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Septembre 2016
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Conseil Municipal
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2016 DEVE 146 - Attribution de la citoyenneté d’honneur de la Ville de Paris à la Biodiversité.

Débat/ Conseil municipal/ Septembre 2016


 

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Mes chers collègues, nous allons à présent procéder au débat organisé sur l?aménagement des berges de la Seine. Il contient plusieurs projets de délibération : SG 29, SG 30, SG 36 et DEVE 146. La Conférence d?organisation a convenu d?un débat organisé sur ce thème. Ce débat inclura, bien sûr, dans les temps de parole définis, la présentation des amendements et des v?ux. Avant de donner la parole à l?ensemble des orateurs et juste après moi à M. le Préfet de police, je vais introduire ce débat. Mes chers collègues, le projet de reconquête des berges de Seine rive gauche avait été inauguré en 2013. Il est désormais plébiscité par les Parisiens et les visiteurs de notre ville. Nous vous invitons à prolonger cette expérience réussie en piétonnisant à présent les berges de Seine de la rive droite. Cette piétonisation avait été pensée avant 2001 et je veux être tout à fait honnête intellectuellement : ce sont les Ecologistes qui portaient ce projet dans la campagne de 2001. Cela a été proposé ensuite en 2008 par Bertrand DELANOË, poursuivi en 2014, puis aujourd?hui en 2016. 15 ans de reconquête de la Seine, cela a été débattu avec les Parisiens durant trois campagnes électorales et après de nombreux votes au sein de notre Assemblée, cette vision se concrétise enfin aujourd?hui. Le projet que nous vous soumettons aujourd?hui est tout à la fois souhaité par les Parisiens, bénéfique sur les plans urbains et culturels et absolument indispensable sur le plan sanitaire et environnemental. Ce projet a respecté toutes les étapes de délibération de notre Assemblée et de concertation. Après avoir été présenté aux Parisiens et à la Commission d?enquête, ce projet est désormais soumis au vote de notre Assemblée comme le droit le prévoit. Si vous décidez de l?adopter, il fera l?objet au fil des mois d?une évaluation extrêmement précise, en lien avec M. le Préfet de police car, comme vous le savez, les textes prévoient une décision de la Maire de Paris et un avis conforme du Préfet de police. Le projet de piétonisation des berges de Seine rive droite a été construit de manière rigoureuse dans le cadre d?une large concertation de plus de quatre mois dans tous les arrondissements concernés et après plusieurs débats en Conseil de Paris et ce, depuis notre élection en mars 2014. Petit rappel : Juin 2014, premier v?u de l?Exécutif prévoyant que soient lancées les études d?aménagement des berges rive droite dans les 1er et 4e arrondissements visant à accorder la priorité aux piétons et aux circulations douces et à mettre en valeur le paysage des berges, projet adopté à la majorité de notre Assemblée. Décembre 2014 : adoption du programme d?investissement de la mandature prévoyant l?apaisement des circulations au c?ur du projet d?aménagement et de végétalisation des berges de la Seine rive droite, pour lequel nous avons prévu d?investir près de 8 millions d?euros sur l?ensemble de la mandature. Projet adopté, avec une majorité de notre Assemblée. Mai 2015 : nous approuvions par une majorité les objectifs du projet et le lancement de la concertation sur la piétonisation des berges rive droite. Décembre 2015 : nous approuvions, à la majorité de notre Assemblée, le bilan de la concertation et le choix du tracé incluant les tunnels. Aujourd?hui, nous serons amenés à, je l?espère, approuver à la majorité, car nous n?avons pas dans cette Assemblée de 49.3 qui permettrait de passer en force et je m?en réjouis, mais nous avons à approuver aujourd?hui le projet de piétonisation des berges de Seine, après le succès de la piétonisation des berges de Seine rive gauche auprès de ses habitants. Rappelons que plus de 6 millions de visiteurs ont été accueillis en trois ans. Ceux-ci souhaitent que nous reproduisions sur l?autre rive cet aménagement réussi. Un sondage IFOP, publié il y a quelques jours, montre ainsi que 55 % des Parisiens sont favorables au projet, dont plus de 60 % parmi les habitants du Centre de Paris, et dont 60 % de femmes qui, je vous le rappelle, aux deux tiers sont celles qui utilisent les transports en commun. A l?issue de la consultation, les Parisiens ont donc opté pour un projet ambitieux visant à piétonniser un linéaire de 3,3 kilomètres, du tunnel des Tuileries au bassin de l?Arsenal. Ce projet d?aménagement s?inscrit en outre dans le mouvement collectif de toutes les grandes métropoles françaises et mondiales, tendant à reconquérir les berges de fleuve et les c?urs de ville au profit des piétons et des circulations douces. Vous connaissez ces villes, comme Bordeaux ou Lyon en France, mais aussi plus loin Séoul, Rio, New York et bien d?autres sur la planète. S?il est largement souhaité, c?est aussi que chacun a conscience que ce projet est indispensable sur le plan environnemental et sanitaire. J?en rappelle la principale raison d?être : diminuer la place de la voiture et préserver la santé de nos concitoyens dans la droite ligne des engagements de la COP 21 et de l?accord historique de Paris. Dans la métropole de Paris, la pollution de l?air provoque 6.500 décès chaque année et prive les habitants, mais cela importe visiblement peu la santé des habitants de Paris, de plus de deux ans d?espérance de vie. Ces chiffres sont inacceptables au regard de notre capacité collective à les faire baisser. Nous savons comment nous attaquer à la pollution en réduisant bien sûr le trafic routier, car celui-ci génère aujourd?hui deux tiers des émissions de dioxyde d?azote et 56 % des particules fines dans Paris. C?est trop, c?est infiniment trop et, nous qui savons, nous avons la responsabilité d?endiguer ce funeste phénomène. Bien sûr j?entends le point de vue de chacune et de chacun, mais ce projet est indispensable car précisément il améliorera le cadre de vie et la santé de tous les Parisiens. Nous devons agir vite contre cette pollution qui tue. Cinq grands professeurs de médecine, spécialistes reconnus des maladies respiratoires, chefs de différents services de pneumologie, ont publié récemment une tribune sur le JDD.fr pour défendre ce projet de piétonisation. Ils déclarent qu?il s?agit d?une, je cite : "mesure utile à la préservation de la santé de tous". Leur message est clair. Je cite : "Il est urgent d?agir contre la pollution de l?air, ne rien faire, c?est se rendre coupable de non-assistance à personne en danger." En dépit de l?urgence, la Commission qui a conduit l?enquête publique sur la piétonisation des berges, entre le 8 juin et le 8 juillet 2016, a émis le 9 août un rapport se concluant par un avis défavorable. Mais conformément au droit, cet avis est consultatif. Le rôle du commissaire-enquêteur, au sens des textes, est d?organiser le débat et d?assurer l?information des citoyens, de retranscrire les avis recueillis et de fonder les observations de la Commission sur le respect des textes en vigueur. Je souhaite donc apporter les réponses factuelles, les seules opposables dans le cadre du droit qui régit les Commissions d?enquête publique en matière d?urbanisme et d?aménagement. La piétonisation de la rive gauche de la Seine présente un bilan très positif en matière de qualité de vie et d?écologie, avec une diminution en moyenne de 15 % du dioxyde d?azote sur le site, avec le développement rapide de la biodiversité, des reports de circulation maîtrisés et une forte diminution des niveaux de bruit sur les berges au niveau du quai, de jour comme de nuit. Des résultats similaires seront atteints grâce à la piétonisation de la rive droite. Comment penser, en effet, qu?en fermant une infrastructure automobile, on ne réduit pas l?impact en termes de pollution ? Tout comme la création d?une voie de circulation crée du trafic, la suppression d?une voie circulée induit nécessairement une baisse du trafic automobile. Alors, dans ce cas, pourquoi attendre ? Nous devons faire vite et suivre la voie définie ici même à Paris par tous les Etats du monde, il y a moins d?un an, lors de la COP 21. Nous avons signé à cette occasion un document, extrêmement important pour l?avenir de notre planète, qui s?appelle l?Accord de Paris. Certains l?ont peut-être déjà oublié, nous ici, non. Nous n?avons plus aucune excuse pour choisir l?immobilisme. La Commission d?enquête estime que le périmètre d?enquête est insuffisant, étant limité aux quatre arrondissements d?implantation du projet : 1er, 4e, 7e et 12e. Cet argument ne tient pas au regard du droit et ce pour deux raisons : d?abord, parce que le périmètre de l?enquête publique a été défini par la Commission d?enquête elle-même, avant qu?elle ne lance ses travaux. Et donc, la Ville n?en est pas comptable. Ensuite, parce que la Cour administrative d?appel de Paris précise justement, dans son arrêt du 10 juin 2014 concernant les berges rive gauche - parce que je vous rappelle qu?il y a eu des recours sur la fermeture des voies sur berges rive gauche, aujourd?hui chacun prend plaisir à s?y promener et oublie qu?il y a eu des oppositions farouches - mais que disait la Cour administrative d?appel en juin 2014 ? L?enquête publique ne doit s?étendre qu?au territoire sur lequel se situe le projet de l?opération. La Commission d?enquête estime par ailleurs ne pas disposer d?éléments suffisants concernant les conséquences sur la circulation dans les villes limitrophes de la Capitale. Nous avons pourtant fourni des études d?impact absolument incontestables réalisées par les bureaux d?études indépendants reconnus : Systra et Arcadis. Ces études démontrent que la piétonisation des berges rive droite ne créera aucune augmentation sensible de trafic, ni de pollution dans les villes de la métropole du Grand Paris. Ces études que nous avons souhaitées - nous les avons décidées, sans qu?elles ne nous soient imposées - ont été réalisées sur un périmètre allant jusqu?à l?A86 et elles confirment que l?impact des reports de circulation est concentré et absorbable sur l?hyper centre de Paris et que les reports en banlieue sont quasi inexistants. La piétonisation des berges de Seine rive gauche avait soulevé des inquiétudes, des oppositions, des blocages. Rappelez-vous, disons-nous les choses : votée en 2008 par l?équipe municipale conduite par Bertrand DELANOË, devant être mise en ?uvre en 2010, la mise en ?uvre de la piétonisation des berges de la rive gauche s?est trouvée confrontée à un blocage à l?époque du Gouvernement de M. FILLON - je passe sur qui était Ministre de l?Environnement à l?époque - qui a bloqué ce projet en donnant l?ordre à l?administration du Port, mais aussi à l?ancien Préfet de police - qui pourtant ici même, Michel GAUDIN, avait dit son soutien à ce projet - avait donné l?ordre à l?administration de ne pas travailler avec la Ville de Paris pour la piétonisation des berges de la rive gauche. Il a fallu attendre 2012, le Gouvernement de Jean-Marc AYRAULT, pour que soit levée cette interdiction faite aux administrations de l'Etat de travailler avec l'Exécutif parisien pour la mise en ?uvre d'une mesure pourtant votée par l'Assemblée légitime pour décider de Paris, à savoir cette assemblée parisienne. La piétonisation, après quelques semaines de fermeture des voies sur berges sur la rive droite, nous pouvons d'ailleurs déjà dresser un premier bilan. Les faits sont là. Les relevés de la circulation réalisés au mois de septembre par la Direction de la Voirie et des Déplacements montrent que, contrairement à ce qui avait été affirmé par certains, on circule dans Paris en ce mois de septembre. L'allongement de la durée des parcours est plus faible que ce que les études prédisaient. Il est de huit minutes maximum sur le parcours Tuileries-Henri IV, mais il est beaucoup plus faible sur des parcours plus longs. En effet, sur le quai de Bercy, on circule mieux. Les automobilistes se rendant, par exemple, dans le Val-de-Marne, rattrapent sur le quai de Bercy le temps perdu en amont sur les quais hauts. La Commission d'enquête estime, enfin, que si le projet génère des embouteillages, cela pourrait entraîner un effet négatif sur l'économie locale. Cette affirmation est infondée et non étayée. Au contraire, de très nombreuses études et expériences dans le monde démontrent qu'à l'inverse, la qualité du cadre de vie, dont participe fortement la qualité de l'air et des espaces publics, constitue un facteur essentiel dans le choix d'implantation des grandes entreprises. D'ailleurs, ces grandes entreprises - cela vous sera rappelé tout à l'heure - sont nombreuses à se réimplanter dans Paris. Dans les critères de choix d'implantation d'un siège social à Paris, ou ailleurs, le critère de qualité de vie, le critère notamment de pollution d'espace public aménagé, apparaît comme un critère majeur parce que les grandes entreprises ont aussi le souci des collaborateurs et de leur santé lorsqu'elles décident de s'implanter dans un pays étranger au leur. Comme sur la rive gauche, la reconquête des berges rive droite permettra de développer de nouveaux usages et de générer de nouvelles activités en lien avec la Seine, notamment dans les secteurs du tourisme et du transport fluvial. De nombreux exemples en France ou à l?étranger le prouvent. Nous ne sommes pas la première ville à transformer une voie rapide en voie urbaine ou piétonne et, je vous le dis ici, nous ne serons sans doute pas la dernière. Les Parisiens continueront à être associés au projet pendant toute sa mise en ?uvre. Nous voulons pouvoir leur fournir la preuve concrète que celui-ci possède des impacts positifs. Nous allons donc mettre en place un processus d'évaluation du projet avec M. le Préfet de police qui l'évoquera dans un instant, qui devra par ailleurs se prononcer sur l'arrêté que j'aurai à prendre à l'issue de nos délibérations. Les indicateurs permettant de mesurer l'impact du projet sur la circulation, sur le niveau de pollution et sur le bruit ont été définis et seront suivis pendant plusieurs mois. Les indicateurs sur la circulation mesurent les flux circulés sur l'ensemble des tronçons des berges - quais hauts, rive droite - mais aussi sur les principaux axes de report de circulation, comme le boulevard Saint-Germain. Des indicateurs plus macroscopiques sur l'évolution des volumes de circulation et sur la vitesse moyenne dans Paris et sur le périphérique seront également suivis. Pour ce qui est de la qualité de l'air, nous travaillons avec Airparif qui mettra en place de nouveaux capteurs permettant de mesurer le niveau de la qualité de l'air dans différents sites potentiellement concernés par le projet et dans un périmètre très large pour vérifier d'éventuels impacts dans Paris et au-delà de Paris. De la même façon, Bruitparif est associé pour mettre en place un processus de relevé des niveaux de bruit dans le périmètre concerné par le projet. Nous présenterons, bien sûr, un premier bilan de l'ensemble de ces impacts d'ici six mois, puis dans un an. Le comité de suivi est mis en place avec le Préfet de police qui nous accompagnera dans toute la démarche, mais également en associant la Métropole du Grand Paris. Mes chers collègues, je l?ai déjà dit, on ne saurait limiter ce projet à un projet d'aménagement urbain. Les enjeux sont bien plus profonds. Il s'agit de santé, de solidarité. Les réserves émises par la Commission d'enquête excèdent le cadre juridique des commissions d'enquête pour se concentrer sur des éléments d'opportunité qui appartiennent à notre Assemblée. Nous ne renoncerons nullement à une étape aussi décisive dans la lutte contre la pollution dans notre ville. Je le redis, vouloir freiner ce projet, c'est faire preuve d'un déni coupable de l?urgence climatique, déni qui, comme sur la question du diesel, conduira celles et ceux qui n'ont pas agi en connaissance de cause à répondre de leur responsabilité morale et pénale. Mais je ne serai pas la Maire qui aura laissé prospérer le péril environnemental au détriment de la santé des Parisiens qui, pour moi, n'est pas une option. C'est même le sens de mon action. C'est pourquoi je vous présente aujourd'hui à vous tous, membres de l'Assemblée élue par les Parisiens, ce projet de délibération d'une importance cruciale pour chacun d'eux, car c'est pour eux, pour que les enfants de notre ville puissent respirer, n?en déplaise à celles et ceux qui considèrent qu'au contraire, il faudrait de nouvelles autoroutes, plus de voitures. Je pense, bien sûr, à la Région Ile-de-France en disant cela, la Région Ile-de-France qui n'investit pas sa compétence en matière de transport et qui se disperse en contestant la compétence des autres collectivités, qu'il s'agisse de la Métropole ou de la Ville de Paris. Je vais vous donner un exemple des réponses que nous attendons de la Région Ile-de-France dans le domaine qui est celui de ses compétences propres, à savoir en matière de transport. Par exemple, nous attendons toujours, en application du contrat de plan Etat-Région et du contrat particulier signé avec Paris, des nouvelles sur les engagements de la Région sur le financement de plusieurs projets pourtant inscrits dans ce C.P.E.R. Par exemple, le bouclage du T3 à l'Ouest et à Nation. Rappelons que le T3 est emprunté par beaucoup d'habitants franciliens, car un usager sur deux est métropolitain. Autre dossier sur lequel nous attendons des réponses : la ligne à haut niveau de service sur les quais hauts qui participera pourtant aux alternatives à la voie Georges-Pompidou et qui permettra de proposer un transport en commun. La prolongation de la ligne 10 du métro jusque dans le Val-de-Marne, à Ivry. Le transport fluvial de personnes qui est au point mort depuis l'arrêt de Voguéo. Nous attendons, avec la Métropole du Grand Paris, des réponses que la Région ne nous apporte pas pour pouvoir déployer des transports de voyageurs sur la Seine, dont nous savons toutes et tous - et sur tous les bancs de cette Assemblée, je crois que l?on est d?accord - qu'il s'agit d'une alternative intelligente à la voiture. Nous attendons toujours sur les aménagements de vélos. Jusqu'à présent, la Région nous accompagnait financièrement par des subventions pour la construction de pistes cyclables. Nous attendons un engagement de même nature du nouvel Exécutif régional pour nous engager et nous accompagner dans la mise en ?uvre de notre Plan Vélo. Nous attendons toujours le renforcement de l'offre de bus, avec la restructuration du réseau de bus qui vient d'être annoncée, mais sur laquelle aucune concertation n'a encore eu lieu avec la Ville de Paris pour permettre une amélioration de l'offre. Nous attendons toujours des réponses sur l'ouverture du métro la nuit. Et je pourrai faire une liste bien plus longue que cela. Au lieu de cela, on nous annonce la création d'autoroutes. Je demande solennellement, en notre nom à tous et au nom des Parisiens, d'une part, à la Région, de respecter l'Exécutif et la majorité parisienne en travaillant sur ces projets-là, comme nous respectons la majorité régionale et son Exécutif, mais je demande aussi à la Région de se concentrer sur ses compétences et de cesser d'aller discuter les compétences que la loi ne lui accorde pas, qu'il s'agisse de Paris ou de la Métropole du Grand Paris. Je demande aussi solennellement que la Région explique quelles sont les nouvelles autoroutes qu'elle envisage de faire, dans quelles villes, dans quels arrondissements seraient-elles susceptibles de passer, pour quel programme, dans quelle durée, avec quelle procédure ? Je demande que, puisque l?annonce a été faite en grande pompe, nous puissions être tenus au courant, que les Parisiens sachent si la Région Ile-de-France a prévu de nous faire traverser de nouvelles autoroutes et, sur le Plan engagé par la Région Ile-de-France, où déboucheraient-elles. Je pense que chaque citoyen de cette métropole et de cette région, y compris les Parisiens, a le droit de savoir. Bref, avec le succès de la piétonisation de la rive gauche qui, aujourd'hui, fait consensus, nous transformons cette autoroute urbaine en espace de liberté et de respiration offert à tous. Nous apportons donc les solutions du XXIe siècle aux Parisiens qui nous ont élus et pour lesquels nous travaillons. Je vous remercie. Merci, mes chers collègues. Je donne la parole à M. le Préfet de police. Monsieur Michel CADOT, vous avez la parole.

M. LE PRÉFET DE POLICE. - Merci, Madame la Maire.

Messieurs, Mesdames les Conseilleurs, le projet de délibération qui est soumis aujourd'hui au vote du Conseil de Paris est une décision dont chacun mesure l'importance. Il s'agit en effet d'un choix politique porté par la Ville de Paris et son Exécutif depuis de nombreuses années, vous l'avez rappelé, Madame la Maire. C'est un projet également au c?ur de votre projet de mandature et qui vise à offrir aux Parisiens et aux Franciliens, une réappropriation des rives de Seine autour desquelles notre Capitale s'est construite depuis des siècles. Ce choix prépare aussi une ville et une métropole durables en renforçant la qualité de l'environnement et en luttant contre la pollution. Mais cette décision est aussi une décision de conséquence pour les 43.000 automobilistes qui empruntent chaque jour cet axe majeur et qui expriment actuellement des inquiétudes sur les conditions de mise en ?uvre de la fermeture de la voie sur berge rive droite à l'automobile entre le tunnel des Tuileries et le tunnel Henri IV. Enfin, ce choix affecte sur plusieurs points les modalités de déplacements urbains dans Paris, au sein de l'agglomération et de la métropole et au sein de la Région parisienne. A ce titre, les collectivités, les organismes publics concernés n'ont pas manqué de prendre part, ces dernières semaines, au débat qui va s'ouvrir dans quelques instants dans votre Assemblée. Si l'ensemble de ces éléments peuvent expliquer la passion soulevée par ce projet de délibération, il me semble qu'il faut apprécier l'ensemble de ces prises de position à leur juste mesure. Ce sont, à mon avis, davantage les modalités de mise en ?uvre de la fermeture à la circulation de la voie sur berge rive droite qui font débat que l'orientation elle-même de redonner progressivement droit de cité à la partie centrale de la rive droite des berges de Seine, comme cela avait été fait il y a 14 ans maintenant sur la rive gauche. Vous l'avez rappelé tout à l'heure, Madame la Maire. Souvenons-nous en tous. Ce projet avait, à l'époque, suscité des débats tout aussi passionnés, des oppositions même, comme vous l'avez rappelé. Avec le recul des années, nous devons constater que les impacts en termes de circulation sont moindres que ceux qui avaient été annoncés dans la phase d'instruction de ce premier projet et que l'obligation de réversibilité, qui avait déjà été instaurée à l'époque, a été préservée encore aujourd'hui par la mise en place d'aménagements adaptés sur les quais de la rive gauche. Ce qui doit concentrer nos efforts collectifs, en ce jour, relève donc d'abord des modalités de mise en ?uvre de cette interruption de circulation automobile sur la rive droite et des précautions qui doivent accompagner la mise en ?uvre de ce changement. Ces modalités figurent pour l'essentiel dans le projet de délibération qui est soumis aux élus parisiens et sur lequel le Préfet de police doit donner de par les textes son avis. Il me reviendra, en effet, lorsque j'en serai saisi par la Maire et après le vote que vous prononcerez tout à l'heure, de me prononcer formellement sur ce projet, au regard strict des compétences qui sont les miennes, dans mes doubles fonctions de Préfet de la zone de défense de Paris, d'une part, et de Préfet de police, d'autre part. En ma qualité de Préfet de zone, d'abord, en application de l'article L. 1214-6 du Code des transports, pour ce qui relève de la fluidité de la circulation sur les réseaux départementaux à caractère structurant de la Région Ile-de-France, réseau qui inclut en particulier la voie sur berge rive droite dans le Plan de déplacement urbain approuvé en 2014. Dans mes responsabilités de Préfet de police ensuite, par l'application des articles L. 2512-13 et L. 2512-14 du Code général des collectivités territoriales. Ce dernier article dispose en effet que le Maire de Paris détermine, après avis conforme du Préfet de police, les règles de circulation et de stationnement sur les axes parisiens permettant d'assurer la continuité des itinéraires principaux dans l'agglomération parisienne et la Région Ile-de-France, en précisant que la liste de ces axes est fixée par décret. Le décret correspondant, qui est un décret du 18 décembre 2014, intègre, à ce jour, la voie sur berge qui fait l'objet du projet d'aménagement évoqué. La décision qui sera donc prise par l'arrêté de la Maire de Paris devra tenir compte des préconisations de l'avis formulé par le Préfet de police pour garantir la continuité des itinéraires principaux dans l'agglomération et la Région. De fait, mon avis ne sera évidemment établi que sur des éléments objectivés qui devront répondre à une double obligation : en premier lieu, prendre en compte et analyser l'impact du projet sur la circulation dans Paris intra-muros bien sûr, mais également à l'échelle de l'agglomération et de la Région parisienne; en second lieu, j'examinerai également ce projet au regard de ses conséquences sur les conditions de circulation des services d'urgence, des forces de sécurité et des services de secours dans ce secteur central et stratégique de Paris. Vous le comprenez, en ma qualité d'autorité chargée de l'ordre public sous l'autorité du Ministre de l'Intérieur, de l'ordre public et de la sécurité des personnes et des biens dans Paris, il est de ma responsabilité de garantir le respect des conditions d'accès des services de sécurité et de secours dans Paris et son agglomération. L'actualité et les événements tragiques de ces dernières années ne permettent, évidemment sur ce point, aucune faille et exigent de ma part une très grande vigilance sur ce point. Enfin, si le contexte a quelque peu changé depuis 2002, ma position finalement n'est pas véritablement originale par rapport aux discussions de l'époque et les points d'attention sont identiques à ceux que mes prédécesseurs avaient examinés à l'occasion du projet de fermeture des quais de la rive gauche. J'ajoute que les études qui ont déjà été effectuées en matière de circulation et de conditions de circulation et d'impact de la mesure sur la fluidité me conduisent à veiller à assortir mon avis conforme au respect de six prescriptions. Ces six prescriptions, que je vais rapidement vous présenter ont fait l'objet de nombreux échanges avec vous, Madame la Maire, dans un esprit de dialogue et de responsabilité. Je vous en remercie. Elles sont conformes également aux informations que j'ai pu donner à un certain nombre d'élus qui m'ont demandé rendez-vous, que j'ai reçus, et également dont j'ai fait part dans la presse quand j'ai été interrogé. La première prescription concerne l'objectivation de l'impact sur les conditions de circulation dans Paris et à l'échelle régionale. En raison des enjeux que représentent le trafic routier en Ile-de-France, la loi a confié au Préfet de police cette responsabilité pour les axes départementaux structurants de la Région. Ces pouvoirs me conduisent à être obligé de veiller à assurer la continuité, la fluidité et la sécurité de la circulation sur ces itinéraires principaux de la Région Ile-de-France. Dans ce cadre, je voudrais d'abord rappeler que les études initiales et les analyses complémentaires qui ont été réalisées au mois de septembre dernier par le cabinet "Systra" ont fait l'objet d'une validation technique de la part des services de l'État, des services de la Direction régionale et interdépartementale de l'équipement et de l'aménagement, la DRIEA, qui a confirmé la pertinence des principes et critères qui ont été établis pour cette étude. Je rappelle d'ailleurs que le modèle d'étude et la fiabilité des principes qui lui sont appliqués sont les mêmes que les études qui avaient été mises en ?uvre pour la piétonisation de la rive gauche et qui ont fait l'objet de recours allant jusqu'à la cour administrative d'appel, qui avait validé à l'époque les principes et les modalités de ces études dont le schéma a été repris pour la rive droite. L'examen des principes de comptage retenu et du cahier des charges n'a suscité par ailleurs aucune critique de la part de la DRIEA. Celle-ci évoquait le fait que le projet ne devrait avoir que des impacts marginaux en dehors de Paris et que les seules incidences concerneraient certains itinéraires de report intra- parisiens, à certaines heures de la journée. A partir de cet avis, il me sera nécessaire de vérifier sur une période que nous avons établie à six mois, la traduction réelle de ces reports et de ces retenues potentielles de circulation de façon à s'assurer que ce qui a été prévu dans ces études, qui s'est confirmée sur la rive gauche, correspond au comportement actuel des automobilistes sur la rive droite. Il a été donc demandé, pour cette première préconisation, aux services de l'État, à la DRIEA, de m'adresser mensuellement l'état des conditions de circulation sur les grands axes d?Ile-de-France, avec une analyse qui tiendra compte des éventuels impacts exogènes au projet de voies sur berges, ce qui pourrait correspondre à des travaux d'entretien sur les routes, ou autoroutes, ou à des incidents spécifiques qui évidemment doivent être neutralisés. Ce travail sera effectué sur un dispositif de comptage pérenne comparatif sur les années précédentes, doté de dizaines de capteurs sur l'ensemble du réseau, et je rappelle que ces capteurs et leur implantation n'ont jamais été contestés et que les analyses ainsi effectuées permettront de comparer les conditions de circulation vis-à-vis des mois et années précédentes. Dans Paris, la Maire l'a évoqué tout à l'heure, la Municipalité de Paris a effectué, sur les axes de report qui ont été identifiés, des relevés quotidiens du trafic. Ces relevés permettant d'apprécier le nombre de véhicules, la vitesse moyenne de circulation, et les temps de parcours. La Ville va le faire avec les capteurs dont elle dispose, sur un très grand nombre de points que je ne vais pas reprendre mais que je tiens à votre disposition, au moins une dizaine dans Paris. Il y a également des tronçons complets sur la voie rive droite entre Tuileries et boulevard Bourdon et il est fait report sur la totalité du boulevard Saint Germain et sur la partie entre Mazas et la porte de Bercy. Enfin, il y a une mesure des temps de parcours cumulés sur un itinéraire plus important portant sur la quasi-totalité de la traversée d'Ouest en Est dans Paris Je demanderai sur ces différents points, à mes services en charge de la circulation, de procéder parallèlement à un certain nombre d?observations, de relevés et d'analyses venant compléter les relevés par capteurs qui sont effectués par la Direction de la voirie et que Mme la Maire a annoncés tout à l'heure. Voilà pour la première prescription. Il s'agit donc d'afficher et de partager la réalité des résultats concernant l'intégration de cette fermeture dans les tronçons sur Paris.

La deuxième prescription, concerne l'impact du projet sur les conditions de déplacement des véhicules de police et de secours dans Paris. C'est un enjeu majeur. Je l'ai évoqué tout à l'heure, je voudrais rappeler dans quel contexte s'inscrit cette mesure, puisque nous avons mesuré l'évolution des temps moyens de déplacements et la durée moyenne des interventions aussi bien pour les sapeurs-pompiers de la BSPP que pour la police depuis 2011 et sur la période 2011-2015. Il apparaît que le temps moyen de déplacement, le temps nécessaire pour un véhicule d'urgence pour se rendre de la caserne à son lieu d'intervention, a augmenté entre 2011 et 2015 de 30 secondes pour les véhicules de secours à victimes et de 12 secondes pour les engins d'incendie. Ces temps ont augmenté davantage encore en banlieue dans les départements de la petite couronne. Pour ce qui est de la durée moyenne des interventions qui est un autre indicateur utile, qui mesure le temps d'acheminement et de retour sur le casernement, et donc sur l'indisponibilité des moyens de secours, là aussi, les durées moyennes ont évolué de manière contrastée. Pour Paris, elles ont augmenté de 8 minutes entre 2011 et 2015 pour les véhicules de secours aux victimes et de 6,50 minutes pour les engins d'incendie. Alors que pour les départements de la petite couronne, l'augmentation est de 6 minutes et 12 minutes respectivement pour les VSAV et pour les engins d'incendie. Je suis désolé d'être aussi long, mais comme vous le voyez, les évolutions constatées en termes d'allongement aussi bien des temps d'intervention que de la durée moyenne des interventions concernent aussi bien l'agglomération que Paris. C?est un phénomène général qui tient évidemment à un certain nombre de facteurs, mais notamment aux conditions de circulation, aux difficultés d'accès sur certains points et peut-être aussi dans une certaine mesure, un certain nombre de précautions qui sont prises en ce qui concerne les interventions elles-mêmes mesurées dans le temps global d'intervention. La conséquence que je retire de ces constats, c'est l'obligation qui a été évoquée avec la Maire en amont de la décision, et qui a été acceptée, de réserver un accès permanent, définitif, de jour comme de nuit, tous les jours de l'année, à la voie sur berges de la rive droite pour les services de police et de secours. Cette aménagement permettra de préserver une voie susceptible d'être empruntée en toute circonstance par ces services de secours ou de police pour contourner les éventuelles retenues de circulation, en cas de nécessité et d'urgence, qu'il s'agisse de situations exceptionnelles ou de situations particulières. Des tests seront conduits hebdomadairement afin de comparer pendant cette période de six mois, sur le terrain, la réalité des déplacements d'Est en Ouest des services de secours et de police sur le quai haut et en utilisant la voie sur berges, nous avons commencé à le faire et cela permettra d'avoir des éléments d'appréciation sur le maintien évidemment de notre efficacité en termes de rapidité d'arrivée des services de secours et de police quels que soient finalement les itinéraires ou voies sur berges qu'ils seraient amenés à utiliser dans l'avenir. Je pense que nous aurons dans ce cadre-là des éléments solides sur la sécurité parisienne et dans l'agglomération parisienne.

La troisième prescription est celle de la phase d'observation et du principe de réversibilité, dans le souci de transparence évoqué au début de cette séance. Les chiffres donnent souvent lieu à interprétations, à commentaires, certains trouvent que le délai d?observation sur lequel on les établit n?est pas le bon. Après avoir évoqué ce sujet - et dans un premier temps, nous avions évoqué un délai de trois mois, Madame la Maire -, il nous a semblé qu?il était sans doute préférable d?avoir une analyse objective sur une période plus longue et nous avons donc arrêté un délai d?observation de six mois pendant lequel nous pourront mesurer ces chiffres et les évolutions de temps de circulation. Outre les analyses du trafic - volume, délai de parcours -, ce délai permettra de constater sur une période suffisamment longue la réalité du principe d?évaporation du trafic, hypothèse sur laquelle reposent les premières simulations qui ont été présentées dans les études jointes au dossier d?enquête publique. Cette évaporation - cette réduction - du trafic, de son volume a été constatée sur d?autres projets de même nature ; elle a été constatée sur la rive gauche. Cette réduction de flux automobile est sans doute un élément qu?il faut apprécier sur cette période de six mois, permettant ainsi d?absorber, pour partie, les pics de circulation aux heures de pointe. Comme tout autre projet de cette nature, le principe de réversibilité s?impose également. Sur ce point, je tiens à dire ici que la Maire de Paris a confirmé par écrit son engagement à cet effet.

La quatrième prescription concerne la constitution d?un Comité technique de suivi qui, comme je l?ai indiqué depuis le début de ce projet, permettra d?assumer pour le Préfet de police dans son avis conforme sa responsabilité dans la plus grande transparence. A cet effet, avec les données que je viens d?évoquer en matière de circulation ou en matière de secours, je souhaite pouvoir partager ces données et les analyser avec les acteurs qui seront directement impliqués dans ce dossier, autour bien entendu prioritairement de la Maire, mais également par une information sur un rythme bimestriel, régulier des services de l?Etat concernés, de la préfecture et des préfectures de département notamment mais également des collectivités ou établissements publics : Métropole, Conseil régional, STIF Conseils départementaux de la petite couronne, Port de Paris, Voies navigables de France et un certain nombre d?acteurs associatifs ou consulaires et représentants d?usagers et grands opérateurs de transports comme la RATP ou dans d?autres domaines comme Bruitparif et Airparif. Ce Comité technique sera installé le 3 octobre prochain, il se réunira à un rythme bimestriel et permettra de partager les informations utiles.

La cinquième prescription est celle concernant la pollution et le bruit de façon à partager également dans ces données les informations que la Mairie de Paris va collecter auprès d?Airparif ainsi qu?auprès de Bruitparif. Nous avons un accord avec Airparif pour qu?ils m?adressent en parallèle ces résultats qui seront intégrés aux travaux du Comité technique de suivi. Il en sera de même pour Bruitparif auquel j?adjoindrai un certain nombre de mesures qui seront effectuées par le laboratoire de la Préfecture de police.

La sixième et dernière préconisation enfin, c?est la reprogrammation de certaines opérations d?aménagement. Je me permets également de mentionner ce point sans m?immiscer dans la mise en ?uvre des projets portés par l?Exécutif, par la Mairie de Paris, ce qui n?est pas ma responsabilité. Toutefois, comme nous en sommes convenus dès le départ, il importait de limiter les impacts cumulés d?autres projets urbains pendant les premiers mois de la mise en ?uvre de la fermeture de la voie sur berges. Pendant ce délai de six mois sur lequel nous sommes finalement tombés d?accord, nos services ont échangé sur ce sujet, ont identifié les projets dont la réalisation aurait pu avoir un impact direct et aggravant sur les conditions de circulation dans les prochains mois. Je pense en particulier à l?aménagement de la place de la Bastille ou à la déclinaison du Plan Vélo dans le secteur très proche du quai haut de la rive droite, dans le secteur de la rue de Rivoli par exemple. La mise en place de ces chantiers sera préparée évidemment par les dossiers techniques pendant cette période, mais ne sera mise en ?uvre sur le terrain qu?une fois la phase d?observation de six mois effectuée. Durant cette période, les secteurs impactés pourront anticiper les travaux, mais ne seront pas directement affectés. Voici, Madame la Maire, Mesdames et Messieurs les Conseillers, les six préconisations qui accompagneront mon avis conforme. Je ne peux tout de même passer sous silence, avant de conclure, les actions qui ont été engagées ces dernières semaines en accord entre la Mairie et la Préfecture de police et en amont de toute décision municipale qui interviendra dans quelques heures, les mesures qui ont été prises pour faciliter les conditions de circulation sur les quais hauts, avec la modification du cycle des feux tricolores du carrefour du Pont Neuf - qui a été mis en place depuis le 13 septembre, qui a apporté de premières améliorations visibles -, avec la nécessité de réduire les emprises de certains chantiers : celui de La Samaritaine, celui du Louvre notamment, pour libérer les espaces qui peuvent l?être au profit des usagers de la route du quai haut. Enfin, j?ai donné des instructions pour que l?on contrôle de manière effective la présence des tricycles dans les voies bus, tout particulièrement dans les créneaux les plus sensibles, les plus chargés, de 7 heures à 9 heures 30 et de 16 heures 30 à 19 heures 30. Je sais que des contacts sont engagés par vos services, Madame la Maire, sur différentes sociétés de transport de type Citybus pour que les escales n?interviennent pas dans les couloirs de bus et pour faciliter la circulation des transports collectifs, mais qu?elles soient décalées de quelques mètres sur le Pont Neuf, par exemple. Je suis convaincu que tout ceci contribuera à améliorer les conditions globales de circulation qui sont effectivement parfois difficiles à certaines heures sur cet axe. Je tiens, en tout cas, à ce que la décision qui sera prise après le vote du Conseil de Paris puisse être suivie pendant cette période de six mois dans un contexte de transparence, de confiance et de dialogue constructif de la part de tous.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, Monsieur le Préfet de police. Merci pour cette intervention précise, merci pour le travail sérieux et, comme vous l?avez dit, chacun dans le rôle qui est le sien. Je crois que les choses fonctionnent mieux quand on respecte le rôle de l?autre et qu?on essaie d?objectiver et de s?inscrire aussi dans les légitimités qui sont les légitimités à l??uvre. Je veux vraiment vous remercier parce que nous avons la chance à Paris de pouvoir avoir ce dialogue constructif et respectueux avec les représentants de l?Etat et vous-même en tant que Préfet de police. C?est un point important que je voulais rappeler devant nos collègues ici. Les points que vous avez évoqués, on va y revenir dans le débat, sur notamment la prise en compte, la nécessité d?avoir des véhicules de secours qui puissent être mobilisés en cas de crise comme on a pu en connaître à Paris. C?est une évidence, c?est vraiment un point fondamental sur lequel nous avons toujours été d?accord et je crois que nous avons trouvé les solutions techniques, tout comme d?ailleurs vous avez parlé du report de projets. En fait, il s?agit de projets dont le début - je pense à l?aménagement des places - n?intervenait pas dans l?année 2016 ni même courant 2017, même s?ils sont travaillés avec les habitants depuis longtemps. Il y a un phasage, bien évidemment, des chantiers des travaux des projets, mais qui nous permet, là encore, de façon tout à fait objective, d?avancer. Je vous remercie vraiment pour l?état d?esprit et le sérieux de cette coproduction puisque, là aussi, nous sommes dans la coproduction. Je vais à présent donner la parole au premier orateur des groupes : Rémi FÉRAUD, président du groupe Socialiste et Apparentés.

M. Rémi FÉRAUD, maire du 10e arrondissement. - Madame la Maire, Monsieur le Préfet, mes chers collègues. Le vote auquel nous allons procéder aujourd?hui sera historique. Il demande à nous tous, mais en particulier à la Maire de Paris, beaucoup de courage et de conviction, tant les...

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Attendez, Monsieur le Président. Je trouve que ce n?est pas très respectueux. Peut-on écouter l?orateur sans faire de bruit ? Les élus peuvent bien sûr se déplacer, mais les responsables, les secrétaires généraux des groupes, veuillez regagner vos places si vous n?avez rien à faire dans les travées. Je vous remercie. Monsieur FÉRAUD ?

M. Rémi FÉRAUD, maire du 10e arrondissement. - Je vous remercie, Madame la Maire.

Ce vote demandera beaucoup de courage, tant les pressions conservatrices sont fortes et d?ailleurs, la plupart du temps, irrationnelles dans ce débat. En même temps, les marques de fabrique de ce mandat sont reconnues : le volontarisme et la fidélité à nos engagements de campagne. La piétonisation des voies sur berges est un projet phare du programme que nous avons présenté devant les Parisiens en 2014. Nous savons qu?il est aujourd?hui attendu, souhaité par une nette majorité de Parisiens. Le sondage IFOP réalisé à la demande de la Fédération socialiste de Paris, la semaine dernière, a montré des résultats sans appel : 55 % des Parisiens sont favorables à la piétonisation des berges de Seine rive droite, malgré la polémique. L?adhésion atteint 58 % chez les Parisiennes, 62 % pour la population des arrondissements centraux - je pense que certains devraient y être attentifs - car ces habitants sont conscients que leur cadre de vie en sera considérablement amélioré. L?ouverture des berges de la Seine rive droite aux piétons est particulièrement populaire auprès des plus jeunes, ce sont les 25-34 ans, par les travailleurs, 65 % des commerçants et artisans y sont favorables, 59 % des artistes dans leur ensemble. Par démagogie et caricature, certains parlent parfois et même très souvent d?une mesure de "bobos contre les prolos". C?est en général ce qu?on dit quand on n?a plus aucun argument. Ce sondage vient rétablir la vérité : la piétonisation de la rive droite suscite l?adhésion des classes populaires avec 66 % des ouvriers et 63 % des employés qui s?y disent favorables.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Vous devriez écouter respectueusement.

M. Rémi FÉRAUD, maire du 10e arrondissement. - Je pense d?ailleurs même que les élus de la droite parisienne devraient regarder les résultats au sein de leurs propres électeurs. De même, ce projet s?inscrit dans le mouvement de toutes les grandes métropoles françaises et mondiales, celui de la reconquête des berges de fleuve, des c?urs de ville, au profit des piétons et des circulations douces. Dans la droite ligne des engagements de la COP 21 que, nous, nous n?avons pas déjà oubliés, ces projets d?amélioration ont pour objectif de diminuer la place de la voiture, source majeure de pollution, et de préserver la santé de nos concitoyens. Car cet enjeu de santé publique, et Anne HIDALGO l?a répété plusieurs fois dans son intervention, devrait primer sur tous les autres dans notre débat. Alors que la pollution atmosphérique tue chaque année 6.500 personnes dans la métropole du Grand Paris, elle réduit l?espérance de vie de nos concitoyens. L?amélioration de la qualité de l?air est une préoccupation majeure des Franciliens, ce doit être aussi celle de leurs élus. Nous avons une obligation morale, si elle n?est pas légale, d?agir. Et contrairement à ce que l?on entend parfois chez les climato-sceptiques, qui se multiplient ces derniers temps, l?un des principaux leviers est d?agir sur le trafic routier, celui-ci générant deux tiers des émissions de dioxyde d?azote et plus de 50 % des particules fines à Paris. J?avoue que j?ai d?ailleurs un peu de mal, comme tout le monde, à suivre la position des Républicains. Ils oscillent entre un Nicolas SARKOZY qui attribue maintenant le réchauffement climatique à la démographie et non aux activités humaines, une présidente de la Région Ile-de-France, Valérie PÉCRESSE, qui rêve de construire de nouvelles autoroutes, qui donne la priorité à un plan, je cite, "anti-bouchons", plutôt qu?aux transports en commun, ce qui risque ainsi d?augmenter encore la circulation automobile, voire les voitures voulant entrer dans Paris, et une présidente du groupe au Conseil de Paris, candidate à la primaire de la droite, Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET, qui ne veut certes pas s?afficher trop hostile à une fermeture des voies sur berges, mais évidemment pas comme cela et surtout, surtout, pas tout de suite, alors que nous en parlions déjà lorsqu?elle était déjà députée de l?Essonne et pas encore Conseillère de Paris. Soi-disant, la droite parisienne aurait voulu un autre projet qui aurait fait passer alternativement les voitures sur les quais hauts et les quais bas, dans une logique d?ailleurs qui échappe au bon sens, quitte à congestionner entièrement Paris en cas de crue de la Seine et surtout à créer davantage d?embouteillages au quotidien, embouteillages qui pourtant vous inquiètent tant. Bref, personne ne comprend rien à la position de la droite parisienne aujourd?hui, sinon qu?il est urgent d?attendre et que le statu quo ne dérangerait personne. Alors que depuis l?élection de Bertrand DELANOË, il y a quinze ans, la circulation automobile a reculé de 28 %. Alors qu?une large majorité des Parisiens approuve cette évolution, veut qu?elle se prolonge et même qu?elle s?amplifie, j?ai envie de dire à la droite parisienne : vous n?êtes pas obligés d?être conservateurs tout le temps. Nous le savons ! La question en réalité n?est pas de savoir s?il faut diminuer la place de la voiture en ville, ni même s?il faut fermer l?accès aux berges aux voitures, mais bien de savoir quand il faudra le faire. Dans quelques années, plus personne ne voudra revenir en arrière et vous verrez, on aura du mal à imaginer que ces berges classées au patrimoine mondial de l?UNESCO aient pu pendant un demi-siècle être une autoroute urbaine à l?usage exclusif des automobilistes. On aura encore plus de mal à croire que certains aient voulu que cela reste ainsi. Alors nous ne nous découragerons pas, même à cause d?un avis défavorable de la Commission d?enquête publique, car ce rapport nous est apparu de parti pris. Aux études rigoureuses conduites par la Ville, il oppose des observations pas toujours étayées ou fiabilisées par des études ou enquêtes et qui reprennent souvent des préjugés fondés sur les habitudes d?aujourd?hui. Notre responsabilité vis-à-vis des Parisiens, des familles, des enfants qui grandissent dans cette ville, des personnes fragiles, de tous les usagers et visiteurs de Paris, c?est de faire baisser la pollution. La piétonisation des voies sur berges est un projet clé pour atteindre cet objectif. Il a été construit de manière rigoureuse dans la concertation. Au-delà du projet lui-même et de son périmètre limité, il envoie un signal très fort et notre débat ce matin le prouve : rien ne pourra nous en détourner, et notamment pas l?intérêt des seuls conducteurs qui, dans le centre de Paris, sont pour 80 % d?entre eux seuls dans leur voiture. Car qui défendra l?immense majorité des habitants de Paris et de la métropole qui subissent tous la pollution de l?automobile, alors qu?ils utilisent chaque jour d?autres modes de déplacement ? Sans revenir sur tous les éléments de l?enquête publique, je voudrais néanmoins dissiper quelques malentendus. D?abord le périmètre de l?enquête a été défini en plein accord avec le président de la Commission, sur le territoire de lieu d?implantation de l?opération, mais bien entendu tous les citoyens ont eu la possibilité de s?exprimer, tous les périmètres d?études ont été pris en compte, et notamment les études d?impact ont été analysées à l?échelle de la région. De même, toutes les études d?impact confirment que les reports de circulation sont absorbables dans Paris et que les reports en banlieue seront extrêmement mineurs. En pratique, l?expérience de la rive gauche dans le mandat précédent - que n?avons-nous pas entendu à l?époque ! - a montré que la réalité est plus favorable que les simulations, que la circulation s?adapte vite aux aménagements réalisés, les allongements de temps de parcours effectifs sont bien moindres que ceux qui avaient été prévus par les modélisations. D?ailleurs il apparaît que c?est d?ores et déjà le cas aujourd?hui rive droite. Car il faut raisonner de manière dynamique. Il n?y a pas seulement report de circulation, il y a d?abord évaporation parce qu?une partie des automobilistes choisit en conséquence d?autres modes de transport. C?est là l?objectif et nous ne nous en laisserons pas détourner. Par ailleurs, le rééquilibrage constant depuis 2001 au profit des circulations douces s?est toujours accompagné d?un développement des offres de transports alternatives. Paris, par sa contribution au S.T.I.F., y contribue très largement, et cette contribution est passée de moins de 20 % à plus de 30 % aujourd?hui. Cette augmentation a permis de renforcer l?offre des différents modes de transport. Elle se poursuit aujourd?hui à travers de nouveaux projets d?investissements très importants. La Ville et le S.T.I.F. et la R.A.T.P. travaillent en vue du prolongement de la ligne 72 et de la création d?une ligne de bus à haut niveau de service sur les quais hauts, afin de répondre aux besoins de mobilité le long de la Seine. Nous, nous attendons de la Région Ile-de-France qu?elle soutienne cette priorité en transports en commun, plutôt que de chercher assez maladroitement d?ailleurs à nous imposer le maintien d?une autoroute en plein c?ur de Paris. Quant à l?impact économique de la piétonisation des berges, là encore, nous savons qu?il sera bénéfique, comme ce qui se passe dans toutes les villes qui ont limité la place de la voiture dans leur centre et qui connaissent des développements économiques et une attractivité croissante. On le voit à New York, Londres, Séoul, Lyon, Bordeaux : ce type de projets contribue à embellir la ville et à améliorer la qualité de vie. Il constitue un facteur essentiel dans le choix d?implantations des entreprises. Alors pourquoi en priver Paris ? Enfin, en matière écologique, nous savons que ce projet va permettre de créer un véritable corridor naturel en ville, ce que l?autoroute en bord de Seine ne permet pas vraiment aujourd?hui, que ce projet participera donc à la préservation de la biodiversité à l?honneur, aujourd?hui, dans notre Conseil. Je me réjouis que cette cause puisse être érigée au rang de citoyenne d?honneur de la Ville, si nous le votons, car la biodiversité est réellement menacée. Je dirai que l?amendement présenté par le groupe les Républicains, amendement de désinvolture à défaut d?être un amendement d?humour, vient d?une certaine manière renforcer cette conviction que la biodiversité est menacée et qu?elle l?est aussi par l?indifférence. Pour toutes ces raisons, les élus Socialistes et Apparentés voteront pour ces projets de délibération. J?espère qu?ils seront largement adoptés. Il en va de notre responsabilité. Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci à vous, Monsieur le Président. Les Parisiens font partie de la biodiversité. C?est aussi pour cela que tout à l?heure nous en parlerons. Monsieur BELLIARD, vous avez la parole.

M. David BELLIARD. - Merci, Madame la Maire. Monsieur le Préfet, mes chers collègues, avec ce projet de piétonisation des berges de Seine rive droite, Paris fait un nouveau pas dans cette transition vers moins de voitures qu'ont déjà entreprise depuis des années des grandes métropoles à l'international, comme d'ailleurs en France. Toutes ont fait le même constat : celui que les villes du monde sont à elles seules responsables de plus de 70 % des émissions de gaz à effet de serre et que 80 % de leurs propres populations sont exposées à une qualité de l'air avec des niveaux très élevés de polluants atmosphériques, pouvant atteindre jusqu'à 5 à 10 fois les limites fixées par l'O.M.S. Toutes ces villes ont fait le constat que la pollution de l'air est responsable de près de 50.000 décès prématurés par an et je ne donne, ici, que les chiffres pour la France. A Paris, on estime que la pollution de l'air fait perdre pas moins de neuf mois d'espérance de vie à ses habitantes et habitants. Ces chiffres dressent un constat terrifiant de la situation sanitaire engendrée par un air dégradé et pollué. Donc, oui, il faut agir et agir vite. Déjà, ce ne sont pas moins de 230 villes d'Europe, et d'ailleurs dans le monde, qui ont interdit les véhicules polluants. Oslo, Trondheim ou encore Durham ont mis en place des péages visant à interdire la voiture individuelle en leur centre. Tokyo a, elle, une politique volontariste contre le diesel. Quant à New York, San Francisco ou encore Séoul, elles ont supprimé purement et simplement des autoroutes urbaines en plein c?ur de ville, sans créer le chaos, bien au contraire. C'est vous dire à quel point les virulentes critiques de l'opposition municipale, et plus largement de l'Exécutif régional contre la piétonisation des berges de Seine, sont surprenantes tant elles apparaissent déconnectées de la réalité. Pour la droite parisienne et francilienne, Paris vivrait dans un monde parallèle, une sorte de quatrième dimension où la fermeture de voies autoroutières aurait des conséquences constatées nulle part ailleurs. Dans la presse, l'opposition nous prédit des embouteillages à n'en plus finir, sans jamais prendre en compte le principe d'évaporation constaté à chaque fois qu?on réduit l'espace dédié à l'usage des voitures individuelles, qui veut qu'une partie du trafic se déporte vers d'autres moyens de transport, comme le vélo, la marche à pied ou encore les transports en commun. On tente, en outre, de nous opposer la perte d'attractivité économique sans jamais constater que là où les villes ont libéré leurs quais de la voiture, leur attractivité économique s'est renforcée. Pour cela, pas la peine d'aller à l'autre bout du monde : il suffit de prendre le train et de se rendre à Nantes, à Lyon ou encore à Bordeaux, dont le maire, qui ne me semble pourtant pas très enclin à voter Europe Ecologie Les Verts aux prochaines échéances, a banni la voiture des quais de la Garonne. Et je ne parle pas de la piétonisation des berges rive gauche qui, avec six millions de visiteurs l'année dernière, est un franc succès et a redonné vie à des espaces délaissés. Enfin, j'entends la droite nous parler de manque de concertation, que nous nous précipitons. Mais a-t-elle seulement oublié que ce projet a été porté - et je vous remercie, Madame la Maire, de l?avoir mentionné - par les écologistes depuis 2001, c'est-à-dire depuis plus de 15 ans et que ce projet était inscrit noir sur blanc dans le programme de la gauche et des écologistes lors du second tour des élections municipales et qu'à cette occasion, le vote - processus démocratique par excellence - nous a donné une majorité pour mettre en ?uvre ce projet ? C'est ce que nous faisons avec courage et en toute transparence. Par contre, et c'est bien malheureux, l'urgence d'agir pour la santé des gens ou encore la nécessité d'améliorer la qualité de vie des Parisiennes et des Parisiens, mais aussi de toutes celles et de tous ceux qui visitent la Capitale, de cela, je n'en entends pas parler de la part des élus de l'opposition municipale, alors même que nous savons?

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Qui préfère ne pas écouter. C'est vraiment impressionnant. Là, tout le monde écoute et là, personne. Montrez-nous que vous êtes à l'écoute des arguments. C'est tout de même hallucinant, je vous assure. C'est étrange que vous ne vouliez pas, à ce point, écouter les arguments des autres. On vous écoutera aussi sérieusement tout à l'heure quand vous prendrez la parole. Allez-y, Monsieur BELLIARD.

M. David BELLIARD. - Merci, Madame la Maire. Alors même que nous savons que la réduction du trafic routier entraîne mécaniquement une baisse de la pollution atmosphérique. Rien que pour hier, journée sans voitures, Airparif a enregistré une baisse de 20 % à 35 % de dioxyde d'azote. Tout cela laisse à penser que la droite parisienne et francilienne, comme d'ailleurs la Commission d'enquête publique, se font les porte-parole des seuls lobbies pro-voiture et du MÉDEF car, ne nous y trompons pas, qui défend aujourd'hui l'immobilisme et, par ricochet, l'usage intensif de la voiture individuelle en ville ? Les lobbies, qui veulent préserver la rente des industriels en défendant un usage intensif de la voiture en ville et de ses usagers, et qui sont - on ne le rappellera jamais assez - majoritairement des hommes issus de catégories sociales aisées, car les plus modestes, eux, utilisent depuis bien longtemps les transports en commun. Nous assistons donc à l'alliance des plus riches qui défendent leurs privilèges en s'opposant à la piétonisation des berges de Seine. Nous, nous voulons une ville apaisée, où l?on n?utilise pas sa voiture lorsque cela n'est pas nécessaire, où l'espace public est redonné aux transports doux, une ville qui n'exclut personne. C'est la raison pour laquelle ce projet de piétonisation des berges s'inscrit dans un projet d'ensemble, notamment au travers du renforcement des modes de transports en commun pour répondre aux besoins de celles et ceux qui traversent la Capitale et des transports doux, avec, par exemple, l'effort considérable que nous faisons pour développer la pratique du vélo. Vous l'aurez compris, Madame la Maire, mes chers collègues, nous voterons ce projet de délibération. Il faut agir et agir maintenant. Je laisserai mes collègues Jacques BOUTAULT et Anne SOUYRIS développer mes propos.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, David BELLIARD. Monsieur Nicolas BONNET-OULALDJ, pour le groupe Communiste - Front de Gauche, a la parole.

M. Nicolas BONNET-OULALDJ. - Madame la Maire, mes chers collègues, avant d'évoquer la question de l'aménagement des berges sur Seine, je voudrais vous dire, comme beaucoup de nos collègues sur les rangs de cet hémicycle, que nous avons été surpris de votre proposition de faire de la biodiversité une citoyenne d'honneur de notre Ville. Nous avions pris l'habitude de mettre sous protection de la Ville des personnalités en danger de mort pour leur engagement. Je pense, par exemple, à Marouane BARGHOUTI dans la lignée de Nelson Mandela. Mais finalement, à bien réfléchir, nous soutiendrons votre proposition car, aujourd'hui, c'est bien la vie, la diversité des espèces et des écosystèmes qui sont en danger. Après la signature des accords de Paris par 177 pays, nous sommes tous impatients de passer aux actes et tous les actes ont leur importance. D'ailleurs, nous avons l'habitude d?entendre ici et là que l'écologie ne serait pas politique. Elle serait ni de gauche, ni de droite. Eh bien, le débat qui nous anime démontre que lorsqu'il s'agit d'agir, l'écologie ne peut être que de gauche à Paris. Oui, l'écologie politique ne peut être que de gauche, car elle n'a pas de compatibilité avec le capitalisme, ni avec la loi du marché et encore moins avec les politiques d'austérité. Madame la Maire, nous saluons votre courage et votre ténacité pour mener une politique de gauche écologique à Paris et être le fer de lance face aux conservateurs et au lobbying en tout genre soutenu par le patronat. D'ailleurs, Nicolas SARKOZY a minimisé la responsabilité de l'homme dans le dérèglement climatique, nous rappelant que, pour lui et sa famille politique, les questions d'environnement commencent à bien faire. On comprend alors pourquoi les premières mesures de Valérie PÉCRESSE sont le retour à la bagnole, avec son grand plan d'autoroutes régionales. Que dire de la droite parisienne qui passe par la Région pour interférer sur la politique de notre Ville ? Incapable de convaincre dans nos arrondissements, nos collègues préfèrent nier le choix des électeurs en déportant le débat à la Région. On voit bien, Madame KOSCIUSKO-MORIZET, que vos déclarations pro-environnement ne relevaient que de l'artifice de communication. L'air de nouveauté que semblait apporter votre candidature, s'estompe maintenant de jour en jour. La période actuelle est celle du retour à vos vieilles marottes. Place à la défense bas du front du Paris tout automobile et à l'inconséquence politique. Cette inconséquence vous a fait reconnaître à demi-mot que la piétonisation des berges sur la rive gauche était une réussite, alors que votre force politique avait, à l'époque, adopté une ligne similaire à celle d?aujourd'hui. La vérité, mes chers collègues, c'est qu'en dehors de "c'est mal parce que c'est la gauche", vous n'avez aucune solution pour impulser un quelconque changement environnemental. La réduction de la place de la voiture est, à terme, indispensable pour l'avenir de notre ville. C'est l?un des projets pour lesquels les Parisiens nous ont choisis et nous comptons bien réaliser cet engagement. Depuis deux ans le groupe Communiste - Front de Gauche apporte son soutien à la piétonisation des voies sur berges pour deux raisons principales : d'abord, parce que les Parisiens souhaitent se réapproprier leur fleuve, comme dans toutes les grandes villes du monde, et la circulation automobile sur les berges est une barrière que nous devons lever. Nous avons pris acte de l?avis consultatif de la Commission d?enquête publique. C?est un élément supplémentaire dans le débat, mais cela n'efface pas notre principale raison d'agir, c'est l'urgence sanitaire de la lutte contre la pollution. Cela passe inévitablement par la réduction de l'automobile et cela ne peut se faire qu'à condition que des mesures de transports alternatives soient mises en ?uvre. Si nous voulons réduire la circulation automobile dans Paris sans que cela soit vécu comme une mesure antisociale, il faut que tout le monde prenne sa part de responsabilité, à commencer par l'Etat et la Région. Notre groupe a demandé à chaque débat au Conseil de Paris, plus de moyens pour les transports publics, une vraie réorientation des politiques publiques en faveur du fret ferroviaire et fluvial. Mes collègues Didier LE RESTE et Jean-Noël AQUA y reviendront en présentant nos propositions. Enfin, Madame la Maire, même si nous avons décidé d'un cap, nous n'avancerons jamais si nous sommes seuls. Alors, écoutons et dialoguons avec les villes voisines qui craignent qu'une plus grande restriction de la circulation des voitures ralentisse les entreprises qui effectuent, chaque jour, des allers et retours entre Paris et leur territoire. C'est le cas de milliers d'artisans et de commerçants. Les critiques sont fondées, et nous ne pouvons pas les balayer d'un revers de main. Sachez, Madame la Maire, vous faire des alliés parmi ces élus tels que les élus de la Seine-Saint-Denis qui vous ont apporté récemment leur soutien parmi lesquels les maires communistes d'Aubervilliers et de Stains. La pollution ne s'arrête pas aux frontières du boulevard périphérique et c'est bel et bien collectivement que nous devons mener cette bataille. Nous proposons que Paris soit le moteur d'un mouvement collectif qui fera reculer la pollution. Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci à vous pour ces propos, cette intervention y compris sur la biodiversité citoyenne d'honneur sur laquelle nous répondrons tout à l'heure. La parole est à Jean-Bernard BROS, Président du groupe Radical de Gauche, Centre et Indépendants.

M. Jean-Bernard BROS. - Merci, Madame la Maire. Monsieur le Préfet, mes chers collègues, la Ville de Paris est une ville dense qui souffre d'un choix passé, celui de laisser trop de place à la voiture individuelle. Les conséquences de cette vision du monde urbain héritées des années 70, nous les vivons aujourd'hui. En effet, à Paris mais aussi plus largement en Ile-de-France, la pollution atmosphérique est une réalité mortelle. Une grande partie de cette pollution est liée aux émissions de particules fines du parc automobile. Des conséquences sont avérées pour la santé des Parisiens certes, mais aussi celle des Franciliens. Alors, plutôt que de fermer les yeux, agissons, et agissons maintenant. Il nous faut adapter à l'enjeu nécessaire la baisse du trafic automobile, c'est le sens de l'histoire. La Ville de Paris, sur les questions de la piétonisation, a en vérité pris quelques retards, comparée à d'autres métropoles mondiales, mais aussi à de grandes villes françaises qui ont piétonnisé leur centre. D'ailleurs, il est temps de laisser aux piétons les rues de certains quartiers touristiques, qui ne sont pas adaptés à la voiture. Je pense à Montmartre, au Quartier Latin ou encore au Marais. La réussite d'opérations comme "Paris Respire" devrait nous enjoindre à rendre pérenne ces piétonisations, et au-delà des riverains et des véhicules de livraison, nous pensons que ces sites doivent être fermés à la circulation, c'est le sens du v?u que nous avons déposé. A l'instar de mon collègue Nicolas BONNET-OULALDJ qui vient de dire que nous avions quelques interrogations concernant la volonté de faire citoyenne d'honneur la biodiversité, mais après réflexion et dans le cadre d'une unanimité, d'une majorité et d'une solidarité, j'en profite pour dire que nous voterons cette proposition. En ce qui concerne les berges de Seine, la Ville a débuté ce processus de réaménagement lors de la dernière mandature avec les berges rive gauche. A l'époque, les opposants au projet prédisaient des conséquences catastrophiques, ce ne fut pas le cas. Nous avons donc aujourd'hui quelques doutes sur les dramatisations des adversaires au projet. Face aux réactions outrées, nous nous interrogeons : la droite parisienne a-t-elle une once de compréhension des enjeux du monde d'aujourd'hui, notamment sur les questions environnementales tant avec son plan anti-bouchon que "Réhabiliter la voiture"? L'extension des voies de circulation aura pour seule conséquence d'amener plus de véhicules à emprunter le réseau routier, entraînant davantage de bouchons. Alors que nos modes de déplacement sont de plus en plus divers, la droite stagne dans le passé. Nous ne pouvons attendre et proposer des moratoires retardant encore et toujours le passage à l'acte des pouvoirs publics. C'est la santé et la vie de tous les Franciliens et pas seulement des Parisiens qui aujourd'hui sont en jeu. Il convient tout de même de prendre avec sérieux les nouveaux changements qui peuvent être induits par le réaménagement. Des reports de circulation vont en effet avoir lieu et il convient de faire le meilleur choix. Sur ce point, les premiers éléments fournis semblent positifs et il nous faut continuer à militer auprès du S.T.I.F. pour développer les transports alternatifs. Car, encourager le recours au transport collectif, aux mobilités douces et au co-voiturage sont bien les seules solutions pour lutter efficacement et dans la durée contre la congestion des routes et donc, pour une meilleure qualité de vie. Alors, oui, nous saluons le courage politique de la piétonisation des berges. Nous devons tenir bon face au conservatisme de tout bord. Nous pensons même que cela ne suffit pas. La piétonisation des berges est une action parmi d'autres engagées par la majorité parisienne, dans la lutte contre la pollution. Sans opposer les publics, nous savons aujourd'hui que ce sont les citoyens les plus pauvres qui souffrent le plus en ce domaine. Une étude publiée par l'Inserm en 2015 a montré les effets beaucoup plus dévastateurs de la pollution pour les personnes en situation de précarité. C'est pourquoi nous demandons à travers notre v?u qu'une étude de faisabilité soit élaborée sur la transformation de nouvelles voies, notamment dans le Nord-Est parisien. Nous demandons que cette étude soit faite à l'horizon 2020 afin de prendre le temps de la concertation et de bien anticiper les alternatives qui pourraient être mises en place. C'est donc le grand enjeu pour l'environnement, trouver des alternatives à la voiture polluante. Pour ce faire, il faut que le S.T.I.F. amorce des grands projets pour Paris et au-delà. C'est aussi à cette condition que nous construirons une ville apaisée avec détermination et enthousiasme. Nous disons oui aux nouvelles berges de Seine. Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci à vous, Jean-Bernard BROS, pour ces perspectives. La parole est à Mme présidente du groupe les Républicains.

Mme Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET. - Madame la Maire, Monsieur le Préfet de police, mes chers collègues, nous voici donc à l'épilogue d'une procédure de concertation qui n'aura eu de concertation que le nom.

Depuis l'annonce du réaménagement de la voie sur berge rive droite, chaque chapitre de ce projet a été conduit en force. Vous avez d'abord tout fait pour étouffer l'enquête publique. Vous avez limité sa durée à 31 jours, soit un jour de plus seulement que la durée minimale imposée par la loi. Vous avez fait le choix de la tenir à la lisière de l'été, durant l'Euro 2016, ce qui évidemment n'a pas aidé à la mobilisation des Parisiens et des habitants de la métropole.

En dépit de cela, la Commission d'enquête dénonce, comme nous, un périmètre d'enquête trop restreint. Nous n'avons cessé de vous interpeller ainsi que le Préfet de Région sur ce point. En vain. Le rapport de la Commission d'enquête y voit, je le cite, "un vide substantiel de nature à porter atteinte à la sincérité de l'enquête publique".

Sur ce point, Madame la Maire, la réponse de vos services est particulièrement maladroite en niant l'existence juridique des arrondissements, ils reconnaissent implicitement que la concertation aurait dû se faire au moins sur le territoire de la commune, c'est-à-dire sur l'ensemble de Paris. Mais de toute façon la concertation ne pouvait se concevoir qu'à l'échelle de la métropole. Il aura fallu un v?u déposé par Gilles CARREZ au Conseil métropolitain pour provoquer enfin une réunion, mais après l'enquête publique, c'est quand même dommage, entre les maires de la métropole et vous-même. Les élus de tous bords ont déploré cette attitude égoïste qui consiste à renouer avec un Paris qu'on croyait révolu. Hier, Paris expédiait ses déchets et ses eaux sales dans ses banlieues, désormais, ce serait la pollution. Pourtant, chaque habitant de Paris et chaque habitant de la métropole a les mêmes droits, la santé des uns ne vaut pas moins que celle des autres. Comment pouvez-vous essayer de créer des clivages sur des sujets aussi consensuels que la lutte contre la pollution ? Qui peut croire que chaque maire, d'où qu?il soit, n'a pas pour unique but d'améliorer la vie de ses habitants. La pollution de notre agglomération, mes chers collègues, ne sera efficacement combattue qu'à force d'une vision partagée et avec des projets coordonnés. On n'en prend pas le chemin. Paroxysme de cette attitude méprisante et fidèle à votre habitude de la pratique du fait accompli, vous faisiez voter en Conseil de Paris de juillet un v?u pour anticiper la fermeture des voies, avant même que l'enquête publique ne soit achevée. Le nombre de pétitions lancées sur le sujet montre, s'il le fallait encore, que le débat a été confisqué et que votre projet manque singulièrement de maturité. Plus de trois quarts des contributions recueillies à l'occasion de l'enquête publique, dont je rappelle qu'elle est la seule voie officielle de consultation du public, au contraire par exemple du sondage dont se targue la Fédération socialiste de Paris, plus des trois quarts des contributions sont donc négatives, alors que 15 % seulement sont positives. Il y a un fait, précisément : cela correspond exactement au nombre de lettres type enregistrées dans le registre du 12e, qui reprennent mot pour mot l'argumentaire élimé de la Maire du 12e. La section locale du Parti socialiste a inventé le bourrage des registres. Ce mépris à l'encontre des Parisiens qui pensent différemment de vous s'est doublé d'une arrogance inédite vis-à-vis des travaux de la Commission d'enquête. Vous avez refusé de recevoir les commissaires-enquêteurs ; cela trahissait déjà une condescendance assumée. Vous avez fait systématiquement obstruction aux demandes d'information complémentaires de la Commission, ce qui parachevait votre attitude autoritaire. Rarement un rapport d'enquête publique aura été aussi négatif. A la remise du rapport, certainement à court d'arguments, vous n'avez pas hésité à porter de graves accusations à l'encontre des membres de la Commission d'enquête, pourtant des personnalités qualifiées et au-dessus de tout soupçon. Quel manque de sérénité et de confiance en vos propres décisions. Alors, il fallait bien rebondir face à un projet bâclé et sans souffle. Vous vous êtes mis à agiter l'argument écologique pour tenter de couper court au débat. Le v?u du mois de juillet utilise la COP 22 pour servir de caution à la fermeture des berges dans l'attente des délibérations nécessaires et de l?avis définitif du Préfet de police. Franchement, une rapide déambulation sur les quais démontre que cela aurait pu se tenir en rive gauche ou sur le parvis de l'Hôtel de Ville, car il s'agit de quelques panneaux. Curieusement d'ailleurs, les arrêtés de fermeture temporaire à la circulation ne sont pas pris au motif de la COP 22, peut-être parce qu?il revenait alors au Préfet de police de les prendre. Des travaux sont pris comme prétexte pour justifier la neutralisation du site, ce qui pose la question de la validité juridique de ces arrêtés, dans la mesure où nombre des travaux mentionnés ne sont en réalité pas détachables du projet général de fermeture, alors que d'autres ne prévoyaient pas initialement la fermeture des voies. Nous avons à cette fin saisi le Tribunal administratif. Cette manipulation de l'écologie est grossière, comme en témoigne, là encore, le rattachement à ce débat d'un projet de délibération assez surréaliste pour attribuer la citoyenneté d'honneur de Paris à la biodiversité. Madame la Maire, en janvier 2015, vous déclariez à propos de la citoyenneté d'honneur - je vous cite : "Cette distinction extrêmement élevée et très peu attribuée est réservée aux défenseurs les plus emblématiques des droits de l'homme de par le monde ; elle a récompensé d'immenses résistants à la dictature et à la barbarie." Votre prédécesseur avait déjà consacré la biodiversité en attribuant cette dignité au grand chef Raoni METUKTIRE. Donner la citoyenneté d'honneur à la biodiversité aujourd'hui revient demain à la donner à toutes les causes, à toutes les valeurs, à toutes les qualités, à tous les symboles. Cela tourne en ridicule une distinction qui ne méritait pas un tel mauvais traitement. Nous vous proposerons tout à l'heure d'élargir finalement ce vote à l'amour, la paix dans le monde et au partage. Eux aussi méritent d'être citoyens d'honneur de la Ville de Paris. Cette instrumentalisation du développement durable est la conséquence directe d?un projet mal préparé aux effets par ailleurs bien incertains. L'autorité environnementale, peu suspecte d'anti-écologisme, n'a d'ailleurs pas hésité à souligner la faiblesse de votre étude d'impact. Mes chers collègues, le bien-fondé écologique d'un projet se démontre à l'appui d'études indiscutables, pas à coût de tribunes, surtout quand elles sont signées par quelques pointures écologiques dont certaines ont des intérêts bien compris, et encore moins sur la base de raisonnements aussi légers tels que ceux utilisés dans le projet de délibération. Vous écrivez cette chose surréaliste : si l?on crée une route sur les berges, elle augmenterait la pollution ; si l?on en ferme une, la pollution baissera. Le professeur "Shadoko" n'aurait pas dit mieux. Seule une campagne de mesures avant et après fermeture aurait pu trancher ce débat. Or vous nous l'avez systématiquement refusée. Nos v?ux et interventions demandant une comparaison des niveaux de pollution avant et après la fermeture de la voie sur berge sont restés sans réponse. Ce manque a conduit la Région et la Métropole à demander ou à mettre en place des comités d'évaluation et, au dernier moment, nous voyons inscrite à l'ordre du jour une convention avec Airparif pour une double campagne de mesures cet hiver et au printemps prochain. De qui se moque-t-on ? Qui peut croire que ces mesures seront utiles, dans la mesure où la fermeture précipitée de la voie sur berge et votre manque de transparence empêchent désormais d?établir une situation de référence avec les voies sur berges ouvertes à la circulation ? Pas de mesures avant, donc pas de comparaison et, de cette façon, on pourra dire n'importe quoi. La santé des Parisiens mérite mieux que vos petites manipulations de communication. Les premiers éléments d?impact, au demeurant, sont particulièrement inquiétants. Il existe un capteur, celui d?Airparif, implanté sur les quais, au quai des Célestins. Sur les dix premiers jours ouvrés de septembre, la concentration en dioxyde d'azote était 40 % plus importante qu'à la même période l'an dernier. La pollution de fond, quant à elle, mesurée par l'indice CitéAIR, était certes plus élevée, mais dans une proportion nette non moindre, de l'ordre de 20 %. On le voit bien, votre projet accumule les fragilités. Vous êtes incapables de livrer une vision aboutie d?un réaménagement, dont personne ici ne conteste la nécessite, et vous multipliez les improvisations. Vous avez décidé de fermer une route, voilà à quoi se résume votre projet. Par naïveté ou par méconnaissance, vous pensez que cela suffira à réduire la pollution dans la Capitale, mais c'est oublier une réalité somme toute évidente mais pas pour tous : ce sont les véhicules qui polluent, mes chers collègues, pas les routes. Notre contre-projet, lui, était construit sur un autre raisonnement, nettement plus stimulant et visait à déterminer les espaces réellement intéressants à piétonniser : tantôt les quais hauts, pour donner aux commerçants et aux bouquinistes des perspectives nouvelles, tantôt les quais bas, afin d?offrir de larges espaces au public en abord du fleuve. L'attractivité économique et culturelle était au c?ur de notre réflexion. Pour ce qui concerne la situation, nous prenions le temps de bâtir avec la Région des alternatives solides en transports en commun pour les habitants de la Métropole. Oui, c'était un projet pour tous. En somme, nous élargissions la focale là où vous vous contentez de marcher dans les pas, un peu trop grands, manifestement, pour vous, de votre prédécesseur.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Allez, allez? On continue. La parole est à M. Eric AZIÈRE, président du groupe UDI-MODEM.

M. Eric AZIÈRE. - Merci, Madame la Maire.

Madame la Maire, piétonniser les berges de la Seine rive droite, c'est peut-être le projet phare de votre mandature mais force est de reconnaître que la méthode n'est pas éblouissante pour un phare. Vous nous avez habitués à mieux.

Disons la vérité à tous ceux qui ne comprennent rien à ce débat et à la précipitation auquel il donne lieu. En réalité, c'est la prise en compte d'un calendrier politique qui impose dans la panique la mise en ?uvre de ce projet, que nous aurions soutenu avec un autre calendrier. Mais c'était alors se donner le temps nécessaire de bien le faire, c'était repousser la piétonisation à l'année prochaine, avec une autre majorité qui a déjà pointé son nez à la Région, un nouveau pouvoir, un nouveau Ministre de l?Intérieur, etc., etc. Alors, tant pis pour la concertation avec les maires de l?agglomération parisienne ; hop, on passe en force ! Tant pis pour la consultation des Parisiens et Franciliens : 292 contributions sur 6 millions d?habitants ; hop, le temps presse ! Tant pis pour les études d?impact qui révèlent toutes une augmentation du trafic à Paris intramuros, autour de Paris et sur le périphérique, de 10 à 25 % ; hop, on fera avec ! Dans ce projet de délibération, tout est fait pour minimiser les inconvénients économiques qui sont réels, les inconvénients acoustiques qui sont réels, l?absence de nouvelles offres de transport qui sont réelles et cerise sur le gâteau, l?avis négatif de la Commission d?enquête. Tout est fait pour mettre en exergue des gains en termes de lutte contre la pollution qui ne sont pas avérés par les études actuelles, même si cela reste pour nous un sujet essentiel et majeur. Madame la Maire, vous me faites penser à Léopold Saroyan qui rencontrerait Antoine Maréchal, plombier en Seine-Saint-Denis, devant le tunnel des Tuileries fermé à la circulation. Il vous dit : "Ah, bah, cela va rouler beaucoup moins bien, forcément !" Vous : "Ce n?est pas grave, ce n?est pas grave". Lui : "Ce n?est pas grave, vous en avez de bonnes ; qu?est-ce que je vais devenir maintenant ?" Vous : "Eh bien, un piéton ! " Voilà, en effet, Madame la Maire, la brutalité avec laquelle vous vous comportez en procédant ainsi. Vous nous prenez pour des corniauds et vous prenez tous les banlieusards et les Parisiens qui travaillent pour des corniauds. Vous essayez de nous faire passer pour des chauffards et c?est vous qui êtes le pied au plancher dans une course de vitesse contre le temps politique. Madame la Maire, quelle mauvaise plaidoirie et quelle mauvaise méthode pour une bonne cause. Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Madame Danielle SIMONNET, vous avez la parole.

Mme Danielle SIMONNET. - Mes chers collègues, la pollution tue. Nous devons donc prendre nos responsabilités et défendre l?intérêt général. Ce qui s?impose donc, c?est bien la piétonisation des voies sur berges. C?est l?inverse qui est assassin. Près de 2.500 personnes meurent chaque année à Paris. Cela veut dire 60 fois plus que les morts des accidents de la route. Cela fait 6 à 7 décès par jour. L?absence de pollution ferait gagner deux ans d?espérance de vie aux Parisiennes et aux Parisiens. Cette pollution touche les publics vulnérables, les bébés, les enfants, les personnes âgées et les milieux défavorisés qui cumulent des conditions de vie plus dégradées. Alors, oui, même si ce sera la galère pour certains, nous devons assumer et piétonniser la voie Georges Pompidou, cette autoroute urbaine de 3,3 kilomètres. Moins il y a de voies rapides, moins il y a de voitures, moins il y a de pollution. La baisse du trafic routier sur la capitale a permis déjà, entre 2002 et 2012, de réduire de 30 % les émissions d?oxyde d?azote. Nous devons donc poursuivre. Maintenant soyons clairs : évidemment que la fermeture des voies sur berges ne va pas suffire, évidemment qu?il faut continuer à dissuader l?usage de la voiture individuelle. Cela nécessite aussi de penser l?enjeu de la fabrication même des véhicules, mais surtout repenser l?aménagement du territoire afin de réduire les distances domicile/travail subies. C?est la raison principale qui fait que 23 % des ouvriers utilisent leur voiture quand il ne s?agit que de 12 % des cadres en Région Ile-de-France. L?augmentation du "pass" Navigo imposée par Mme PÉCRESSE, en accord avec le Gouvernement, est une aberration. Alors qu?il faudrait, au contraire, tendre vers plus de gratuité. Le plan réaménagement des lignes de bus sur Paris, hélas, est prévu à moyens constants. Et que dire de la galère dans les trajets en RER ? Les conditions ne cessent de se dégrader du fait des coupes budgétaires et notamment de la maintenance qui est sacrifiée. Quelle décision prend notre Gouvernement de mettre au contraire en concurrence et de privatiser de fait des T.E.R., de développer des cars Macron, sans parler du scandale des autoroutes ? Les logiques libérales, d?où qu?elles viennent, sont anti-écologiques. Sachez par ailleurs que l?égoïsme des riches pollue. Quand l?usage de la voiture chez les ouvriers est contraint par le travail et par la distance domicile/travail du fait de la spéculation immobilière des centres villes, il n?en est pas de même pour la population du 16e arrondissement où 19 % de la population très aisée utilisent les déplacements en voiture quand ce pourcentage n?est que de 10  % sur la capitale. Il n?est pas étonnant d?entendre les échos de discours irresponsables dans les rangs des Républicains. Combien de morts faudra-t-il attendre pour réviser votre logiciel de pensée pro-voitures ? J?espère également que la libération de la Seine ne se traduira pas par une nouvelle emprise des intérêts privés des grandes enseignes. Oui, même s?il reste tant à faire, je voterai pour ce projet de délibération. Mes chers collègues, la santé avant tout !

M. Bruno JULLIARD, premier adjoint, président. - Merci beaucoup, Madame SIMONNET. La parole est à M. le Maire, Christophe GIRARD.

M. Christophe GIRARD, maire du 4e arrondissement. - Madame la Maire, Monsieur le Préfet, Monsieur le Premier adjoint, mes chers collèges.

Il est de notre devoir de regarder l?histoire en face. En effet, la défiguration du centre de Paris, des berges de Seine au pied de Notre-Dame, fut pour les Parisiens d?une grande violence écologique et esthétique dans les années 60 et 70.

Dès 1964, il y a donc plus de 50 ans, plusieurs personnalités protestèrent contre le projet de voie express sur les rives de la Seine, notre fleuve mythique, et adressèrent à André Malraux une lettre signée par Marc Eyrolles, Président du Touring Club de France, Roger Heim de l?Académie des sciences, Directeur du Museum nationale d?histoire naturelle, Jean Paulhan de l?Académie française, Louis Hautec?ur, Secrétaire perpétuel de l?Académie des Beaux-Arts, Gérard Bauër de l?Académie Goncourt, Mme Renée Mayer, fondatrice de la Semaine de la plus belle France, Bernard Champigneulle, Secrétaire général de la Ligue urbaine et rurale et Roger de Vilmorin, Président de la Société nationale de protection de la nature, membre de l?Académie d?agriculture dont voici des extraits : "Voilà, notent ces personnalités, qu?au moment même où une Commission nationale se voit confier la mission de dresser l?inventaire des richesses artistiques du pays surgit brutalement pour la beauté de Paris le plus grave péril qu?elle ait connu depuis un siècle : l?ouverture déclarée urgente sur la rive droite de la Seine entre la Concorde et le pont de Sully d?une voie de circulation express réservée au trafic automobile. Ne suffit-il pas, pour être persuadé de l?impérieuse nécessité de faire opposition à un tel projet, de suivre les quais de la rive droite du pont Royal au pont de Sully ?

Soulignant qu?il est temps encore d?éviter un désastre irréparable, ces personnalités indiquent qu?elles ne comprendraient pas que le ministre chargé des affaires culturelles ne soit pas appelé à donner son avis alors que l?intérêt national est enjeu. En conclusion, elles s?en remettent à lui en toute confiance de la décision finale et demandent instamment qu?en toutes hypothèses, il soit sursis sur les berges de la Seine entre la Concorde et le pont de Sully à toute ouverture de chantier, à tout abattage d?arbres." Le 4 janvier 1968, à quelques heures de l?ouverture de la circulation de la voie express rive droite et du tunnel du Louvre, un article du Monde précise : "A l?origine, il avait été promis que cette partie des berges serait rendue aux piétons dès l?achèvement de la voie expresse, mais cette promesse paraît sur le point d?être oubliée. A l?Hôtel de Ville, plusieurs démarches ont été faites pour que la berge reste ouverte à la circulation. " Faut-il en conclure que les bords de Seine n?ont pas assez payé leur tribut à l?automobile ? Une fois de plus, cette affaire apporte la preuve que face à l?invasion des voitures, il est de plus en plus difficile de réserver aux piétons la place qui leur revient, même dans les sites parisiens voués à la promenade et à la flânerie. Un nouvel article paru dans "Le Monde" le 7 novembre 1972, est titré : "Une nouvelle victoire de l?automobile ?" Le Préfet de Paris présente son projet de voie express rive gauche. Cherchant depuis deux ans à obtenir le consentement des élus parisiens pour mettre en ?uvre ce projet, le Préfet présente alors son mémoire : "J?avais affirmé ma volonté de faire de ce projet une ?uvre qui fut digne de l?incomparable paysage urbain que nous ont légué les siècles passés." Toutefois, comme le précise l?article, pour partager la conviction du Préfet, il faudrait oublier les raisons profondes d?un tel empressement à construire la voie express rive gauche car les motifs sont avant tout financiers, aspect qui prend le dessus sur toute réflexion plus globale sur la place de cette autoroute urbaine dans la ville. On sait - et on le dit - que dans Paris saturée par l?automobile, c?est aux transports en commun qu?il faudrait donner la priorité. Pourtant, on va engloutir des millions dans la Seine face à Notre-Dame. Selon les estimations préfectorales de l?époque, le devis de ce tronçon central est de 300 millions de francs. Dès le début des années 70, les habitants du quartier Notre-Dame, traumatisés par la saignée dans Paris constituée par la voie express rive droite, se sont mobilisés pour empêcher la construction d?une voie rapide à l?identique sur la rive gauche. L'association Notre-Dame s'adressa alors aux deux principaux candidats à l'élection présidentielle de mai 1974 dont les réponses constituent des témoignages très intéressants, cher Eric AZIÈRE. Valéry GISCARD d'ESTAING : "Madame la présidente, j'ai bien reçu votre lettre dans laquelle vous attirez mon attention sur la défense du c?ur historique de Paris auquel je suis tout naturellement attaché. Parmi les points fondamentaux et les perspectives présidentielles que je propose, figure un effort important en faveur des transports en commun. Dans un tel cadre, il est bien certain que le projet de voie expresse rive gauche, après malheureusement celui des voies expresses rive droite, doit être réétudié d'autant plus qu'il risque de porter atteinte à l'un des sites les plus prestigieux de la capital, le site de Notre-Dame". François Mitterand : "Madame la présidente, je vous remercie très sincèrement de la lettre que vous avez bien voulu m'adresser au nom de l'association pour la défense de l'embellissement du site Notre-Dame. Le site de Notre-Dame revêt-il aux yeux de tous un caractère symbolique ? Il y a près d?un siècle et demi déjà qu?il inspirait au jeune Hugo une remarque désabusée : "Tempus edax, homo edacior". Remarque à laquelle on ne peut manquer de songer quand on contemple ces admirables rives de la Seine que tant de siècles ont patiemment modelés et qui risquent en quelques mois d?être à jamais défigurées. Ce qui est en cause, vous le savez comme moi, c?est le pouvoir illimité de l'argent. C'est aussi l'autoritarisme d'une administration qui, à l'exemple du Gouvernement qu'elle sert, prétend régler seule les problèmes qui nous intéressent tous". Enfin, je m'approche de ma conclusion. En mai 1976, il y a donc 40 ans, plusieurs associations de défense de Paris, notamment les droits des piétons, SOS Paris, Prestige et beauté de Paris, le Touring club de France demandent pour une valeur du site Seine, bien massacré, que soient rendues aux piétons les berges de la rive droite entre le pont Louis-Philippe et le pont Neuf, les dimanches et jours fériés de 11 heures à 19 heures pendant l'été. Les informations que je vous ai révélées démontrent clairement qu'il était urgent de rendre les berges aux Parisiens et visiteurs 50 ans plus tard. Ne désespérons pas, comme ce fut le cas pour le Pacs au début du XXIe siècle, de convaincre certains et certaines de nos collègues de l'opposition. Le temps détruit, l?Homme aggrave, tempus edax, homo edacior.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci pour votre éloquence et ce rappel historique important. Je vois que des collègues nous ont rejoints. Je les salue respectueusement. J?espère qu?ils prendront plaisir à écouter sereinement les débats de cette assemblée légitime pour décider de ce dont elle va décider aujourd'hui. La parole est à M. Jacques BOUTAULT, maire du 2e arrondissement, particulièrement concerné par ces projets.

M. Jacques BOUTAULT, maire du 2e arrondissement. - On nous promettait l'embolie, l'asphyxie, la paralysie, il n'en est rien. A peine quelques reports de circulation boulevard Saint-Germain, rue Réaumur et sur les Grands Boulevards. Nous regrettons que le Préfet ait décidé de bloquer pendant six mois tout aménagement du type zone 30 ou modification de sens de circulation qui aurait permis de mieux gérer ces reports. Mais, il était illusoire et inutile de tergiverser. En décidant d'ouvrir aux vélos et piétons la rive droite de la Seine, au c?ur de Paris, sur 3 kilomètres et demi et d?en fermer la circulation aux engins motorisés, notre ville s?inscrit dans le mouvement des grandes métropoles. Partout dans le monde, mais aussi en France, Des centres urbains sont reconquis sur la voiture. Des zones à faibles émissions sont mises en place. Partout, une autre culture des déplacements se développe, qui favorise les moyens de mobilité alternatifs à la voiture. Paris devrait-il rester en dehors de cette dynamique ? Pour la droite, il semble que oui. Devenue climatosceptique à l'échelon national, elle redevient "probagnole" à l'échelon parisien, ce qui a au moins le mérite de la cohérence. Je voudrais toutefois rappeler le succès de la piétonisation des berges rive gauche que nos collègues de l'opposition municipale avaient combattue avec la même véhémence avec laquelle ils s'opposent aujourd'hui à la piétonisation de la rive droite. Piétonisation sur laquelle plus personne, y compris l'opposition municipale, ne souhaite revenir. Rendus aux piétons en 2013, les quelque 2 kilomètres de rive gauche ont accueilli depuis cette reconquête plus de 6 millions de visiteurs dont de nombreux touristes, ce qui est bon pour notre économie. Le bilan environnemental est tout aussi prometteur. Mieux protégé cet espace de vie a vu redynamiser sa biodiversité. Les berges de la Seine voient se développer une flore typique, unique. Or, au même titre que la lutte contre le réchauffement climatique, la préservation de la biodiversité est un enjeu majeur. Nous prenons conscience que l?avenir de la terre est lié au maintien de cette biodiversité qui contribue au bien-être des êtres humains, à leur subsistance, à leur sécurité, à l'adaptabilité des sociétés, aux relations sociales et à la santé. Pourtant, l'Union internationale pour la préservation de la nature a récemment publié des chiffres accablants. La France fait partie des dix nations qui abritent le plus d'espèces menacées. A ce titre, je me réjouis que l'Exécutif ait accepté la proposition formulée par Marc DUFUMIER, président de la fondation René-Dumont, formulée au nom d'une cinquantaine de personnalités du monde de l'environnement, de faire de la biodiversité la citoyenne d'honneur de la Ville. C'est un beau symbole et ce d'autant plus que cette reconquête des berges est une des actions concrètes de notre majorité pour lutter contre l'érosion de cette biodiversité. Nous avons cependant encore des marges de progrès. Les berges sont trop minérales, il faut les débétonniser pour redonner plus de place à la nature et désimperméabiliser les sols, ce qui en outre permettrait de mieux lutter contre les risques d'inondations liés aux crues. Nous souhaitons plus d'espaces verts et de pleines terres dans cette phase de reconquête de nos berges. Le groupe des Ecologistes demande que Paris définisse des objectifs concrets, quantitatifs, ambitieux qui devront figurer dans le second Plan biodiversité qui sera présenté dans quelques mois devant notre Assemblée. Avec la piétonisation des berges rive droite doit s'opérer par ailleurs le réaménagement des quais hauts avec une nouvelle offre de transport en commun en site propre accompagnée d'un accroissement des fréquences de lignes de bus existantes de manière à pouvoir offrir une alternative supplémentaire et de qualité. Alors même que le nouvel Exécutif régional réoriente ses investissements vers un développement du réseau routier favorisant la voiture individuelle, notre Ville, avec la reconquête de son fleuve et ses investissements importants dans les nouvelles formes de mobilité peut être fière de préparer un autre futur pour ses enfants. Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci à vous, Monsieur le maire du 2e arrondissement. La parole est à M. Didier LE RESTE, pour le groupe Communistes et Front de Gauche.

M. Didier LE RESTE. - Merci, Madame la Maire. L'urgence de poursuivre la lutte contre les pollutions est une question fondamentale pour notre majorité. Lors des dernières élections municipales, nous avons pris des engagements clairs, concrets pour les diminuer et améliorer ainsi le cadre de vie de toutes et tous. Nous nous sommes également engagés à poser les premiers jalons de la transition écologique de notre ville. La création du Paris de demain, un Paris durable et respectueux de son environnement, implique un profond changement de nos modes de vie et de notre économie. Elle implique également un renouvellement total de nos déplacements pour les personnes comme pour les marchandises. Nous soutenons activement le plan général de lutte contre la pollution mené par l'Exécutif parisien. Il va dans le bon sens et propose un certain nombre de solutions pour améliorer la qualité de vie des Parisiennes et des Parisiens. Nous sommes également favorables au principe d?ouvrir davantage d?espaces à la circulation piétonne et aux circulations douces. Il est temps de remettre l'humain au c?ur de l'utilisation de notre ville dont la majorité de l'espace public est aujourd'hui accaparée par les déplacements automobiles dont plus de 60 % sont du transit. Nous suivons donc le projet d'ouvrir les berges de Seine à la promenade piétonne. Mais, nous ne suivons pas sans réserve et sans remarque. Un patrimoine fondateur de Paris est en passe de redevenir un lieu de vie et nous nous en félicitons. Mais nous devons mener ce projet étape par étape, dans la concertation, comme le disait Nicolas BONNET-OULALDJ avant moi, et surtout avec des moyens conséquents pour traiter ce problème de manière globale. Nous voulons offrir à ceux qui vivent, ceux qui travaillent à Paris comme à tous ceux qui la visitent, davantage d'espaces libérés de la voiture, ceci pour leur santé comme pour leur bien-être. Mais Paris n?est pas qu?une ville touristique, c'est une ville où des centaines de milliers de salariés créent de la richesse, produisent des biens et des services. C'est une ville en connexion permanente avec les autres villes d'Ile-de-France pour l'économie comme pour les loisirs. Si nous voulons garder ce dynamisme, si nous voulons continuer à faire de Paris une ville qui bouge et pas une ville musée, nous ne devons pas limiter la mobilité dans Paris. Il faut réduire, certes, la part des véhicules polluants mais il convient dans le même temps d?assurer une alternative propre. Je pense bien entendu aux circulations douces, comme le vélo, et aux services que pourraient rendre, de ce point de vue, le rail et le fluvial dans une conception multimodale. La réponse à ce problème est celle que nous développons inlassablement : il faut mettre les moyens nécessaires pour développer cette alternative non polluante. Ce n?est pas une marotte ou une obsession, mais bel et bien la principale réponse au problème de la dégradation de l?environnement par l?activité humaine. Nous avons l?obligation d?organiser ce report modal des déplacements automobiles et nous devons tout faire pour que le décalage, entre le temps d?application de nos propositions et celui de la mise en ?uvre des modes de transports alternatifs, soit raccourci. Se contenter de mesures isolées, sans traiter le problème de manière globale, serait à nos yeux une grave erreur. La Mairie s?inscrit dans cette démarche mais elle ne peut pas tout faire toute seule. A fortiori, avec les réductions des dotations budgétaires de l?Etat et les non-réponses de la Région Ile-de-France sur des dossiers structurants. C?est pourquoi nous soumettons un v?u au Conseil de Paris. Nous souhaitons que notre Ville s?engage encore davantage pour cette transition écologique, en redoublant d?efforts auprès de l?Etat pour réaffirmer ses demandes de financement des transports collectifs à la hauteur des besoins. Nous demandons un abaissement de la TVA à 5,5 % pour les investissements des collectivités et une augmentation du versement transports dans les zones les plus favorisées en matière de développement économique. Nous demandons plus de ressources pour achever plus rapidement nos projets de transports propres. Nous souhaitons également que le Syndicat des transports d?Ile-de-France bénéficie de plus de responsabilité dans l?organisation de la mobilité durable et qu?il bénéficie des marges de man?uvre supplémentaires pour faire avancer le développement des aménagements cyclables en Ile-de-France. Nous approuvons le principe global de la lutte contre la pollution à Paris, comme nous approuvons ce projet, mais à condition de se donner des vrais moyens pour le réaliser. Ce temps de latence entre l?ancien modèle et le nouveau entraînera des difficultés importantes. Il faut à tout prix mettre nos énergies en commun pour réduire ce temps à son minimum. Au-delà des man?uvres politiciennes, nous opposons une vision d?un service public qui avance pour développer des solutions sur le long terme. Notre rôle à nous, élus, c?est de ne pas lui faire défaut, en lui donnant les capacités de le réaliser efficacement et de réaliser aussi les ambitions que nous portons avec les Parisiennes et les Parisiens. Des ambitions pour une société nouvelle, où vivre de façon durable ne dépend pas seulement des initiatives personnelles mais de l?intérêt général, c?est permettre en somme à une action politique d?améliorer les conditions de vie de l?ensemble de la population. Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci, Didier le RESTE. La parole est à M. LELLOUCHE, pour le groupe les Républicains.

M. Pierre LELLOUCHE. - Merci, Madame. Je voudrais d?abord après vous saluer nos collègues d?Ile-de-France qui sont venus nous rejoindre. Je veux profiter de cette occasion ce matin et de ce débat pour vous inviter, Madame la Maire, à méditer sur cette phrase de Montesquieu, tirée de "L?esprit des lois" publié en 1748, qui résume à elle seule l?un des fondements de notre vie démocratique. Montesquieu nous dit : "Pour qu?on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir." Or, à Paris, aujourd?hui tout semble indiquer que votre pouvoir, Madame la Maire, ne rencontre plus aucune limite ni aucun contre-pouvoir digne de ce nom. Pourtant, votre pouvoir, vous ne le tirez point de vos performances électorales personnelles dans le 15e arrondissement - où, dois-je vous le rappeler, vous n?avez rassemblé sur votre nom que 19 % des voix au premier tour et 36 % au second - mais d?une loi baroque, la loi PLM qui, fondée sur le nombre d?habitants et non sur le nombre des électeurs, vous garantit une sorte de majorité automatique grâce aux Conseillers de Paris issus de l?Est parisien. Voici pour votre légitimité imparfaite car, je veux le rappeler, vous n?êtes pas élue, contrairement à tous les autres maires de France, au suffrage universel direct?

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Nulle part en France les maires ne sont élus au suffrage universel direct, permettez-moi juste de rapporter cette information.

M. Pierre LELLOUCHE. - Mais venons-en à l?usage que vous faites de ce pouvoir et aux contre-pouvoirs, Madame la Maire, que vous semblez ignorer - je vous remercie de me laisser la parole - pour prendre une décision aussi lourde de conséquences pour la vie quotidienne de centaines de milliers de Franciliens et de Parisiens. La loi dispose d?au moins trois contre-pouvoirs. Tout d?abord, la consultation des riverains. Vous en avez sciemment déformé les résultats et simplement ignoré tout ce qui pouvait vous gêner. L?enquête publique en deuxième lieu. Celle-ci a bien eu lieu, mais là encore vous avez souverainement ignoré son avis négatif, pourtant étayé par des arguments de fonds. Reste enfin l?avis conforme du Gouvernement, en l?occurrence celui du Préfet de police représentant le ministre de l?Intérieur, mais là encore, par le jeu de combinaisons internes au Parti socialiste, il semble que vous ayez déjà obtenu un avis favorable, il est vrai assorti d?une période de six mois. Elle s?imposait, cette période. Dois-je rappeler que nous vivons en état de guerre contre le terrorisme islamique, dixit le président de la République, et que nous vivons sous l?empire de l?Etat d?urgence prorogé à nouveau au mois de juillet dernier, après les attentats de Nice ? Lors des attentats de Paris, Monsieur le Préfet, nous en avons parlé, pas moins de 123 véhicules de police et d?urgence ont dû intervenir. Que ferons-nous si nous sommes à nouveau attaqués au centre de Paris ? Le Préfet, ce matin, nous a indiqué - c?est une bonne chose car sur ce point nos arguments ont été entendus et je l?en remercie - qu?une voie spéciale devrait être créée sur les quais bas en permanence pour permettre l?acheminement des véhicules de secours et de police. C?est le moins. Il faudra voir comment ce système va fonctionner dès lors que l?on va ouvrir en même temps aux piétons. En plus de ces contre-pouvoirs fixés par la loi, Madame la Maire, vous auriez pu avoir l?élégance de consulter les élus d?arrondissement concernés. Vous vous en êtes bien gardée et vous avez, là encore, souverainement ignoré toutes les contre-propositions émanant de notre groupe. Comme vous avez souverainement ignoré les élus franciliens, qui représentent tout de même 10 millions de compatriotes de droite ou de gauche, et vous ont fait valoir à quel point cette brutale interruption de la circulation sur la voie Georges Pompidou crée une situation extrêmement difficile et de surcroît discriminatoire pour ces citoyens-là. C?est un de vos collègues socialistes qui, dans "Le Monde", se rappelle ce week-end, je le cite, Madame la Maire, je cite Olivier FAURE : "Le premier outil de la mixité sociale, écrit-il, est la mobilité." En effet, et j?ajouterai pour ma part qu?il est curieux de voir une municipalité de gauche instaurer une sorte de double peine aux banlieusards : ils ne peuvent pas loger dans Paris parce que c?est trop cher et, en plus, vous leur infligez des temps de transports supplémentaires insupportables. Mais sûre de votre idéologie?

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Je demande à la tribune de ne pas manifester? Attendez, Monsieur LELLOUCHE, je demande aux maires qui sont dans la tribune, et que j?accueille tout à fait avec plaisir parce que nous sommes des Républicains? Bien, je vais demander une suspension de séance.