Précisez votre recherche (les choix sont cumulatifs) :
> PAR ANNÉE  
Mai 2016
> PAR TYPE DE CONSEIL (MUNICIPAL / GÉNÉRAL)  
> Type de document (Débat / Délibération)  

2016 DDCT 13 - Subventions (97.500 euros) à 5 associations et avenants à conventions pour le financement de projets à destination des personnes âgées immigrées.

Débat/ Conseil municipal/ Mai 2016


 

M. Mao PENINOU, adjoint, président. - Nous examinons maintenant le projet de délibération DDCT 13 relatif à l'attribution de subventions de 97.500 euros à cinq associations et financement de projets à destination des personnes âgées immigrées. La parole est à Mme Fatoumata KONÉ, pour cinq minutes.

Mme Fatoumata KONÉ. - Je vous remercie. Monsieur le Maire, chers collègues. Lors de notre Commission préparatoire de ce Conseil, des interrogations ont été émises sur la nécessité d'intervenir spécifiquement en direction de personnes âgées immigrées vis-à-vis des autres personnes âgées à Paris. Je souhaite donc apporter quelques précisions pour répondre à ces interrogations et ainsi lever le doute sur l'utilité des actions effectuées par les associations concernées. Près de 500.000 personnes âgées immigrées de plus de 65 ans, originaires de pays non-communautaires vivent en France. La plupart sont venues y travailler dans les années 50 à 70 ou ont rejoint leurs conjoints dans le cadre du regroupement familial. Le plus souvent isolées, elles connaissent des conditions de logement précaires et inadaptées aux besoins de personnes âgées. Certes, ces personnes ont les mêmes besoins en matière d'aide et d'accompagnement que les autres personnes âgées, mais elles ont aussi un état de santé prématurément dégradé dès 50 ans, du fait notamment des conditions de travail et de vie difficiles qu'elles ont connues, leur perte d'autonomie intervenant plus tôt que chez les personnes âgées non immigrées. Elles connaissent de multiples difficultés pour accéder à leurs droits sociaux, sanitaires résultant de leur maîtrise insuffisante de la langue française, la complexité des procédures administratives et leur parcours professionnel. De nombreux rapports et études constatent que les immigrés âgés font trois fois moins appel aux soins de santé que les autres personnes âgées. Conscients de leurs difficultés, des conseils généraux, des villes et de nombreuses associations ont mis en place des projets locaux pour tenter d'apporter des solutions adaptées et ainsi leur permettre d'accéder, par exemple, aux services sociaux, au prestataire légal et à l'aide à domicile. Des cafés sociaux se sont ainsi développés dans notre ville, lieu d'accueil convivial avec comme objectif de favoriser l'accès au droit grâce à la tenue de permanences sociales, de valoriser la mémoire de parcours migratoires de seniors. Ces lieux visent aussi à renforcer le lien social et la convivialité pour lutter contre l'isolement. Ceux concernés par cette subvention sont, par exemple :

Ayyem Zamen, "bon vieux temps" en kabyle, le premier lieu de ce type. Il a été inauguré en 2003 dans le 20e arrondissement. Un deuxième café social porté par la même association a depuis ouvert ses portes dans le quartier de la Goutte d'Or dans le 18e arrondissement. 13'SAGES dans le 13e arrondissement, un projet qui regroupe plusieurs structures accueillant les personnes âgées originaires du sud-est asiatique. Il vise, comme les autres cafés sociaux, l'accès au droit, la convivialité et la mémoire. Contrairement à ce qui a été imaginé, la plupart des personnes âgées immigrées ne sont pas retournées dans leur pays d'origine, mais sont restées en France. Comme toute personne âgée, leur souhait est de vieillir à domicile, c'est-à-dire rester dans leur logement, appartement, chambre en foyer "travailleurs" ou résidences sociales. En 2007, 89.000 Parisiens de 60 ans ou plus sont immigrés, soit 21 % des seniors. Entre 1999 et 2007, Paris a gagné 15.900 seniors dont 14.500 seniors immigrés. Il s'agit de personnes vulnérables qui nécessitent la mise en ?uvre d'un accompagnement renforcé incluant une offre de services de qualité prenant en compte le vieillissement dans tous ses aspects. Cette réalité du vieillissement des travailleurs migrants est d'ailleurs particulièrement prégnante dans les foyers de travailleurs migrants : sentiment d'insécurité, barrière culturelle ou de la langue, difficulté pour faire valoir leurs droits. Les personnes immigrées logées en foyers de travailleurs migrants souffrent souvent d'un profond sentiment d'abandon et de repli sur soi. Les travaux de réhabilitation des foyers de travailleurs migrants actuellement en cours et déjà finalisés pour certains ont certes entraîné des améliorations du cadre de vie, chambres aménagées en véritable studios, mais nous nous interrogeons sur le risque d'un renforcement de l'isolement alors que ces personnes ont vécu toute leur vie en collectif. La perte d'espaces tels que les cuisines collectives, les lieux d'échanges et de solidarité favorise cet isolement et une certaine perte de repère. Ainsi, comment expliquer, l'essor des cafés sociaux et le soutien de la Ville à ces projets quand, de l'autre côté, nous supprimons les espaces collectifs dans les résidences sociales qui ont pourtant la même vocation sociale ? Soyons cohérents. Nous devons soutenir le lien collectif et les logiques de solidarité sur lesquelles s?appuient ces espaces sans choisir un modèle de socialisation, tout en dévoyant le second. Merci.

M. Mao PENINOU, adjoint, président. - La parole est à Colombe BROSSEL pour vous répondre.

Mme Colombe BROSSEL, adjointe. - Merci, Madame KONÉ, pour votre intervention, d'abord parce qu'il ne pouvait y avoir de meilleure réponse au nom de l'Exécutif sur l'intérêt de ces subventions en direction de cinq associations qui portent des projets intéressants, importants. Je crois que ce qui est important, c'est d'arriver à travailler sur la complémentarité de tout ce que nous faisons les uns et les autres, et d'intégrer - je dis cela, y compris par rapport à la deuxième partie de votre intervention - le fait que notre ville, parce qu'elle est grande, diverse, multiple, a aussi de la place pour des projets de nature, de portage et d'organisation différente. C'est, en tout cas, je crois, ce que nous essayons de faire pour pouvoir être le plus opérationnel possible et le plus efficace possible dans l'accompagnement que nous pouvons apporter à des projets associatifs. C'est, en tout cas, le souhait que je porte en ce qui concerne ce type d'association, ce type de projet porté par ces associations pour qu?elles s'intègrent également dans le schéma gérontologique que conduit Dominique VERSINI, avec des premières réunions publiques qui viennent d'être lancées pour que tous nos aînés, dans leur diversité, trouvent leur place dans une ville inclusive et bienveillante.

M. Mao PENINOU, adjoint, président. - Merci bien. Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DDCT 13. Qui est pour ? Contre ? Abstentions ? Le projet de délibération est adopté. (2016, DDCT 13).