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Mai 2016
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II - Question d'actualité posée par le groupe Communiste - Front de Gauche à Mme la Maire de Paris sur le projet de transport du C.D.G. Express.

Débat/ Conseil municipal/ Mai 2016


 

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Je donne la parole à M. Nicolas BONNET-OULALDJ, pour nous présenter la question d'actualité du groupe Communiste - Front de Gauche.

M. Nicolas BONNET-OULALDJ. - Merci, Madame la Maire, Monsieur le Préfet. Ma question s?adresse à Mme la Maire sur le projet de ligne ferroviaire baptisée Charles de Gaulle Express. Madame la Maire, la colère monte, au sujet de cette aberration que constitue le C.D.G. Express, cette ligne ferroviaire V.I.P. réservée aux seuls passagers de l?aéroport Roissy Charles-de-Gaulle, dont le tarif modique serait indiqué à 24 euros. Cette ligne, reliant directement la gare de l?Est à l?aéroport de Roissy, passera par des quartiers populaires de Paris, notamment le 18e, par des villes de Seine-Saint-Denis, sans desserte pour les habitants. Elle risque de causer de graves nuisances quotidiennes pour les riverains, notamment dans le 18e car, en l?état, il n?est pas prévu qu?elle soit couverte ou enterrée. Nous nous interrogeons sur la pertinence de cette ligne, alors que la ligne B du RER relie déjà Paris et Roissy, et que la ligne 17 du Grand Paris Express desservira aussi l?aéroport. Rappelons la fréquentation de cette ligne, qui sera très probablement faible par rapport à celle du RER B qui transporte en moyenne 900.000 passagers par jour, soit près de 30 millions par an. La construction de cette ligne dégraderait considérablement la qualité de l?aménagement urbain prévu au Nord de Paris, et en particulier celle du parc urbain de plusieurs hectares, dont le secteur Chapelle/Charbon, qui est fortement attendu dans le 18e. Ce projet fait peser un très gros risque sur les finances publiques et menace d?être un gouffre financier pour la S.N.C.F. A.D.P., un gouffre que devront combler l?Etat et les collectivités territoriales. Le 2 février 2016, l?Autorité de régulation des activités ferroviaires et routière rappelle que, selon la loi, S.N.C.F. Réseau ne peut financer ce projet, dont la marge opérationnelle est particulièrement faible. Elle en appelle donc à des financements publics pour financer le C.D.G. Express : comprenez les contribuables parisiens. Le C.D.G. Express est surtout profondément injuste : il utiliserait en grande partie le réseau ferré existant déjà saturé, tant la sortie de la gare de l?Est que sur le réseau Nord. Il coûterait plus cher que tous les crédits prévus par le contrat plan Etat/Région pour la modernisation de l?ensemble des lignes RER et du Transilien. Cette aberration financière témoigne d?un mépris des riverains sur l?ensemble de son tracé comme des Franciliens en général. Enfin, il est contesté en l?état par l?Autorité environnementale du Conseil général de l?environnement et du développement durable qui la juge non conforme à la réglementation en vigueur. Alors que de nombreux élus locaux s?opposent au niveau francilien à la création de cette ligne, nous vous demandons, Madame la Maire, d?appuyer cette démarche en exigeant que les sommes prévues pour le C.D.G. Express soient consacrées à l?amélioration des conditions de transport pour les lignes de RER, notamment la ligne RER B dont les marges de progression et d?amélioration et son attractivité ont besoin d?investissements massifs, tant dans les infrastructures que dans le matériel roulant. Elle relève d?un véritable intérêt général, reconnu par tous, à l?inverse de ce projet insensé. Nous vous demandons, Madame la Maire, d?exprimer les plus grandes réserves sur ce projet, en perspective de son examen en conseil d?administration du S.T.I.F., qui a lieu le 1er juin, et dans le cadre de l?enquête publique qui aura lieu le 8 juin. Et nous vous demandons d?organiser un débat au Conseil de Paris pour que l?ensemble des élus s?expriment sur ce sujet.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci, Monsieur BONNET-OULALDJ. La parole est à M. Jean-Louis MISSIKA pour vous répondre.

M. Jean-Louis MISSIKA, adjoint. - Merci, Nicolas BONNET-OULALDJ, pour cette intervention sur un sujet qui est très important. Le Charles-de-Gaulle Express est un projet structurant, non seulement pour les transports franciliens, mais pour l?attractivité économique de notre ville. Je ne vous surprendrai pas en vous disant que je ne suis pas tout à fait en phase avec l?analyse que vous faites au sujet de cette liaison ferroviaire. Je voudrais rappeler qu?elle permettra de relier directement, en une vingtaine de minutes, l?aéroport Charles-de-Gaulle et la gare de l?Est à Paris. Vous le savez tous, la Métropole parisienne ne dispose pas d?une liaison ferroviaire directe et dédiée entre son principal aéroport et son centre urbain, contrairement à d?autres grandes métropoles. Si vous prenez le cas de Londres, par exemple, Heathrow Express et Gatwick Express permettent de relier les aéroports et le centre de Londres respectivement en 5 et 30 minutes. Oslo, Stockholm mais aussi Hong Kong, Tokyo, Sydney, en fait, la plupart des grandes villes européennes et mondiales bénéficient d?une liaison ferroviaire rapide et dédiée entre leur centre de ville et leurs aéroports. C?est un enjeu majeur pour l?attractivité économique d?une ville que d?investir dans une desserte ferroviaire. Le tourisme, et plus particulièrement le tourisme d?affaires, est une source d?activité et d?emploi fondamentale pour l?économie parisienne. Alors, ce projet est un projet qui est porté par l?Etat, il n?est pas porté par la Ville de Paris, je voudrais quand même le rappeler, et l?enquête publique qui devrait être lancée en juin est une enquête publique initiée par l?Etat. Mais ce projet est également, de notre point de vue, un élément de la politique de développement durable car les usagers, qui aujourd?hui prennent des taxis, qui se rendent en véhicule particulier à l?aéroport, pourront choisir d?utiliser ce mode de transport collectif plus respectueux de l?environnement lorsqu?il existera. Je vous rappelle également que nous sommes dans un objectif de candidature aux Jeux Olympiques 2024 et qu?il est important de respecter un calendrier serré pour être prêts avant 2024, car même si l?enjeu de cette desserte dépasse largement les Jeux Olympiques, il est certain que cette liaison sera un atout important pour la candidature de Paris aux Jeux Olympiques de 2024. Alors, dans votre intervention, vous opposez ce projet Charles-de-Gaulle Express et donc cet investissement aux autres infrastructures ferroviaires reliant l?aéroport, notamment la ligne B du RER et la ligne 17 du Grand Paris Express. C?est un sujet qui mérite discussion et je crois que nous aurons l?occasion de revenir sur ce débat au sein de cette Assemblée, mais je voudrais peut-être préciser un peu les choses. D?abord, il s?agit de projets de nature différente. Une liaison directe a une fonction unique pour une ville globale comme Paris, comme je l?expliquais il y a quelques instants. Il ne s?agit pas d?un train pour les V.I.P., comme vous dites, qui s?opposerait à un train pour les non-V.I.P., il y a beaucoup de gens ordinaires qui utilisent l?aéroport de Roissy et qui, pour le moment, sont obligés d?utiliser des véhicules particuliers ou des taxis pour aller à Paris. Il y a tout simplement des publics différents avec des trajets différents, et c?est justement pour cela que ces projets sont complémentaires. L?amélioration des conditions de transport sur le RER B est une nécessité et nous l?appelons, comme vous, de nos v?ux. Mais le fait qu?une liaison directe est dédiée est une offre stratégique fondamentale pour l?attractivité de Paris que la ligne B du RER ne pourra pas proposer. De plus, la nouvelle offre de service C.D.G. Express allégera la congestion, notamment en heures de pointe sur le RER B. Ensuite, au niveau des financements, vous parlez d?un investissement conséquent pour le Charles-de-Gaulle Express et c?est vrai que c?est un investissement conséquent, mais il est important de rappeler que l?idée est de ne pas utiliser de fonds public pour ce projet et que ces fonds ne viennent pas en déduction d?un investissement dans le RER B. Ce mécanisme de financements privés est d?ailleurs tout à fait en cohérence avec la spécificité de ce projet. Dans ce contexte, le projet de C.D.G. Express est donc d?une importance stratégique globale pour notre Métropole. Cela étant, ce projet, et vous l?avez signalé, a potentiellement des impacts importants sur le territoire parisien et sur le 18e arrondissement. La Maire de Paris y est extrêmement attentive. Nous souhaitons collectivement que la question de l?enfouissement des infrastructures à la porte de la Chapelle soit réglée positivement. Mais les porteurs du projet n?envisagent pas pour le moment l?enfouissement en raison de difficultés techniques et de coûts qui font que l?on doit étudier sérieusement les hypothèses de non-enfouissement pour protéger la qualité de vie des riverains et améliorer l?aménagement urbain comme la végétalisation. Nous exigeons donc, auprès du Gouvernement et des porteurs du projet, des garanties pour que les habitants du 18e arrondissement ne souffrent pas de nuisances supplémentaires et même que l?on profite de ce projet pour prendre à bras-le-corps le problème de l?aménagement de la porte de la Chapelle et des nuisances sonores, notamment automobiles qui lui sont liées, car les nuisances dans ce quartier sont multiples et il est indispensable de les traiter globalement. Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, Monsieur MISSIKA. Je crois que vous avez rappelé d?abord la position de l?Exécutif, ma position également. On doit travailler en bonne intelligence pour que ce projet, qui est indispensable pour Paris, pour son attractivité, puisse s?insérer et s?inscrire dans un ensemble urbain qui soit un ensemble harmonieux et qui permette à la porte de la Chapelle un développement comme un quartier de Paris, comme une porte de Paris dans un quartier qui est stratégique pour le développement de notre ville et de notre Métropole. C?est cela, l?enjeu que nous avons sur cette question. D?ailleurs, on en a parlé avec le maire du 18e et, bien sûr, notre Conseil, et le Conseil du 18e sera non seulement informé, mais impliqué dans la recherche de solutions. Mais nous avons besoin de cette liaison pour permettre de faire ce parcours entre l?aéroport Charles-de-Gaulle et Paris de façon plus rapide, et si vous comparez au prix d?un taxi, je pense que ce sera quand même nettement plus intéressant aussi pour un certain nombre de voyageurs. Mais je vous laisse bien sûr reprendre la parole, Monsieur BONNET.

M. Nicolas BONNET-OULALDJ. - Nous ne sommes pas convaincus, d?abord de la pertinence de la ligne par rapport à l?amélioration du RER B, qui aussi peut être, selon les trains, des lignes directes comme des lignes qui s?arrêtent pour desservir les populations qui travaillent aussi à l?aéroport, qui travaillent dans tout ce bassin économique entre Paris et l?aéroport. Deuxième chose : M. MISSIKA a évoqué le modèle économique et il nous apporte des nouveautés, puisque le point de départ était un projet de partenariat public-privé. Le consortium a jeté l?éponge en disant que c?était trop cher, et je l?ai dit dans mon intervention : l?Autorité de régulation des activités ferroviaires et routières a dit que ce projet était très cher, que la S.N.C.F. n?avait pas les marges pour financer et qu?il fallait faire appel à des fonds publics. Donc, M. MISSIKA nous dit que cela va être des financements privés. Moi, je demande à ce que l?on donne la transparence sur le modèle économique, qui va amener les fonds privés - qui ? - et les conséquences sur l?exploitation et sur les coûts de gestion, et sur, finalement, le billet, parce que quand je dis que c?est une ligne V.I.P., je suis désolé, mais une ligne qui fait Paris - Charles-de-Gaulle à 24 euros, ce n'est pas accessible à tout le monde. Et je ne crois pas que cela permette une accessibilité ou une attractivité des touristes à Paris, à partir du moment où on dit que pour aller dans Paris, il faut payer 24 euros, alors que le ticket de RER est beaucoup moins cher. Donc moi, je souhaite qu?on ait vraiment un débat au sein de ce Conseil de Paris, où l?ensemble des groupes et des élus puissent s?exprimer avant que, finalement, cette décision soit prise par l?Etat, puisqu?il y a des conséquences importantes, à la fois pour les personnes qui travaillent, qui utilisent ces lignes, et à la fois pour les riverains que vous avez évoqués dans le 18e. Mais j?ai eu la réponse par la Maire sur la volonté d?associer notamment les habitants du 18e arrondissement.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci. Ce Conseil et les Conseils d?arrondissement seront bien sûr saisis et auront à se prononcer.