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Septembre 2016
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Conseil Municipal
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Vœu déposé par le groupe Socialiste et Apparentés relatif à l'attribution de la Citoyenneté d'Honneur de la Ville de Paris à M. Can DÜNDAR.

Débat/ Conseil municipal/ Septembre 2016


 

M. Emmanuel GRÉGOIRE, adjoint, président. - Nous allons tout d?abord examiner le v?u non rattaché n° 102 relatif à l?attribution de la citoyenneté d'honneur de la Ville de Paris à M. Can DÜNDAR et je donne la parole à M. le Président du groupe Socialiste et Apparentés, Rémi FÉRAUD.

M. Rémi FÉRAUD, maire du 10e arrondissement. - Merci, Monsieur le Maire. La Turquie occupe l'une des dernières places dans le dernier classement mondial de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières. Actuellement, 35 journalistes y sont incarcérés pour leurs opinions. Le contexte politique s'est considérablement tendu ces dernières années, en particulier ces derniers mois, et nous avons à plusieurs reprises exprimé ici-même au Conseil de Paris nos inquiétudes pour le respect des Droits de l'Homme, la liberté d'expression et la liberté de la presse en particulier. Can DÜNDAR, rédacteur en chef du journal laïque et progressiste "Cumhuriyet", est ainsi accusé aujourd'hui de violation du secret de l'Etat et d'espionnage après la publication en mai 2014 de preuves en images de la livraison d'armes par des camions des services du renseignement turc à des rebelles islamistes en Syrie. Il est ensuite condamné le 6 février 2016 pour violation du droit de la liberté et de la sûreté individuelle. Le 6 mai, alors qu?il se rendait à un point presse devant le Palais de justice pour réagir à sa condamnation, il est victime d'une tentative de meurtre. 2 heures après, la Cour se prononce pour une condamnation de 5 ans et 10 mois ferme. Le journaliste a fait appel de cette décision. Can DÜNDAR séjourne actuellement en Allemagne tandis que sa femme a été empêchée de prendre un vol pour partir d?Istanbul, son passeport ayant été confisqué par les autorités turques. Depuis sa condamnation, Can DÜNDAR demeure fortement engagé pour la liberté d'expression et la défense de la liberté de la presse, notamment aux côtés de Reporters sans frontières, engagement pour lequel il a reçu la médaille de la Ville de Paris lors de la célébration de la Journée mondiale de la liberté de la presse, le 2 mai dernier. Par ce v?u, le groupe Socialiste souhaite ainsi attirer l'attention de la communauté internationale sur son sort particulièrement préoccupant ainsi que sur la situation générale en Turquie, où le durcissement du régime ERDOGAN conduit à une répression inacceptable, notamment contre la population kurde, les intellectuels, les journalistes, les avocats et tous ceux qui combattent pour la liberté. Comme le titrait "Le Monde" la semaine dernière, la répression s'emballe en Turquie. La Ville de Paris est depuis longtemps engagée en faveur de la liberté d'expression, de la protection des journalistes et de l'indépendance de l'information. C'est pourquoi nous proposons par ce v?u que Can DÜNDAR soit élevé à la dignité de citoyen d'honneur de la Ville de Paris. Je vous remercie.

M. Emmanuel GRÉGOIRE, adjoint, président. - Merci, Monsieur le Président. Pour vous répondre, la parole est à M. Patrick KLUGMAN.

M. Patrick KLUGMAN, adjoint. - Merci, Monsieur le Maire. Je voudrais vraiment remercier Rémi FÉRAUD et le groupe Socialiste d'attirer l'attention du Conseil, et je l'espère bientôt au-delà, sur la situation de Can DÜNDAR. Rémi FÉRAUD a tout dit de cet homme qui, dans son pays, où il ne peut plus se rendre, est un symbole pour tous ceux qui espèrent, croient encore à la possibilité d'une démocratie en Turquie. Can DÜNDAR était le directeur emblématique du principal organe de presse libre en Turquie. Il a été poursuivi pour des raisons purement politiques. Son procès a été dénoncé dans le monde entier, et c'est à ce moment-là que, sous l'égide de Reporters sans Frontières, la Ville de Paris lui a remis une médaille qui avait été en l'occurrence remise à sa femme et, quelques jours après - nous étions le 2 mai -, le 6 mai, au verdict de son procès quelqu'un tentait de l'assassiner et sa femme le sauvait de l'assassinat qui lui était promis. Nous suivons attentivement la situation de Can DÜNDAR. Non seulement nous lui avons remis cette médaille de la Ville comme une sorte de protection symbolique que nous pouvions lui conférer, mais dès qu?il a pu, nous l'avons reçu ici à l'Hôtel de Ville et il a eu ces mots, c'était avant le durcissement à Istanbul et en Turquie : "Pour moi, ma place est plus utile en prison en Turquie qu?en exil ailleurs." Le fait que tous ses camarades soient emprisonnés, poursuivis, menacés, a rendu sa situation totalement différente et ses choix différents. Aujourd'hui, il est en Allemagne, il aimerait que sa femme puisse le rejoindre et c'est à ce titre que ce médaillé, nous vous demandons à la demande du groupe Socialiste mais aussi de l'Exécutif, à ce qu'il soit fait notre citoyen d'honneur, conformément aux citoyens d'honneur que nous avons décorés ici dans cet hémicycle, toujours de manière très consensuelle. Cela a toujours été extraordinairement important pour ceux qui ont reçu cette distinction. A cet égard et je m?arrêterai là, hier nous recevions une autre citoyenne d'honneur de la ville de Paris, Shirin EBADI, qui a attiré notre attention sur une autre médaillée de la même promotion que Can DÜNDAR, qui est Nargesse MOHAMMADI, qui est lui aussi poursuivi en Iran et menacé de mort. C'est aujourd'hui la citoyenneté d'honneur de Can DÜNDAR mais je ne veux pas que nous oubliions chacune des personnes pour lesquelles nous nous battons et pour que leur liberté soit préservée. Je vous remercie de voter la citoyenneté d'honneur de Can DÜNDAR.

M. Emmanuel GRÉGOIRE, adjoint, président. - Merci beaucoup. J?ai une demande d'explication de vote pour le groupe Ecologiste de Paris, de M. Jérôme GLEIZES.

M. Jérôme GLEIZES. - Merci, Monsieur le Maire. Le groupe Ecologiste de Paris votera bien sûr ce v?u qui est tout à fait logique mais il aimerait quand même que l'on passe par la procédure classique de mise en place de la citoyenneté d'honneur. Malheureusement, sur la situation turque aujourd'hui, depuis le coup d'Etat avorté en juillet la répression est très importante et ce sont des centaines d?universitaires, ce sont des dizaines de journalistes, dont on a parlé, qui mériteraient eux aussi d'avoir ce statut de citoyenneté d'honneur. Je pense qu?il faut qu?on s'adapte aussi aux circonstances et qu'on voie qu'il y a d'autres personnes qui méritent tout aussi bien cette citoyenneté d'honneur. A un moment, on risque d'être pris par l'engrenage. En effet, ce qui se passe actuellement en Turquie aujourd'hui est très inquiétant pour les libertés, notamment par rapport à des universitaires qui sont arrêtés parce qu?ils sont intellectuels. On était déjà intervenu au sujet de l?assassinat de Hrant Dink et l?on vient d?apprendre qu?en fait c?est un assassinat qui a été commandité. On est dans une situation assez dangereuse. Je ne reviens pas sur l?histoire de Hrant Dink par rapport à la cause arménienne en Turquie, par rapport à ces hommes courageux qui, en Turquie, ont dénoncé les dérives. Or, aujourd'hui, on est passé au-delà de ce qui s'est déjà passé au mois de mai au moment de la tentative d'assassinat. On est dans une révision totale de la politique turque, qui est très inquiétante. D'ailleurs, les révélations qui ont été faites par le journaliste ont été confirmées par l'intervention turque dans le Nord syrien. Tout cela illustre le lien entre les services secrets turcs et les islamistes syriens.

M. Emmanuel GRÉGOIRE, adjoint, président. - Merci beaucoup. Je mets aux voix, à main levée, le v?u n° 102 avec un avis favorable de l'Exécutif. Qui est pour ? Qui est contre ? Qui s'abstient ? Le v?u est adopté. (2016, V. 293).