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2010, DDEEES 146 - Signature d'une convention avec l'association Nuit Vive pour l'attribution d'une subvention à titre de soutien à l'opération "Nuits Capitales". Montant : 70.000 euros.

Débat/ Conseil municipal/ Juin 2010


 

M. Jean VUILLERMOZ, adjoint, président. - Nous revenons à la 2e Commission et nous passons à l?examen du projet de délibération DDEEES 146 relatif à la signature d?une convention avec l?association "Nuit vive" pour l?attribution d?une subvention de 70.000 euros à titre de soutien à l?opération "Nuits Capitales".

Monsieur POZZO di BORGO ? Merci d?avoir attendu.

M. Yves POZZO di BORGO. - Et merci, Monsieur BROS, d'être là ! Tu vas avoir un problème d?indemnités !

(Rires dans l'hémicycle).

Monsieur le Maire, mes chers collègues.

Tandis que New York s?enorgueillit du titre de "ville qui ne dort jamais" - je n'en suis pas très sûr d'ailleurs -, que Madrid s?impose comme une concurrente sévère et que la plupart des capitales européennes brillent tant par leur patrimoine culturel que par l'attractivité de leurs nuits, Paris, c?est vrai, aurait tendance à rester plutôt une belle ville, une ville musée.

Le décret du 23 décembre 2009, en fixant l?horaire de fermeture de tous les établissements, dont l'activité principale est l'exploitation d'une piste de danse, à 7 heures du matin, a sonné le glas des "after" qui permettaient aux fêtards de poursuivre leurs nuits blanches.

De plus, les contraintes relatives aux nuisances sonores se multiplient, au point de conduire certains de ces lieux?

M. Jean VUILLERMOZ, adjoint, président. - S?il vous plaît, peut-on écouter M. POZZO di BORGO ?

M. Yves POZZO di BORGO. - On aurait dû faire l?intervention pendant la nuit, comme ça cela aurait été plus à propos !

? au point de conduire certains de ces lieux à revoir leur programmation sous peine de fermeture administrative. A cela s'ajoute des obligations évidentes de sécurité qui, cumulées à la flambée des prix du loyer, engendrent des charges croissantes qui grèvent encore plus le dynamisme des nuits parisiennes.

Ainsi, si je me félicite de la tenue des Etats généraux de la nuit en octobre prochain, si le projet de délibération qui nous est soumis me satisfait en ce qu?il propose de concourir au financement d'un festival disséminé dans les lieux de diffusion parisienne, j'attends néanmoins une véritable politique de la nuit et un positionnement novateur de l'Exécutif parisien.

La vie nocturne représente un atout essentiel dans l'attractivité touristique de Paris, mais aussi un élément de développement économique non négligeable, avec 1,4 milliard d'euros de chiffre d'affaires consolidé pour 10.000 emplois directs, et autant d?emplois indirects et induits.

C'est la raison pour laquelle elle doit être appréhendée d'un point de vue plus général à travers le prisme du Grand Paris. Dans les capitales européennes, à Lisbonne notamment, les discothèques n'ont pas été créées dans le quartier de l?Alfama, le plus ancien et le plus typique des quartiers de la ville, mais sur les docks maritimes de l'Alcantara.

De même, ce n?est certainement pas dans le 7e arrondissement, sous le Pont Alexandre III qu?il faut implanter une boîte de nuit, ainsi que vous le proposez, Monsieur le Maire, dans votre projet relatif aux voies sur berge, ce qui ne manquerait pas de causer des nuisances environnementales. Il existe déjà une discothèque, le "Show Case", de l?autre côté de cette rive, pourquoi refaire les mêmes choses ?

M. Jean VUILLERMOZ, adjoint, président. - Attendez, Monsieur POZZO di BORGO. Regardez ce qui se passe dans cette Assemblée, tout le monde parle, des petits groupes se constituent. Regardez, regardez? Est-ce qu?on peut s'asseoir normalement?

M. Yves POZZO di BORGO. - Oui, c?est 1968 !

M. Jean VUILLERMOZ, adjoint, président. - ? Ou sortir, comme vous le souhaitez, mais laissez M. POZZO di BORGO finir dans de bonnes conditions. Merci.

M. Yves POZZO di BORGO. - Merci, Monsieur le Président, j?apprécie beaucoup votre remarque.

Il existe déjà une discothèque. Il faut redynamiser les berges de Seine des arrondissements où les quais ont besoin de vivre.

Je ne sais pas ce que demandent les maires des 13e et 14e arrondissements, mais je sais que les élus de ces arrondissements de l?opposition souhaiteraient qu'il y ait des boîtes de nuit sur les quais dans ces endroits.

Deuxièmement, il y a un autre problème.

Est-ce que je peux terminer, car je dis la position de mes élus d?arrondissement qui souhaitent dans le 13e et 14e arrondissements avoir de grandes boîtes par rapport à ce qu'il y a actuellement.

Deuxièmement, un autre problème concerne nos jeunes. Actuellement, je critique depuis toujours l'absence d?une politique de la jeunesse à Paris. C?est vrai que la plupart de jeunes se rabattent sur des initiatives sauvages, illégales, voire dangereuses, telles les "apéros" géants.

Il s'agit d'offrir des alternatives à notre jeunesse aux soirées souvent trop chères. Les boîtes de nuit parisiennes sont vraiment d'un coût extraordinaire. Des espaces de rencontres et des initiatives culturelles pourraient être développés en ce sens.

Même dans le 16e, Messieurs les élus du 16e qui sont là-bas. Même dans le 17e. La nuit étant une activité plus risquée, plus complexe qu?une autre, il est important d'ouvrir un dialogue avec les arrondissements.

Il me semble, par conséquent, intéressant d'étudier la possibilité de mettre en place un référent dans chaque commissariat d'arrondissement, qui servirait d'interlocuteur du monde de la nuit et que l?on pourrait appeler en cas de nuisance sonore, mais qui tiendrait aussi les autorités au courant des difficultés rencontrées par ces établissements.

Ces référents désignés par M. le Préfet permettraient d?intervenir sur des questions de fermeture et de réglementation, étant entendu qu?ils n?auraient pas autorité pour agir au nom de la Mairie et de la Ville de Paris.

Enfin, pendant la campagne des régionales, l'actuel Président de Région, ainsi que la première adjointe au Maire de Paris, se sont engagés à créer un fonds d'investissement alimenté par la Région et la Ville, qui permettrait à certains lieux qui n'en ont pas les moyens de pouvoir s?équiper sur le plan de la sécurité comme sur le plan acoustique.

Cette initiative pourrait se révéler intéressante. J?espère que ce n?est pas une promesse de campagne, dans le cadre de la mise aux normes de ces établissements qui ne seraient dès lors plus autant inquiétés par les fermetures administratives.

Néanmoins, quelques précisions s'imposent : quand ces fonds seront-ils mis en place ? Est-ce une promesse de campagne ? Quel en serait le budget ? Et surtout quel serait le coût pour la Ville ? Une estimation budgétaire des besoins de ces établissements ainsi que de la charge financière pesant sur la Ville doit être effectuée.

Je terminerai là-dessus, Monsieur le Maire.

M. Jean VUILLERMOZ, adjoint, président. - Vous êtes au bout.

M. Yves POZZO di BORGO. - Un positionnement fort de la Mairie de Paris et une élaboration d?une politique de la nuit, des propositions ambitieuses, voilà ce que nous demandons, voilà des axes prioritaires qui participeront à la promotion et au rayonnement international de Paris.

C'est la raison pour laquelle, Monsieur le Maire, le groupe Centre et Indépendants votera pour le projet de délibération, à condition que cette association, avant de lancer des festivals, s'adresse bien aux mairies d'arrondissement pour avoir leur accord et leur autorisation.

M. Jean VUILLERMOZ, adjoint, président. - Merci.

Maintenant, la parole est à M. BROSSAT.

M. Ian BROSSAT. - Merci, Monsieur le Maire, cher Jean, cher collègue.

D?abord, je dois dire que je suis très heureux d'avoir entendu Yves POZZO di BORGO faire l?éloge des discothèques et des boîtes parisiennes qui effectivement en ont bien besoin et rejoindre ainsi une préoccupation exprimée à de très nombreuses reprises par le groupe Communiste et élus du Parti de Gauche sur les nuits parisiennes.

Monsieur POZZO di BORGO, je voudrais vraiment saluer cette conversion qui nous rend heureux.

Nous sommes effectivement, à travers ce projet de délibération, appelés à délibérer sur l'adoption d'une convention avec l'association "Nuit vive" pour l'adoption d'une subvention de 70.000 euros.

Je me félicite de cette initiative destinée à l?organisation de l?événement "Nuits Capitales", qui aura donc lieu du 17 au 21 novembre prochain, avec en particulier la tenue d'un festival dédié à la nouvelle scène musicale dans différents établissements parisiens.

Il est également prévu, et nous nous en réjouissons, de mettre en valeur les différents métiers de la vie nocturne et de rappeler ainsi que les nuits parisiennes ne sont pas d'abord un boulet pour Paris mais une chance.

On le dit trop peu et d?ailleurs le groupe Communiste et élus du Parti de Gauche avait eu l?occasion de la dire à de nombreuses reprises, notamment lorsque nous avons proposé la mise en place d?Etats généraux de la nuit parisienne, vous l'avez rappelé, Monsieur POZZO di BORGO, et à l'occasion du budget, vous vous en souvenez, nous avions fait voter un v?u, visant à ce que ces Etats généraux puissent être financés à hauteur de 30.000 euros.

Je crois savoir qu'ils auront lieu et nous nous en réjouissons.

Depuis quelques mois, voire quelques années, le malaise s'est en effet aggravé, entre d?un côté les acteurs de la nuit et de l?autre les autorités publiques. On a eu l?occasion de le dire à de très nombreuses reprises : les établissements de nuit, en particulier les petits, ceux qui accueillent un public qui n'a pas beaucoup d'argent, sont souvent confrontés à des fermetures administratives, à des contrôles tatillons, et tout cela pèse sur le dynamisme des nuits parisiennes.

C'est pourquoi, encore une fois, nous nous réjouissons de cette subvention qui est attribuée à l'association "Nuits vives", présidée par Eric LABBÉ, qui est par ailleurs initiateur de la pétition "Quand la nuit meurt en silence", qui nous avait alertés sur cette problématique des nuits parisiennes.

Nous voterons donc ce projet de délibération avec enthousiasme.

Je vous remercie.

M. Jean VUILLERMOZ, adjoint, président - Merci.

Monsieur Jean-Bernard BROS, vous avez la parole pour répondre ?

M. Jean-Bernard BROS, adjoint, au nom de la 2e Commission. - Je suis un adjoint comblé, heureux. Il y aura surtout des remerciements à mes collègues. D'abord effectivement à Yves POZZO di BORGO, merci de votre soutien, je ne m?y attendais pas, je n?avais pas la teneur de votre intervention, je l'attendais critique, je la vois à notre soutien.

Merci à mon collègue Mao PENINOU, merci à Christophe GIRARD qui n'est pas là mais on lui transmettra, merci à Ian BROSSAT qui dans ce combat m'a amené à dire oui, c'est beau une ville la nuit, qui consiste à redorer le blason de la ville la nuit.

Nous avons commencé dès 2001, augmenté le temps de transport dans le métro pour que les jeunes puissent prendre le métro pour rentrer chez eux plus tard, pour qu'aussi tous les acteurs, les travailleurs de ce que l'on appelle la nuit, qui dans le Code du travail commence à 20 heures, puissent rentrer chez eux. Ils habitent parfois loin du centre de Paris et travaillent ici dans des bars, dans des restaurants, dans des lieux de musique, dans des discothèques, dans des clubs, etc., et nous avons déjà travaillé dans ce sens.

Aujourd'hui, bien sûr la réglementation anti tabac, la crise, la crise ne s'est pas arrêtée à 20 heures, je le dis souvent, elle a aussi impacté ces lieux de diffusion musicale notamment, et face à cette crise, on a semblé comprendre qu'il y avait une inquiétude forte et cela se traduisait par "ah, Paris est en train de s'endormir, il ne se passe plus rien à Paris, etc.. " Ce n'est pas tout à fait vrai, d'une part.

Et d'autre part, c'est tout simplement un ressenti.

Nous avons pris ce chantier à bras le corps avec mes collègues. Cela donnera lieu aux Etats généraux avec, je peux vous l'annoncer, la participation de la Région Ile-de-France qui a souhaité participer à ces Etats généraux.

J'espère que dans le droit fil des réunions qui ont déjà eu lieu avec les professionnels, les associations d'habitants, les associations de commerçants, les professionnels de la profession comme aime dire Godard et j'aime le répéter, mais bien sûr tous les représentants, les syndicats des lieux de diffusion musicale, des restaurants, des bars, etc., nous allons essayer de travailler pour que notre ville puisse réconcilier les utilisateurs et les habitants, réconcilier tout le monde, pour encore une fois, mieux vivre ensemble.

Alors, nous avons eu l'occasion de rencontrer cette association, "Nuits vives", qui nous a fait cette proposition. Et aujourd'hui, à travers cela, c'est un premier pas, il y a beaucoup de travail à faire pour que les habitants de notre ville puissent à la fois profiter de cette ville de nuit et vivre chez eux, c?est l?équation des contraires parfois à résoudre, ce n'est pas facile. On est souvent l'idiot de quelqu'un. C'est l'automobiliste et le piéton.

Quand on est utilisateur des lieux de nuit, on les trouve formidables ; quand on est le voisin qui habite au-dessus dans l'immeuble c'est parfois compliqué de subir quelques nuisances. A nous d?organiser tout cela. Les Etats généraux seront faits pour cela. Et cette association nous permettra aussi de donner un coup de projecteur sur ces professions qui sont dévalorisées, quand on parle de la nuit, on a l?impression qu?on ne parle que de drogue, de Sida, de choses troubles, de prostitution éventuellement, etc., ce n'est pas le cas. Il y a une vraie vie la nuit. Il y a aussi des enjeux importants économiques, des milliers d'emploi en jeu. Nous devons donc être au soutien de tout cela.

Je vous remercie, et aussi au nom de "Nuits vives" que je sais motivée pour organiser une grande opération et un grand festival en tout cas.

Merci.

M. Jean VUILLERMOZ, adjoint, président - Merci.

Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DDEEES 146.

Qui est pour ?

Contre ?

Abstentions ?

Le projet de délibération est adopté. (2010, DDEEES 146).