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Mai 2016
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Vœu déposé par les groupes Socialiste et Apparentés et Radical de Gauche, Centre et Indépendants relatif aux usages de la place de la République. Vœu déposé par les Groupes Ecologiste de Paris et Communiste - Front de Gauche relatif au mouvement "Nuit Debout" place de la République. Vœu déposé par le groupe les Républicains relatif au rassemblement "Nuit debout". Vœu déposé par le groupe UDI-MODEM relatif au mouvement "Nuit Debout". Vœu déposé par Mme SIMONNET relatif à "Nuit Debout". Vœu déposé par l'Exécutif.

Débat/ Conseil municipal/ Mai 2016


 

M. Mao PENINOU, adjoint, président. - Nous passons maintenant à l'examen des v?ux nos 29, 30, 31, 32, 33 et 33 bis qui ont trait au mouvement "Nuit Debout", place de la République. Je donne la parole à chaque fois pour deux minutes successivement à Rémi FÉRAUD, Pierre AIDENBAUM, David BELLIARD, Nicolas BONNET-OULALDJ, Marie-Laure HAREL, Eric HÉLARD et Danièle SIMONNET. Rémi FÉRAUD ?

M. Rémi FÉRAUD, maire du 10e arrondissement. - Merci, Monsieur le Maire. Je ne m'attendais pas à être le premier à intervenir pour la présentation du v?u. Le mouvement "Nuit Debout" se déroule sur la place de la République depuis un peu plus d'un mois désormais. Il rentre dans le cadre du droit de manifestation et je me félicite que la Maire de Paris ait à la fois obtenu que ce droit de manifestation soit préservé, mais qu'en même temps la place de la République ne soit pas occupée, qu'elle puisse être nettoyée chaque matin et être libre pour tous les Parisiens en dehors des heures de la manifestation déclarée. Il n'en reste pas moins qu'un certain nombre de violences sont intervenues en marge de "Nuit Debout" et contre la volonté de la quasi-totalité des manifestants. Il n'en reste pas moins que les nuisances dues au problème de propreté mais aussi très largement au bruit sont très importantes. Elles se déroulent chaque soir et créent parmi les habitants de la place de la République et de ses abords de la lassitude, voire - disons-le - un ras-le-bol. Je veux saluer d'abord les progrès qui ont été faits au fur et à mesure des dernières manifestations, l'action de la Préfecture de police pour encadrer la manifestation tout en respectant le droit de manifestation et les efforts faits, même s'ils restent imparfaits, par les manifestants eux-mêmes. Il n'en reste pas moins qu'aujourd'hui, si nous voulons préserver le droit de manifestation, y compris de manifester chaque jour, nous devons encore pouvoir avancer et faire des progrès dans l'usage de ce droit de manifestation en termes à la fois de nuisances, de condamnation qui doit être unanime - cette condamnation des violences -, et puis trouver des modalités de gestion de la place en elle-même dans son ensemble. C'est dans ce but que le groupe Socialiste et Apparentés a déposé un v?u, v?u qu'évidemment nous retirons au profit du v?u de l'Exécutif qui reprend l'ensemble de nos exigences, en les complétant d'ailleurs et en les enrichissant. Je vous remercie.

M. Mao PENINOU, adjoint, président. - Merci. La parole est à Pierre AIDENBAUM.

M. Pierre AIDENBAUM, maire du 3e arrondissement. - Madame la Maire, mes chers collègues, comme son nom l?indique, la place de la République est la place de tous les républicains, c'est-à-dire la place de toutes celles et tous ceux qui se reconnaissent dans les valeurs de la République, espace de liberté, espace d'égalité, espace de fraternité. Elle doit permettre à toutes et à tous d'y venir, d'écouter, de partager, de contester et, naturellement, d'y manifester, ce qui suppose aussi le respect de chacun et de la mixité des usages. Espace aussi de solidarité et de mixité afin que chacun ait les mêmes droits d'y venir, de s'y promener, de se détendre, d'y jouer avec ses enfants à l'aire de jeu, de profiter pleinement du "skate park" ou encore, pour les plus petits, de faire un tour de manège, dont j'espère l'installation le plus rapidement possible, comme cela est rappelé dans le v?u de l'Exécutif. C'est d'ailleurs l'esprit même de la rénovation de la place de la République. Permettez-moi aussi de penser aux riverains, à ceux qui habitent sur la place ou dans les rues avoisinantes, la rue Meslay, la rue Notre-Dame-de-Nazareth, la rue René Boulanger et la rue du Temple, mais aussi à ceux qui y travaillent et aux commerçants victimes de dégradations importantes, dont la chute du chiffre d'affaire est très conséquente. Enfin, Madame la Maire, Monsieur le Préfet de police, je voudrais vous dire avec force que je condamne très fermement toutes les dérives, au premier lieu ces graffitis, ces affichettes injurieuses d'une violence inacceptable à l'encontre de la police, que nous avons vu fleurir sur la statue de la République et aux alentours. Je profite de cette tribune pour y affirmer mon soutien total aux forces de l'ordre, celles-là mêmes, rappelons-nous, que nous acclamions il y a encore quelques mois pour leur comportement et leur efficacité et qui, aujourd'hui encore, nous protègent de la folie meurtrière des terroristes et sont la cible première des casseurs. De la même manière, est-il acceptable qu'un mouvement, le BDS, dont le fondement est le boycott d'Israël - je dois rappeler que l'appel au boycott d'Israël a été déclaré illégal par un arrêt de la chambre criminelle de la Cour de cassation du 20 octobre 2015, confirmant ainsi sa jurisprudence antérieure - puisse s'installer impunément sur des places parisiennes et sur la place de la République ? Ce que vous aviez vous-même, Madame la Maire, ici, avec l'Exécutif, dénoncé dans un v?u de l'Exécutif en février dernier. Est-il acceptable, encore ce week-end, sur la place de la République, de 14 heures à 22 heures, de voir des slogans d'appel au meurtre à l'égard d'Israël ? On pouvait ainsi lire - et je ne vous lirai pas tout - des : "Israël assassin" et des appels à l'intifada. Tout cela est inacceptable et tout cela doit cesser. Je voudrais, enfin, vous remercier, Madame la Maire, d'avoir donné des instructions précises et remercier les services de propreté, que je veux saluer, afin que ces graffitis à l'encontre de la police, comme ceux à l'encontre de l'Etat d'Israël, graffitis qui ont souillé la place de la République, soient effacés. Je souscris naturellement, comme Rémi FÉRAUD, totalement au fait que nous retirions notre v?u au profit du v?u de l'Exécutif. Je vous remercie.

M. Mao PENINOU, adjoint, président. - Merci. La parole est à David BELLIARD.

M. David BELLIARD. - Merci, Monsieur le Maire. Depuis le 31 mars dernier, des milliers de citoyennes et de citoyens se rassemblent chaque soir sur la place de la République au sein du mouvement "Nuit Debout" pour échanger, débattre, inventer, proposer et construire en commun des politiques publiques. Ce mouvement a été créé en réaction au projet de loi Travail, à la pétition qui a recueilli plus de 1,2 million de signatures et aussi en réaction à la prolongation de l'état d'urgence et à la proposition de loi de déchéance de nationalité. Ces rassemblements pacifiques, ouverts et populaires ont pour principal objectif de faire vivre la démocratie participative, en repensant l'intervention citoyenne et la capacité d'agir des citoyennes et des citoyens. J'en profite d'ailleurs pour rappeler que nous condamnons les violences perpétrées à l'encontre du personnel de police ainsi que les dégradations de commerces commises par des éléments extérieurs au mouvement "Nuit Debout" qui, je le rappelle, a, au travers de sa commission Tranquillité et Sérénité, condamné ces actes de violence et de dégradation et réaffirmé sa volonté de préserver la propreté de l'espace public et son utilisation pacifique. Nous souhaitons, par ce v?u, obtenir l'assurance que les participantes et participants seront laissés libres de se réunir tous les soirs. Il nous semble important que les autorisations préfectorales soient délivrées pour permettre au mouvement "Nuit Debout" de continuer. Pour cela, nous souhaitons un soutien fort de la Ville de Paris et que notre Municipalité mette en place des équipements temporaires appropriés pour maintenir les conditions sanitaires et d'hygiène, et en mettant à disposition des organisateurs, s'ils le souhaitent, des structures éphémères pour entreposer du matériel et bénéficier d'un accès électrique sécurisé. Enfin, nous souhaitons que le dialogue soit encouragé entre les agents de ville présents sur la place, les riverains, les commerçants et les organisateurs de "Nuit Debout" et, pour terminer, de continuer de soutenir des espaces démocratiques qui s'inscrivent dans l'histoire de Paris et dans l'écriture de son avenir. Je vous remercie.

M. Mao PENINOU, adjoint, président. - Merci. La parole est à Nicolas BONNET-OULALDJ.

M. Nicolas BONNET-OULALDJ. - Mes chers collègues, Monsieur le Maire, je voudrais tout d'abord que l'on revienne aux propos, et que nous ne fassions pas d'amalgame politique et politicien dans cet hémicycle en ayant ce débat sur "Nuit Debout" et la place de la République. Le vrai débat issu de "Nuit Debout" est simple : c'est la loi Travail qui a amené à ce rassemblement de jeunes, de lycéens, d'étudiants, et puis de citoyens qui souhaitent s'exprimer contre la loi Travail, d'ailleurs dans l'esprit du v?u que nous avons adopté nous-mêmes ici, au Conseil de Paris. Si les élus qui se sont exprimés souhaitent que, bien sûr, l'ensemble - j'y reviendrai - des violences, des dégradations, des nuisances s'arrêtent, il suffisait simplement, comme je l'ai fait, de proposer à l'ensemble des parlementaires parisiens de s'opposer à la loi Travail et demander le rejet du texte. Cela n'a pas été fait. Le Gouvernement a souhaité passer en force par le 49-3. Je crois que c'est aussi une forme de provocation et d'appel à la violence. Je voudrais maintenant revenir sur la place elle-même. Nous avons beaucoup parlé ces dernières semaines de regroupements d'individus violents. Nous les condamnons, comme l'ensemble des personnes qui se sont exprimées avant moi, ainsi que les dégradations, les violences vis-à-vis de la police, les nuisances vis-à-vis de riverains. Mais regardons aussi, de façon équilibrée, ce que nous avons vu : des échanges constructifs entre citoyens qui se réapproprient un même mouvement politique et l'espace public. C'est un débat que nous avons eu sur l'avenir des places parisiennes. C'est un débat que nous avons eu en voulant initier la "Nuit des débats". Je voudrais, enfin, dire que c'est l'esprit de la démocratie participative que nous voulons. Alors ne soyons pas simplement aveuglés par les violences qui doivent cesser, que nous dénonçons, mais regardons aussi les aspects positifs et, comme nous l'avons exprimé avec le groupe Ecologiste de Paris, essayons d'entendre ce qui est dit, essayons d'être à l'écoute et répondons aux questions qui posent la question du système capitaliste et du système politique en France.

M. Mao PENINOU, adjoint, président. - Merci. La parole est à Marie-Laure HAREL.

Mme Marie-Laure HAREL. - Merci, Monsieur le Maire. Tout d'abord, il n'est pas question de vous laisser dire ce que nous n'allons pas dire puisque l'amalgame est souvent fait. Vous aimez rendre notre position tout à fait caricaturale. D'abord, nous ne condamnons pas le mouvement "Nuit Debout" qui a le droit de s?exprimer, de se réunir, de contester - comme vous l'avez dit, Monsieur BONNET-OULALDJ - la loi Travail et la politique gouvernementale plus généralement. C'est d'ailleurs ce que font 85 % des Français, au moins, dans leur tête. Nous ne disons pas non plus que les "Nuit Debout" sont des casseurs. Nous voulons croire en leur bon état d'esprit et se dire que les violences sont annexes. En revanche, il y a aussi d'autres principes qu?il faut respecter et qu?il faut mettre dans la balance. Après un mois et demi, pas seulement de débats citoyens, mais aussi de bruit et de violence, même si cela est extérieur au mouvement, cela ne se produirait pas s'il n'était pas là. Le principe n° 1 - et M. AIDENBAUM l'a très bien dit - c?est que la place de la République est la place de tout le monde et pas seulement des participants à "Nuit Debout", qui sont d'ailleurs fort peu accueillants quand on ne partage pas leurs idées, comme on l'a vu avec M. Alain FINKIELKRAUT. Le principe n° 2, c?est que nous sommes en état d'urgence, lié aux menaces terroristes. Ce rassemblement met donc ses propres participants en danger et il accapare nos forces de police, dont, d'ailleurs, on peut rappeler que plus de 300 membres ont été blessés, alors qu?elles ont à protéger la sécurité de tous les Français dans le même temps. Le principe n° 3, c?est que les riverains, au bout de 45 jours de tapage et de dégradation de la place, ont droit à la tranquillité. Alors, pour toutes ces raisons, le Ministère de l'Intérieur aurait dû adopter une position tout à fait ferme, mais il ne l'a pas fait. Ce que nous voulons faire, dans notre v?u, c'est vous demander une série de mesures concrètes pour limiter les nuisances qui sont induites par ce rassemblement place de la République depuis un mois et demi. Nous voulons d?abord que M. le Préfet de police prononce la fin du rassemblement quotidien, particulièrement en cas de violence. Nous voulons que Mme la Maire de Paris porte plainte pour la destruction d?un certain nombre d'équipements publics et nous voulons enfin que les commerçants soient indemnisés. Je vous remercie.

M. Mao PENINOU, adjoint, président. - Merci. La parole est à Eric HÉLARD.

M. Eric HÉLARD. - Monsieur le Maire, Monsieur le Préfet de police, tout a été dit sur ce mouvement soi-disant spontané, en réalité totalement manipulé et orchestré par des groupes radicaux contestataires. Il est inutile d?en rajouter, "Nuit Debout" est d?ailleurs en phase d'essoufflement et, souhaitons-le, bientôt en état d?asphyxie définitive. Mais il n'empêche que des violations systématiques et avérées des principes de salubrité publique, de tranquillité publique et de sécurité ont été occasionnées par ce rassemblement. Il n'empêche que des préjudices humains, matériels et financiers sont consécutifs aux violences engendrées à l'occasion de ces rassemblements festifs et pacifiques. Il n'empêche que les forces de l'ordre, déjà durement sollicitées par l'état d'urgence, sont mobilisées sur site depuis plus d'un mois. Alors, ce v?u est simple. Au fond, nous souhaitons obtenir une évaluation du coût de la mobilisation des effectifs de police, une évaluation du montant des réparations des préjudices causés aux biens publics et privés ainsi qu?en termes de volume d'affaires pour les commerçants riverains. Nous demandons également au Préfet quelles sont désormais ses intentions sur les nouvelles demandes de manifestation en faveur de la tenue de ce rassemblement. Et s'il faut trouver un lieu pour refaire le monde, que des négociations soient entamées pour proposer aux intéressés la mise à disposition d'un lieu adéquat comme un amphithéâtre, par exemple. Je vous remercie.

M. Mao PENINOU, adjoint, président. - Merci. La parole est à Danielle SIMONNET

Mme Danielle SIMONNET. - Mes chers collègues, c'est, ne l'oublions pas, à l'initiative du journal "Fakir", de syndicalistes, de militants associatifs et citoyens qu'un appel "On ne rentre pas chez nous !" à occuper la place de la République avait été lancé pour le soir de la grande manifestation du 31 mars contre la loi Travail, donnant lieu notamment à l?époque à la projection de l'excellent film de François RUFFIN : "Merci patron !". Depuis, "Nuit Debout", ce n'est pas simplement la place de la République. "Nuit Debout", ce sont des prises de places dans plus de 300 villes et même parfois villages de France. Beaucoup de débats, beaucoup d'actions pour obtenir le retrait de cette loi Travail mais également pour repenser le monde EL KHOMRI, pour réinventer aussi la politique de manière plus large. C'est un mouvement citoyen unique qui s'articule avec le mouvement social et qui souhaite aussi contribuer à la convergence des luttes. Je tiens vraiment à souligner cette mobilisation assez unique, très plurielle, apartidaire et que certains d'entre nous soutenons ici. Je voudrais rappeler les propos de Mme HIDALGO lors du dernier Conseil de Paris, soit deux jours avant "Nuit Debout" lorsqu?elle déclarait "le rôle historique des places parisiennes, que nos places ont toujours constitué des lieux et autant de points de convergence qui ont permis aux Parisiens, en se rassemblant, de se constituer comme peuple, comme citoyens d'une même ville". Que s?est-il donc passé pour que quelques jours après, le 1er avril, Mme HIDALGO considère qu'il s'agissait finalement d'une privatisation de l'espace public ? Non, il ne s'agit pas d'une privatisation de l'espace public, et d'ailleurs même l'architecte reconnaît la diversité des usages. A travers le v?u que je dépose - il ne me reste plus que trois secondes -, je demande un certain nombre de choses, que les organisateurs souhaitent des aménagements techniques, qu'on interpelle la Préfecture pour qu'il n'y ait plus de bâtons mis dans les roues et pour que ce mouvement puisse continuer, et pour qu'il n'y ait pas d'interdiction ou de refus d'autorisation qui soient délivrés. Il me semble extrêmement important de permettre à ce mouvement citoyen de se poursuivre place de la République, dont le titre même exige de nous que nous permettions à ces organisations de débat démocratique de se poursuivre. Je vous remercie.

M. Mao PENINOU, adjoint, président. - Merci. Je donne la parole à M. le Représentant du Préfet de police, M. BOULANGER. Ensuite, nous aurons une réponse de Bruno JULLIARD et deux explications de vote.

M. LE REPRÉSENTANT DU PRÉFET DE POLICE. - Merci, Monsieur le Maire.

Par rapport aux différents v?ux qui ont été émis, bien évidemment, une seule réponse. Comme les différents élus l?ont indiqué, le mouvement "Nuit Debout" a pris corps le 31 mars dernier lors de l'appel qu'a rappelé Mme SIMONNET.

Au plus fort de leur rassemblement, la Préfecture de police a recensé 3.500 personnes. Les failles qui ont été constatées dans l'encadrement de ce mouvement, notamment l'absence de service d'ordre en capacité de sécuriser la place et de signaler aux forces de l'ordre la présence éventuelle de perturbateurs, mais aussi la consommation excessive d'alcool et enfin la présence de casseurs se mêlant à la foule, ont généré durant les premières semaines, de manière répétée, des troubles graves à l'ordre public. 118 personnes ont été interpellées dans le cadre de ces débordements intervenant généralement en fin de rassemblement. 99 ont été placées en garde à vue, 47 déférées et 12 de ces personnes ont fait l'objet d'une peine d'emprisonnement, dont 5 ferme et 6 avec sursis. 7 policiers ont été blessés gravement ou moyennement. Les services de secours présents sur site n'ont pas eu à prendre en charge de victimes parmi les manifestants. En outre, des dégâts importants ont constatés lors de chacun de ces événements en marge des rassemblements : dégradations d'agences bancaires, distributeurs automatiques de billets, Autolib', mobilier urbain, tags, véhicules de police incendiés.

Malgré ces incidents, intervenant le plus souvent en seconde partie de soirée, et considérant que ces débordements étaient le fruit d'une minorité, le Préfet de police n'a pas souhaité interdire ces rassemblements qui, comme vous le savez, constituent une liberté fondamentale garantie par l?article 11 de le Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et qui est constitutionnellement protégée. Dès lors, si la poursuite de ces rassemblements a pu être envisagée, elle ne peut se concevoir sans mesure permettant de réduire les troubles à l?ordre public et les nuisances subies par les riverains, qui ont saisi le Préfet de police chaque jour de nombreuses plaintes, et enfin bien sûr avec la capacité de réprimer si nécessaire d'éventuels fauteurs de troubles. Afin de prévenir les débordements et les troubles lors de ces rassemblements, des consignes en matière de sécurité et de respect de la tranquillité publique sont systématiquement exigées par le Préfet de police de la part des organisateurs de ces regroupements. Une réunion avec les organisateurs et plusieurs courriers leur ont régulièrement rappelé leurs obligations et les engagements qu'ils doivent respecter. En particulier, il leur revient de constituer un service d'ordre interne efficace ayant pour rôle de maintenir le lien avec les services d'ordre, de permettre le bon accès des secours au site et de signaler les individus à risque. De même, les horaires de fin de sonorisation et de démontage des installations fixes tolérées sur la place doivent être scrupuleusement respectés. Afin de concilier le droit de manifester et la nécessité d'assurer la sécurité et l'ordre public, le Préfet de police a pris plusieurs mesures permettant, en complément des dispositions prises par les organisateurs, d?encadrer et de sécuriser ces rassemblements, à savoir notamment : l'interdiction de détenir ou de transporter tout objet susceptible de constituer une arme ou de servir de projectile, l?interdiction de consommation et ou de vente d?alcool dans un périmètre comprenant notamment la place de la République, la limitation dans le temps des rassemblements pour permettre une libération de la place dans le calme et assurant la tranquillité publique aux riverains, l?interdiction des cortèges constitués à partie de la place de la République de 19 heures à 7 heures, l?interdiction du stationnement de véhicules utilitaires légers place de la République et dans la partie comprise entre le boulevard Saint-Martin et le boulevard du Temple, l?interdiction de diffusion de musique et de bruit par tout moyen sonore place de la République entre minuit et 7 heures du matin. L'autorité judiciaire a, pour ce qui la concerne, prononcé 17 interdictions de paraître envers des individus clairement identifiés comme meneurs à l?origine des violences urbaines constatées. Il faut noter que la conjonction de ces diverses mesures du Préfet de police et des organisateurs a permis au rassemblement quotidien au cours des dernières semaines sur la place de la République de se dérouler sans incident avec - nous devons le rappeler - une mobilisation exceptionnelle de moyens. Plusieurs milliers de policiers ou gendarmes ont été présents depuis le 31 mars aux abords de la place pour assurer la sécurité de ces rassemblements.

M. Mao PENINOU, adjoint, président. - Merci. La parole est à Bruno JULLIARD, qui a deux minutes.

M. Bruno JULLIARD, premier adjoint. - Merci beaucoup, Monsieur le Maire, je vais essayer d'être très bref pour présenter ce v?u de l'Exécutif qui va rappeler notre vision équilibrée et constante sur le mouvement et je vais essayer de rassembler notre hémicycle pour assumer nos responsabilités. Ce qui est en jeu n'est pas le devenir de la loi EL KHOMRI, ce n?est pas le devenir des mobilisations contre cette loi. Dans un contexte difficile, place de la République, cherchons comment nous pouvons être à la fois les garants de la liberté d'expression, les garants de valeurs démocratiques fondamentales mais aussi les garants de la liberté d'accès, d'aller et venir de l'ensemble des Parisiens sur cette place, les garants de la sécurité de nos concitoyens, notamment des riverains, des commerçants ainsi que les garants de la cohabitation d'usages qui peuvent paraître contradictoires et qui effectivement ont du mal à cohabiter place de la République. La position équilibrée est celle qui est réaffirmée dans le v?u de l?Exécutif, à savoir d?abord l?affirmation de notre attachement au droit de manifester et à la liberté d?expression, tous les jours, lorsque cela est demandé place de la République. Mais c?est aussi réitérer la ferme condamnation du Conseil de Paris, des élus, comme l?ont fait les maires d?arrondissement concernés, des violences beaucoup trop nombreuses et des débordements perpétrés en marge de "Nuit Debout". Je dis en marge parce que la quasi-totalité des personnes qui participent à "Nuit Debout" sont évidemment hostiles et condamnent l?ensemble de ces violences. Il n?en demeure pas moins qu?elles sont absolument inacceptables pour les élus que nous sommes. C?est la raison pour laquelle nous demandons que les arrêtés pris par la Préfecture de police, en lien avec nous bien évidemment, pour limiter ces nuisances générées par "Nuit Debout", soient respectées, afin que soient garantis le droit à la tranquillité des riverains mais aussi le droit à l?activité professionnelle des commerçants de la place. Evidemment, l?ensemble des initiatives, des tags, des prises de parole qui ne relève pas d?un cadre républicain ne doit pas être toléré et doit être condamné par tous. Il nous faut aussi engager les moyens matériels et humains nécessaires pour garantir des conditions sanitaires et d?hygiène satisfaisantes sur la place, le temps que dureront ces rassemblements quotidiens. Une large partie de notre Assemblée reconnaît la singularité de ce mouvement et son inscription dans la tradition du débat démocratique, parfois vif qui caractérise notre ville. S?agissant des désagréments liés à la simple fréquentation de la place, nous avons pris des mesures et nous les renforcerons dans les jours qui viennent. Mais d?ores et déjà, des améliorations sensibles ont eu lieu et je veux aussi en remercier l?ensemble de mes collègues adjoints, Mao PENINOU, Colombe BROSSEL mais aussi la Préfecture de police. J?en conclus en disant que cette position est constante. Et je me permets de souligner que ce n?est pas tout à fait le cas des positions de la droite. Lorsque vous dites, Madame HAREL, que vous n?êtes pas favorable à l?interdiction, je me permets simplement de vous demander de lire votre propre v?u puisque vous demandez que le mouvement "Nuit Debout" ne soit plus autorisé à se rassembler sur la place de la République. Je ne sais pas comment appeler cela si ce n?est une interdiction de "Nuit Debout". Mais il est vrai qu?il est difficile d?y voir clair, lorsque nous regardons les positions de la Présidente de votre groupe. Alors peut-être que, comme le dit Eric HÉLARD, elle a été elle-même, je cite : "manipulée par des groupes extrémistes contestataires", lorsqu?elle a dit, il y a quelques semaines maintenant, qu?il fallait voir dans "Nuit Debout" l?expression, je cite : "d?un mouvement de fond qui traverse la société française". Et pour aujourd?hui demander son interdiction, il est dur d?y voir clair. En tout cas, nous constatons qu?il y a un peu de friture sur la ligne de l?opposition. Pour conclure, je souhaite que nous puissions nous rassembler sur cette position équilibrée, présentée par le v?u de l?Exécutif, sans esprit polémique ou arrière-pensées politiciennes, c?est une position d?apaisement que nous vous proposons. Il faut trouver ensemble, et sans démagogie, le chemin d?une exemplarité démocratique capable de faire d?une révolte un levier de progrès.

M. Mao PENINOU, adjoint, président. - Merci. Nous avons trois explications de vote : M. POZZO di BORGO pour l?UDI, Mme PAWLIK pour les Républicains et M. BROS pour le groupe Radical de Gauche, Centre et Indépendants.

M. Yves POZZO di BORGO. - Nous nous abstiendrons sur le v?u de l?Exécutif à cause d?une raison, qui est toute simple - ils sont quand même des gens responsables et la Mairie aussi est responsable - qui est que nous rentrons dans un processus de "fan zone". Nous sommes en situation d?urgence. Tout à l?heure, M. le Représentant du Préfet disait - et j?aurais aimé avoir des chiffres beaucoup plus précis - le coût que représentait la gestion de "Nuit Debout". Et là nous rentrons dans moins de quinze jours dans la logique de "fan zone". Vous vous rendez compte du coût ! Comment voulez-vous que les forces de police puissent assumer tout cela ? J?aurais aimé que la Ville de Paris soit beaucoup plus nuancée. Je comprends très bien qu?il ne faut pas l?interdire, mais qu?on limite peut-être cela dans le temps au niveau de la semaine ou du mois, mais on est complètement fou, on va avoir de gros problèmes. Je me demande comment les forces de police vont pouvoir résoudre tout cela. Si elles y arrivent, bravo, ce sera vraiment quelque chose à mettre dans les annales de l'histoire française, de pouvoir gérer tout cela. C?est pourquoi nous nous abstiendrons sur ce vote.

M. Mao PENINOU, adjoint, président. - Je ne suis pas sûr qu?interdire un mouvement social pour cause de football puisse être populaire. Madame "POLIK" ?

Mme Déborah PAWLIK. - Mon nom est PAWLIK, mais ce n'est pas très grave. Monsieur le Maire, chers collègues, j?aimerais tout d?abord rappeler à M. JULLIARD que cela ne sert à rien de chercher des contradictions là où il n'y en a pas, puisque nous avons largement rappelé que nous ne critiquions pas l'objet même du mouvement "Nuit Debout", qui pour nous montre vraiment l'envie des citoyens de se réapproprier la démocratie, mais qu'il ne faut pas oublier qu'en marge de ce mouvement, il y a des casseurs et des perturbateurs en tous genres, qui se sont immiscés et ont causé des dégâts chiffrés à plusieurs dizaines de milliers d'euros. Je rappellerai que les riverains et les commerçants sont évidemment excédés, vous en avez peu parlé, de devoir subir maintenant tous les soirs des concerts improvisés. Face à cela, l?Exécutif propose un v?u qui semble bien loin de ce que sont en droit d'attendre les Parisiens. Je ne reviendrai que sur deux points. Vous demandez tout d?abord que notre Assemblée condamne les violences. Très bien mesdames et messieurs les casseurs, surtout planquez-vous, le Conseil de Paris a condamné les violences, tout doit maintenant rentrer dans l'ordre. Franchement, à part une portée symbolique, l'effet sera nul. Vous demandez ensuite que les arrêtés pris par la Préfecture de police pour limiter les nuisances soient respectés. Là encore très bien, mais comment ferez-vous, à part mobiliser des moyens policiers supplémentaires qui sont déjà extrêmement tendus aujourd'hui ? Nous nous abstiendrons donc évidemment sur ce v?u, car il nous semble urgent que vous preniez vraiment vos responsabilités en la matière, autrement que par un v?u de façade, et il faut maintenant monter d'un cran et rendre aux Parisiens cette place plusieurs soirs par semaine, comme nous le proposons dans notre v?u.

M. Mao PENINOU, adjoint, président. - Merci. Enfin, pour conclure ce débat, Jean-Bernard BROS.

M. Jean-Bernard BROS. - Merci, quel honneur, Monsieur le Maire. Monsieur le premier adjoint, cher Bruno JULLIARD, ce v?u de l?Exécutif répond dans l'ordre aux v?ux n° 30 des groupes Ecologiste et PCF-FG, n° 31 du groupe les Républicains, n° 32 du groupe UDI-MODEM, et n° 33 de Danielle SIMONNET, mais surtout il répond au v?u n° 29 du groupe socialiste et RGCI au départ, car nous avions cosigné ce v?u et nous avons disparu dans la réponse. J?en suis marri, merci de me dire pourquoi.

M. Mao PENINOU, adjoint, président. - Sans aucun doute la responsabilité de l'administration, cela ne peut pas en être autrement. Ils assument. Donc le v?u n° 29 est retiré. Je mets aux voix, à main levée, le v?u n° 30 des groupes Ecologiste de Paris et Communiste - Front de Gauche avec un avis défavorable de l?Exécutif. Qui est pour ? Contre ? Abstentions ? Le v?u est rejeté. Le v?u n° 31 du groupe les Républicains est maintenu ? Oui. Je mets donc aux voix, à main levée, le v?u n° 31 avec un avis défavorable de l?Exécutif. Qui est pour ? Contre ? Abstentions ? Le v?u est rejeté. Le v?u n° 32 du groupe UDI-MODEM est maintenu ? Oui. Je mets aux voix, à main levée, le v?u n° 32 avec un avis défavorable de l'Exécutif. Qui est pour ? Contre ? Abstentions ? Le v?u est rejeté. Le v?u n° 33 de Danielle SIMONNET est maintenu ? Oui. Je mets donc aux voix, à main levée, le v?u n° 33 avec un avis défavorable de l'Exécutif. Qui est pour ? Contre ? Absentions ? Le v?u est rejeté. Enfin, je mets aux voix, à main levée, le v?u n° 33 bis de l?Exécutif. Qui est pour ? Contre ? Absentions ? Le v?u est adopté. Je vous en remercie. (2016, V. 111).