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Septembre 2016
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Vœu déposé par le groupe Socialiste et Apparentés relatif à la dénomination d'un espace Elie Wiesel dans le 3e.

Débat/ Conseil municipal/ Septembre 2016


 

M. Mao PENINOU, adjoint, président. - Nous passons à l'examen du v?u n° 46. Le même jour que Michel Rocard disparaissait un prix Nobel, Elie Wiesel. M. Pierre AIDENBAUM pour nous en parler.

M. Pierre AIDENBAUM, maire du 3e arrondissement. - Monsieur le Maire, mes chers collègues, le 11 juillet dernier, Mme la Maire de Paris nous avait rassemblés dans les salons de l'Hôtel de Ville pour rendre un hommage unanime et solennel à Elie Wiesel qui a consacré sa vie à la mémoire de la Shoah et à la dénonciation des persécutions dans le monde, et dont la disparition est une perte immense pour l'humanité. Revenu de l'enfer des camps de la mort, Elie Wiesel a toujours considéré que son histoire était impossible à décrire, encore moins à comprendre et pourtant nécessaire à raconter. Lorsqu'il reçut le prix Nobel de la paix en 1986, le Comité l'honora avec ces mots : "Sorti de l'abysse des camps de la mort, il est devenu un messager pour l'humanité, porteur non pas d'un message de haine ou de revanche mais de fraternité." Sans relâche, Elie Wiesel a tenté de trouver les mots; sans relâche, il s'est élevé contre l'injustice, l'indifférence et l'oppression. Je le cite: "J'ignore comment j'ai survécu. Trop faible et trop timide, je n'ai rien fait pour. Cependant, ayant survécu, il m'incombe de conférer un sens à ma survie. Je témoigne avant tout pour les jeunes d'aujourd'hui, pour les enfants qui naîtront demain, afin que mon passé ne devienne pas leur avenir." Elie Wiesel incarnait mieux que quiconque le devoir de mémoire, cette obligation de témoigner, de se souvenir et de ne jamais oublier. Dans son plaidoyer intitulé "Le monde apprendra-t-il jamais" prononcé à Buchenwald où son père est mort, il s'interroge sur ceux qui pourraient dire à son père, sur ce que le monde lui a appris, et je le cite encore : "Le monde n'a pas appris, beaucoup d'entre nous étions convaincus qu'au moins une leçon aurait été tirée, apprise, que jamais il n'y aurait plus de guerre, que la haine n'est pas une option, que le racisme est stupide, et la volonté de conquérir est dénuée de sens. Il est temps de rassembler les gens, la mémoire doit rassembler les gens plutôt que les diviser. Les souvenirs ne doivent pas semer la colère dans nos c?urs mais, au contraire, un sentiment de solidarité pour tous ceux qui ont besoin de nous." A sa libération du camp, Elie Wiesel, alors orphelin et apatride, est recueilli en France, à l'âge de 13 ans, par l'?uvre de secours aux enfants, l'O.S.E., qui avait son siège dans le 3e arrondissement. C'est un grand honneur pour moi, comme maire de cet arrondissement, et c'est avec une grande émotion que le 3e arrondissement va inscrire la mémoire d'Elie Wiesel dans le quotidien des Parisiens en attribuant son nom au square du Temple, ainsi qu?il a été proposé par la Commission de nomination des voies présidée par Catherine VIEU-CHARIER que je voudrais remercier chaleureusement. Ce square est emblématique du 3e arrondissement, il est vivant, convivial, paisible, un jardin dans lequel on aime se retrouver non loin d'un autre jardin qui porte le nom d'Anne Frank et qui a accueilli, en mai dernier, les statues à la mémoire de Paul Celan, le poète de la traversée d'Auschwitz. A travers cet hommage à Elie Wiesel, je veux rendre hommage naturellement à toutes celles et ceux, et c'est cela le symbole, les plus nombreux hélas qui ne sont pas revenus. Celles et ceux dont le visage et la voix ne seront jamais perdus. Il est plus que jamais urgent de ne pas oublier et surtout de réfléchir à ce que cette mémoire implique de nos jours. Je terminerai en rappelant une dernière phrase d'Elie Wiesel qui disait : "L'oubli est le crime numéro 2." Je vous remercie.

M. Mao PENINOU, adjoint, président. - Merci beaucoup, Pierre AIDENBAUM. La parole est à M. JULLIARD pour vous répondre.

M. Bruno JULLIARD, premier adjoint. - Merci beaucoup, Pierre AIDENBAUM, pour ce très beau v?u et cette non moins belle présentation que vous venez de nous livrer. C'est un v?u très important qui rend hommage à Elie Wiesel, une personnalité unique qui nous manque déjà cruellement collectivement. Vous l'avez rappelé, un rescapé de la Shoah qui n'a cessé, sa vie durant, d'interpeller, d'attirer notre attention sur nos erreurs passées, d'éviter de répéter l'horreur et le crime le plus abominable du XXe siècle afin que nous puissions en tirer les leçons dans nos engagements quotidiens, et surtout pour préparer l'avenir. Suite à son décès, c'est avec tristesse que nous lui avions rendu hommage le 11 juillet dernier, ici même à l'Hôtel de Ville, et c'est maintenant avec fierté et par devoir que nous devons ancrer sa mémoire dans le paysage parisien, à travers son nom, son histoire, son engagement, et ce qu'il représente, ni plus ni moins qu'une source d'inspiration pour faire face à nos défis contemporains, à nos fléaux du XXIe siècle qui voudraient nous plonger à nouveau dans les eaux ténébreuses de la haine, du racisme, de l'antisémitisme et de l'intolérance. C'est donc un avis favorable à ce v?u. Depuis son adoption au Conseil d'arrondissement du 3e arrondissement, le lieu a été déterminé en Commission de dénomination le 22 septembre 2016, et vous l'avez cité, il s'agira du square du Temple, en face de la mairie du 3e arrondissement, très beau lieu pour ce grand nom, Elie Wiesel. Avis très favorable à ce v?u.

M. Mao PENINOU, adjoint, président. - Je mets aux voix, à main levée, la proposition de v?u déposée par le groupe Socialiste et Apparentés, assortie d'un avis favorable de l'Exécutif. Qui est pour ? Contre ? Abstentions ? La proposition de v?u est adoptée à l'unanimité. (2016, V. 274). Je vous en remercie.