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Mars 2016
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Conseil Municipal
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Condoléances.

Débat/ Conseil municipal/ Mars 2016


 

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Mes chers collègues, je vais vous demander de vous lever. Nous allons à présent rendre hommage à l'un des nôtres, Claude Estier. Le Conseil de Paris a appris avec beaucoup de tristesse la disparition survenue le 10 mars 2016 de M. Claude Estier, ancien député, ancien sénateur et président du groupe Socialiste au Sénat, et ancien conseiller de Paris. Nous avons été nombreux à entourer sa famille lors de ses funérailles au Père Lachaise, et nous serons nombreux à célébrer sa mémoire. Claude Estier s?est engagé dans la Résistance à 17 ans. Il y a effectué les transports d'armes et de journaux avant de se battre au sein des F.F. I. Il est toute sa vie resté fidèle à cet engagement inconditionnel au service de la liberté. A la fin de la guerre, diplômé de Sciences-Po, il a débuté une carrière de journaliste au sein de plusieurs journaux comme "Le Populaire", "France Obs" ou "Le Monde", tout en militant dans différentes organisations de gauche, dont la S.F.I.O. En 1964, après avoir été rédacteur en chef de "Libération", il s'est engagé plus fortement en politique, ralliant l'équipe de campagne de François Mitterrand, contribuant à ses côtés à la création du Parti socialiste au congrès d'Epinay, en 1971. Il y est devenu un inlassable artisan du rapprochement entre socialistes et communistes. En 1967, Claude Estier a été élu député de Paris, fonction qu'il exercera à nouveau entre 1981 et 1986. Il a également fondé et dirigé l'hebdomadaire du Parti socialiste, "L'Unité", de 1972 à 1981. Il a ensuite été élu député européen en 1979, sénateur de Paris en 1986, président du groupe Socialiste au Sénat en 1988, fonction qu'il exercera jusqu'à sa retraite en 2004. Proche de Lionel JOSPIN, Bertrand DELANOË et Daniel VAILLANT, dans le 18e, Claude Estier, qui aimait dire avec ses amis qu'ils formaient cette "bande des quatre du 18e", a aussi mis ses compétences et sa ténacité au service des Parisiens en étant élu conseiller de Paris de 1971 à 1989, puis de 1995 à 2001, sénateur de Paris de 1986 à 2005, ainsi que conseiller régional de 1981 à 1986. En 2002, il s'est engagé au côté de Lionel JOSPIN dans la campagne présidentielle. Claude Estier était également un chroniqueur lucide de la vie politique, auteur de plusieurs ouvrages portant notamment sur la gauche française. Notre pays perd un grand élu, un homme engagé qui n'a cessé de porter haut ses valeurs dans la Résistance puis dans sa double carrière de journaliste et d?homme politique. Il laisse le souvenir d'un humaniste brillant et loyal au sens de l'humour apprécié de tous et doué d'une remarquable force de conviction. A titre personnel - et je veux ici saluer sa famille présente et notamment son épouse, Victoria MAN-ESTIER -, Claude Estier m'a apporté énormément. Généreux dans ce qu'il m'a transmis et qu'il avait appris d'une vie passionnante, et toujours attentif aux autres. Je me souviens avec émotion de sa présence discrète, exigeante, bienveillante lorsqu'il a suivi notre campagne des municipales en 2014. Comme toujours, il a mis dans l'ouvrage qu'il y a consacré tout le génie d'écriture, la finesse de trait et le sens politique qui le caractérisait. Cet ouvrage, je le garde précieusement à mes côtés. En mon nom, et au nom du Conseil de Paris, j'exprime à nouveau à sa famille, à ses proches, à ses amis, les condoléances de notre Assemblée.

(L'Assemblée, debout, observe une minute de silence).

Je vous remercie.

Je vais donner la parole à M. Daniel VAILLANT, député de Paris, ancien maire du 18e arrondissement et élu du 18e arrondissement.

M. Daniel VAILLANT. - Merci, Madame la Maire.

Vous venez de rendre hommage à Claude Estier. Soyez-en remerciée. Quand nous avons - Lionel JOSPIN, Bertrand DELANOË et moi-même - témoigné au Père-Lachaise, chacun à notre manière, sur le résistant, le journaliste, l?homme politique et l'élu socialiste qu'était Claude Estier, c'était, bien sûr, dans l'émotion, la tristesse et la sincérité devant son épouse Victoria, ses filles, sa famille et ses amis.

Dans quelques jours, nous rendrons un hommage public à la mairie du 18e arrondissement, à l'initiative d'Eric LEJOINDRE, le maire.

Comme vous l'avez rappelé, il était né le 8 juin 1925. C'est à plus de 90 ans qu'il s'est éteint, vaincu par la maladie qu?il avait pourtant combattue avec courage et son optimisme légendaire. Claude Estier a toujours été un homme engagé : dans la résistance, à Paris, avec des actions concrètes et risquées ; puis dans le journalisme politique, radiophonique et dans la presse écrite : "Combat", "Le Populaire", "Le Monde", "Libération", "L?Obs" ; et, bien sûr, "L'Unité" qu'il créa et fit vivre pendant près de 10 ans.

Il avait un vrai talent d'écriture, la plume alerte, les idées claires, qui lui conféraient une capacité à convaincre le lecteur avec sa simplicité dans le style, la précision dans la description et la fidélité dans le récit. Un journaliste écrivain engagé contre le colonialisme et la guerre d'Algérie.

Exclu de la S.F.I.O. en 1947, Claude Estier, après 1958 et dans le début des années 1960, s'engage aux côtés de François Mitterrand. Il prendra une part très active pour permettre la candidature unique de la gauche de François Mitterrand en 1965. Il sera secrétaire général de la Convention des institutions républicaines et deviendra un dirigeant éminent de la Fédération de la gauche démocrate et socialiste, présidée par François Mitterrand et composée de socialistes, de conventionnels et radicaux.

En 1967, il mènera la bataille dans le 18e arrondissement et finira par battre le gaulliste Alexandre Sanguinetti, avec une poignée de voix, dans la circonscription des Grandes carrières. Ce fut - je puis vous l'assurer - âpre. Je puis en témoigner : j'étais déjà à ses côtés.

En juin 1968, après la dissolution, il sera battu par Louis Vallon. Il fera son entrée au Conseil de Paris en 1971, élu sur la liste du communiste Louis Baillot. En 1973, il perdra aux législatives face à Roger CHINAUD dans la 25e circonscription.

Pour revenir à 1971 - vous le savez - il a pris une part déterminante dans la création du parti socialiste d'Epinay, fondé sur la stratégie d'union de la gauche avec l'adoption du programme commun de gouvernement.

J'ai vécu toutes ces années à ses côtés, depuis 1966, comme militant. Il a été pour moi un père en politique. Bertrand DELANOË, Lionel JOSPIN, en 1974 et 1975, nous ont rejoints pour former - ce que vous avez rappelé, Madame la Maire - "la bande des quatre". Elus au Conseil de Paris sur la liste d'union de la gauche du 18e arrondissement, nous ne nous séparerons jamais. C'était en 1977. Nous partagions les mêmes valeurs, les mêmes convictions, la même ambition partagée pour l'alternance.

Après la désillusion de 1978, avec la défaite de la gauche due à ses divisions, nous nous mobiliserons derrière François Mitterrand pour permettre la victoire du 10 mai 1981. Claude Estier a sans doute vécu l'un des plus beaux jours de sa vie politique avec l'élection du nouveau président de la République, le 18e arrondissement, avec trois députés socialistes à l'Assemblée nationale, Lionel JOSPIN, Bertrand DELANOË et Claude Estier face à Roger CHINAUD dans la 25e circonscription qu'il battit d'un cheveu, on peut reprendre cette expression.

En 1983, nous avons été balayés aux municipales dès le premier tour, mais Claude Estier dira avec humour : "C'est bien la première fois que je suis élu dès le premier tour". Faut-il ajouter grâce à la proportionnelle, heureusement instaurée en 1982. Il ne se représentera pas en 1986, laissant sa place sur la liste conduite avec succès par Lionel JOSPIN. Il rejoindra le Sénat en septembre de la même année. Il présidera le groupe socialiste au Sénat de 1988 à 2004.

Durant toutes ces années, il restera fidèle à ses convictions, au parti socialiste, à François Mitterrand puis à Lionel JOSPIN et, bien sûr, à ses amis du 18e arrondissement, un arrondissement qu'il aimait beaucoup, où il vivait lui-même depuis de très nombreuses années. Il a quitté le Conseil de Paris en 1989, mais il fera son retour en 1995, à sa grande surprise, lors de notre victoire à Bertrand DELANOË et à moi-même aux municipales. Avec cinq collègues parisiens - il y en a encore ici - je devenais maire du 18e arrondissement. Jean-Louis DEBRÉ et Roger CHINAUD battus, ce fut une nouvelle belle soirée pour Claude Estier.

Claude était un homme généreux, solidaire et désintéressé. Il n'a jamais recherché la gloire, les places ou les titres pour lui-même, encore moins pour les avantages prodigués par le pouvoir. Sa manière de servir était d'une tout autre nature : esprit collectif, altruisme. Je sais qu'il a rendu énormément de services et je n'oublie pas ce qu'il a fait pour moi en 1993, au creux de la vague. Claude Estier fut aussi un éternel artisan du rassemblement, sans lequel aucune victoire n?est possible. Démineur de conflits, affable, il a toujours privilégié le rassemblement et combattu les divisions. C'est en sage qu'il présida le Comité directeur du parti socialiste : un homme loyal, fidèle à son parti et à ceux qui le dirigeaient, de François Mitterrand et Lionel JOSPIN. Il a toujours, par la plume, accompagné les campagnes. Ces deux derniers ouvrages furent dédiés aux journalistes engagés et, en 2014, au récit de votre campagne, Madame la Maire. Je n'oublie pas non plus les cinq années de soutien indéfectible à Lionel JOSPIN, Premier ministre entre 1997 et 2002, quand il était président du groupe socialiste au Sénat. Jusqu'à la fin, Claude Estier aura lutté contre la maladie et l'âge. La maladie aura fini par l'emporter le 10 mars dernier. Nous, ses amis, nous ne l?oublierons pas : Lionel JOSPIN, Bertrand DELANOË et moi-même, bien sûr, mais aussi Annick LEPETIT, ici présente, Christophe CARESCHE, Jean-Pierre CAFFET ou des plus jeunes, comme Myriam EL KHOMRI ou Eric LEJOINDRE, maire du 18e arrondissement. Ces amis socialistes feront vivre sa mémoire et l'exemple qu'il aura été pour nous tous. Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, Monsieur VAILLANT. Merci pour ce propos.