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Juin 2016
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Conseil Municipal
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2016 UDI - MODEM 1 - Création d'une mission de préfiguration d'un "Parcours de la Révolution Française à Paris". Vœu déposé par Mme SIMONNET relatif à un lieu de mémoire consacré à Maximilien Robespierre.

Débat/ Conseil municipal/ Juin 2016


 

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Nous poursuivons avec le débat organisé concernant la proposition de délibération présentée par l'UDI-MODEM, UDI-MODEM 1. Il s'agit de la création d'une mission et c'est M. le Président de l'UDI-MODEM qui va en parler et j'en suis très heureuse. Il s'agit de la création d'une mission de préfiguration d'un parcours de la Révolution française à Paris. Comme le Règlement intérieur du Conseil l'a défini, ainsi que la Conférence d'organisation, ce débat va être organisé selon les temps de parole suivants : le premier à qui je donne la parole est Eric AZIÈRE, président de l'UDI-MODEM, porteur de cette proposition de délibération. Vous avez la parole.

M. Eric AZIÈRE. - Merci, Madame la Maire. Mes chers collègues. Dans le cadre de la disposition qui autorise le groupe UDI-MODEM à vous proposer d'adopter une proposition de délibération, nous avons pensé que, dans ces temps tourmentés, il fallait le faire autour d'un projet qui puisse nous unir, nous rassembler sur quelque chose que nous portons en commun. Et c'est donc de Paris que je veux vous parler, de l'amour et de la passion que nous lui portons, à ses places, à ses jardins, à ses palais, à ses faubourgs, avec lesquels, je sais qu'il s'établit en chacun d'entre nous, au fil du temps, une relation étrange avec ces sites, comme un chuchotement intime entre deux esprits, l'esprit des lieux de ce Paris pétri d'histoire et notre présence passagère. C'est donc à une promenade que nous avons imaginé que je vous invite maintenant dans ce qui fut le c?ur, la scène, le décor d'événements bouleversants de portée universelle, un tournant majeur de notre histoire, vécu intensément à Paris. Vous aurez compris que c'est bien à la création d'un parcours de la Révolution française que nous vous proposons de travailler par la mise en place d'une mission de préfiguration. Je tiens ici à remercier Anne HIDALGO, la Maire de Paris, ses 3 adjoints concernés à la Mémoire, au Tourisme et à la Culture, remercier la Commission de la culture et sa présidente Fadila MÉHAL et l'ensemble des groupes politiques, sans oublier les non-inscrits, qui m'ont fait l'honneur de me recevoir. Je veux les remercier au nom du groupe UDI-MODEM pour leur disponibilité, leur écoute et l'accueil très favorable qu'ils ont accordé à cette proposition. L'idée qui guide aujourd'hui notre projet est de réaliser, en le matérialisant, un parcours de la Révolution française à Paris, un trajet pédestre, un itinéraire piéton à dessiner, qui cheminerait par tous les sites qui auraient été retenus comme les plus évocateurs ou déterminants des grandes heures de cette période historique. Il s'agit d'abord de mettre en valeur le formidable patrimoine parisien, les jardins du Palais-Royal et des Tuileries, le Champ-de-Mars où chacun d'entre eux nous racontent ses histoires, les places de la Bastille, de la Concorde ou de la Nation qui ont retenti des cris de joie ou de colère du peuple français et fait rouler la charrette des condamnés vers leur funeste ou glorieux destin, les rues des Faubourg-Saint-Honoré ou Saint-Antoine, de l'Odéon où grouillent encore les silhouettes fantomatiques des ouvriers, des artisans, des commerçants de cette époque et auxquelles se mêle la trace hologrammique de ces acteurs héroïques, députés, constituants, conventionnels, commissaires, officiers, journalistes, marchant d'un pas décidé qui pour rejoindre la Salle du Manège, qui son club politique abrité dans un ancien couvent, qui son domicile parisien, qui une section de Paris ou une imprimerie. C'est encore l'église Sainte-Geneviève, devenue Panthéon, les marches de Saint-Roch ou Saint-Sulpice qui témoignent et qui nous racontent. C'est enfin l'Hôtel de Ville, le pavillon de Flore, le Palais du Luxembourg, le Palais Bourbon et les Invalides, conteurs monumentaux de notre histoire. Enfin, gardiens de ce patrimoine parisien de la Révolution, la Conciergerie et le musée Carnavalet sont évidemment et entre autres des partenaires indispensables de ce travail de réflexion. Ce parcours doit être aussi un outil et un atout pour le tourisme parisien. Paris Ville-monde est fière de faire partager cet héritage de valeurs universelles au peuple du monde entier. La Révolution française a été la première révolution à avoir un retentissement international, ce qui en fait encore sa renommée et son prestige sur tous les continents de la planète. Quel fantastique appel nous enverrons à nos habitants, à nos concitoyens et aux autres touristes et publics intéressés quand nous leur annoncerons que nous avons relié dans un récit et un parcours polyphonique les événements, les personnages et les sites principaux où s'est jouée la Révolution française. La commission de préfiguration, quand elle sera créée, devra faire face à un travail ambitieux et exigeant. Sa composition doit répondre avec rigueur à cette ambition et à cette exigence. Enfin, dans le prolongement de ce travail, faisant appel aux technologies nouvelles, à la muséographie innovante, il faudra tenter au mieux de reconstituer, de restituer l'image et le son de ces moments forts par des moyens qui peuvent nous amener à une future immersion dans une nouvelle dimension. Voilà, c'est en vous remerciant encore une fois pour votre soutien pour ce projet que je m'arrête maintenant pour vous écouter à mon tour avec attention. Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, Monsieur AZIÈRE, de nous avoir plongés dans ce beau projet qui, je l'espère, sera adopté le plus largement possible par notre Assemblée. Je donne la parole à un autre historien de notre Assemblée, Pascal JULIEN, pour le groupe Ecologiste indép? de Paris. J?allais dire indépendants, pardon.

M. Pascal JULIEN. - Tout va bien.

C'est une belle idée ; je veux souligner ici la solidité du projet et la qualité de l'échange que mon groupe a eu avec Eric AZIÈRE. Vraiment, je souhaiterais que ces choses-là arrivent plus souvent.

C'est un projet ambitieux puisqu'à partir des lieux parisiens et dans un temps limité, il faudra faire comprendre tout un pan historique dans sa complexité et de manière accessible à un public dont le niveau de connaissances sur la Révolution française est forcément très hétérogène. C'est là l'ambition, mais c'est aussi là la difficulté. Il y aura des écueils, évidemment, à éviter, et j'en ai parlé avec le président AZIÈRE. D'abord, éviter que chaque lieu visité donne lieu à une présentation anecdotique dépourvue de fil directeur. Ensuite, que le recours à une scénographie ou à une muséographie trop sophistiquées aboutisse à une présentation tellement spectaculaire que l'on n?en retient finalement plus le spectacle au détriment du fil directeur du récit historique. Il ne s'agit pas simplement de parler au c?ur, il s'agit de parler aussi à l'esprit. C'est un travail intellectuel auquel nous sommes conviés, même s'il peut s'appuyer bien sûr sur l'émotion. Autre conseil, que les explications pédagogiques fournies tout au long de ce parcours ne donnent pas lieu à des considérations idéologiques de toute sorte, y compris d'ailleurs le catéchisme républicain. J'en profite pour dire que la méthode adoptée et proposée par le président AZIÈRE, dans le cadre d?un groupe de travail, étudiera évidemment beaucoup de choses, y compris, bien sûr ce que fut l'action historique de Maximilien Robespierre. Je trouverai à peu près élégant et logique, puisque les deux choses arrivent en même temps, que le v?u qui va nous être proposé par Danielle SIMONNET soit retiré puisqu'il va trouver son débouché dans le travail qui va être réalisé, qui est prévu. Au-delà de la proposition de délibération, il y a tout un dossier que j'ai pu consulter. Ce n'est pas décidé mais c'est propositionnel. Le groupe de travail s'en saisira et je pense vraiment que les historiens, davantage que les élus, pourront travailler. Je vais conclure en disant que j'ai vu la composition du groupe de travail. Il manque, je trouve, des pédagogues. Pas les inspecteurs de l'Education nationale, surtout pas, non, des pédagogues, quelques profs de collèges, quelques instituteurs, des gens qui savent expliquer de manière simple des choses compliquées. Voilà une proposition que je ferai au groupe de travail lorsque mon groupe y participera. Je termine en disant que cette expérience se conclura heureusement et ouvrira la voie à d'autres comme la IIe République, 1848, et la Commune de Paris bien sûr, 1870. Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, Pascal JULIEN, pour toutes ces propositions. M. Nicolas BONNET-OULALDJ, pour le groupe Communiste - Front de Gauche. Monsieur le Président, vous avez la parole.

M. Nicolas BONNET-OULALDJ. - Pas encore indépendants !

Mme LA MAIRE DE PARIS. - J'ai failli le dire. A chacun d'entre nous, d'ailleurs, je suggère beaucoup d?indépendance?

M. Nicolas BONNET-OULALDJ. - Madame la Maire, quelle belle proposition du président AZIÈRE du groupe UDI indépendant, si belle que le groupe Communiste aurait pu la proposer, d'autant plus un jour comme aujourd'hui d'actualité avec une forte mobilisation sociale et des manifestations pour le progrès social. Travailler ensemble à un parcours du Paris révolutionnaire est très judicieux. La Révolution française est un acte fondateur de notre vie contemporaine. Elle est le socle de notre République, de ses valeurs, de ses vertus. Nous nous y référons sans cesse et, lorsque la Ville rit, pleure, invente demain, elle le fait à l'abri de la tunique de notre République sur la place du même nom. Deux siècles durant, des historiens, des philosophes, des responsables politiques ont débattu du sujet, de ses origines, de son déroulement et de son héritage. Jaurès, Tocqueville, Soboul, Furet et tant d'autres ont insisté sur tel ou tel aspect, certains voyant dans la Révolution la mère de tous les vices, et d'autres la génitrice de toutes les révolutions et de toutes les émancipations à venir. Le message universel de la Révolution française, la notion des droits de l'homme, la devise nationale, les avancées démocratiques et sociétales qu'elles portaient font que la Révolution française est un repère dans le monde entier pour toutes les femmes et tous les hommes épris de démocratie et de liberté. Karl Marx se référant, comme beaucoup de philosophes, à cet événement qui sera une boussole pour la Commune de Paris ou la révolution d'Octobre en 1917. De Moscou en 1917 à La Havane en 1960, à Alger en 1962, c'est une vie en ébullition où le monde se réinvente. Nous souhaitons, comme cela est proposé dans la proposition de délibération, que la commission de préfiguration s'appuie sur les travaux des historiens, mais bien sûr en utilisant pour la création du parcours toutes les technologies qui permettent de rendre visibles les lieux tels qu'alors. L'idée est bien de contextualiser ce parcours afin que chacune et chacun, tel que vous le proposez, puisse se faire son propre circuit du Paris révolutionnaire : les clubs, les lieux qui ont vu se dresser les bois de justice, les prisons, les adresses des grands révolutionnaires, tout est à relier, tout est à découvrir. Conjuguer la création du parcours en commençant par les places de la Bastille et de la Nation serait un bon début. Il convient que, lors de l?aménagement des places que nous avions discuté ici-même et comme nous l?avions décidé suite à un v?u de mon groupe, un travail soit mené sur l'histoire de ces places et qu?il soit mis en valeur. Comme l'a évoqué ma collègue Danièle PREMEL hier au moment du vote sur le nouveau statut de la Tour Eiffel, nous souhaitons que la nouvelle aire d'accueil du public que nous imaginons soit une étape marquante de ce parcours du Paris révolutionnaire. Eiffel avait voulu que la tour, emblème de l?Exposition universelle de 1889, soit un hommage aux idéaux de progrès technique et humain dont la Révolution a été porteuse. Nous voterons cette proposition de délibération avec un grand enthousiasme et nous faisons totalement confiance à Catherine VIEU-CHARIER qui a le souci de notre histoire et de mieux la faire connaître aux touristes et bien sûr aux Parisiennes et aux Parisiens. Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci à vous, Nicolas BONNET. La parole est à M. Jean-Bernard BROS, Président du groupe Radical de Gauche, Centre et Indépendants.

M. Jean-Bernard BROS. - Merci, Madame la Maire. Monsieur le Président du groupe UDI-MODEM, cher Eric, mes chers collègues, visiter le Paris révolutionnaire, en voici une belle idée. Paris est riche de son histoire, la Révolution fait partie de son identité. Cette histoire, les Parisiens s?y intéressent et nous pouvons nous en féliciter. L?intérêt des touristes pour notre histoire est également réel. Le tourisme urbain est une des activités économiques fortes de Paris. Il nous faut équiper pour permettre aux touristes de comprendre l?âme de notre belle cité et pour se l?approprier. C?est essentiel. Cela est même nécessaire. La Révolution française fait partie de ces périodes qui ont incontestablement façonné notre République. Je pense là à nos départements, mais aussi à toutes les institutions de notre belle République, que nous côtoyons tous les jours, ici à Paris. Plusieurs des mesures proposées dans cette proposition de délibération nous paraissent intéressantes, car elles s?inscrivent dans une volonté globale défendue par notre majorité, celle d?une ville intelligente. Nous devons valoriser notre patrimoine et notre territoire par des mises en scène ludiques. Utilisons les nouvelles technologies, les smartphones et autres tablettes pour permettre à chacun de porter un regard curieux et de vivre l?aventure de Paris révolutionnaire. Innover n?est plus une option, c?est une obligation, mais innover ne signifie pas toujours investir dans le développement des technologies les plus pointues. Innover peut être simplement le fait de valoriser notre offre touristique différemment. Il me semble également important d?aborder la question du financement. La Révolution française est un patrimoine historique qui appartient à tous, quelle que soit notre vision de cette période riche. Pour cette raison, il apparaît essentiel que le financement de ce projet reste dans la sphère publique. Alors, mettons en place cette mission de préfiguration, une mission qui doit être composée de tous les experts historiens, mais aussi du tourisme, et ils sont nécessaires à sa réussite. Pour toutes ces raisons, le groupe RGCI votera avec enthousiasme en faveur de la proposition de délibération du groupe UDI-MODEM de Paris. Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, Monsieur le Président. Mme Catherine DUMAS pour les Républicains.

Mme Catherine DUMAS. - Merci, Madame la Maire. Chers collègues, comme cela a été dit précédemment, dans le cadre de la disposition qui permet à un groupe politique de déposer une proposition de délibération, notre collègue Eric AZIÈRE du groupe UDI-MODEM propose donc la création d?un parcours de la Révolution française à Paris. Alors, c?est vrai, l?histoire de Paris et de la France sont intimement liées. Paris fut le c?ur, le lieu, le décor d?événements historiques dont la portée philosophique, politique, intellectuelle et culturelle a souvent atteint une dimension universelle en général. Ce fut le cas lors de la Révolution en particulier. Sans revenir sur ce que nos collègues ont dit précédemment, il me semble opportun de souligner deux points. Tout d?abord, la Révolution française agit comme un mythe fondateur de notre histoire. Partout en Europe, dans le monde, on identifie la France à un élément de la Révolution, une personnalité, un moment historique. La Révolution française a été la première à avoir un tel retentissement international, ce qui en fait encore son prestige à l?heure actuelle. En créant un véritable parcours historique de cette histoire, qui s?appuie sur la notoriété internationale de la Révolution, qui valorise ce qui peut l?être sur le plan patrimonial à Paris, qui développe les technologies nouvelles au service d?une conception intellectuelle et technique de la reconstitution historique, ce serait en effet pour Paris une nouvelle façon d?augmenter son attractivité. Je pense bien sûr aux touristes que nous souhaitons de nouveau nombreux. Deuxième point que je voudrais souligner, qui me tient particulièrement à c?ur : le fait que le travail soit chapeauté par des historiens. Il est primordial que ce parcours soit conçu pour cimenter notre socle historique et patrimonial commun. Si la période révolutionnaire est assez dépassionnée pour que l?on puisse imaginer tous ensemble l?aborder dans ce sens, il convient en effet de bien s?assurer, grâce à un comité scientifique irréprochable, de la méthodologie qui permettra de définir le périmètre d?investigation de cette mission. Sur ce point, s?agissant du v?u de Mme SIMONNET, il me semble que la création d?une mission de préfiguration suffit et répond à ce v?u, et je pense avoir entendu qu?il pourrait être retiré. En tout cas, nous ne serons pas favorables à ce v?u. En revanche, nous voterons, au groupe les Républicains, avec plaisir la proposition de délibération de nos amis centristes, qui sont motivés par la seule approche historique. Merci beaucoup.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup à vous, Madame Catherine DUMAS. Monsieur Rémi FÉRAUD, pour le groupe Socialiste, Apparentés et Indépendants.

M. Rémi FÉRAUD, maire du 10e arrondissement. - Apparentés et Indépendants, oui. Chers collègues, voici une belle proposition de délibération que cette proposition de parcours révolutionnaire parisien. C?est, de la part du groupe centriste, une initiative à la fois originale et utile à la France, à Paris, à ses habitants, ses visiteurs. La Révolution française est intimement liée à Paris et ancrée profondément dans notre ville, même si ses traces ont pour beaucoup disparu. Elle constitue évidemment un événement fondateur de notre République, mais aussi un symbole très fort de notre pays, qui a éclairé le monde entier et ne s?est jamais éteint. Pour toutes ces raisons, la proposition de parcours révolutionnaire me semble judicieuse et légitime, à l?instar d?ailleurs de ce qui se passe dans d?autres villes, sur d?autres événements historiques. La Révolution a laissé des traces connues, matérielles et symboliques, de la place de la Concorde à celle de la Nation, de la Conciergerie au square du Temple, mais elles ne sont pas vraiment mises en valeur, et encore moins reliées entre elles. Beaucoup de lieux bien plus discrets et méconnus méritent également d?être recensés et rattachés à l?histoire révolutionnaire. Je suis, comme maire d?arrondissement, par exemple, le Maire du 10e, très sensible au fait que la proposition de délibération cite dans le document de présentation le sac de Saint-Lazare, qui eut lieu dans l?actuel 10e, là où se situe aujourd?hui la médiathèque Françoise Sagan. Une rumeur avait couru à l?époque que ce couvent recelait du blé et des armes. Il fut pillé dans la nuit du 12 au 13 juillet, à la veille de la prise de la Bastille, annonçant cet événement majeur. Qui s?en souvient aujourd?hui ? Beaucoup d?autres événements importants de la Révolution méritent ainsi de sortir de l?ombre, ce qui ferait aussi sortir de l?ombre certains lieux de Paris, et ce serait bien sûr un des intérêts de ce parcours. Pour le réussir, il faut deux conditions, qui sont bien décrites dans la proposition de délibération : d?abord, constituer une mission de préfiguration absolument irréprochable, loin de toute polémique historique qui perdure forcément sur un sujet dont la mémoire n?est pas encore complètement partagée. Vous indiquez dans l?article 1 que c?est l?Exécutif parisien qui sera chargé de constituer cette mission, sous la houlette du comité d?histoire et du musée Carnavalet, ce qui me semble un gage d?impartialité nécessaire. Je sais que la Maire de Paris et Catherine VIEU-CHARIER auront à c?ur d?y veiller si nous adoptons cette proposition de délibération. La seconde condition, c?est l?innovation technologique au service de ce parcours, ce qui nécessite à la fois de faire appel aux nouvelles technologies, et nous ne manquons pas de "start-up" de talent à Paris pour relever le défi. Ce qui se passe actuellement sur la place de la Bastille peut d?ailleurs nous indiquer une voie intéressante. Et puis, nous devrons aussi dégager des moyens financiers qui devront être définis pour mettre en ?uvre concrètement ce projet. Vous l?aurez donc compris, et je m?adresse notamment au Président AZIÈRE, les socialistes parisiens voteront cette proposition de délibération particulièrement intéressante avec beaucoup d?enthousiasme. Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci, Monsieur le Président, pour ce soutien. Je donne la parole à Mme SIMONNET.

Mme Danielle SIMONNET. - Chers collègues, je soutiendrai bien évidemment la proposition de délibération de l?UDI-MODEM proposant la création d?un parcours de la Révolution française à Paris. Comme vous le savez, j?ai déposé un v?u rattaché. Plus de 220 ans après sa mort, il n?y a toujours pas de rue Robespierre à Paris, cette figure décisive de la grande Révolution française à qui nous devons notre triptyque : liberté, égalité, fraternité. Sans occulter la réflexion critique sur son action, il est temps de sortir de la caricature de Robespierre en tyran sanguinaire, dont tous les historiens sérieux ont montré qu?elle était fausse, et reconnaître enfin celui qui s?est battu contre le vote censitaire, contre l?esclavage, contre la peine de mort, pour l?égalité, comme cette Assemblée avait assumé de le faire au lendemain de la Libération de Paris, avant qu?un autre vote ne l?annule. Devant les réticences de certains, j?ai fait la proposition à l?ensemble des groupes, et l?ensemble des présidents de groupe était d?accord hier après-midi que mon v?u soit adopté après amendement autour de la formule suivante : "le Conseil de Paris émet le v?u que la mission de préfiguration du parcours de la Révolution française à Paris, proposé par le groupe UDI-MODEM, mène la réflexion dans le cadre d?un travail historique et scientifique qui étudiera l?opportunité d?attribuer à toutes les grandes figures de la Révolution, dont Maximilien Robespierre, leur nom à des lieux de Paris, ou d?apposer des plaques commémoratives". Que s?est-il donc passé dans la soirée pour qu?à 21 heures 30, j?apprenne que l?UDI-MODEM et le groupe LR ne souhaitaient plus s?en remettre à la réflexion des historiens ? Non pas décider ici, dans cette Assemblée, mais s?en remettre à la discussion des historiens, à leurs travaux scientifiques, pour que la mission de préfiguration puisse étudier et décider s?il est opportun d?attribuer ou non un lieu ou une plaque aux grandes figures de la Révolution, dont Maximilien Robespierre. Et pourquoi, dans la foulée de ce refus, l?Exécutif décide-t-il de se rétracter et de demander le retrait de mon v?u ? Hier, vous étiez tous pour et aujourd?hui, vous vous y opposerez. N?y a-t-il donc pas un peu plus de courage, d?audace, un peu moins d'inculture ou de dépendance à l?idéologie contre-révolutionnaire ? Vous pouvez encore changer d'avis. J'en appelle aux historiens pour conclure, historiens et historiennes, battez-vous, battez-vous sans relâche, cette Assemblée n'est pas toujours digne de son héritage.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Bien. Je donne la parole à Mme Catherine VIEU-CHARIER pour répondre au nom de l?Exécutif, puis à l'auteur avec son groupe de cette proposition de délibération, à Eric AZIÈRE pour conclure nos débats.

Mme Catherine VIEU-CHARIER, adjointe. - Madame la Maire, mes chers collègues, à travers cette proposition de créer une mission de préfiguration pour un parcours de la Révolution française à Paris, nous abordons un sujet qui en tant qu'élus, et on vient bien de l'entendre dans les propos qui ont précédé ma prise de parole, nous intéresse tous très fort. Je suis d'autant plus heureuse de voir que cela vient des rangs de l'UDI, c'est d'autant plus rassembleur que cette proposition soit faite par vous. Nous sommes tous dans cet hémicycle, toutes couleurs politiques confondues, effectivement les héritiers de cette période de notre histoire qui a donné naissance à la République et à ses valeurs surtout de liberté, d?égalité, auxquelles la fraternité est ensuite venue se greffer. Cet acte fondateur est un véritable repère dans le monde entier. Partout où la liberté des peuples et l'égalité entre les citoyens se trouvent menacées, la Révolution française et ses valeurs font figure d'exemples à suivre. Nous l'avons constaté notamment avec le travail que nous avons entrepris autour de la Marseillaise, puisque nous en commémorons le 220e anniversaire, notre hymne national, qui est repris aux quatre coins du globe et a été chanté lors des tragiques événements de novembre 2015. Ce projet de parcours de la Révolution a donc beaucoup de sens et nous en partageons tous ici les objectifs. Il y a cet objectif de ressourcement républicain comme vous l'avez souligné, Monsieur AZIÈRE, qui est de revenir à nos fondamentaux, qui nous unissent quand la folie de quelques-uns voudrait nous diviser. L'objectif de la valorisation de notre patrimoine à travers lequel Paris, c?ur de la Révolution, s'est progressivement affirmée comme capitale de la France autour de lieux comme la Bastille bien sûr, mais aussi le Champ-de-Mars, les Tuileries, la Concorde ou encore la Conciergerie. L'objectif enfin de rendre notre Capitale plus attractive, notamment sur le plan touristique, et cette proposition de parcours s'inscrit d'ailleurs dans une réflexion de fond que nous menons avec mon collègue Jean-François MARTINS autour du tourisme de mémoire pour développer une nouvelle offre touristique et faire découvrir Paris sous un nouvel angle. Cependant, mes chers collègues, je voudrais formuler trois remarques. D'abord, il faut rappeler qu'avant d'être un travail de mémoire, la création de ce parcours de la Révolution doit être un travail d'histoire. Nous le savons, cette période de l'histoire est sujette à de nombreux débats entre historiens. Plusieurs sensibilités se confrontent en même temps qu'elles se complètent. Si nous créons cette mission de préfiguration, j'insiste sur ce point, il ne faudra occulter aucune de ces sensibilités. Il nous faudra être irréprochables, vigilants sur le caractère scientifique de ce projet et donc sur la composition des membres de cette mission de préfiguration. A ce titre, nous pensons indispensable que le Comité d'histoire de la Ville de Paris, qui réunit 70 universitaires spécialisés en histoire, soit le véritable pilier de cette mission de préfiguration. Car avant d'envisager tout un arsenal de nouvelles technologies pour rendre le parcours attrayant et c'est aussi un des objectifs de cette mission, un véritable travail de fond doit être mené pour rendre le parcours pertinent. Ce travail va prendre du temps, un temps nécessaire aux historiens pour confronter leurs points de vue, établir ce parcours avec rigueur et intelligence. Ensuite, nous devons tous avoir à l'esprit que la création de ce parcours aura un coût que la mission devra chiffrer, tant pour la recherche historique en amont que pour l?aménagement et la mise en place de ce parcours en aval. Cette question ne vous est pas indifférente à tous ici sur les bancs de cet hémicycle, car vous avez comme moi le souci de l'argent public. Un exemple doit nous guider, celui de "Gens de Paris", un projet d'application pour smartphone actuellement soutenu financièrement par la Ville, en conception depuis de nombreuses années par deux historiennes et qui va retracer, grâce à des récits audio et localisés, la vie des Parisiens à différentes époques et notamment sous la Révolution française. Cet exemple me permet de souligner que le projet de parcours de la Révolution demandera du temps, un soutien financier, mais aussi de montrer que la mission de préfiguration aura tout intérêt à se coordonner avec les différentes initiatives qui existent déjà, notamment avec celle dont je viens de parler, afin de former un projet cohérent. Mes chers collègues, en ayant en tête toutes ces remarques, j'émettrai donc au nom de l?Exécutif un avis favorable à cette proposition de délibération. Quant au v?u de Mme SIMONNET, je voudrais d'abord lui dire que nous partageons son constat et celui exposé par les historiens et universitaires dans leur lettre ouverte à Mme la Maire de Paris, parue dans le Figaro.fr aujourd'hui. Robespierre est une personnalité marquante de la Révolution française, qui n'est pas honorée comme elle se doit à Paris, alors même qu'il fut député de la Capitale. Pour autant, l'élaboration du parcours de la Révolution est un travail d'histoire et il faut laisser peut-être la mission de préfiguration et le Comité d'histoire de la Ville de Paris souverains dans leur travail afin que le parcours arrive naturellement à une conclusion irréprochable. Ne nous précipitons pas, laissons la mission mener elle-même la réflexion sur l'opportunité d'attribuer le nom de Robespierre à un lieu. Lequel ? Nous ne savons pas, qui serait cohérent avec le parcours de la République ou à toute autre forme de reconnaissance et d?hommage. Nous aurons aussi en tête de donner à d'autres personnes, femmes ou hommes de la Révolution française, de nouvelles dénominations ou des hommages à travers des plaques commémoratives. Madame SIMONNET, je vous invite à retirer votre v?u, ce qui ne veut pas dire aujourd'hui que nous ne rendrons pas un jour hommage à Robespierre, qui fut un révolutionnaire et qui de toute façon est une figure absolument incontournable. Il serait complètement ridicule d'essayer de l'éviter dans notre travail d'histoire de la Révolution française. Retirez ce v?u, Madame, et faites confiance à la mission de préfiguration et au Comité d'histoire de la Ville de Paris pour honorer dans le parcours cette figure emblématique de la Révolution française. Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, Madame VIEU-CHARIER. Je vais donner la parole maintenant à Eric AZIÈRE.

M. Eric AZIÈRE. - Je voudrais d'abord remercier tous les orateurs pour leurs contributions riches et précises, qui reflètent bien la rigueur de méthode qu'il nous faudra appliquer, notamment dans la composition de cette mission de préfiguration, qui ne doit pas être un cercle fermé d'experts ou de responsables politiques, mais ouverte à tous : universitaires, historiens, milieu culturel, milieu de la création et des technologies innovantes, tous ceux à même de conduire ce projet et réunir tous les atouts pour qu?au moment de l'achèvement des travaux, on fasse de cette mission un succès annoncé. J?ai bien noté l'impératif d'une grande exigence intellectuelle sur le plan historique, recontextualisant les événements, donnant à chacun à penser et les outils pour le faire, et la volonté que ce parcours prenne également en compte une vertu pédagogique soutenue, un niveau d'accessibilité dans la simplicité. Tout ceci me paraît frappé du bon sens. Maintenant, il est juste de proposer que cette réflexion devienne concrète, y compris dans les plans d'aménagement des grandes places parisiennes et prenne un peu d'avance sur ce plan. J'ai bien noté la réflexion de Nicolas BONNET-OULALDJ. Je répondrai à Danielle SIMONNET que son v?u est une initiative différente de notre approche. Nous, nous partons du patrimoine des sites et des lieux de Paris pour rendre son histoire à nos contemporains et rendre ainsi les valeurs qui fondent notre socle républicain. Ce n'est pas à la mission de préfiguration d'attribuer aux rues de Paris le nom des illustres acteurs ou auteurs de la Révolution, mais peut-être la qualité des travaux de la mission de préfiguration permettra d'y parvenir avec plus de sérénité et moins d'acharnement qui me paraît un peu déplacé. Je voulais finir de vous remercier en ce 25 prairial de l?an 224, au nom de tous ceux qui ont fondé notre République française, une et indivisible, enfermant leurs convictions dans cette alternative suprême : la liberté ou la mort. Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, Monsieur le Président, pour ce qui est une sorte de retour aux sources de nos engagements et de notre capacité à parler, ici, librement, dans des assemblées délibératives comme ce Conseil municipal. Je vais demander si le v?u de Mme SIMONNET est retiré.

Mme Danielle SIMONNET. - Non.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Bien. Je mets d'abord aux voix, à main levée, le v?u n° 68 avec un avis défavorable de l?Exécutif. Qui est pour ? Qui est contre ? Qui s?abstient ? Le v?u est rejeté. Je mets maintenant aux voix, à main levée, la proposition de délibération UDI-MODEM 1. Qui est pour ? Qui est contre ? Qui s?abstient ? La proposition de délibération est adoptée à l'unanimité. (2016, UDI-MODEM 1). Bravo pour cette initiative. Je vous remercie. Nous allons engager ce travail avec beaucoup de passion.