas pénaliser les professionnels dans leurs activités et pour que la ville n'ait pas ainsi à subir une perte d'attractivité économique mais également touristique. Certains comptent sur le dégoût des automobilistes pour qu?ils abandonnent leur voiture. Nous, nous souhaitons inciter et non contraindre. Dès lors, prenons notre temps. Prenons d'abord le temps de la concertation. Vous écrivez qu'une large concertation s'est tenue. Pardon, mais les mots ont un sens : 4 réunions publiques, une réunion métropolitaine et une marche exploratoire ne constituent en rien une large concertation pour un projet aussi structurant. Le faible nombre de contributions recueillies le traduit d'ailleurs assez bien. Les prises de position des acteurs institutionnels, qu'il s'agisse des départements, des agglomérations mais aussi des professionnels - je peux citer la C.C.I.P., la Chambre des métiers des artisans de Paris, les professionnels situés sur les quais hauts qui s'inquiètent sans doute à juste titre des reports de circulation -, mais aussi les acteurs de la mobilité, la RATP et la S.N.C.F., traduisent de nombreuses craintes quant au dispositif proposé. Prenons également le temps de l'innovation. Pourquoi, pour un projet aussi structurant, n'y a-t-il pas eu d'appel à projets innovants ? Cela aurait pourtant permis une plus grande ambition. Il n'est pas trop tard, nous pouvons profiter du lancement de l'appel à projets "Réinventer la Seine" pour le faire. Prenons le temps, également, d'être globaux. La fermeture de la voie Georges Pompidou, compte tenu de son caractère structurant, mérite de revoir l?ensemble du schéma de circulation : zones 30, accès à la Capitale notamment pour les véhicules les plus polluants, logistique urbaine. La fermeture des berges implique en effet de repenser la circulation de marchandises, la fluidité étant un élément clé à la fois de l?attractivité économique et de la lutte contre la pollution. La réponse au défi du dernier kilomètre doit également intégrer la place de la Seine. Cette question de la logistique urbaine est centrale et nous regrettons d'ailleurs qu'elle n'ait pas été intégrée à la discussion sur l'aménagement des berges. C'est l'objet de notre v?u n° 113, qui demande qu'un bilan des expériences les plus pertinentes en matière de logistique urbaine soit réalisé et qu'un débat ait lieu au sein de notre Assemblée. Prenons le temps de l'ambition. Aujourd'hui, vous nous proposez un budget de 8 millions d'euros en investissement pour aménager les 3,3 kilomètres des berges rive droite. Cela semble bien dérisoire au regard des 45 millions d'euros consacrés à l'aménagement des 2,3 kilomètres rive gauche. Nous avons à plusieurs reprises regretté la faiblesse des aménagements rive gauche et notamment l'absence de végétalisation. Le budget aujourd?hui consacré à la rive droite nous paraît porter intrinsèquement les mêmes risques et donc de nature à être déceptif. Prenons le temps de la technologie. Sur ce sujet, on va tellement vite que l'on est même en avance sur la technologie. Des tramways sans rail et sans caténaire, en l'état actuel, cela s'appelle des bus. C?est très bien, surtout quand ils sont électriques. Vous nous annoncez ces bus de nouvelle génération pour 2020. D?ici là, il faudra faire avec les 25 lignes de la R.A.T.P. qui continueront à transporter les voyageurs, ce qui ne constitue pas une alternative suffisante pour faire face à un quelconque report modal. Cette réforme mérite que, tous ensemble, nous prenions le temps nécessaire à sa réussite, le temps de faire des études complémentaires, le temps de consulter, d'expliquer, de co-construire des solutions pour permettre de faciliter les déplacements, avec les professionnels, avec la R.A.T.P., la SNCF ainsi qu?avec les communes de la petite et de la grande couronne. C'est le sens de notre v?u n° 114. Je vous remercie.

M. Emmanuel GRÉGOIRE, adjoint, président. - Merci beaucoup. La parole est à Mme Ann-Katrin JÉGO.

Mme Ann-Katrin JÉGO. - Merci, Monsieur le Maire. Mes chers collègues, ce projet de délibération concernant l'aménagement des berges de la Seine est lourd de conséquences tant pour la qualité de vie des Parisiens que pour l'avenir économique de notre Capitale. Vos projets pour Paris inscrits dans un calendrier extraordinairement court auront une conséquence sûre et certaine, celle d'accroître les difficultés de circulation des véhicules automobiles et de transport en commun, d'augmenter de ce fait la pollution de notre Capitale, ce qui n'est pas le moindre des paradoxes après les grandes déclarations d'intention entendues la semaine dernière à l'occasion de la COP 21. Je m'étonne que vous cherchiez tant à décourager les automobilistes de venir à Paris sans mesurer l?impact de ces décisions sur les difficultés économiques de notre Capitale, à un moment où l'emploi devrait être au c?ur des préoccupations de notre Conseil. Vous devriez, à ce titre, écouter les avis des chambres consulaires franciliennes qui s'inquiètent de l'inaccessibilité de la Capitale, tant pour les artisans que pour les livraisons et, plus largement, pour tous ceux qui viennent y travailler.

Déjà que notre Capitale n'est pas perçue par les touristes comme une ville suffisamment sûre - je ne parle pas des attentats, mais de l'insécurité au quotidien, comme celle des vols à l'arraché - il est particulièrement inquiétant qu?elle devienne également une ville où il est impossible de circuler et où les pics de pollution sont de plus en plus nombreux. Par vos choix, vous participez un peu plus à orienter le flux touristique vers d'autres capitales, comme Londres, qui ont eu le courage de prendre des mesures radicalement différentes de celles que vous proposez pour limiter la circulation. Reconquérir les berges de la Seine est une noble ambition, mais une fois encore, si vous le permettez, vous mettez la charrue avant les b?ufs. La charrue avant les b?ufs parce qu?il existe des espaces non circulants qui pourraient parfaitement être reconquis dès à présent. Je pense en particulier à l'espace situé entre France Télévisions et le pont Mirabeau, aujourd'hui défiguré par des camions et des entrepôts. La charrue avant les b?ufs parce qu?il aurait fallu anticiper sur votre projet pour trouver des aménagements de fluidification et de dérivation à la circulation avant de fermer les berges de manière autoritaire. La charrue avant les b?ufs encore parce que vous nous annoncez une nouvelle concertation et un complément d'étude d'impact, mais que vous nous demandez de délibérer quel que soit le résultat de cette concertation et de cette étude d'impact, pour que votre projet soit mis en place dès septembre prochain. Vous prévoyez donc tranquillement de ne tenir absolument pas compte des résultats éventuellement négatifs du complément de concertation et des études que nous allons pourtant financer. A quoi servent-elles si la décision est déjà prise ? La charrue avant les b?ufs, enfin, parce que vous nous annoncez un pauvre budget de 8 millions d'euros, ce qui semble bien faible au vu des surfaces concernées. Bloquer Paris et porter une ambition durable d?aménagement de nos berges aurait dû nécessiter une mobilisation de moyens beaucoup plus conséquents, sauf à considérer que les containers à bateaux et autres accessoires "low cost" déjà vus sur l'autre rive soient le modèle pour l'aménagement des plus belles berges du monde dans une ville qui se veut être une capitale de l'esthétisme. Nous considérons, pour notre part, au regard de l?impact pour la vie des Parisiens, que ce sujet devrait faire l'objet d'un moratoire afin que nous puissions nous prononcer en toute connaissance de cause sur un chantier qui va dégrader profondément la vie des Parisiens. Ce ne sont en effet pas les dizaines de contributions que vous évoquez dans ce projet de délibération, ni même un sondage fondé sur des questions réductrices, qui peuvent tenir lieu de concertation sérieuse. Je trouve inquiétant de bloquer brutalement la circulation dans Paris, sans y apporter aucune solution alternative et je trouve choquant d'attendre des Parisiens qu'ils trouvent une solution tout seuls. A eux de se débrouiller pour se déplacer, pour aller travailler. C'est en réalité une manière de prôner la loi du plus fort. Vous organisez les embouteillages pour dégoûter les automobilistes. Encore une fois, ceux qui ont le moins de moyens financiers et le plus de famille, en seront les premières victimes. Aussi, nous vous demandons un moratoire sur l'application de ce projet, le temps de mesurer les impacts réels de cette décision, faute de quoi nous voterons contre ce projet de délibération. Je vous remercie.

M. Emmanuel GRÉGOIRE, adjoint, président. - Merci beaucoup. La parole est à M. le maire du 1er arrondissement, Jean-François LEGARET.

M. Jean-François LEGARET, maire du 1er arrondissement. - Mes chers collègues, j'écoutais très attentivement les maires d'arrondissement et parlementaires préopinant. On pourrait se laisser séduire par leurs arguments, se dire que, finalement, on va supprimer une autoroute urbaine, qu?il n?y aura plus de bruit, plus de pollution, ce sera merveilleux. Le problème, c?est que le postulat est faux. Il est entièrement faux et ce, pour plusieurs raisons sur lesquelles je voudrais revenir.

Premièrement, autoroute urbaine, ce n'est vraiment pas cela. L'autoroute urbaine n?est précisément pas à cet endroit-là. Elle est entre le Point du jour et la place de la Concorde. Vous avez effectivement une autoroute à quatre voies. Elle est ensuite dans la partie du 12e arrondissement. Mais je fais observer que dans le 1er et le 4e arrondissement, vous avez une voie unidirectionnelle limitée à 50 kilomètres/heure sur les berges. C'est tout, sauf une autoroute et sauf une autoroute urbaine. C'est un premier constat.

Deuxième constat : nous avions proposé, dès que cette idée a été lancée, que l'on fasse au moins une étude alternative. Vaut-il mieux alléger la circulation sur les quais hauts ou sur les quais bas ? Nous avons déposé un v?u. Ce v?u a été rejeté par la majorité. On n'a pas voulu en discuter. Il était interdit d'ouvrir une discussion, interdit de faire l?étude alternative. Je rappelle d'ailleurs qu'un quotidien, qui porte un nom très parisien et qui paraît tous les matins, avait fait une enquête auprès de ses lecteurs qui démontrait que plus des deux tiers des lecteurs étaient favorables à l'option allégement de la circulation sur les quais hauts. Cela montre que la question méritait tout de même d'être posée. On n'a pas eu le droit d'en débattre. Troisième point : que fait-on du souterrain des Tuileries ? Il y avait une option courte et longue. Finalement, on prend l'option longue. Je ne sais pas s'il vous est déjà arrivé d?emprunter à pied, à vélo, à "roller", tout ce que vous voulez, les jours "Paris Respire", ce souterrain des Tuileries. C?est absolument sinistre. C'est tout de même la partie la plus triste du parcours. Si c'est pour rendre cela toute l'année aux promeneurs, aux cyclistes et aux piétons, tout ce que vous voudrez, on ne voit vraiment pas l'intérêt que cela peut présenter. Il y a la méthode qui a été employée et qui est totalement exécrable, puisqu'on nous a demandé de faire cette concertation pendant les mois de juillet et d'août qui sont, comme chacun le sait, les mois les mieux choisis pour que les Parisiens viennent participer à une large concertation. "C'est faux", dit Jean-Louis MISSIKA. Il a pourtant assisté à ces réunions et il devrait le savoir. On a dit, au début du mois de septembre, qu'il y aurait la dernière réunion à la mairie du 4e arrondissement. Je m?y suis rendu. C'était, paraît-il, ce soir-là, la clôture de la concertation. Ce soir-là, il s'agissait de dire : "Voilà, c?est le bilan. On a tout dit. C'est l'apothéose. Fermez le ban". C'est précisément ce soir-là, le soir de la clôture de la concertation, qu'on nous présente pour la première fois l'étude faite par la direction de la voirie. Elle démontre quoi ? Que les reports de circulation, comme on pouvait s?en douter, se font pour l'essentiel sur les quais hauts, c'est-à-dire là où se trouvent les habitants, les commerces, et que l'on reporte toutes les nuisances, la pollution, le bruit, précisément là où il y a de la vie, de l'activité et des résidents. C'est la première fois que l'on aborde cette question, mais on n'a plus le droit d'en parler puisque la concertation est terminée et est close. Voilà la manière dont les choses ont été faites. Mme HIDALGO, qui présidait cette réunion, nous a fait un discours assez touchant, assez émouvant, nous expliquant qu'elle était Maire de Paris et que sa responsabilité vis-à-vis des générations futures était de faire en sorte qu'il y ait moins de pollution, moins de bruit, plus de bonheur, plus de qualité de vie. Evidemment, on était presque ému de l'entendre tenir ce type de propos. Je me suis permis à ce moment-là de prendre la parole et j'ai fait observer - je peux vous dire que j'ai été curieusement soutenu par une grande partie de la salle sur les propos que je tenais - en disant : "Mais, Madame la Maire de Paris, vous êtes animée par le souci d'alléger, de supprimer la pollution. C'est très bien. Mais, précisément, la pollution vous l?aggravez sur cette section des quais hauts puisque la démonstration est faite par les services de la Mairie eux-mêmes, par la direction de la voirie, que c'est là que l'on reporte la circulation, les nuisances le bruit et la pollution". Je rappelle au surplus que, dans le secteur, vous n?avez pas moins de huit chantiers gigantesques, totalement hors norme, qui se déroulent entre le chantier du Louvre, celui des Halles, celui de La Samaritaine, celui de La Poste du Louvre, celui du Louvre des antiquaires, celui du théâtre du Châtelet, du théâtre de la Ville, plus beaucoup d'autres chantiers qui se cumulent sur le secteur. C'est vraiment incompatible avec ce projet. C'est la raison pour laquelle j'ai l'intention d'organiser - je ne vois pas qui pourrait m'empêcher de le faire - en tant que maire du 1er arrondissement, une grande réunion publique au mois de janvier. J'ai voulu d?abord laisser passer les élections régionales parce que je ne voulais pas qu'on mélange les choses. Je ferai cette réunion et je proposerai un moratoire pour qu?au moins, on attende la fin de ces chantiers pour discuter sérieusement de ce projet qui, à l'heure actuelle, n'est pas sérieux et ne tient pas debout et contre lequel nous nous battrons. Je vous remercie.

M. Emmanuel GRÉGOIRE, adjoint, président. - Merci. La parole est à M. LELLOUCHE.

M. Pierre LELLOUCHE. - Merci beaucoup, Monsieur le Maire.

Mes chers collègues, en prenant la parole aujourd'hui pour m'élever contre votre projet, je ne me fais rigoureusement aucune illusion sur l'écoute qui sera la vôtre, ni sur l'issue de ce débat. Depuis l'élection de Bertrand DELANOË en 2001, votre majorité a systématiquement rejeté les propositions de l?opposition à chaque fois qu?il y a eu un choix structurant pour l'avenir de notre ville. Par exemple, au lieu de faire des économies et d'investir, au lieu de construire des logements dans une ville où les classes moyennes sont poussées dehors par la hausse des loyers et de l'immobilier, vous avez préféré dépenser à grands frais pour des gestes "architecturaux". Dans ma circonscription, dans le 1er arrondissement, on a le chantier des Halles, une espèce d'horreur qui coûtera 1,2 milliard d'euros dans une ville désargentée. Vous avez augmenté le nombre de fonctionnaires de 10.000 en 15 ans, augmenté les frais de fonctionnement de 30 %, augmenté les impôts, et vous avez tout de même un déficit, un trou comme vous dites, de 400 millions d'euros. De même, le goût de la fête du prédécesseur de Mme HIDALGO, avec Paris Plages, s'est traduit par une ardoise quatre à cinq fois supérieure à celle annoncée selon le rapport de la Chambre régionale des comptes. Aujourd'hui, vous vous en prenez à la circulation des bords de Seine avec des objectifs qui font rêver, je vous cite : "offrir un espace de respiration et de promenade ; renforcer la continuité écologique de la Seine et de ses abords ; soutenir et développer les activités économiques en lien avec le fleuve ; et enfin, valoriser ce site unique porteur de l'identité de Paris". Pour cela, vous avez envisagé et vous allez le faire, de supprimer plus de 3 kilomètres de la voie Georges Pompidou, de la rendre aux vélos comme vous dites, aux promeneurs, sans vous soucier des conséquences que cela entraînera pour tous ceux qui vivent dans ces quartiers, pour tous ceux, et ils sont nombreux, qui doivent y travailler ou passer par la Capitale car ils habitent dans notre région. Ce beau raisonnement à destination de votre électorat "bobo" s'appuie comme d'habitude sur une vraie fausse concertation à base de, je cite : "marches exploratoires, expositions, campagne participative sur le site au joli nom de "Mme la Maire j'ai une idée", et de quatre réunions publiques". Ayant fait mine d'avoir consulté au moins un millier de personnes sur 2.2 millions d?habitants, vous en déduisez "un soutien de 57 % d'opinions favorables", je vous cite toujours. Vous ignorez souverainement au moins six dimensions du problème que je me permets de vous souligner. La première est simplement humaine, ce sont les habitants et les commerçants de ces quartiers qui vont subir un véritable enfer. Jean-François LEGARET a parlé non seulement de la peine que cela va entraîner, mais aussi de la concomitance avec une demi-douzaine de chantiers gigantesques sur un tout petit territoire. Deuxièmement, vous ignorez les retombées sur la mobilité dans Paris, il y a été fait allusion par d'autres orateurs. Sur la base d'obscures études d'impact aux conclusions alambiquées, vous expliquez que grâce au fameux phénomène, je cite, "d'évaporation", les automobilistes vont trouver eux-mêmes d'autres solutions et que les temps de transport vont à peine augmenter de 8 minutes dites-vous sur ce trajet. En somme, vous expliquez que tout cela n'aura aucune conséquence, sauf à amener les Parisiens à renoncer plus à leur voiture, ce qui est l'objectif sous-jacent et avoué de votre Municipalité depuis 15 ans. Tous ceux qui comme moi doivent utiliser une voiture et qui essaient de passer le long des quais aujourd'hui, vivent déjà un véritable enfer d'embouteillages. A la différence d'un certain nombre de personnes ici, c?est sans chauffeur. Au passage, vous ignorez aussi, et c'est mon troisième point, l?impact sur la circulation au-delà des quatre arrondissements que vous avez soi-disant concertés comme si le nuage de pollution qui sera engendré par tout cela et les encombrements allaient s'arrêter au pont de l'Arsenal ou au Palais royal et n'allaient pas taper sur l'ensemble de la Capitale. C'est le cas pour la R.A.T.P., qui est elle-même extrêmement inquiète des conséquences de tout cela. Quatrièmement, vous ignorez l?impact sur les communes avoisinantes, vous avez tenu une réunion de concertation et ignoré 12 millions de personnes, 10 autres millions de Français, excusez du peu. Sur le même registre, vous avez rejeté les amendements de Jean-François LEGARET, comme vous rejetterez aujourd'hui les v?ux déposés par nos collègues du groupe UDI. Enfin, sixièmement et peut-être plus inquiétant, nous sommes à un mois des attentats de Paris, avez-vous pensé au problème de sécurité ? Comment ferez-vous si demain il y a une catastrophe, un attentat au Centre de Paris, comment acheminerez-vous les secours ? Je conclus, Monsieur le Maire, tout cela en plus devant coûter 8 millions d'euros, mais là aussi ce point a été?

M. Emmanuel GRÉGOIRE, adjoint, président. - Monsieur le Député, il faut conclure.

M. Pierre LELLOUCHE. - Je vous demande une seconde, il viendra sans doute le jour, comme en Région Ile-de-France, où les Parisiens seront las de tout cela, et que vous serez remerciés après avoir laissé derrière vous toute une série de chantiers contreproductifs et non financés.

M. Emmanuel GRÉGOIRE, adjoint, président. - Merci. La parole est à Mme MONTANDON.

Mme Valérie MONTANDON. - Merci, Monsieur le Maire. La concertation sur l?aménagement des berges a eu aussi ses limites dans le 12e arrondissement. Dès 2011, les conseils de quartiers ont travaillé à l'élaboration des aménagements des berges de Seine et les élus de l'opposition ont développé un projet à partir des idées et des propositions qui ont émergé de ces conseils de quartiers et nous regrettons que le projet actuel de l'amélioration des berges, présenté par l'Exécutif, ne prenne pas en compte ces propositions pour l'Est parisien. Nous avons déposé un v?u, le v?u n° 112, proposant de lancer une étude sur le projet d'aménagement des berges du port de l'Arsenal à Bercy/Charenton, afin de supprimer les discontinuités en permettant l'accès au public de toutes les berges de Seine. Les pistes de réflexion que nous proposons consistent à créer une promenade en bordure de la Seine avec la création d'une sorte de ponton sans impact sur les axes de circulation. Justement, j'insiste réellement sur le fait que ce projet peut se faire sans impact sur les axes de circulation. Il m'arrive de penser que si vous ne retenez pas et n?étudiez pas cette option, c'est peut-être justement parce qu?il n'y a pas d'impact sur la circulation. Nous attendons de vous un signe afin que le projet des berges ne se limite pas simplement au Centre de Paris, mais que l'Est puisse en bénéficier avec des propositions d?aménagement issues des instances de concertation que sont censés être justement les conseils de quartiers, mais aussi à partir des propositions des élus de l'opposition. Merci.

M. Emmanuel GRÉGOIRE, adjoint, président. - Merci beaucoup. La parole est à M. Didier LE RESTE.

M. Didier LE RESTE. - Merci, Monsieur le Maire. La concertation menée par la Ville pour l'aménagement des berges de Seine et la qualité du rapport qui en est issu montrent, d'après moi, le sérieux du travail engagé sur ce projet. Ce document restitue bien les souhaits et inquiétudes des Parisiennes et Parisiens et il s'agit maintenant de les prendre en compte pour faire de cet aménagement une réussite partagée par le plus grand nombre. Elle souligne tout d?abord le franc succès des aménagements précédents, dont la fréquentation ne faiblit pas. Les Parisiens comme les touristes se sont appropriés ce nouveau lieu de vie et de nombreuses initiatives et activités culturelles et sportives s?y organisent régulièrement. Ce document montre également que nos remarques étaient fondées. La question du report modal de cette limitation de la circulation automobile, par exemple, revient très souvent et nous ne pouvons que donner raison aux participants. En termes de transports en commun comme en transport de marchandises, des propositions concrètes doivent être fournies aux Parisiennes et aux Parisiens et à celles et ceux qui travaillent à Paris pour que l'ouverture aux circulations douces ne sature pas les autres axes routiers. Je redis qu'en matière de transport de marchandises essentiellement assuré aujourd'hui par la route, il convient de susciter, d'aider, d'accompagner la mise au point d'un système de desserte basé sur l'intermodalité en appui de plateformes de logistique urbaine. Ainsi, il s'agit d'inscrire ce nouvel aménagement dans une perspective plus large et de l?inclure dans un plan cohérent d?alternative à la route. Le retard pris dans la modernisation des transports en commun et dans la création de nouvelles infrastructures est la cause de nombreux dysfonctionnements au quotidien. La question des ressources supplémentaires pour répondre à ces nouveaux besoins se pose encore une fois avec acuité, car nous devons aller plus vite et plus loin dans la construction de ce Paris durable, qui repose en grande partie sur un maillage de transports propres. La question de l'accessibilité des commerces revient également dans ce rapport. C'est une remarque récurrente de notre groupe, qui a toute sa place et son importance. Pour un grand nombre de Parisiennes et de Parisiens, les commerces et activités des précédents aménagements des berges de Seine sont, je cite, "accessibles selon eux à un nombre trop restreint de Parisiens aisés". La volonté de la mise en ?uvre d'un projet pour tous et accessible à différents publics apparaît en filigrane dans de nombreux avis sur l'acte 2 des berges de Seine. La question :"Pour qui sont ces aménagements ?" transparaît dans la concertation. C'est pour répondre à ces attentes que nous formulons un v?u lié à l'accessibilité des commerces. Nous devons trouver une solution pour que ces nouveaux espaces publics ouverts aux piétons et cyclistes soient populaires. La Ville de Paris doit veiller, lors de la délivrance des concessions sur les aménagements des berges de Seine, à la diversité des activités et commerces proposés et notamment en fonction des grilles tarifaires. Nous approuvons ce bilan de concertation. Si nous voulons faire de ce projet une réussite, nous devons prendre en compte l'ensemble de ses aspects directs et indirects et lui donner une réelle ambition profitable à tous. Je vous remercie.

M. Emmanuel GRÉGOIRE, adjoint, président. - Merci beaucoup. La parole est à Mme Danielle SIMONNET.

Mme Danielle SIMONNET. - Mes chers collègues, écoutez, je pense que nous ne sommes pas surpris du débat que nous avons. Évidemment pour l?opposition, de droite je précise, il est urgent d?attendre et on a entendu les arguments en faveur du moratoire. Mais franchement, je trouve que c?est un moment historique que l?on vit de pouvoir reconquérir ces berges sur Seine, de pouvoir justement lutter contre ce tout voiture. C?est une nouvelle étape extrêmement importante. Et bien que me définissant aussi dans l?opposition, mais dans l?opposition de gauche, j?applaudis au contraire à ce projet de délibération et je soutiens la poursuite de cette bataille de la conquête, de la reconquête de la Capitale, de Paris pour les citoyens, les circulations douces, à l?encontre du tout voiture. Eh oui, il faut mettre un terme à ces autoroutes urbaines. Bien sûr qu?il s?agit d?une autoroute urbaine. Ce qui ne veut pas dit qu?il n?y en a pas d?autres dans la Capitale, ce qui ne veut pas dire qu?il n?y a pas toujours un travail à faire sur les autres déplacements automobiles. Cela doit se poursuivre pour réduire la place de la voiture dans la Capitale, cela doit bien évidemment continuer. Sur la question de l?ensemble des transports et des reports modaux des transports sur d?autres moyens, évidemment le travail doit se poursuivre. Sur les transports en commun, je pense qu?on est encore en deçà des réponses qu?on doit apporter et qu?il faut absolument continuer à développer, à la fois les voies de transport par bus, pas simplement sur cet axe-là mais aussi sur l?ensemble de la Capitale. Maintenant j?entends aussi les arguments sur le fait que cette reconquête du fleuve va aussi permettre de continuer à développer toute une réflexion sur le transport de marchandises et la logistique urbaine, par le biais de la voie fluviale. Tout à fait, il faut continuer, le travail doit se poursuivre aussi à ce niveau-là. Attention tout de même aux quantités que cela représente, parce que le tout transport marchandises fluviales peut avoir, à d?autres endroits dans la Région Ile-de-France, je pense au port de conteneurs d?Achères, il y a des projets de transports de marchandises par voie fluviale qui ne sont absolument pas écologiques. Tout dépend aussi des quantités dans lesquelles on voit les choses. Pour l'instant, j?ai le sentiment qu?on n?est pas dans ce registre-là mais bien dans un registre beaucoup plus raisonnable. Maintenant la réappropriation citoyenne de ces berges de Seine, il faut qu?elle soit complète. Il ne faut pas simplement que ce soit la voiture qu?on exclut et finalement les citoyens qui ne sont pas propriétaires parce qu?on a une autre privatisation de cet espace public qui prend la place. La bataille de ce que nous allons faire de ces berges sur Seine est essentielle. En cela, ce Conseil de Paris et le vote que nous avons eu concernant le partenariat avec Coca Cola sur les animations sportives, pour moi, il n?est pas simplement anecdotique, il est révélateur : on ne veut pas faire en sorte que lorsqu?on se réapproprie cet espace public, cela se traduise par un matraquage des intérêts privés, de la publicité, du "naming". Il faut que le débat se poursuive sur ce que nous allons faire de ces espaces rendus aux citoyens. Ces espaces rendus aux citoyens, comme le dit Didier LE RESTE, cela doit être des aménagements populaires, on doit réfléchir aux structures de l?économie sociale et solidaire, on doit réfléchir aux structures associatives, on doit réfléchir à une diversité des petits commerces et absolument pas les grandes enseignes qui prennent le pas. On doit vraiment permettre aux Parisiennes et Parisiens, mais aussi à tout l?ensemble des amoureux de Paris de passage, de pouvoir vraiment se réapproprier la ville. Là, on sera dans cette libération de ces berges de Seine à la hauteur de toutes celles et ceux qui nous ont chanté Paris la Seine, "T?en souviens-tu, la Seine ?". J?aimerais bien qu?on puisse avoir un projet qui soit à la hauteur de toutes celles et ceux qui sont ravis que nous puissions permettre cette reconquête de se faire. Je vous remercie.

M. Emmanuel GRÉGOIRE, adjoint, président. - Merci beaucoup. Pour vous répondre, Christophe NAJDOVSKI qui dispose de plus de 5 minutes compte tenu du nombre de v?ux et d?amendements sur ce projet de délibération.

M. Christophe NAJDOVSKI, adjoint. - Merci, Monsieur le Maire. Nous arrivons. C?est une nouvelle étape de reconquête des berges de Seine que nous portons aujourd?hui, suite à la concertation qui s?est tenue du 22 juin jusqu?à la fin du mois d?octobre de l?année 2015. Ce sont non seulement quatre réunions publiques qui se sont déroulées, c?est une réunion publique métropolitaine, une exposition à l?Hôtel de Ville, une exposition itinérante sur les berges de Rive gauche, puis à Paris Plages, des registres dans les arrondissements concernés, à Paris Rendez-vous, à Paris Plages, sur les berges de Rive gauche, c?est une marche exploratoire sur le site, c?est une concertation en ligne avec une campagne participative, c?est une concertation partenariale également à l?échelle de la Métropole, avec une réunion présidée par la Maire de Paris. Au total, c?est 933 contributions en tout qui ont été recueillies. Effectivement, dans ces contributions, il y a une majorité d?opinions favorables et je ne méconnais pas non plus que des inquiétudes se sont exprimées, notamment qui se sont traduites dans un certain nombre d?opinions défavorables concernant ce projet. Il convient de préciser tout d?abord que, pour ce qui concerne la question du trafic, aujourd?hui nous sommes sur un volume de trafic automobile qui, sur la voie rive droite, a déjà diminué de 23 % en volume depuis les aménagements réalisés en 2012. Le trafic sur la berge rive droite aujourd?hui est proche de celui qu?on avait sur la rive gauche avant sa piétonisation. Les études de circulation ont montré qu?il n?y avait pas d?impact sur la circulation en dehors de Paris et que l?impact était localisé dans le Centre, avec une augmentation estimée du temps de parcours dans les cas de la fermeture complète entre le tunnel des Tuileries et le tunnel Henri IV de 5 à 7 minutes. Ces résultats sont des résultats théoriques de modélisation qui ne prennent pas en compte les modifications de comportement. Ce que nous a montré l?expérience et la réalité, c?est que la réalité est plus favorable que les simulations, que les pertes de temps de parcours effectifs aujourd?hui sont bien moindres que ce qui avait été prévu par les modélisations. C?est ce qu?on a pu observer sur la rive gauche. Cette évolution des comportements effectivement tient compte de ce que l?on appelle l?évaporation de la circulation, c?est-à-dire l?adaptation des déplacements, moins de déplacements qui sont effectués quand on a moins d?espace. C?est aussi le fait que la demande de déplacements automobiles diminue avec la diminution de l?offre de voies rapides. Toute la recherche académique a montré que, quand on diminue l?offre de voies rapides, il y a une diminution de la demande de déplacements automobiles. Le projet que nous avons retenu à l?issue de la concertation, c?est celui du scénario le plus ambitieux : le scénario 2 qui est celui de rendre 3,3 kilomètres d?itinéraires aux piétons et cyclistes ; c?est celui de rendre 4,5 hectares d?espaces à tous. Ce projet, comme l?a souligné notre collègue Catherine BARATTI-ELBAZ, va garantir la continuité au-delà de simplement la liaison entre Bastille et Tour Eiffel, puisque nous pourrons au-delà à l?Est aller vers la promenade plantée et vers le bois de Vincennes. C?est un projet global qui comprend à la fois la piétonisation des berges basses, mais aussi un réaménagement des quais hauts, avec un projet de transports en commun en site propre que nous avons lancé et pour lequel les études sont en cours. Ce sont aussi des renforts de transports collectifs sur les lignes de bus existantes dès 2016, de manière à pouvoir offrir une alternative supplémentaire en matière de transports collectifs. C?est aussi le partage d?objectifs communs avec les partenaires que sont Port de Paris sur la qualité urbaine et paysagère de ce site exceptionnel, mais aussi sur le potentiel de développement d?une activité liée au fret et à la logistique urbaine. Ce projet vise aussi à rendre les berges accessibles à tous et toutes, avec des dispositifs adaptés pour compléter, le cas échéant, les rampes qui ont été aménagées en 2012, conformément aux normes d?accessibilité en lien avec la Commission d?accessibilité départementale. Il s?agit également de réaliser un aménagement sobre qui respecte à la fois les exigences de réversibilité mais aussi par rapport à la question de l?inondabilité des berges. Il s?agit aussi à travers ce projet de végétaliser ou de décloisonner le square Federico Garcia Lorca situé aujourd?hui au pied de l?Hôtel de Ville et qui est malheureusement peu mis en valeur. Il s?agit enfin de rendre possible tout simplement de nouveaux usages, grâce aux appels à projets pour les locaux en fond de quai, pour les tunnels et pour le fleuve. Ces projets peuvent concerner la culture, le sport, le tourisme, l?économie sociale et solidaire, la logistique urbaine, la restauration, l?agriculture urbaine. Bref, tout un tas de projets qui visent à animer ces berges et à les rendre vivantes. Face à ce projet, l?opposition de droite finalement est en panne d?imagination. Elle nous a proposé un contre-projet pour 60 millions d'euros. 60 millions d'euros quand même, alors que notre projet fait dans la sobriété avec seulement un investissement de 8 millions d'euros. Le contre-projet de la droite consiste simplement à créer de nouvelles rentes automobiles et à maintenir une fonction d'autoroute urbaine au c?ur de Paris pour un montant de 60 millions d?euros. Les Parisiens pourront juger de l'inanité de cette proposition. Quant au projet et à la demande de moratoire du groupe UDI-MODEM pardonnez-moi, mais il s'agit du choix de l'immobilisme. Demander un moratoire de deux ans, c'est vouloir l'immobilisme, nous sommes désolés, mais nous voulons au contraire le mouvement. Ce mouvement, c'est un mouvement que d'autres capitales du monde entier ont déjà entamé et Paris ne peut rester à la remorque de ce mouvement. Je voudrais préciser également que ce projet va faire l'objet d'une étude d'impact qui sera disponible au début de l'année 2016. Une nouvelle phase de consultation du public sera organisée dans le courant du premier semestre selon des modalités qui doivent encore être affinées avec les services de l'Etat. Nous poursuivons toujours l'objectif d'un calendrier d'ouverture de ces berges rive droite aux piétons à l'issue de l'opération Paris Plages, c'est-à-dire à l'horizon de septembre 2016. En conclusion, je voudrais vous dire trois choses. La première, c'est soyons heureux. Soyons heureux, car la fermeture des berges aura un impact énorme pour notre Capitale et pour notre Métropole. Imaginez simplement que nous en aurons fini, Monsieur GOUJON, avec cette autoroute urbaine qui transperce et défigure la plus belle ville du monde en son c?ur. Paris s'est construite autour de son fleuve nourricier, et les berges de Seine figurent parmi les plus beaux sites urbains. Donc oui, félicitons-nous que cet espace soit enfin accessible à tous. La deuxième chose c?est soyons modeste, mais aussi ambitieux. Nous ne sommes pas seuls. De nombreuses villes de par le monde ont déjà engagé ce mouvement, elles ont coupé les autoroutes urbaines en leur centre. Paris est la seule ville de cette envergure à avoir encore une autoroute en son centre-ville, qui plus est sur un site classé au patrimoine mondial de l'UNESCO. Je pourrais vous citer les exemples de ville comme Séoul, New York, Portland, San Francisco, Seattle, Madrid, Barcelone, qui ont reconquis leurs centres et qui ont transformé ces autoroutes urbaines en boulevards urbains. Aucune de ces villes n'a sombré après la fermeture de ses autoroutes, il me semble. En France on pourrait citer l'exemple de Lyon ou de Bordeaux qui ont reconquis leurs berges ou encore leurs quais avec beaucoup de bonheur. Puisque l'on parle de Bordeaux, il y a dix jours, la Maire de Paris recevait, ici même à l'Hôtel de Ville, 1.000 maires du monde entier pour un sommet mondial sur le climat. 1.000 maires qui sont des acteurs engagés de la lutte contre le changement climatique qui innovent, qui portent des projets. Quand le maire de Bordeaux a été interrogé par l'animatrice sur le projet dont il était le plus fier, après un court instant de réflexion, il a cité le projet des quais de la Garonne. Les quais de la Garonne qui, il y a 10 ans, était une autoroute urbaine, comparable à celle que nous avons aujourd'hui, en plein c?ur de notre Capitale, et qui aujourd'hui sont l'un des lieux les plus prisés des Bordelais, mais au-delà de tous ceux qui aiment cette ville et qui visitent la ville de Bordeaux. Donc, moi je dis à la droite de cet hémicycle, et au centre, que vous devriez peut-être davantage regarder ce que font les maires quand ils sont en responsabilité. La troisième chose que je voudrais vous dire, c?est : soyons courageux. L'autoroute urbaine des berges de Seine est d'un autre temps. Elle est le fruit d'un urbanisme du siècle passé qui, aujourd'hui, n'est plus de mise. Notre ville est l?une des villes les plus denses au monde. Que cherchons-nous à faire ? Quelle est notre priorité ? Déplacer les voitures qui, je le rappelle, sont remplies en règle générale à 20 % de leur capacité ? Ou bien déplacer des personnes ? Eh bien nous sommes favorables à donner la priorité aux aménagements en faveur des personnes. A largeur équivalente, un aménagement piéton va autoriser le déplacement de 10 fois plus de personnes qu'une voie pour voiture. La comparaison est également favorable aux vélos, avec des aménagements capables de transporter deux fois plus de personnes. Bien sûr, il convient d'accompagner la fermeture des voies sur berges par d'autres mesures. Nous investissons, dans le cadre de notre programme d'investissement de mandature, 1, 8 milliard d'euros dans le secteur des transports et plus de la moitié, c'est-à-dire plus de 900 millions d'euros iront dans le développement des transports collectifs. Nous allons également investir 150 millions pour créer des aménagements vélo. Nous avons annoncé la mise en place de zones à trafic limité, d?axes à ultra-basses émissions dans le Plan anti-pollution. Nous travaillons à la mise en place de nouvelles lignes de transport en commun sur les quais hauts et entre les gares. Tous ces projets accompagneront la fermeture des voies sur berges et feront que demain il sera possible de se déplacer autrement. Ayons donc le courage d'offrir un futur réjouissant aux Parisiens et aux Franciliens. Oui, nous le savons, c'est tout un symbole de fermer une voie qui porte le nom de Georges Pompidou qui déclara en son temps vouloir adapter la ville à la voiture. Je comprends la difficulté que cela peut poser à la droite de cet hémicycle. Il est temps pour Paris de proposer autre chose. Il est temps de proposer aux Parisiens autre chose qu'un futur ressemblant aux années 1970. Il est temps de proposer un autre futur que celui des années 1970, alors soyons heureux, soyons ambitieux, soyons courageux. Vive les berges de Seine rendues aux piétons et aux amoureux de Paris !

M. Emmanuel GRÉGOIRE, adjoint, président. - Merci beaucoup. Monsieur LEGARET, vous avez une minute.

M. Jean-François LEGARET, maire du 1er arrondissement. - Paris a donné le nom de places et de rues aux anciens présidents de la République, du Général de Gaulle à François Mitterrand, ces propos sont intolérables, que l?on respecte le Président de la République et les institutions de la République. Je demande à M. NAJDOVSKI de retirer ses propos et je demande une suspension de séance.

M. Emmanuel GRÉGOIRE, adjoint, président. - Une minute de suspension.