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Juin 2010
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2010, V - Question d'actualité du groupe Centre et Indépendants à M. le Maire de Paris relative à la sécurité des musées parisiens.

Débat/ Conseil municipal/ Juin 2010


 

M. LE MAIRE DE PARIS. - Nous passons à la question d'actualité déposée par le groupe Centre et Indépendants.

La parole est maintenant à M. Eric HÉLARD.

M. Eric HÉLARD. - Mes chers collègues, ces dernières semaines, les musées du monde entier ont eu les yeux rivés sur Paris. Le vol commis dans la nuit du 19 au 20 mai au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris, qui appartient, comme son nom l?indique, au patrimoine communal, a frappé les esprits.

Cinq toiles d'importance, des pièces irremplaçables, signées de Picasso, Braque, Léger, Matisse et Modigliani et estimées à une centaine de millions d'euros ont disparu. Une somme considérable, qui fait de ce cambriolage l?un des plus importants perpétré dans un musée français. L'image internationale de notre Capitale a été sérieusement écornée. De Washington à Singapour, de Florence à Melbourne, la presse étrangère n'a pas été tendre à l?égard de la Mairie de Paris, laissant entendre que nos musées étaient devenus des self-services !

Mais mon propos d'aujourd'hui ne vise pas à faire la lumière sur les éventuelles responsabilités individuelles ou politiques des uns et des autres dans cette affaire. Je laisse ce soin aux enquêtes administratives et judiciaires, comme je l'ai dit mardi dernier, de concert avec la présidente Geneviève BERTRAND en 9e Commission. Il sera toujours temps pour les éventuels responsables de rendre des comptes à l'issue de ces procédures.

Comme vous le savez, à la suite de cet événement, un certain nombre de musées étrangers ont lancé des audits sur leur propre sécurité.

Aussi malheureux soit-il et traumatisant pour les agents de la Ville qui travaillent au Musée d'Art Moderne, ce vol va paradoxalement peut-être permettre d?en éviter un certain nombre d'autres. En effet, les grands musées sont soumis à deux contraintes permanentes en matière de sécurité :

- l'évolution des filières et des méthodes des délinquants, d'une part,

- et le vieillissement des systèmes de sécurité, d'autre part.

Répondre à la première de ces contraintes relève plutôt des missions de la police mais, pour ce qui est de la seconde de ces contraintes, Monsieur le Maire, vous êtes le seul à pouvoir y répondre.

Vous conviendrez, je pense, que le vieillissement naturel des systèmes de sécurité doit être compensé par une maintenance permanente des alarmes en place, par le remplacement des systèmes devenus obsolètes, par l'investissement dans les nouvelles technologies apparues ces dernières années en la matière et par la mise à disposition de moyens humains suffisants et sérieux pour assurer des missions de sécurité et de sûreté.

La valeur historique, artistique et financière des trésors qui sont conservés dans nos musées justifie amplement à nos yeux de tels investissements et ne peut tolérer le moindre laisser-aller ou une gestion aléatoire.

Ma question est simple, Monsieur le Maire : les élus du groupe Centre et Indépendants souhaiteraient savoir, dans le respect de la nécessaire confidentialité des données sensibles, quelles sont les mesures concrètes que vous comptez prendre pour renforcer la sécurité des musées de la Ville, afin de faire échec aux trafiquants d'art. Etes-vous aujourd'hui en mesure de rassurer les personnels des musées et les Parisiens, inquiets de l'avenir des collections publiques de la Ville ?

Merci de nous éclairer sur ce sujet.

(Applaudissements sur les bancs des groupes Centre et Indépendants et U.M.P.P.A.).

M. LE MAIRE DE PARIS. - Monsieur le conseiller, d'abord, je veux vous remercier de votre question, que je trouve pertinente, ainsi que du ton très responsable avec lequel vous l'avez posée.

Je donne d?abord la parole à M. GIRARD, puis à Mme POURTAUD, qui travaillent tous les deux extrêmement bien sur ce dossier délicat.

M. Christophe GIRARD, adjoint. - La disparition de ces cinq chefs-d'?uvre est un drame qui a suscité une très vive émotion et la consternation de tous les amateurs d'art à travers le monde, mais également de tous les Parisiens, privés d'une partie de leur patrimoine culturel.

M. LE MAIRE DE PARIS. - S'il vous plaît !

Ce sont des choses extrêmement graves ; on s'exprime ; un conseiller de l'opposition vient de le faire et avec beaucoup de dignité et d'exigence. Cela ne justifie aucun chahut, aujourd'hui et demain, sur un sujet grave et dont on verra comment il évoluera.

M. Jean-François LAMOUR. - On peut quand même s'exprimer !

M. LE MAIRE DE PARIS. - M. le conseiller qui s'est exprimé s'est fort bien exprimé : je l'ai signalé. Ce n'est pas la même chose que les sarcasmes, d'autant qu'aucun de nous n'a tous les éléments à ce stade? Aucun de nous ne les a à ce moment ! Par esprit de responsabilité, Monsieur le Président !

Monsieur GIRARD, vous avez la parole.

M. Christophe GIRARD, adjoint. - Je me suis immédiatement rendu sur place afin de témoigner notre soutien au directeur du musée, Fabrice HERGOTT, et à toute l'équipe, profondément choqués par ce vol.

Laurence ENGEL, directrice des Affaires culturelles, est également présente à leur côté et je suis retourné à plusieurs reprises les rencontrer pour les soutenir.

Une enquête judiciaire menée par la brigade de répression du banditisme est en cours, et il ne nous appartient pas de commenter cette affaire ou d'essayer de trouver des coupables.

Notre objectif est de laisser la police travailler et tenter de retrouver ces ?uvres et les auteurs de ce vol très sophistiqué.

Je tiens néanmoins à rappeler qu'une enquête administrative conduite par Dominique BARRELLA et Alain DERMEJEAN a été lancée dès le lendemain de ce cambriolage par le Maire de Paris, M. Bertrand DELANOË, afin de comprendre très rapidement les dysfonctionnements qui ont pu avoir lieu.

Ce vol est d'autant plus regrettable que des travaux de sécurité pour le public, le personnel, et les ?uvres ont été conduits au Musée d?Art moderne entre 2004 et 2006 pour un montant de 15 millions d?euros, et que les systèmes de vidéosurveillance et de détection-intrusion ont été entièrement remplacés.

Chaque année, 26.000 euros sont consacrés à l'entretien des installations du musée dans le cadre d'un marché à bon de commande. En 2008, la protection par des films anti-effraction des baies vitrées donnant sur le parvis bas a été réalisée pour un montant de 40.000 euros.

Ainsi, sur les 18 préconisations qui étaient faites pour le Musée d?Art moderne dans le cadre de l'audit sur les dispositifs de surveillance et de sûreté des musées, sur lequel Danièle POURTAUD interviendra, 16 ont été mises en ?uvre, dont l'installation d'un nouveau dispositif d'alarme, la nomination d'un responsable de sécurité dédié et la formation ciblée des personnels.

J'invite le Conseil de Paris à ne pas tirer de conclusions hâtives tant que ces enquêtes, tant administratives que judiciaires, n'ont pas abouti à éclairer les circonstances de ce vol.

Aujourd'hui, le dispositif de sécurité du musée a été renforcé en lien avec la Direction de la protection des Parisiens, prévoyant notamment des rondes aux abords du musée. Le système volumétrique de l?alarme a été réparé, et le Musée d?Art moderne et la Direction des affaires culturelles ont élaboré conjointement une série de propositions concernant l'organisation des équipes et les travaux immédiats à entreprendre afin que le musée soit ouvert le 10 juin, soit jeudi prochain, pour l'exposition "Dynasty" organisée en collaboration avec le Palais de Tokyo.

Je cède la parole à Mme POURTAUD.

M. LE MAIRE DE PARIS. - C?est moi qui lui passe la parole.

(Rires).

Vous êtes extrêmement complémentaires avec Danièle POURTAUD. C'est vrai, et je vous en remercie particulièrement sur ce dossier.

Mme Danièle POURTAUD, adjointe. - Merci, Monsieur le Maire.

Monsieur le Maire, mes chers collègues, je voudrais d'abord remercier Christophe GIRARD de ce qu'il a dit et si vous le permettez, Monsieur le Maire, remercier également le groupe Centre et Indépendants et M. HÉLARD de nous donner l'occasion de répondre à la légitime inquiétude de l'ensemble des membres du Conseil, et plus largement, j'imagine, des Parisiens, sur la sécurité dans nos musées.

Permettez-moi d?abord, chers collègues, de vous dire que la question a préoccupé Bertrand DELANOË et sa majorité depuis 2001. C'est pourquoi la Ville a entrepris dès le début de la première mandature les travaux les plus urgents au Petit Palais, à Cernuschi et au Musée d'Art moderne. Je pourrais dire, si vous le souhaitez, mes chers collègues de l'opposition municipale, les travaux les plus urgents qui n'avaient pas été faits auparavant?

(Mouvements divers).

Ainsi, ce ne sont pas moins de 94 millions d?euros qui ont été dépensés pour la rénovation de ces trois grands musées Petit Palais, Cernuschi, Musée d'Art moderne -, travaux qui pour une partie portaient précisément sur la sécurité, que ce soit la sécurité incendie ou la sûreté des ?uvres.

En complément des travaux déjà réalisés, dès mars 2005, le Maire a demandé à l'Inspection générale de lui faire des préconisations sur les points les plus urgents ainsi qu'un état des lieux complet sur la sécurité dans l'ensemble des établissements.

Dès les premières conclusions de cet audit, en avril 2007, la Ville a lancé immédiatement un programme pluriannuel sur cinq ans, de rattrapage et de remise à niveau de la sécurité de tous nos musées. Ce plan initial d'un montant de 10 millions d?euros se poursuit avec en priorité la sécurité incendie, qui vise à protéger les personnes mais aussi les ?uvres. 4 millions ont déjà été dépensés depuis 2007 ; 3 millions sont programmés et en cours pour Galliera ; 3,8 millions d?euros sont actuellement budgétés pour finaliser l'ensemble des mesures de sécurité dans tous les musées.

Notre action se poursuivra avec la rénovation et évidemment la refonte de la sécurité à Carnavalet, qui bénéficiera d'un investissement de 10,5 millions d?euros d'ici la fin de la mandature.

Je précise qu'à ce jour, sur les 185 recommandations de portées diverses formulées par l'Inspection générale dans le rapport d'avril 2007, 120 ont été mises en ?uvre et 35 sont en cours d'application.

Par ailleurs, chaque année, 1 million d?euros est consacré à des travaux divers dont la sécurité - ajout de caméras, protection des vitres. De même, 250.000 euros sont dégagés chaque année pour la maintenance des équipements.

En outre, dès le lendemain du drame survenu au MAM, et qui nous a tous consternés, le Maire a demandé un rapport d'audit - Christophe GIRARD vient d?y faire allusion - qui sera remis en septembre.

Par ailleurs, depuis cet événement, les élus et les services concernés, essentiellement la DAC et la DPP, se sont réunis à plusieurs reprises pour mettre en ?uvre une accélération du plan de sécurisation. Nous sommes en train d'étudier des mesures immédiates visant à renforcer la sécurité de nos musées, notamment à Carnavalet.

Les crédits de fonctionnement et d'investissements nécessaires seront bien évidemment dégagés dès le budget supplémentaire. J'en donnerai le détail dès que le Maire aura rendu ses arbitrages et j'en informerai immédiatement la neuvième commission, et en tout premier lieu sa présidente Geneviève BERTRAND, que je remercie de son soutien dans cette épreuve.

À l'automne, le rapport demandé par le Maire à l'Inspection générale nous permettra d'avoir une idée très précise des besoins nouveaux en matière de sécurité et de sûreté, qui évoluent, vous l'avez dit, cher collègue, dans votre question, constamment, et nous en tirerons toutes les conséquences dans le cadre de la préparation du budget primitif 2011.

Merci, Monsieur le Maire.

M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup. Merci, mes chers collègues.

Croyez bien que dès que je serai en mesure de vous donner plus d'informations, je les donnerai d'abord aux présidents de groupes mais je ne pourrai communiquer le rapport de l'Inspection générale que quand la police judiciaire m'aura dit que je pourrai le faire ; d'abord quand il sera prêt, ce qui n'est pas le cas.

Non, il y a deux rapports, Madame, vous n'avez pas bien perçu les choses. Il y a un rapport qui sera prêt dans quelques jours?

Ce rapport-là, je ne le rendrai public que pour autant que la police judiciaire me dira que je peux le faire.

Deuxièmement, un rapport sera rendu en septembre sur l'ensemble des musées et leur sécurité.

En attendant, je vous signale et vous rappelle que c'est plus de 100 millions que nous avons consacrés aux musées, donc pour des travaux qui n'avaient pas été faits avant 2001, 100 millions d?euros, c'est beaucoup, et après le rapport de 2007 ce sont encore 10 millions d?euros qui ont été consacrés à ces travaux. Mais je ne m'arrêterai pas là, et j'entends ce que j'entends.

Mes chers collègues, je parlais à ceux d'entre vous qui ont décidé de traiter ce sujet avec gravité, sérieux, et bonne foi.

M. Alain DESTREM. - Il n'y a pas eu un mot pour dire que la Ville était en responsabilité.

M. LE MAIRE DE PARIS. - Monsieur DESTREM, vous êtes souvent déplacé, c?était le cas à l?instant.