Précisez votre recherche (les choix sont cumulatifs) :
> PAR ANNÉE  
Mai 2016
> PAR TYPE DE CONSEIL (MUNICIPAL / GÉNÉRAL)  
> Type de document (Débat / Délibération)  

Condoléances.

Débat/ Conseil municipal/ Mai 2016


 

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Mes chers collègues, le Conseil de Paris a appris avec beaucoup de tristesse la disparition survenue le 25 avril 2016, de M. Jean Chérioux, ancien Sénateur, ancien Adjoint au Maire de Paris, ancien Conseiller municipal de Paris, ancien Conseiller général de la Seine, ancien Conseiller de Paris, ancien Conseiller régional d'Ile-de-France. Jean Chérioux, petit-fils d?Adolphe Chérioux, s'est orienté très tôt vers la vie politique en devenant, à 25 ans, Conseiller municipal gaulliste de Saint-Antoine du Rocher, dans l'Indre-et-Loire. C'est ensuite qu'il a fait le choix de l'engagement politique à Paris et plus particulièrement dans le 15e arrondissement, qui l'a porté au Conseil municipal de Paris pour la première fois en 1965. Il y a siégé jusqu'en 2001 et l'a présidé de 1971 à 1972. Durant cette période, il a été deux fois Adjoint au Maire de Paris en charge de la vie locale, puis des affaires sanitaires et sociales. M. Jean Chérioux est également devenu Conseiller régional en 1976 et élu au Sénat en 1977, Assemblée dont il a assuré la vice-présidence pendant cinq ans. Jean Chérioux laisse le souvenir d'un homme de conviction, très attaché à Paris et en particulier au 15e arrondissement. Consacrant sa vie à l'action politique, il a notamment porté un réel intérêt aux questions sociales et défendu avec force la situation de personnes en situation de handicap, en créant un centre d'accueil dans le 15e arrondissement. Je garderai personnellement le souvenir d'une très belle personnalité, chaleureux, ouvert, généreux, amical, jamais avare de conseils, y compris à l'élu d'opposition que j'étais. Comme d'autres élus ici, Monsieur le Maire du 15e arrondissement, et les élus du 15e, j'ai pu apprécier ce républicain engagé, portant les questions sociales avec beaucoup de conviction, ce passionné du 15e, son 15e, dont il connaissait chaque détail. Je veux en mon nom et au nom du Conseil de Paris exprimer à ses enfants, à l'ensemble de sa famille, les condoléances de notre Assemblée et plus particulièrement à notre collègue, chère Joëlle de SOULTRAIT, qui a longtemps siégé aussi avec nous dans le 15e arrondissement, mais ici aussi à Paris, je voudrais vous dire que nous sommes avec vous dans cette peine, dans cette douleur, dans la disparition de ce grand homme qu'était Jean Chérioux. D'ailleurs, j'ai accepté la proposition du Maire du 15e arrondissement, de donner son nom à un square du 15e devant la mairie. Je vous remercie. Nous observons une minute de silence.

(L'Assemblée, debout, observe une minute de silence).

Je vous remercie.

M. Philippe GOUJON, maire du 15e arrondissement, a demandé la parole. Je vous donne la parole.

M. Philippe GOUJON, maire du 15e arrondissement. - C'est effectivement avec une profonde tristesse, comme vous l'avez rappelé, Madame la Maire, que nous avons appris le décès soudain de Jean Chérioux, dont la vie fut toute entière placée au service des autres, inscrivant son action dans la mémoire vive de notre arrondissement et consacrant son engagement exemplaire aux causes les plus élevées, l?aide aux malades du Sida, l?accompagnement des personnes handicapées, l'assistance aux personnes hospitalisées, à qui il a rendu personnellement visite jusqu'à ses derniers jours à l'hôpital Pompidou, leur apportant du réconfort et brisant leur solitude.

Issu d'une famille illustre dont l?histoire est intimement mêlée à celle de notre arrondissement, Jean Chérioux a, d?une certaine manière, pris le relais de son grand-père Adolphe, président du Conseil de Paris et Maire du 15e au début du siècle dernier, qui l?a élevé à la mort prématurée de son père des suites de la crise de 1929.

Aussi pieux que son grand-père était anticlérical, ce qui l'amusait beaucoup, mais partageant une même fibre sociale et le même attachement viscéral au 15e, Jean, dans la continuité de son grand-père qui fut le véritable unificateur de Grenelle et de Vaugirard à Paris, ?uvra à l?édification de la nouvelle démocratie locale parisienne, mission dont l'avait investi Jacques CHIRAC en tant qu?adjoint en charge de la vie locale, lors de la première élection du Maire de Paris au suffrage universel en 1977. Qui en effet mieux que cet intransigeant défenseur des libertés municipales, élu de Paris depuis 1965 et président du Conseil de Paris en 1971 aurait pu accompagner cette grande mutation démocratique de la Capitale. Il supervisa, en effet, la mise en place des commissions d?arrondissement, des officiers municipaux et officiers municipaux délégués dont il inventa la fonction ancêtre des Conseils d'arrondissement, des maires adjoints et des maires d?arrondissement. Nous sommes tous, mes chers collègues, les héritiers de cette "révolution parisienne institutionnelle" qu?il orchestra minutieusement et avec succès. Bâtisseur institutionnel, Jean Chérioux, fidèle aux valeurs de son éducation, fut aussi un bâtisseur social faisant de son rêve social une réalité parisienne et son chemin de vie au quotidien. Il fut le véritable père de la politique sociale parisienne. Son ?uvre fut considérable. La Ville lui doit nombre de prestations sociales d'avant-garde à l'époque, dont beaucoup auront un bel avenir : la carte "Paris Famille", la carte "Emeraude", l?Allocation pour personnes âgées démunies, le prêt du Crédit municipal aux plus défavorisés, l'implantation des associations de maintien et de soins à domicile et le portage des repas, le subventionnement, contre l'avis de la Direction des Finances, des crèches associatives et la création de notre actuelle DASES. Homme de réalisations concrètes, Paris lui doit aussi la réalisation de 4 E.H.P.A.D. dont Anselme Payen dans le 15e, 15e qui lui doit aussi l'aide à l'insertion des personnes en situation d'exclusion ou de précarité au sein de l?association "Aurore", l?accompagnement des personnes handicapées par la Fondation Darty et la Protection sociale de Vaugirard qu'il présida jusqu'à sa mort et qui compte aujourd'hui 7 foyers, un établissement et service d?aide par le travail, E.S.A.T., et un institut médico-éducatif, I.M.E. Son expertise des politiques sociales, Jean Chérioux l?acquit à partir de son élection en 1977 à la Commission des affaires sociales du Sénat qu'il vice-présida, puis comme vice-président de la Haute Assemblée. C'est même cette synergie entre ses mandats de parlementaire et d?élu membre d?un exécutif local, sur l'importance de laquelle il insistait beaucoup, qui lui conféra ses connaissances irremplaçables mises au service de la politique sociale parisienne dont il fut le réel fondateur ; comme quoi le cumul des mandats peut avoir du bon... Parlementaire assidu, comme il l?était aussi dans notre Assemblée, aussi actif qu?enthousiaste pendant 27 ans, faisant résonner fortement ses convictions de gaulliste social dans maints rapports sur la santé, le handicap, le travail, il fut un promoteur inlassable de la participation et de la politique familiale, car il plaçait la personne humaine au centre de ses préoccupations et la protégea lors de l'examen des lois de bioéthique. Dans l'hommage que lui rendit le Sénat, son président, Gérard LARCHER, a pu parler de lui comme d'un "homme de haute spiritualité". Je fus très honoré de lui succéder au Sénat en 2004, puisqu?il avait voulu, disait-il, "laisser la place aux jeunes !". Ce fut une lourde responsabilité que d?essayer de mettre mes pas dans les siens.

Sa vie publique comme sa vie personnelle ont constitué un exemple édifiant dont chaque élu pourrait s'inspirer.

Tout au long d'une vie politique marquée par le respect des hommes et la loyauté à ses idéaux, il fut d?une grande fidélité aux valeurs gaullistes, qu?il avait chevillées au corps, forçant le respect de ses adversaires politiques et suscitant des amitiés sincères et indéfectibles, comme celle qui le lia à Edouard BALLADUR, dont il resta très proche jusqu'à la fin. De la perte irremplaçable de son épouse, Marie-Josée, dont nous savons qu'elle a attristé chaque instant de sa vie, Jean tira la force de créer la fondation Marie-Josée Chérioux, qui vient en aide aux personnes atteintes du Sida. "Figure de l?humanisme chrétien", tel que le qualifia Monseigneur GOLLNISCH dans son homélie, chrétien engagé, fondateur du groupe d'amitié sénatorial France-Saint-Siège du Sénat, il fut fait par l'Eglise commandeur dans l?ordre de Saint-Grégoire et Chevalier de l?Ordre équestre du Saint-Sépulcre de Jérusalem. Il était aussi Officier de la Légion d?honneur. Jean Chérioux laisse l'image d'un homme de conviction et de générosité, vous l?avez dit, Madame la Maire. Son absence laisse un vide immense dans nos esprits et dans nos c?urs, qu?aucun hommage ne parviendra à combler. Afin que néanmoins son souvenir demeure, je vous ai proposé en effet, comme vous l'avez évoqué, que le square et la place Adophe Chérioux, attenant à notre mairie, puissent porter son prénom accolé à celui de son grand-père auquel il était tant attaché et dont il a voulu toute sa vie continuer le grand ?uvre. Je vous remercie, Madame la Maire, d'avoir bien voulu accepter cette proposition qui honorera un grand homme du 15e. A ses trois enfants, Joëlle, présente parmi nous, notre ancienne collègue à qui il a insufflé la passion de la chose publique, Brigitte et Philippe, dont je salue également la présence parmi nous, à sa famille, à ses proches et à tous ceux qui dans cette Assemblée ont eu la chance de le connaître et donc de l?apprécier, je voudrais également dire tout mon soutien en cette épreuve. Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, Monsieur le Maire.