Précisez votre recherche (les choix sont cumulatifs) :
> PAR ANNÉE  
Mai 2016
> PAR TYPE DE CONSEIL (MUNICIPAL / GÉNÉRAL)  
> Type de document (Débat / Délibération)  

2016 DAJ 10 - Approbation du principe de création d’une association dénommée "Vers Paris sans Sida", des statuts de celle-ci et l’adhésion de la Ville de Paris comme membre fondateur.

Débat/ Conseil municipal/ Mai 2016


 

M. Mao PENINOU, adjoint, président. - Le projet de délibération DAJ 10 porte approbation du principe de création d'une association dénommée "Vers Paris sans Sida". Je donne la parole successivement à Karen TAÏEB, Hervé BÉGUÉ et David BELLIARD.

Mme Karen TAÏEB. - Merci. Monsieur le Maire, mes chers collègues, peut-on imaginer la fin du Sida ? La réponse est oui. C?est en tout cas ce à quoi se sont engagées 250 villes qui ont signé la Déclaration de Paris en partenariat avec "Onusida". L?objectif est en effet d?éradiquer l?épidémie d?ici 2030, avec moins de 200.000 nouveaux cas par an dans le monde. Un chiffre comparatif, en 2014, environ 2 millions de personnes étaient encore nouvellement infectées par le V.I.H. Pour l?épidémiologiste France LERT qui a rendu, en février 2016, un rapport plein d?optimisme à la Maire de Paris, il serait possible d?atteindre, en 2020, 90 % de séropositifs dépistés, 90 % de dépistés mis sous traitement et 90 % des patients traités avec une charge virale indétectable. Trop nombreuses sont les personnes qui ignorent leur séropositivité et, par conséquent, elles peuvent à leur tour transmettre le virus. Or, nous disposons aujourd?hui de plusieurs tests de dépistage : les tests rapides, les autotests, même si leur prix reste un frein, et depuis janvier 2016, la PrEP par Truvada, qui peut être prescrite dans les services d?infectiologie et, d?ici quelques semaines, dans les C.E.G.I.D.D. La PrEP, qui signifie Prophylaxie pré Exposition, est un outil préventif qui permet à une personne séronégative, courant un risque d?infection à V.I.H., de réduire ce risque en prenant un traitement antirétroviral. La France est le premier pays d?Europe à autoriser sa prescription en traitement préventif. A Paris, l?épidémie reste concentrée à 90 % dans deux groupes : 52 % sont des hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes et chez lesquels l?épidémie s?aggrave, et 38 % sont des populations migrantes, principalement venues d?Afrique subsaharienne. Si la réduction de la transmission du virus est possible, il faut évidemment s?en donner les moyens, tous les moyens. D?où la création de cette association dénommée "Vers Paris sans Sida" dont on peut tous ici se féliciter et qui aura pour objet de collecter des fonds publics et privés afin de financer l?accès au dépistage, aux soins, aux traitements et aux droits, en privilégiant les dispositifs de santé communautaires visant les populations les plus touchées par l?épidémie de V.I.H. Parce que Paris en a la volonté, parce qu?un grand nombre d?acteurs sont engagés dans ce combat, parce que la recherche nous permet aujourd?hui d?entrevoir le bout du tunnel, parce que le dépistage et la prévention sont possibles, parce que le traitement existe, je citerai France LERT, qui elle-même a utilisé un mot du Président OBAMA "Yes we can", "Oui, c?est possible". Merci.

M. Mao PENINOU, adjoint, président. - Merci. La parole est à M. Hervé BÉGUÉ.

M. Hervé BÉGUÉ. - Monsieur le Maire, chers collègues, nous partageons l?objectif de la création de cette association "Vers Paris sans Sida". Depuis plus de trente ans, nous vivons à l?heure du Sida. Je ne referai pas ici l?histoire de cette maladie, ni ne dirait ce qu?elle a suscité comme peur, mépris, gêne ou sarcasme au début des années 1980. Je préfère rappeler les belles pages de celles et ceux, médecins, patients, amis et camarades de patients, qui n?ont eu de cesse que notre pays prenne la mesure de la pandémie. Cette maladie a changé à jamais le rôle et la place du patient dans le diagnostic, le traitement et la prévention. Combien de médecins racontent que, pour la première fois, le malade en savait plus qu?eux-mêmes. Des dizaines d?associations sont nées à ce moment-là et si certaines ont disparu, nos délibérations, cette année encore, comporteront des subventions à celles qui continuent leur travail infatigable pour que la contamination régresse, que les traitements progressent et surtout que la recherche avance. Notre ville reste une ville qui connaît un fort taux de contamination. D?abord parce qu?à chaque nouvelle génération, il faut revenir sur les fondamentaux : comment se protéger, même la première fois ? Comment éviter que les comportements à risque ne soient propagés ? Comment faire pour que les toxicomanes se protègent ? Je pense en particulier aux plus jeunes d?entre nous ou à ceux pour qui l?usage du préservatif n?est pas habituel. Oui, nous devons dire et redire qu?il faut se protéger dès le premier rapport sexuel et ce, quel que soit le ou la partenaire. La prise en compte des spécificités de certaines populations, plus soumises au risque que d?autres, doit rester notre boussole. Paris est une ville monde et beaucoup de Parisiennes et de Parisiens ne découvrent la précaution ou le traitement qu?une fois installés dans notre pays. Si heureusement les traitements sont désormais mieux supportés, si désormais bon nombre de personnes infectées travaillent et ont une vie heureuse des plus normales, il reste encore dans le milieu du travail, quand la personne a déclaré sa maladie, des discriminations rampantes. Les témoignages de celles et ceux à qui on refuse un poste ou une promotion existent, sachons ne pas l?oublier. C?est tout à l?honneur de notre Capitale et de sa Municipalité d?inciter à la création de cette association qui va fédérer, mobiliser et déployer des efforts et des moyens nécessaires pour qu?enfin, en 2030, on atteigne l?objectif de 90 % de séropositifs dépistés et 90 % de dépistés sous traitement. Cette association ne remplace pas l?opiniâtreté de "AIDES", la dénonciation d?Act Up, la générosité de "Solidarité Sida" mais elle permettra de démultiplier leur action. Je ne serai certainement plus sur ces bancs quand, en 2030, nos successeurs auront à se féliciter que les objectifs sont atteints. Je le souhaite ardemment, comme mes collègues élus actifs dans l?association présidée par Jean-Luc ROMERO, "Elus locaux contre le Sida". En prononçant ces quelques mots, passent devant moi les visages de ceux que nous avons connus, qui sont morts avant l?AZT et le DDI, qui n?ont pas connu les progrès de la médecine. Toutes et tous dans cet hémicycle, nous avons le souvenir d?un proche, d?un ami, d?un camarade qui a disparu. Alors, restons mobilisés, restons vigilants et éclairons la génération qui vient. Le combat n?est pas fini, même si nous avons ensemble gagné de belles batailles. Je vous remercie.

M. Mao PENINOU, adjoint, président. - Merci. La parole est à M. David BELLIARD.

M. David BELLIARD. - Monsieur le Maire, mes chers collègues, ce projet de délibération marque une étape importante d?un chantier historique dans la lutte contre le Sida, via la création de l?association "Vers Paris Sans Sida" qui a pour objet de collecter des fonds publics et privés, afin de financer les actions nécessaires pour un objectif particulièrement ambitieux mais parfaitement atteignable, si tant est qu?on s?en donne les moyens, en finir avec l?épidémie du V.I.H. Sida à Paris. Le dossier remis par l?épidémiologiste France LERT, "Vers Paris Sans Sida", en février 2016, faisait un certain nombre de propositions, afin d?atteindre l?objectif des trois fois 90 en 2020 et la fin de la transmission du V.I.H. en 2030 à Paris. Trois fois 90, c?est 90 % des personnes séropositives qui connaissent leur statut sérologique, 90 % des personnes qui connaissent leur séropositivité et qui reçoivent des traitements antiviraux et 90 % des personnes sous traitements antiviraux qui ont une charge virale indétectable. Les politiques mises en place pour mener ce combat, qui s?inscrit dans une histoire médicale, scientifique et politique riche et souvent tragique, doivent être ambitieuses. Nous avions d?ailleurs été particulièrement satisfaits de voir en début d?année que la PrEP par Truvada peut être prescrite dans les services d?infectiologie et prochainement dans les centres gratuits d?information de dépistage et de diagnostic. La PrEP est la prise de médicament anti-V.I.H. par des séronégatifs dans un but préventif, ce procédé est autorisé aux Etats-Unis depuis juillet 2012 et la prise en charge financière à 100 % du Truvada, le médicament actif, doit permettre un développement de son usage et une plus grande égalité d?accès. Afin de mener à bien l?ambitieux et vital projet de voir Paris se débarrasser définitivement du Sida, notre Ville doit aussi y mettre les moyens, c?est d?ailleurs tout l?intérêt de la création d?un poste de coordinateur du programme "Vers Paris Sans Sida" et de l?installation d?un comité stratégique associant l?ensemble des acteurs de la lutte contre le Sida à Paris. Vous l?avez compris, mes chers collègues, nous voterons avec enthousiasme ce projet de délibération et nous suivrons avec attention les résultats de ces actions, avec l?espoir qu?en 2030, nous pourrons parler du Sida à l?imparfait. Je vous remercie.

M. Mao PENINOU, adjoint, président. - Merci. Pour vous répondre, la parole est à M. Bernard JOMIER.

M. Bernard JOMIER, adjoint. - Merci, Monsieur le Maire. Merci aux différents orateurs et oratrices d?avoir fidèlement rapporté les données actuelles et les enjeux de l?épidémie de V.I.H. à Paris. Lorsque France LERT a présenté son rapport le 1er février à Anne HIDALGO, dans la suite j?avais indiqué devant notre Conseil que nous mettrions en ?uvre sans tarder les premières recommandations de ce rapport. Nous y sommes. Une coordinatrice a été recrutée pour mener ce programme "Vers Paris sans Sida" aux côtés des élus et avec la Direction de la Santé. Le comité stratégique a été mis en place, il se réunira pour la première fois dans 48 heures, vendredi 20 mai. Il réunit l'ensemble des acteurs, associations, chercheurs, cliniciens engagés dans la lutte contre le V.I.H. Dans le projet de délibération qui vous est soumis aujourd'hui, en proposant la création de cette association qui est un fonds qui a pour objet de récolter à la fois des fonds publics et privés, nous marquons notre volonté que les actions seront bel et bien financées. Bien évidemment, et pour faire écho aux propos d'Hervé BÉGUÉ, les financements traditionnels sont appelés à être maintenus. On ne saurait évidemment accepter que les uns ou les autres se désengagent à l'heure où il s'agit de mener une stratégie d'élimination de ce virus. Mais cela n'est pas le cas. La création de l'association "Vers Paris sans Sida" va au contraire permettre que de nouveaux acteurs arrivent, et d'ailleurs un premier acteur privé a déjà pris des engagements à hauteur de plusieurs centaines de milliers d'euros envers ce fonds. C'est donc très significatif. Le plan d'action qui doit être mis en place et dont la Maire de Paris a demandé qu'il démarre au plus vite sera étudié par le comité stratégique dans 48 heures, pour une mise en ?uvre des premières actions dès la rentrée, dès cet été. Au fond, vous le savez et je conclurai par cela, vaincre le Sida, c'est vaincre les discriminations et vaincre les ségrégations qui sont la marque de ce virus. Ces discriminations, ces ségrégations existent encore dans un certain nombre de lieux. Vous rappeliez le monde du travail. Je rappellerai également qu'aujourd'hui, les hommes qui ont des rapports sexuels avec d'autres hommes, les migrants, les prostituées, sont parmi les populations discriminées, celles envers lesquelles nous devons mener plus que jamais des politiques de dépistage et de prévention active pour vaincre le virus. En tout cas, je tiens à remercier l'ensemble des orateurs pour l'engagement dont ils ont fait part vis-à-vis de ce projet.

M. Mao PENINOU, adjoint, président. - Merci. Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DAJ 10. Qui est pour ? Contre ? Abstentions ? Le projet de délibération est adopté à l'unanimité. (2016, DAJ 10). Je vous en remercie.