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Mai 2016
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Vœu déposé par Mme SIMONNET relatif au devenir du bâtiment de la Bourse du commerce.

Débat/ Conseil municipal/ Mai 2016


 

Mme Alexandra CORDEBARD, adjointe, présidente. - Nous passons maintenant à l'examen du v?u n° 8. La parole est à Mme SIMONNET.

Mme Danielle SIMONNET. - Mais oui, pour ce v?u, merci, patron François PINAULT ! Ah, quelle bonne nouvelle que cette future fondation de François PINAULT, ce généreux homme d'affaires milliardaire qui va nous permettre de découvrir sa merveilleuse collection d'?uvres d'art à la Bourse du commerce, cette rotonde du XVIIIe siècle située aux portes des Halles. Il est vrai que le milliardaire a investi une partie de sa fortune dans l'achat d'?uvres d'art uniquement par passion culturelle et artistique, et pas du tout parce qu'il s'agirait d'un placement offrant des avantages d?un point de vue fiscal, ni que le marché de l'art aurait une forte valorisation spéculative dans le temps. D'ailleurs, le milliardaire, mes chers collègues, n'a constitué sa fortune que grâce à son talent et ses propres efforts, et pas en rachetant des entreprises proches du dépôt de bilan, ni en surexploitant la force de travail d'autrui et en brisant des emplois, ni en spéculant sur les marchés financiers et encore moins en fraudant le fisc, via des placements dans les paradis fiscaux. Alors il n'est pas pensable, forcément, que le milliardaire François PINAULT n'ait pas sa propre fondation à Paris, alors que Bernard ARNAULT, lui, son grand rival, a la sienne avec la Fondation Louis-Vuitton. Alors, merci, Madame la Maire. On comprend tout à fait, comme le rapporte le journal "Libération", que le départ des ?uvres d'art de François PINAULT pour Venise, chaque fois qu'elle y pensait, mettait une petite boule dans le ventre de la Maire de Paris, tout comme les suppressions d?emplois devaient mettre une boule dans le ventre des salariés licenciés, tout comme l'évasion fiscale doit mettre une boule dans le ventre de bon nombre de contribuables. Néanmoins, dans ce v?u enthousiaste que vous saurez apprécier, il me semble que jouer les cachottiers pour faire la bonne surprise aux Parisiens n?est peut-être pas la méthode la plus "démocratie participative". Il serait bon de nous préciser quel sera le loyer des 50 prochaines années, quelle sera la valeur du bâtiment de 16.000 mètres carrés troqué à la Chambre de commerce et d'industrie en échange de la libération de ce bâtiment. Je vous propose plus d'audace : demandons à M. François PINAULT d'aller plus loin dans sa générosité et de faire don de l?intégralité de sa collection à la Ville de Paris ou bien à l'Etat, ou bien d?assumer à 100 % le financement de sa fondation. Je vous invite, du coup, à chanter avec moi : "Merci patron, merci patron, merci patron !"

Mme Alexandra CORDEBARD, adjointe, présidente. - Merci, Madame SIMONNET. Saurez-vous rivaliser, Monsieur MISSIKA, pour deux minutes maximum ?

M. Jean-Louis MISSIKA, adjoint. - Elle a eu beaucoup plus que deux minutes. Il n'y a pas de raison que j'en ai moins. Je voudrais juste dire à Danielle SIMONNET que, si un jour elle arrête la politique, elle pourrait faire une merveilleuse carrière dans le standup. Déjà qu'il y a un site parodique qui a emprunté les initiales "JLM2017". La parodie du PC-MLF des années 1970 est particulièrement réussie sur ce site. Donc je voulais dire à Danielle SIMONNET que vous nous aviez habitué à beaucoup plus de sévérité à l'égard du grand capital. D'un seul coup, ce retournement de veste a quelque chose d'assez stupéfiant. Ces louanges adressées à un représentant du grand patronat ne laissent pas de surprendre. En ce qui concerne le fond de votre demande, je vous signale qu'il y aura un projet de délibération complet qui sera présenté au Conseil de Paris de juillet. Là, vous aurez les réponses à toutes vos questions. Donc je vous suggère de retirer votre v?u et de le représenter, éventuellement, en juillet. Sinon, j'émettrai un avis défavorable. Je voudrais vous dire quelque chose qui ne vous surprendra sans doute pas, c?est que bon nombre de collections publiques qui sont présentées aujourd'hui à Paris ont été à l'origine des collections privées. Ce que vous suggérez pourra peut-être avoir lieu un jour, mais quel jour ? Cela, nous n'en savons rien. Je vous remercie. Avis défavorable ou retrait, mais je vous suggère le retrait pour que le débat ait lieu de façon substantielle au mois de juillet.

Mme Alexandra CORDEBARD, adjointe, présidente. - Retirez-vous votre v?u, Madame SIMONNET ?

Mme Danielle SIMONNET. - Bien sûr que non. Pour dire "Merci, patron", je le maintiens et je le représenterai sans doute sous une autre forme au mois de juillet.

Mme Alexandra CORDEBARD, adjointe, présidente. - Merci, Madame SIMONNET. Puisque vous le maintenez, j'ai eu des demandes d'explication de vote, d'abord de M. LEGARET pour le groupe les Républicains.

M. Jean-François LEGARET, maire du 1er arrondissement. - Il paraît que les médecins recommandent de rire, c'est bon pour la santé, donc je ne vois pas d'inconvénient à ce que l'on présente des v?ux sous la forme ironique. Sur le fond, je me bornerai à dire que Mme SIMONNET serait plus crédible si elle proposait éventuellement un autre projet. Vous savez très bien que ce très beau bâtiment de la Bourse de commerce est aujourd'hui très largement inutilisé. Dans ce projet des Halles, dont on a beaucoup parlé, le fait de faire apparaître un grand projet culturel, je crois que les Parisiens doivent tous considérer que c'est quand même une très forte et très grande nouvelle. C'est bien de cela dont il s'agit. Quant au reste, Mme SIMONNET n'aime pas l'argent et les gens qui représentent l'argent, mais je lui fais simplement remarquer, avec ironie, qu'il ne suffit pas d'avoir de l'argent pour avoir du discernement dans le domaine artistique. Il y a même beaucoup de contre-exemples. Il y a des gens qui ont "claqué" des fortunes considérables pour satisfaire un épouvantable mauvais goût. Rendons hommage aux gens qui ont de l'argent, qui en font profiter les autres en ayant consacré leur vie à sélectionner des ?uvres d'intérêt. Je crois que cela mérite que l'on y rende hommage. De ce point de vue, merci d'avoir soulevé ce sujet aujourd'hui et je vous dis, Danielle SIMONNET : "Merci, patronne !"

Mme Alexandra CORDEBARD, adjointe, présidente. - Merci, Monsieur LEGARET. La parole est maintenant à Mme Raphaëlle PRIMET pour une explication de vote.

Mme Raphaëlle PRIMET. - Je remercie Danielle de m'avoir fait beaucoup rire. Nous voterons pour ce v?u parce que le système des fondations qui permettent à bon compte de redorer l'image des entreprises, ou de leurs dirigeants, qui pratiquent largement l?optimisation fiscale, voire l'évasion fiscale, qui grèvent les ressources de l'Etat et donc nous obligent à avoir recours au mécénat plutôt qu'à l'argent public, effectivement, ce n'est plus possible. Si jamais le projet devait aboutir, nous souhaiterions quatre avancées. Premièrement : le respect du nom du lieu. Deuxièmement : qu'il y ait un vrai travail envers les scolaires et les publics éloignés de l'art contemporain. Troisièmement : que les tarifs soient adossés aux tarifs des musées parisiens. Quatrièmement : que la redevance versée par la fondation soit bien plus que symbolique. Je vous remercie.

Mme Alexandra CORDEBARD, adjointe, présidente. - Merci à vous. Une explication de vote du groupe Ecologiste de Paris par Jérôme GLEIZES.

M. Jérôme GLEIZES. - Merci. Au-delà du côté emphatique de ce v?u, le groupe Ecologiste votera ce v?u car nous avons été surpris de l'annonce de ce musée. Comme on le dit souvent, on ne prête qu'aux riches. Pourquoi prendre ce projet au détour d'une conférence de presse ? Pourquoi mettre 21 millions d'euros d'investissement, si cela se confirme, non prévus dans le P.I.M. ?Pourquoi ce lieu et ne pas faire un appel à projets comme on l'a fait pour d'autres lieux ? L'objet n'est pas de remettre en cause la qualité de cette collection, les habitants de Venise et ceux qui vont à Venise peuvent s'en rendre compte, mais la question est vraiment : que fait-on de l?argent public par rapport à cela ? La philanthropie est une valeur du XXIe siècle. Heureusement que des gens riches font cadeau de ce qu?ils ont eus, mais est-ce que c?est ce que nous, ville de gauche, devons mettre en valeur ? Devons-nous nous contenter de l'argent des riches ? Merci.

Mme Alexandra CORDEBARD, adjointe, présidente. - Au bénéfice de l'ensemble de ces explications, je mets aux voix, à main levée, le v?u n °8 avec un avis défavorable de l?Exécutif. Qui est pour ? Qui est contre ? Qui s?abstient ? Le v?u est donc rejeté.