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Juin 2016
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2016 DDCT 17 - Subventions (219.500 euros) à 24 associations, conventions et 4 avenants aux conventions au titre de la lutte contre les violences faites aux femmes à Paris, pour des projets visant à l’accompagnement.

Débat/ Conseil municipal/ Juin 2016


 

M. Julien BARGETON, adjoint, président. - En 4e Commission, nous examinons le projet de délibération DDCT 17 : subventions à 24 associations, conventions et quatre avenants aux conventions au titre de la lutte contre les violences faites aux femmes à Paris, pour des projets visant à l?accompagnement. La parole est à Mme Fatoumata KONÉ pour cinq minutes.

Mme Fatoumata KONÉ. - Merci. Monsieur le Maire, chers collègues, les violences faites aux femmes doivent être reconnues comme un phénomène de société et de santé publique, ce type de violences étant une des manifestations de l?inégalité persistante entre les femmes et les hommes. Il est donc indispensable de poursuivre et de renforcer les actions et les moyens dédiés pour la prévention et l?accompagnement des femmes, ainsi que le soutien aux associations engagées dans la lutte contre ces violences. C?est la raison pour laquelle je tiens à saluer ce projet de délibération, qui nous propose aujourd?hui des subventions et conventions à 24 associations qui conduisent des actions en direction de la lutte contre les violences faites aux femmes à Paris. Je profite de ce projet de délibération pour mettre plus particulièrement en lumière le travail de l?association "Libres Terres des Femme", présente dans le 19e arrondissement. En complément de ses activités quotidiennes dans le Nord parisien, elle gère, depuis le 12 janvier 2015, le "Point femmes" au sein de la mairie du 19e. L?association y tient une permanence hebdomadaire d?accueil, d?écoute, d?orientation et d?accompagnement des victimes de violences conjugales et intrafamiliales. Ce lieu est gratuit et respecte l?anonymat des personnes se présentant. Ce projet étant un projet pilote à Paris, un premier bilan a pu être réalisé en octobre 2015. En voici quelques éléments : au bout de dix mois d?ouverture, l?association a tenu 36 permanences sans rendez-vous et reçu 67 femmes. Le principal point d?amélioration constaté concerne le lien avec le service logement de la Ville, la mairie du 19e, mais également avec l?Hôtel de Ville, la Préfecture et les bailleurs sociaux. En effet, le logement reste un outil indispensable pour permettre un accompagnement complet des femmes et les sortir de cet environnement violent. Concernant les avantages du dispositif, ils sont nombreux : tout d?abord, le lieu, pour sa proximité et sa neutralité, car une mairie d?arrondissement est un lieu idéal pour sa proximité et sa localisation, celle-ci étant un lieu où tout le monde a un jour besoin de se rendre. Le déplacement est facile à cacher ou à justifier auprès du compagnon. Le lien avec les acteurs locaux et sociaux étant indispensable dans ce type de dispositif, il a été efficace, car cela a permis l?orientation des femmes vers la permanence. Une bonne identification des femmes à l?accueil de la mairie est également indispensable pour le bon fonctionnement du dispositif. Ainsi, les agents d?accueil de la mairie ont pu être formés pour repérer, communiquer et orienter les femmes. Et enfin, la régularité des permanences, tous les lundis matins, et le suivi des femmes, qui peut s?effectuer au "Point femmes", mais également dans les locaux de l?association, pour celles qui le souhaitent. Nous pouvons déjà dire que le "Point femmes" du 19e est une réussite. Cela est d?ailleurs spécifié dans le contrat de prévention et de sécurité du 19e arrondissement, qui l?a intégré dans le réseau d?aide aux victimes mis en place en relation avec le Schéma départemental de l?aide aux victimes d?infractions pénales, afin d?optimiser les actions des acteurs de l?arrondissement, car il s?agit d?un dispositif innovant, améliorant concrètement les réponses apportées à ces femmes. Nous espérons que ce premier bilan sera à l?origine de l?ouverture de nombreux lieux du même type dans les autres arrondissements de la Mairie de Paris, mais également au-delà. Une modélisation clé en main et transposable dans d?autres arrondissements du "Point femmes" a d?ailleurs été rédigée par Andrea FUCHS, élue du 19e arrondissement, à l?initiative du projet. Et ce modèle est donc à disposition des élus intéressés par le projet. Je souhaite maintenant témoigner de ma propre expérience sur le sujet. En effet, en tant qu?élue locale, j?ai été interpellée par une femme, mère de deux enfants, victime de violences de la part de son ex-conjoint. Après l?avoir informée sur les dispositifs existants, orientée vers la police, puis vers une association, et enfin alerté l?Hôtel de Ville sur sa situation, je me suis retrouvée confrontée à la dure réalité d?élu local, à savoir, la limite de notre champ d?intervention. Médecin, policier, travailleur social : la plupart des femmes victimes de violences vont croiser dans leur parcours un ou plusieurs professionnels, et pour certains, des élus. La façon dont ces derniers, dont nous prévenons et détectons les violences et accompagnons ces femmes est déterminante si nous voulons voir les violences reculer. C?est la raison pour laquelle il me semble nécessaire que les formations ou les guides fournis aux professionnels pour mieux appréhender les violences faites aux femmes soient également proposés à tous les élus parisiens. Les signaux permettant de les détecter, les moyens de les prévenir, mais aussi les associations spécialisées, les hébergements, les logements d?urgence disponibles pour permettre à ces femmes de sortir de leur cauchemar. Merci.

M. Julien BARGETON, adjoint, président. - Merci beaucoup. La parole est à Mme Marinette BACHE.

Mme Marinette BACHE. - Merci, Monsieur le Maire.

Monsieur le Maire, Madame l?adjointe, chers collègues, mon intervention sera courte. Je veux seulement souligner la constance du travail de notre Municipalité, sous l?égide de la Maire de Paris et avec votre excellent et convaincu engagement, chère Hélène BIDARD, sur ce sujet - hélas ! - toujours d?actualité que sont les violences faites aux femmes.

Comme vous le soulignez, la lutte contre ces formes diverses de violences est une dimension essentielle du combat pour l?égalité, car point de discours sur l?égalité qui vaille si on ne se préoccupe pas d?abord de combattre réellement et concrètement toutes les formes de violences, qu?elles soient verbales, psychiques, physiques, sexuelles ou économiques. Ce combat passe par des moyens complémentaires les uns des autres. L'Observatoire mis en place par la Ville en novembre 2014 a permis de déterminer quels sont les axes de cette lutte, la prévention comme la protection, l'assistance et l'accompagnement vers une nouvelle vie, de définir les moyens pour la mener et d'organiser les partenariats nécessaires. Nos premiers partenaires, ce sont les associations. Ce projet de délibération permet de soutenir 24 associations qui interviennent par des actions diverses : permanence téléphonique, accueil, accompagnement global ou professionnel, prise en charge de victimes de mutilations, violences sexuelles, etc. Dans des milieux divers : des associations permettent d'avoir des interventions spécifiques en direction des diverses formes d?immigration. Je rappellerai comme à chaque fois, le formidable travail effectué par le point d?accès au droit du 20e arrondissement spécialisé dans cette thématique, et qui sait accompagner les femmes victimes psychologiquement, matériellement et juridiquement vers une nouvelle vie. Je me félicite qu'on ait pu financer les permanences nécessaires. Je terminerai en profitant de l'occasion pour saluer l'initiative qui consiste à profiter de l'événement qu'est l'Euro pour lancer une campagne de prévention de la prostitution, en partenariat avec les associations "Le mouvement du nid" et "Zéro macho". Comme l'explique si bien Hélène BIDARD, avec le message "Le prix d'une passe n'est pas celui que tu crois", il s?agit de mettre fin à la banalisation des conséquences de la prostitution et de responsabiliser ceux qui achètent du sexe comme ceux qui détournent les yeux ou encore ceux qui s'en amusent. Bravo, merci, et tout notre soutien pour cette action.

M. Julien BARGETON, adjoint, président. - La parole est à Hervé BÉGUÉ.

M. Hervé BÉGUÉ. - Merci, Monsieur le Maire, chers collègues. Nous aurions pu ne pas nous inscrire sur ce projet de délibération qui concerne les subventions à 24 associations au titre de la lutte contre les violences faites aux femmes, parce qu'il revient chaque année, mais nous ne pouvons pas nous y résoudre, car depuis le début de notre Conseil, une femme quelque part en France a été victime des coups de son compagnon. Nous devons prendre cette question par tous les bouts de la chaîne. La justice et la police sont mobilisées, et il y a enfin depuis quelques années une prise en compte de la gravité de cette question. Mais nous le savons, c'est aussi et surtout l'aide aux femmes victimes dont notre collectivité à la charge. C'est le travail des services sociaux de notre collectivité qui est sollicité, mais ce sont toujours et encore les réseaux associatifs qui développent des actions à la fois de prévention aux violences et de soutien aux victimes. Parce que ce projet de délibération apporte son soutien aux initiatives d'écoute de femmes, parce que nous savons que la prise de parole des femmes est le passage obligé pour entamer un travail d'aide et de protection. Nous savons aussi que dans ce projet de délibération il y a des aides à des associations qui prennent en charge la globalité des problématiques liées aux violences faites aux femmes, mais il y a aussi une liste d'associations qui interviennent sur des problématiques plus spécifiques. Cela concerne les mariages forcés, les mutilations sexuelles féminines par exemple. Nous ne ferons jamais assez pour aider les femmes et prévenir ces crimes. C?est donc aux hommes que je m?adresse, si nous ne travaillons pas à tous les niveaux à une politique de réelle égalité entre les femmes et les hommes, et à un changement de comportement dans une société où le machisme est encore une norme, pour une fois, je suis pour l'inversion des normes, j'ai hâte d'une société avec zéro macho. Je vous remercie.

M. Julien BARGETON, adjoint, président. - Merci beaucoup. Pour répondre, la parole est à Hélène BIDARD.

Mme Hélène BIDARD, adjointe. - Monsieur le Maire, chers collègues, je vous remercie d'attirer l'attention du Conseil de Paris sur ce projet de délibération portant sur le financement de projets visant à lutter contre les violences faites aux femmes à Paris. Le rôle de la Ville de Paris est primordial et reconnu de plus en plus par son soutien aux associations et dans son travail de coordination de nouveaux dispositifs par le biais de l'Observatoire parisien des violences faites aux femmes initié avec la Maire de Paris. En en faisant un axe fort de notre politique municipale, nous avons choisi de l'inscrire comme condition de l'égalité entre les Parisiennes et les Parisiens. Expression des multiples formes de la domination masculine, les violences faites aux femmes constituent des atteintes intolérables à leur intégrité et à leur dignité, et une violation des droits fondamentaux. Elles s'inscrivent dans un continuum de violence de genres : violences conjugales, viols et agressions sexuelles, harcèlements sexistes et sexuels au travail, violences spécifiques telles que les mariages forcés et les mutilations sexuelles féminines, vous l'avez dit, cher Hervé BÉGUÉ. Elles sont la conséquence d'une construction sociale déterminant des rôles de sexe inégaux entre les femmes et les hommes, qui peuvent conduire à des comportements violents. L'une des conséquences qui est très peu révélée en est le nombre d'enfants tués lors de meurtres conjugaux. L'année dernière, en France, 35 enfants ont été tués en même temps que leur mère et 116 enfants sont devenus orphelins. Il y a plus que jamais besoin d'une réponse forte, collective et coordonnée contre ces faits. Au titre de ma délégation, la Ville de Paris apporte son soutien financier à des projets visant la prévention des violences, l'accompagnement social, psychologique ou juridique des femmes victimes, la sensibilisation du public ou la formation des professionnels. Ces projets sont portés par 24 associations réparties sur tout le territoire parisien dans différents lieux. Huit associations qui gèrent les plates-formes d'écoute téléphonique telles que le 3919, ou le numéro "Viol femmes informations", de l'accueil en permanences dans leurs locaux ou en point d'accès en droit ou dans les M.J.D, ou les permanences dans les mairies, comme pour le 19e ou le 20e arrondissement, et enfin de l'accompagnement individuel ou en groupe : la Fédération nationale Solidarité femmes, le Collectif féministe contre le viol dans le 13e, le C.I.D.F.F dans le 10e, la Maison des femmes dans le 12e arrondissement, "Libre terre des femmes" dans le 19e arrondissement, le G.A.M.S. dans le 20e, "Elles imaginent" dans le 15e, et l'A.V.F.T., l?Association européenne contre les violences faites aux femmes au travail, qui mène un accueil juridique et un accompagnement des procédures judiciaires pour les femmes victimes de harcèlement sexiste et sexuel exercé sur tous les lieux de travail. Nous finançons 12 associations pour des actions spécifiques d'accueil et d?accompagnement social, psychologique ou juridique, par exemple des femmes handicapées ou encore les femmes migrantes qui sont elles aussi victimes de violences. Deux centres sociaux, qui intègrent dans leurs actions des temps de sensibilisation du grand public, qui s'inscrivent dans les réseaux en vue d'orienter les femmes vers des associations partenaires et les services sociaux : l'Espace 19e dans le 19e arrondissement, et l'association "Léo Lagrange" au centre social Maurice Noguès dans le 14e arrondissement. Enfin, deux associations pour la prise en charge et le suivi des auteurs de violences conjugales, l'association "Ligue française pour la santé mentale" dans le 8e arrondissement et l?association de lutte contre violence, l'A.L.C.V., dans le 12e arrondissement. Vous comprendrez, mes chers collègues, il s'agit d'une réponse multiple que nous apportons contre les violences faites aux femmes. Nous continuerons à être extrêmement engagés dans cette lutte avec la Maire de Paris. Je vous invite donc à voter pour ce projet de délibération.

M. Julien BARGETON, adjoint, président. - Je vous remercie. Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DDCT 17. Qui est pour ? Qui est contre ? Abstentions ? Le projet de délibération est adopté à l'unanimité. (2016, DDCT 17).