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Juin 2016
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Conseil Municipal
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I - Question d'actualité posée par le groupe les Républicains à Mme la Maire de Paris relative à la crise de la propreté que Paris vient de vivre.

Débat/ Conseil municipal/ Juin 2016


 

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Nous allons passer à la question n° 1, qui est devenue n° 3, mais pas par notre volonté? Et donc, elle est posée par le groupe les Républicains. Je crois que c?est Mme BERTHOUT qui la pose.

Mme Florence BERTHOUT, maire du 5e arrondissement. - Madame la Maire, Monsieur le Représentant du Préfet de police, chers collègues, pendant deux semaines, la moitié des arrondissements parisiens ont croulé sous les immondices, ceux pour lesquels le ramassage des déchets et des ordures ménagères est assuré par les services de la Ville, actuellement en grève, comme chacun le sait. La Capitale, encore plus sale que d?habitude, accueille pourtant des centaines de milliers de touristes et de supporteurs pour l'Euro 2016. Notre ville est pointée du doigt par les médias du monde entier. Je dois dire que les hôtels, les cafés et les restaurants que vous fréquentez, comme moi j'imagine, ceux qui voyaient dans ce bel événement une bouffée d?air frais après une année noire sur le plan économique sont les premières victimes. Pendant 10 jours, fidèles à votre stratégie d'évitement, vous avez rejeté la responsabilité de la grève sur votre propre majorité, la faute à votre ancienne adjointe j?imagine, Myriam EL KHOMRI. Vous avez tenté de mettre en cause le SYCTOM, qui a pourtant, lui, mis à ?uvre des solutions de repli pour évaluer les déchets. Il a fallu attendre vendredi dernier, 10e jour de la grève, pour que vous preniez enfin des mesures, en l'occurrence avoir recours à des prestataires privés. Là encore, vous avez sous-estimé très largement l'ampleur des dégâts en annonçant, je vous cite, que tout serait ramassé avant le lendemain matin. Promesse totalement irréaliste, puisque le lendemain, les déchets continuaient à joncher des centaines de rues, en particulier les rues secondaires. Cette situation est aussi singulière que dramatique, parce qu'elle intervient dans un contexte de "Vigipirate renforcé", qui interdit tous les dépôts à proximité des sites sensibles, en particulier des établissements scolaires et d'accueil de la petite enfance. Singulière et dramatique, parce qu'elle génère des problèmes sanitaires préoccupants, en particulier dans les quartiers très fréquentés, la remontée des rats générée par la crue de la Seine aggravant encore les choses, par exemple chez moi dans le quartier de la Huchette. Singulière et dramatique enfin, parce que la Capitale offre une image dégradée, aux antipodes de la ville-lumière. C'est une bien mauvaise carte postale que nous envoyons pour notre candidature aux Jeux Olympiques de 2024. Vous avez fait preuve de légèreté en n?anticipant pas ce conflit et ses conséquences. Votre inertie a conduit à l'accumulation de 3.000 tonnes de déchets dans les rues de la Capitale. Un dialogue social plus précoce, et un recours moins tardif aux prestataires privés auraient permis d'éviter cette rupture dans la continuité du service public, à laquelle vous dites être attachée. Madame la Maire, cela ne doit plus, ne peut plus se reproduire. Pouvez-vous vous engager à bâtir au plus vite un plan de gestion de crise permettant la mise en place d'un service minimum soumis au Conseil de Paris, adapté au contexte de "Vigipirate renforcé" et aux grands événements parisiens, un plan susceptible d'être déployé en cas de grève ? Si le mot service minimum vous fait peur, il s'agirait en l'espèce d'un service maximum, comment entendez-vous assurer l?égal accès des Parisiens au service public de la propreté ? L?égal accès au service public étant, je le rappelle, un droit garanti par notre Constitution. Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - M. Mao PENINOU pour vous répondre.

M. Mao PENINOU, adjoint. - Madame la Maire, Madame la Maire du 5e, le lundi 30 mai dernier, dans le cadre du mouvement national contre la loi Travail, un certain nombre de syndicalistes de la CGT ont entamé le blocage des usines du SYCTOM, en commençant par celle d'Ivry. Cela a entrainé un certain nombre de retards dans la collecte des ordures, puisque si le SYCTOM nous a bien redirigés vers d'autres centres, le trajet des bennes pour se vider avant de recommencer les collectes a été rallongé. D'ailleurs, et on peut le regretter, mais je suis tout à fait solidaire du président du SYCTOM, Hervé MARSEILLE, on a dû passer à l'enfouissement plutôt qu'à l'incinération, ce qui pose un certain nombre de problèmes du point de vue de l'environnement. Dès le 31 mai, prenant connaissance de ces éléments, la Ville de Paris a mobilisé un certain nombre de prestataires privés. Dès le mardi 31 mai, 11 bennes du privé ont commencé à intervenir en soirée. La grève s'est amplifiée dans les jours qui ont suivi, d'abord par de nouveaux blocages d'autres centres du SYCTOM, puis par un certain nombre de blocages de garages de la Ville de Paris, à la fois par des agents de la Ville de Paris grévistes, et par des permanents ou militants syndicaux de la fédération de Paris de la CGT. Pardon ?

M. Jérôme DUBUS. - Des frondeurs !

M. Mao PENINOU, adjoint. - Je sais bien que le droit de grève est contesté par le M.E.D.E.F, mais il est toujours légal dans notre pays. Cette situation s?est en effet, vous l'avez souligné, Madame BERTHOUT, aggravée dans les jours qui ont suivi, du fait à la fois de l'amplification de ce mouvement de grève et de la crue qui a touché notre Capitale à ce moment-là. La Maire de Paris est alors intervenue auprès des responsables des organisations syndicales, pour leur demander qu'à titre sanitaire, notamment dans les arrondissements les plus proches de la Seine, des évacuations puissent être faites, ce qui a été le cas et a permis de diminuer le résiduel dans les premiers jours du mois de juin. Ensuite, ce mouvement a repris et nous avons connu une augmentation régulière de ce résiduel - les déchets non collectés - jusqu'au jeudi 9 juin où nous avons atteint un maximum de 3.100 tonnes. Je tiens à dire que dès le départ, nous avons fait appel aux bennes du privé pour s?y substituer.

LA MAIRE DE PARIS. - Enfin, vous pouvez bien écouter. Je pense que les Parisiens ont envie d'une information objective et rationnelle. Vous avez posé vos questions avec vos mots à vous et vos considérants, voilà la réponse de l?Exécutif. Vous allez l'écouter parce qu'on est ici dans une assemblée où la courtoisie et le respect de la parole de l'autre doivent demeurer la règle. M. Mao PENINOU, et uniquement M. Mao PENINOU.

M. Mao PENINOU, adjoint. - Merci. Je tiens à dire d'ailleurs qu'à l'inverse, l'hiver dernier, quand des mouvements de grève sont intervenus dans un certain nombre d'entreprises privées qui font la collecte à Paris, puisque 10 arrondissements sont en collecte publique, en régie, et 10 autres arrondissements sont en collecte privée, c'est grâce à des bennes de la régie et du public que nous avons pu intervenir. Vous nous parlez, Madame, de service minimum, c'est de cette manière que nous le concevons, c'est notre équilibre entre la régie et le privé qui nous permet, en cas de mouvement social ou d'autres événements pouvant intervenir, de pouvoir solliciter l'un ou l'autre. Cela dit, cela ne permet jamais de tout résorber d'un coup, tout simplement parce que les entreprises privées n?ont pas les bennes en stock dans leurs garages en cas de grève. Nous ne pouvons donc compter que sur ce qu?il y a de disponible à ce moment-là. C'est ce qui a fait d'ailleurs que nous sommes passés de 3.100 tonnes le jeudi 9 juin, à 133 tonnes de résiduel le lundi suivant. Je comprends néanmoins que cela pose des problèmes, c'est ce qui nous a incités...

M. Jérôme DUBUS. - Il fallait commencer par là.

M. Mao PENINOU, adjoint. - C'est ce qui nous a incités à faire appel à toutes les bonnes volontés. Je tiens à saluer l'action du Syndicat national de la restauration, le Synhorcat, qui a décidé de mettre en place, en partenariat avec la Ville, une collecte particulière pour les bars et les restaurants, qui produisent beaucoup de déchets, et notamment de biodéchets. C'est par la mobilisation de tous...

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Mais enfin, que cela vous ennuie que l'on trouve des solutions, je peux le comprendre. Vous préférez quand il n'y a pas de solution. Les solutions sont en train d'être expliquées. Nous sommes dans le monde réel, et non dans le monde politicien, qui a l?air de vraiment, vraiment vous plaire au-delà des limites de ce qui est raisonnable. On est là en responsabilité pour les Parisiens. Monsieur PENINOU.

M. Mao PENINOU, adjoint. - Je vais conclure là, Madame la Maire. C'est par la mobilisation de tous dans ce genre de situation, public comme privé, que nous pouvons réussir à limiter les dégâts dus à ce genre de grève dont l'objectif est évidemment d'occasionner de la gêne. Cela dit, et je relaie ce que disait la Maire encore ces derniers jours par communiqué, la situation n'est pas terminée, nous avons de nouveau un mouvement de grève important aujourd'hui. Nous appelons les organisations syndicales à la responsabilité.

M. Nicolas BONNET-OULALDJ. - Et le Gouvernement.

M. Mao PENINOU, adjoint. - Vous me permettez de terminer ?

M. Nicolas BONNET-OULALDJ. - C'est facile de taper sur les syndicats en permanence.

M. Mao PENINOU, adjoint. - Nous appelons les organisations syndicales à la responsabilité du point de vue de l'hygiène et des problèmes sanitaires que cela peut causer, comme nous appelons, et la Maire l'a fait dans son communiqué, le Gouvernement à rouvrir les négociations pour apaiser la situation et que nous puissions sortir du conflit. Merci.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, Mao PENINOU. Je tiens à dire que, mais cela n'a échappé à personne, les mouvements sociaux en question ne concernent pas des revendications municipales, mais bien nationales et que c'est dans ce contexte que moi-même, je suis intervenue auprès des uns et des autres pour les amener effectivement à permettre que la situation soit une situation du point de vue sanitaire, du point de vue de l'hygiène, du point de vue de notre ville qui accueille en ce moment même l'Euro, où les choses puissent se dérouler le plus possible conformément, non pas à un système complètement retrouvé de collecte à 100 % publique et privée. La deuxième chose que je voulais dire, c?est que ce système de collecte publique et privée est un système qui date de 1983. Il avait été instauré, à l'époque, par Jacques CHIRAC et le Conseil de Paris. Je pense que c'est une bonne chose parce qu'il est arrivé - Mao PENINOU l'a dit - que la collecte privée supplée des mouvements de grève liés à la régie - c'est vrai, c'est le cas en ce moment - mais il est arrivé aussi, il n'y a pas très longtemps, que la collecte publique supplée des mouvements de grève dans le privé parce que la grève est un droit qui existe, qui est exercé, aussi bien dans le public que dans le privé. Mon message est un message de dialogue. Il faut rechercher le dialogue avec les organisations syndicales qui sont parties prenantes de ce mouvement de grève et, en même temps, trouver des solutions très pragmatiques. Heureusement, d'ailleurs, que les Parisiens et des organisations patronales, comme le Synhorcat, ont apporté leur soutien avec des solutions qui ne sont pas des solutions politiciennes, mais bien des solutions concrètes qui nous permettent d'avancer. Madame BERTHOUT, vous voulez peut-être la parole ? Je vous la donne pour une minute.

Mme Florence BERTHOUT, maire du 5e arrondissement. - Je remercie Mao PENINOU pour son rappel chronologique très exact. En revanche, Mao PENINOU ne répond pas à ma question qui est de définir un plan de gestion de crise qui puisse être mobilisable dans d'autres circonstances. Je dois vous dire, Madame la Maire, que je ne suis pas dans un monde virtuel. Je ne sais pas vous, mais comme moi et d'autres élus ici, on n'est pas dans le monde virtuel. Quand on a trois ou quatre fois plus de déchets avec deux fois moins de bennes, évidemment, on a des ordures partout. C'est du concret. Les Parisiens ne peuvent pas concevoir une rupture d'égalité face à un service public. Moi, je ne dis pas : "Le service en régie est a priori moins bien que le service privé". Ce n'est pas le discours que j'ai tenu dans mon intervention. Je dis juste : "Il y a des grèves". Quand il y a des grèves et que l?on a une situation "Vigipirate" et de grands rendez-vous, d'ailleurs de nature internationale, il faut que l?on ait prévu un plan. Il faut donc revoir sans tabous les moyens mobilisés pour la collecte des déchets. Je voudrais quand même rappeler que les Parisiens s'acquittent tous d'une taxe d'enlèvement des ordures ménagères qui est plus élevée que le coût de la collecte. Je rappelle que, selon le rapport 2014 sur les déchets à Paris, le surplus de recettes est important : 78 millions d?euros, chers collègues. Voilà des marges de man?uvre assez larges pour que les Parisiens en aient enfin pour leur argent. Ce n'est pas politicien, c'est du concret. Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Bien.