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Mars 2016
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Conseil Municipal
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VI - Question d'actualité posée par le groupe Radical de Gauche, Centre et Indépendants à Mme la Maire de Paris et à M. le Préfet de police relative aux tags racistes dans l'espace public parisien, quelles actions mises en place par la Préfecture de police et la Ville de Paris ?

Débat/ Conseil municipal/ Mars 2016


 

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Question d'actualité posée maintenant par le groupe Radical de Gauche, Centre et Indépendants. M. BROS a la parole.

M. Jean-Bernard BROS. - Merci. J?espère avoir le même succès que le jardinier du parc. Oui, par acclamation.

Madame la Maire, Monsieur le Préfet de police, dans la nuit du 25 au 26 mars, le monument de la place de la République a été souillé de "tags" antisémites, alors même que la semaine de lutte et d?action contre le racisme et l?antisémitisme touchait à sa fin. Il s?agissait il y a un an des façades du lycée Montaigne, et je pourrais multiplier les exemples.

L?espace public, et notamment notre espace public, voit se multiplier les expressions de haine de l?autre. Les derniers chiffres publiés par le Ministère de l?Intérieur sont à ce titre évocateur : les actes et menaces racistes, antisémites et antimusulmans ont augmenté de 22 % en 2015 par rapport à 2014 sur l?ensemble du territoire français. Nous savons que l?engagement de la Ville contre la xénophobie et l?antisémitisme est constant. J?en prends pour preuve la permanence juridique de l?association "Les bâtisseurs" et la mairie du 11e pour les victimes de tels actes, lancée elle aussi la semaine dernière.

Cependant, le graffiti de haine n?est pas une expression anodine. Alors doit-on accepter ces insultes racistes partout sur nos murs, nos monuments ? Devons-nous nous résigner ? Je ne le crois pas. Au contraire, il nous faut agir encore plus pour lutter efficacement contre ces événements qui se multiplient. Vous le savez, le Droit français réprime toute expression publique de propos antisémites ou racistes.

De plus, en juillet 2014, Bernard CAZENEUVE encourageait les préfets à porter plainte contre les inscriptions antisémites racistes et xénophobes, afin que les enquêtes soient menées et les auteurs de ces tags traduits en justice. Mais concrètement, comment la Préfecture de police agit-elle contre ces "tags" ? Alors que nous discutions hier du réaménagement de nos places, comment la Ville de Paris va-t-elle protéger ses monuments et ses places ? Plus généralement, comment pourrait-elle protéger nos rues, nos monuments de ces "tags" ?

Je sais, en même temps, l?efficacité des services de nettoyage de la Ville, sous la houlette efficace de l?adjoint en charge Mao PENINOU. Je sais que les services interviennent pour nettoyer régulièrement ces "tags". Néanmoins, nous espérons une réponse de votre part, Monsieur le Préfet, Madame la Maire, sur ce qui est mis en place face à la multiplication des "tags" racistes dans l?espace public.

Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci, Monsieur le Président. Et je donne tout de suite la parole à M. le Préfet de police.

M. LE PRÉFET DE POLICE. - Merci, Monsieur le Président, de poser cette question qui me conduit à vous redire que s?il y a un domaine dans la vie publique qui ne peut supporter aucune résignation, c?est bien celui des manifestations qui appellent à la haine et la diffusion par "tags" ou graffitis, ou des propos racistes, antisémites ou incitant à la haine et à la violence. C?est une priorité qui est constamment donnée aux services de l?Etat, et tout particulièrement aux agents de la Préfecture de police.

S?agissant du cas particulier que vous évoquez, qui est révélateur, finalement, de ce qui se produit sur le terrain, l?enquête est en cours. Ce que nous faisons, dans chaque cas, c?est de déposer plainte, bien évidemment, et de mener une enquête extrêmement précise, s?appuyant notamment sur les caméras de vidéosurveillance et permettant une exploitation, quand c?est possible, des situations pour lesquelles on peut identifier ceux qui sont venus déposer ces appels à la haine et à la violence.

Sur les chiffres, je dois nuancer l?information que vous évoquez, qui porte sur des chiffres nationaux. S'agissant des "tags" racistes sur l?espace public parisien, l?évolution du nombre de ces "tags" est plutôt en baisse, mais cela ne traduit pas pour autant une maîtrise de ce phénomène contre lequel on doit lutter de manière impitoyable. Les chiffres vont dans le bon sens, puisque nous avions relevé 327 situations de "tags" et d?inscriptions racistes ou antisémites en 2014, et 288 en 2015. C?est moins 12 % pour Paris et son agglomération. Et sur les deux premiers mois de l?année 2016, nous n?avons constaté que 20 faits, nous n?avons enregistré que 20 faits. Je suppose que c?est la totalité de ceux qui ont été identifiés qui ont fait l?objet de relevés. Par ailleurs, à chaque fois, nous menons évidemment les procédures à leur terme. Je peux vous indiquer qu?il y a eu 19 interpellations en 2015 pour des actes de ce type. S'agissant des personnes qui ont pu être identifiées et déférées à la justice, il y en avait eu 13 en 2013. Nous sommes donc sur une action continue, résolue. Et je voudrais rajouter que depuis quelques mois, nous constatons, dans des manifestations ou des rassemblements, des appels non seulement parfois à la haine, mais dans d?autres cas, des appels également au boycott des produits de certains pays. Et sur cette situation qui est différente, mais qui soulève beaucoup de discussions et de polémiques en ce moment, je tiens à dire que je fais constater systématiquement ces appels au boycott et que, compte tenu de la décision de la Cour de cassation, je défère, au titre de l?article 40, ces faits, lorsqu?ils sont constatés, au Procureur de la République. Voilà ce que je souhaite vous répondre sur cette politique qui constitue une priorité continue des services de la Préfecture de police.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, Monsieur le Préfet. La parole est à M. Mao PENINOU, pour apporter aussi un complément à cette réponse.

M. Mao PENINOU, adjoint. - Oui, pour apporter un complément technique sur le nettoyage. Vous savez que le nettoyage de ce type de graffitis est effectué par une équipe de la Direction de la Propreté et de l?Eau, qui s?appelle "la fonctionnelle" et qui est spécialisée notamment dans les interventions de désaffichage et de dégraffitage. Elle intervient rapidement et systématiquement dès qu?elle est saisie. Quand elle ne peut pas intervenir ou quand il est techniquement impossible d?effacer, elle procède d?ailleurs à des masquages par du papier kraft. En l?occurrence, sur ce qui s?est passé dans la nuit de vendredi à samedi, nous avons été saisis dès samedi matin 26 mars à 11 heures par le directeur général des services de la mairie du 3e arrondissement pour des inscriptions à caractère insultant envers un pays, en l?occurrence Israël, sur la place de la République. Il s?est avéré aussi que nous avons détecté par nos services le même type d?inscriptions sur la place de la Bastille. Le centre de veille opérationnelle de la DPP a contacté le cadre d?astreinte de la Direction des Affaires culturelles, qui a donné son accord pour une intervention sur les deux places. Les "tags" étant situés en hauteur, les T.A.M. ont également été mobilisés pour fournir une nacelle et un agent de la circonscription fonctionnelle a pu intervenir dès 14 heures 30 à l?aide de cette nacelle pour effacer ce "tag". Et donc, à la fois sur l?Opéra Bastille et sur la statue de la République, le "tag" était effacé dès 15 heures, ce dont nous pouvons nous féliciter. Voilà pour ce qui est de l?intervention technique. Monsieur le Préfet vous a dit les éléments de répression. Je préciserai aussi, bien évidemment, que ma collègue Hélène BIDARD mène toute une politique de sensibilisation et de prévention sur ces questions liées au racisme ou à l?antisémitisme.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, Monsieur Mao PENINOU.

La parole est à M. Jean-Bernard BROS.

M. Jean-Bernard BROS. - Merci, Monsieur le Préfet, merci Mao, d'autant plus que je voulais rajouter que ces deux places sont fréquentées. La place de la République notamment, pour des raisons dues aux attentats, est devenue une place très fréquentée, y compris par les touristes dont nous avons parlé tout à l'heure. Je pense que c?est très important. Merci encore d'intervenir très rapidement. Il faudra qu'on trouve le moyen, dans la prévention, de pouvoir en terminer avec ces "tags" - j?ai des photos là, vous les connaissez - qui sont vraiment une provocation très forte à la haine et au racisme. Merci.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - C'est une cause sur laquelle nous sommes tous rassemblés. Je crois que l'on peut en attester ici et remercier chacune et chacun dans le rôle qui est le sien, que ce soit au niveau de la Préfecture de police, des élus ou du service public municipal, de la célérité avec laquelle ces interventions ont lieu lorsque ces propos sont dévoilés, propos absolument intolérables, bien évidemment.