Précisez votre recherche (les choix sont cumulatifs) :
> PAR ANNÉE  
Septembre 2016
> PAR TYPE DE CONSEIL (MUNICIPAL / GÉNÉRAL)  
Conseil Municipal
> Type de document (Débat / Délibération)  

2016 DASES 340 G - Subvention (149.024 euros) et avenant avec l'association "Gaïa Paris" (11e) pour les travaux d’aménagement d’une salle de consommation à moindres risques sur le site de l’hôpital Lariboisière (10e).

Débat/ Conseil municipal/ Septembre 2016


 

M. Ian BROSSAT, adjoint, président. - Nous examinons le projet de délibération DASES 340 G. Il s?agit de la subvention et de l?avenant avec l?association "Gaïa Paris" pour les travaux d?aménagement d?une salle de consommation à moindres risques sur le site de l?hôpital Lariboisière dans le 10e arrondissement. C?est un dossier dont nous avons largement débattu au cours des mois, voire des années passées. La parole est d?abord à M. Philippe GOUJON, pour cinq minutes.

M. Philippe GOUJON, maire du 15e arrondissement. - Merci, Monsieur le Maire. C?est vrai qu?on en a souvent débattu, on va donc redire des choses, on les dit avec conviction toujours. Avec cette fausse bonne idée, vous rompez le consensus des politiques de lutte contre les drogues menées par tous les Gouvernements successif depuis 20 ans. Ces salles ne sont ni utiles, ni souhaitables. Premièrement, depuis Simone VEIL et Michèle BARZACH, tous les Gouvernements, de droite comme de gauche d?ailleurs, ont appliqué une politique de réduction des risques dont j?ai moi-même été l?auteur à Paris, avec Jacques CHIRAC lorsqu?il était Maire, qui fait aujourd?hui de la France le pays qui a, de ce point de vue, la politique la plus aboutie. La France est le seul pays à avoir inscrit le principe de prévention dans la loi Santé de 2004. L?offre française de réduction des risques est l?une des plus performantes au monde avec plusieurs centaines de structures d?accueil dont l?une d?entre elle est même consacrée aux usagers de "crack" à Paris. Les résultats sont probants : la moitié des héroïnomanes bénéficie de traitements de substitution. 2/3 des usagers réguliers sont pris en charge dans des centres spécialisés, les décès par overdose ont été divisés par 5, on en a cinq fois moins qu?en Allemagne pourtant pays des salles de "shoot". Les contaminations par V.I.H. ont été divisées par 4 et sont tout à fait marginales aujourd?hui. Les seuls pays au monde qui ont recours aux salles de "shoot" n?obtiennent pas de résultats probants sur ce point. Ces pays ont des scènes de drogue qui n?ont rien à voir avec ce que l?on peut rencontrer en France et considèrent que chacun peut user de sa santé comme il l?entend. Ce n?est pas la conception française où la mission de santé publique est d?ailleurs inscrite dans le préambule même de la Constitution. Les Nations Unies les condamnent, comme les Académies de médecine, de pharmacie, l?Ordre des médecins. La prévalence à l?héroïne - il faut le dire - est quatre fois plus élevée en Suisse, deux fois plus en Espagne, au pays des salles de "shoot" : les Suisses en ont même restreint l?accès, comme on l?a vu quand nous avons visité avec Pierre-Yves BOURNAZEL le Quai 9 à Genève. Si ces salles ne sont pas utiles, elles ne sont pas non plus souhaitables. En permettant des intoxications médicalement assistées, elles brouillent finalement le message de l?Etat qui ne peut mener une politique de désintoxication et en même temps faciliter la consommation en l?organisant ou en l?accompagnant au lieu de la réduire et envoient ainsi un message contradictoire aux éducateurs, aux familles, aux milliers d?usagers qui cherchent à rompre avec leur addiction et banalisent l?usage de la drogue puisque dispensée sous supervision de l?Etat, soit en quelque sorte une dépénalisation de fait, premier pas vers la légalisation. Ensuite, elles lèvent l?interdit de la consommation de drogues auquel sont sensible quand même une bonne moitié des jeunes selon les enquêtes "Escapad", et introduisent une déstructuration des repères, légitimant et banalisant la drogue alors qu?en la matière les interdits sont essentiels, je ne fais que reprendre les mots de Manuel VALLS, le Premier Ministre, et que dans le même sens, le Gouvernement tente à juste titre d?ailleurs de proscrire le tabac. Où est la cohérence ? Ces salles ne résoudront pas non plus la contamination des usagers problématiques de drogues à l?hépatite C, la plupart d?entre eux sont hélas déjà porteurs de ces morbidités en dépit de la politique d?échanges de seringues stériles. Les usagers problématiques eux-mêmes se méfient de ces salles car ils craignent de toute façon d?être fichés par les autorités. Ils les fréquentent assez peu, préférant consommer sans délai la drogue dans les rues avoisinantes, comme on a pu le voir à Genève, d?autant qu?elles ne sont ouvertes qu?aux heures de bureau, pour un coût quand même supérieur à un million d?euros par an. On pourrait l?utiliser à autre chose dans le domaine de la lutte contre la drogue. La salle du 10e arrondissement ne réglera pas les problèmes d?insécurité, voire les aggravera en suscitant un point de fixation et d?attraction des toxicomanes et en développant un trafic alentour, comme au Quai 9 où une mafia géorgienne s?est installée, car seule salle en France. Et contrairement aux affirmations que j?ai entendues, M. JOMIER notamment dans cette enceinte, Bordeaux n?en ouvre pas, pas plus que Marseille. Nous ne proposons évidemment pas de laisser les usagers problématiques de drogue à leur triste sort et, bien au contraire, nous voulons les accompagner dans la guérison, pas dans l?autodestruction, mais en utilisant les moyens que vous leur consacrez, c?est-à-dire cette somme, avec en plus tout ce que vous dépensez pour la réalisation de la salle, de multiplier les équipes mobiles, renforcer les unités hospitalières consacrées à l?addictologie et les communautés thérapeutiques qui les accompagneront vers le sevrage, envoyer des équipes mobiles dans les squats et dans tous les lieux difficiles. Alors voilà, nous vous demandons une fois de plus de renoncer à ce pari fou consistant à aider les toxicomanes les plus atteints en les accompagnant dans leur dépendance au lieu de les aider à en sortir. Merci.

M. Ian BROSSAT, adjoint, président. - Merci, Monsieur GOUJON. La parole est à M. BOURNAZEL pour cinq minutes également maximum.

M. Pierre-Yves BOURNAZEL. - Merci, Monsieur le Maire. Comme vient de le dire Philippe GOUJON, nous sommes tous attachés à la réduction des risques et nous souhaitons d?ailleurs renforcer la politique de prévention en la matière, et renforcer les centres de lutte contre les addictologie, cela nous paraît une priorité fondamentale. Sur ce point, je pense qu?il y a encore mieux et plus à faire. Déborah PAWLIK, élue du 10e arrondissement, ma collègue, est intervenue à plusieurs reprises sur ce sujet, notamment au Conseil du 10e arrondissement et je voudrais ce matin relayer son positionnement et ses propos. Ce matin, la salle de "shoot", mais nous ne l?évoquons que par le biais de l?attribution d?une subvention. Un projet de délibération qui porte d?ailleurs à près d?un million d?euros maintenant l?ouverture de la salle de "shoot". Oui, nous assumons que la Région Ile-de-France ne financera pas cette salle de "shoot". Nous sommes cohérents d?ailleurs sur cette question puisque c?est l?un de nos engagements de campagne. J?étais d?ailleurs avec Déborah PAWLIK, en novembre dernier, à une rencontre avec les riverains du quartier et cet engagement a été tenu devant eux. Vous n?évoquez donc l?ouverture de cette salle de shoot que pour lui accorder une rallonge financière, mais c?était l?occasion de faire un point d?information. Malheureusement, nous n?avons pas de point d?étape général ici. Je voudrais vous interroger sur l?intérêt des riverains, aborder cette question essentielle des conditions de son ouverture pour lesquelles il n?y a pas de transparence. Concernant tout d?abord les conditions de sécurité autour de la salle de "shoot", le plus grand flou entourait le projet lorsque vous en avez entériné le principe. Est-ce qu?aujourd?hui vous êtes en mesure de nous amener des éléments de clarification ? Pouvez-vous nous annoncer aujourd?hui les mesures spécifiques qui seront mises en place pour assurer la sécurité et la tranquillité des riverains ? Cette question se pose avec d?autant plus d?acuité qu?il y a quelques jours un homme a malheureusement été retrouvé devant le 9, rue Ambroise-Paré gisant dans son sang. Qu?on ne nous dise pas que la question de la sécurité ne se pose pas dans le quartier. Lorsque Déborah PAWLIK a posé le débat en Conseil d?arrondissement, il lui a été répondu que quatre agents de sécurité de société privée avaient été recrutés. La sécurité dans le quartier va donc être assurée par des vigiles sans effectifs policiers supplémentaires ? J?aimerais avoir une réponse à cette question, les riverains l?attendent. Qu?en sera-t-il également de la lutte contre les trafics de drogue dans le quartier ? Là encore, nous n?avons pas de réponse. Les exemples étrangers, Genève par exemple, où nous étions effectivement avec Philippe GOUJON, ont montré que la police n?intervenait pas autour des salles de "shoot", je cite : "pour ne pas stresser les consommateurs". Enfin, je voudrais évoquer la circulaire du 13 juillet dernier. Dans cette circulaire, l?identité de l?usager devra être contrôlée à l?arrivée de la salle de "shoot". Il est proposé que soit mis en place un système de carte attestant de l?inscription du toxicomane à la salle de shoot. Nous y voyons d?ores et déjà un effet pervers car évidemment les toxicomanes détenteurs de la carte ne seront pas interpellés dans la zone de la salle de "shoot". Dans ce cas, chaque toxicomane aura intérêt à disposer de cette carte, sans forcément se rendre à la salle de "shoot", pour être simplement tranquillisé et continuera ainsi à consommer ces produits stupéfiants sur la voie publique et surtout à les acheter à un certain nombre de trafiquants. Il a été indiqué à Déborah PAWLIK d?ailleurs en Conseil d?arrondissement que ce système pourrait ne pas être retenu à Paris. Très bien, nous souhaitons donc en avoir confirmation claire aujourd?hui, car il semble vraiment problématique. Enfin, la situation des personnels de la salle est bien ambiguë aussi, puisqu?ils ne peuvent pas contrôler les substances injectées mais peuvent faire l?objet de poursuite pour homicide involontaire en cas d?accident. Là encore nous avons du mal à comprendre la logique qui anime tout cela. Nous regrettons donc, encore une fois, que sur des questions très importantes entourant l?ouverture de cette salle, les vraies questions ne soient pas mises sur la table. L?ensemble des points évoqués inquiète les riverains. Il faut l?accepter. Je vous demande des réponses concrètes dans l?intérêt général.

M. Ian BROSSAT, adjoint, président. - Merci. La parole est à Anne SOUYRIS pour le groupe Ecologiste de Paris pour cinq minutes également.

Mme Anne SOUYRIS. - Merci, Monsieur le Maire. Mes chers collègues, un nouveau projet de délibération pour les travaux d?aménagement de la salle de consommation à moindre risque sur le site de l?hôpital Lariboisière dans le 10e arrondissement. Chaque nouveau projet de délibération est un pas de plus vers la réalisation effective de ce dispositif. Nous tenons à insister une fois de plus sur le fait que l?installation de cette salle est une décision pragmatique et responsable qui nous permettra de franchir une étape déterminante dans l?accompagnement des usagers de drogue et dans la réduction des risques. Rappelons quelques chiffres pour ne pas oublier. Avant la libéralisation des seringues en France dans les années 1980, 80 % des usagers de drogue par voie intraveineuse étaient contaminés par le V.I.H. en France. A Vancouver, avec l?installation de la salle de consommation à moindre risque, 75 % des usagers ont changé leur pratique de consommation : moins d?injections en public, réduction de l?échange de seringues, moindre réutilisation de seringues, utilisation d?eau stérile. Les salles de consommation ont aussi fait leur preuve dans la réduction d?overdoses mortelles. Rappelons-le, peut-être cela n?intéresse pas la droite qu?il y ait moins d?overdoses mortelles, mais nous cela nous intéresse, donc on continue dans ce sens-là. Rappelons-le, aucune overdose mortelle en trente ans parmi les 98 salles existantes. Enfin, la tranquillité publique a, dans chaque lieu où une salle de consommation s?est installée, largement gagné sa place, n?en déplaise à M. BOURNAZEL, mais pour cela il faudrait aller sur le terrain et ne pas rester confiné d?idéologie. Ce projet de délibération concernant l?association "Gaïa" nous rappelle l?efficacité de cette association en termes d?accompagnement médical, social et psychologique. Bien évidemment, nous le voterons favorablement, mais quelque chose me dit que cette précision n?était pas nécessaire. Malheureusement, ce que signifie surtout ce projet de délibération, c?est que nous ne pouvons pas compter sur le nouvel Exécutif régional en matière de politique de réduction des risques, ou plutôt si, nous pouvons compter sur cette nouvelle équipe mais comme vecteur de destruction et de démission sanitaire. En effet, comme le précise le projet de délibération, la subvention d?investissement de 150.000 euros qui devait venir de la Région a été annulée par celle-ci, sans aucun scrupule ni regard sur les réalités de terrain. Après la caricature de débat sur les berges de Seine qui reflète l?absence cinglante de volonté de lutter contre la pollution, nous avons la preuve, une fois de plus, que la santé est un sujet dont la droite n?a strictement rien à faire. Aujourd?hui "Safe" qui permet la distribution de seringues dans les distributeurs à Paris est lui aussi l?objet d?une diminution de trois quarts de leur subvention?

M. Ian BROSSAT, adjoint, président. - C?est Mme SOUYRIS toute seule, donc vous la laissez parler, comme vous avez eu cette possibilité-là tout à l?heure.

Mme Anne SOUYRIS. - ? d?une diminution de trois quarts de sa subvention sur Paris Ile-de-France. Que dire ?...

M. Ian BROSSAT, adjoint, président. - On se calme, Monsieur DEBRÉ. Monsieur DEBRÉ, vous vous calmez ! Voilà, allez vous calmer et vous laissez Mme SOUYRIS toute seule.

Mme Anne SOUYRIS. - Quelle est la prochaine étape de cette politique mortifère ? Lors du débat au sein de notre Assemblée en mars, j?avais demandé à nos collègues de droite pendant combien de temps ils comptaient être du mauvais côté de l'histoire, 30 ans après l'ouverture de la première salle de consommation à moindre risque en Suisse. J'ai malheureusement peur d'avoir obtenu la réponse. Heureusement, notre majorité parisienne reste courageuse et nous vous le confirmons, Paris n?abandonnera pas ce projet et nous en sommes fiers. Merci.

M. Ian BROSSAT, adjoint, président. - Merci, Anne SOUYRIS. Je suis saisi d'une demande de M. BELLIARD.

M. David BELLIARD. - Juste un mot. Je crois qu?on peut avoir des débats sereins sans traiter ses interlocuteurs d'imbéciles comme j'ai pu l'entendre sur les bancs de la droite. Je demande donc - mais il est parti malheureusement -, peut-être à un représentant du groupe, le vice-président ou co-président, je ne sais pas comme cela fonctionne, des excuses pour Anne SOUYRIS au nom de son élu.

M. Ian BROSSAT, adjoint, président. - Je n'ai pas l'impression que votre demande soit particulièrement bien accueillie dans les bancs du groupe LR. Ce qui est sûr, c?est que vous avez raison et qu?on ne peut évidemment pas tolérer que dans notre Assemblée, sur quelque débat que ce soit, des propos comme ceux-là puissent être tenus. Le débat, c'est le respect sur l'ensemble des sujets, et notamment sur celui-là. Je vous propose donc de poursuivre et la parole est à Hervé BÉGUÉ, pour 5 minutes.

M. Hervé BÉGUÉ. - Merci, Monsieur le Maire. Mes chers collègues, enfin, nous arrivons presque aux termes d'un processus qui a duré de longues années. Paris, une nouvelle fois par son courage et son obstination, a réussi à obtenir du Gouvernement une possibilité d'expérimenter une salle de consommation à moindre risque. Je tiens à remercier ici Alain LHOSTIS et Bertrand DELANOË qui ont initié ce projet et Mme la Maire de Paris et son adjoint Bernard JOMIER qui l'ont continué. C'est l'engagement que vous avez pris devant les professionnels de la réduction des risques à Pantin en 2015, le travail que fait la Mission métropolitaine de prévention des conduites à risques devrait être plus et mieux mis en avant. Je compte sur vous, Monsieur JOMIER. De nombreuses villes d'Europe ont déjà des politiques avancées en matière de réduction des risques. Toutes ont été confrontées, au départ, aux craintes des riverains, mais toutes se félicitent désormais des résultats : moins de consommation sur la voie publique, moins d'actes de délinquance à proximité des lieux de consommation maîtrisée, moins de victimes de surdoses, baisse des infections liées à la prise de produits stupéfiants par voie intraveineuse et moins de cas de V.I.H. Oui, nous avons raison de mener cette politique qui ne culpabilise pas et n'ostracise pas les consommateurs de drogue. L'accompagnent proposé par l'association "Gaïa" dont les compétences sont reconnues est une garantie à mes yeux suffisante pour que l'on parle à terme de réussite. De plus, vu le public visé, qui est en général très éloigné des structures médicosociales, le choix du lieu et son implantation, bien qu?ayant une entrée particulière, est une alchimie qui peut et doit prendre. Les liens avec l'hôpital existent et le consommateur pourra, s'il le souhaite, entamer une thérapie. Je dois vous avouer que je trouve incompréhensible et même scandaleux que la droite régionale ait rayé d'un trait de plume la subvention de 149.000 euros prévue par l'équipe précédente, décision assumée par la droite, on l'a entendu dans cet hémicycle. C'est une décision idéologique qui nie les questions de santé publique et qui renvoie le consommateur de produits stupéfiants à un statut de délinquant. N'est-ce pas la même présidente PÉCRESSE qui proposait le dépistage des lycéens afin de savoir qui consommait de la drogue ? Où sont dans vos rangs les Michelle BARZACH, les Roselyne BACHELOT, les Simone VEIL d'alors ? Il y a un recul dans votre logorrhée, Mesdames et Messieurs de la droite, sur de nombreux sujets. Nombre d'entre vous ont des propos qui flirtent avec les thèses de l'extrême-droite et, sur la question de la réduction des risques, nous en avons encore la démonstration. Alors oui, pour une fois, nous allons nous substituer à la Région pour que ce projet devienne enfin réalité et pour qu?il soit un modèle pour toutes les autres collectivités qui souhaiteraient nous imiter. Nous ne réglerons pas tout avec ce centre mais nous offrirons des conditions décentes aux toxicomanes et il sera une porte ouverte vers un nouvel avenir pour celles et ceux qui souhaitent décrocher. Nous le faisons avec le maximum de sécurité et de prévention pour les riverains et les habitants du quartier. Je vous remercie.

M. Ian BROSSAT, adjoint, président. - Merci, Hervé BÉGUÉ. La parole est à présent à Rémi FÉRAUD, pour 5 minutes également, au nom du groupe Socialiste.

M. Rémi FÉRAUD, maire du 10e arrondissement. - Merci, Monsieur le Maire. Mes chers collègues, nous avons déjà souvent débattu, entre imbéciles et gens très intelligents et arrogants, de la nécessité d'expérimenter une salle de consommation à moindre risque, nécessaire à la fois pour les toxicomanes qui sont présents depuis longtemps dans le Nord-Est parisien et en particulier pour les usagers de drogue les plus précaires autour de la gare du Nord, et nécessaire aussi pour des habitants, qui ne sont pas seulement des riverains confrontés à des nuisances mais aussi des citoyens dotés d'intelligence et qui sont confrontés à des situations difficiles depuis longtemps. Je me réjouis évidemment que cette subvention permette de franchir une nouvelle étape aujourd'hui. Elle était indispensable, c'est une décision tout à fait importante de la Ville de Paris car malheureusement nous devons voter ce projet de délibération à cause du désengagement de la Région Ile-de-France, de sa nouvelle majorité, de cet outil de lutte contre la toxicomanie et de prise en charge des usagers de drogue. Le projet de délibération présenté ici concerne une subvention de 150.000 euros pour l'association "Gaïa" qui porte l'expérimentation de S.C.M.R. Cette subvention d'investissement complète la précédente de 850.000 euros votée en mars dernier. Le budget prévisionnel de la salle, d'ailleurs notons-le, n'a pas évolué. Son investissement d'un peu moins d'1 million d'euros a bien correspondu aux besoins. C'est son financement qui a évolué car la Région Ile-de-France, qui s'était engagée avec Jean-Paul HUCHON et la majorité de gauche, s'est aujourd'hui désengagée de plusieurs programmes de réduction des risques, qui risquent d'être remis en cause. Pour que ce projet ne soit pas mis en danger par ce retrait de la Région, la Ville a décidé de se substituer et de prendre en charge sa part ; je veux vraiment saluer cette décision et cet engagement. Ce projet de délibération est lui aussi l'occasion d'avoir quelques points d'information sur le projet. Le calendrier et le budget sont respectés, aucun dépassement ni retard ne sont à l'horizon et l'ouverture aura lieu dans les prochaines semaines, probablement au mois d'octobre. L'Etat a bien été au rendez-vous de ses engagements, il faut aussi le souligner et s'en féliciter, ce qui a permis à "Gaïa" d'effectuer ses recrutements et d'avoir une équipe à la hauteur des besoins. Une société de sécurité aussi a été choisie. J'ai entendu que cela créait de l'ironie, mais s'il n'y avait pas eu de société de sécurité, il y aurait eu le reproche inverse. Moi je me réjouis que "Gaïa" puisse être renforcée de cette équipe. De même, comme nous nous y étions engagés, nous allons mettre en place dans le 10e arrondissement, dès avant l'ouverture de la salle, un comité de voisinage et ce comité opérationnel local doit favoriser la discussion, l'échange d'informations entre l'ensemble des acteurs impliqués et les riverains habitants, et permettre une concertation sur les actions menées. Les remarques et constats des riverains seront ainsi bien pris en compte tout au long de l'expérimentation, tant sur le fonctionnement de la salle qu?évidemment sur son interaction avec le quartier. Ce comité se réunira régulièrement et sa première réunion aura lieu la semaine prochaine. Je ne reviens pas, en tout cas longuement, sur les arguments des Républicains, de son élue du 10e arrondissement et de son porte-parole dans cet hémicycle, M. BOURNAZEL. La rationalité de l?argumentation est implacable. Les problèmes du quartier sont dus à une "salle de shoot" qui n'existe pas? ! M. BOURNAZEL a rappelé un fait divers d'il y a une dizaine de jours qui n'a rien à voir avec la consommation de drogue. Parler d'une carte qui serait comme un sésame vis-à-vis de la police, la carte d'usager de la salle : pure invention ! Cela n'a aucune importance pour la droite du 10e arrondissement et du 18e arrondissement. L?essentiel, c?est de dire des choses fausses pour agiter les peurs. Alors que nous avons décidé de ne pas nous contenter de slogans faciles, nous mettons en ?uvre un nouvel outil de tranquillité publique et de santé publique. Je regrette évidemment que la Région et sa nouvelle majorité aient renoncé à lutter efficacement contre la toxicomanie en se retirant de ce projet, mais je me réjouis de l'essentiel, c'est-à-dire que cette salle ouvrira dans un climat apaisé grâce au travail de pédagogie réalisé depuis plusieurs années et qui s'est appuyé sur l'intelligence des citoyens, le travail de partenariat mené avec l'A.P.-H.P., l'engagement de l'ensemble des pouvoirs publics, la Ville de Paris - je tiens à saluer Bernard JOMIER, Colombe BROSSEL, en particulier - et l'engagement de l'Etat, de l'Agence régionale de santé, de l'association "Gaïa", des élus du 10e arrondissement. Et nous avons besoin de l'annonce de mesures précises à ce sujet, de l'engagement du Parquet et de la Préfecture de police. Ce projet de délibération est aussi un nouvel exemple qui voit notre majorité municipale unie pour mettre en ?uvre un progrès de société à Paris. Les élus du groupe UDI-MODEM ont été avec nous dans ce combat. Cela mérite aussi d'être salué, car c'est important. Je pense que le vote de ce projet de délibération, ce matin, dernière étape avant l'ouverture de la salle au mois d'octobre, c'est aussi un grand moment de la vie de Paris et des progrès que réalise notre Ville.

M. Ian BROSSAT, adjoint, président. - Merci, Rémi FÉRAUD. La parole est à Bernard JOMIER pour répondre aux différents orateurs.

M. Bernard JOMIER, adjoint. - Merci, Monsieur le Maire. Chers collègues, j'ai comme d'habitude écouté attentivement les interventions des uns et des autres. J'ai apprécié le début de l'intervention de Philippe GOUJON qui revenait sur les résultats de la politique de réduction des risques, des résultats absolument remarquables de cette politique de réduction des risques, mais il faut aller au bout, il faut poursuivre, il faut accepter de regarder ce que sont les résultats des salles de consommation à moindre risque qui ne sont qu'un outil supplémentaire dans la politique de réduction des risques. Quels sont les résultats de ces salles dans le monde puisque, vous le savez, 98 salles existent depuis maintenant 30 ans et cela nous donne le recul nécessaire ? Pas-grand-chose ? Je n'en suis pas convaincu. En tout cas, j?appelle "pas grand-chose" le fait qu'à Vancouver, par exemple, 75 % des usagers qui fréquentent la salle ont changé leur pratique de consommation avec moins d'injections en public. La part des salles dans la réduction de la transmission du V.I.H. et de l'hépatite C - la part spécifique des salles - a également été établie. A Vancouver toujours, 2.000 usagers ont été orientés vers les services médico-sociaux et 37 % d'entre eux vers des services d'addictologie pour entamer le parcours que vous décriviez de substitution et, si possible, à l'issue du parcours de substitution, de sevrage. A Sydney, les usagers qui utilisent la salle ont plus de chance également de commencer un traitement pour la dépendance que ceux qui ne fréquentent pas la salle. Anne SOUYRIS a rappelé qu'aucune overdose mortelle n'avait eu lieu en 30 ans dans ces salles. A Vancouver, le nombre d'overdoses dans le quartier a été réduit de 35 % après l'ouverture de la salle. Je pourrais continuer à vous égrener les chiffres et les résultats, y compris concernant l'impact d'une salle sur l'espace public dans le quartier environnant, puisqu'on constate une réduction de la consommation des produits stupéfiants, une réduction de la présence de déchets, qui est un véritable problème, et des seringues dans l'environnement. Par exemple, à Barcelone le nombre de seringues trouvées dans l'espace public a diminué de 75 % en 8 ans. On est passé de 13.000 seringues ramassées chaque année à 3.000 seringues ramassées chaque année. Je vais arrêter l'énumération, mais je crois qu'il faut simplement regarder ces résultats tels qu'ils sont. J'ai toujours dit que la salle n'était pas un outil miracle. C'était un dispositif, parmi d'autres, de la réduction des risques que nous avons décidé de mettre en ?uvre. Monsieur GOUJON, nous ne serons pas les seuls. Nous ouvrirons cette salle dans quelques semaines et j'y reviendrai. Strasbourg ouvrira très peu de temps après. Le conseil municipal de Bordeaux, en 2015, a voté une délibération décidant l'ouverture d'une salle. Le calendrier est en cours. Et je vous confirme que le Maire de Marseille est récemment retourné vers les autorités nationales compétentes pour demander que soit mise à l'étude l'ouverture d'une salle dans sa ville. Vous savez, entre élus de grande ville, on échange entre nous. Ces informations sont - je vous l?assure, Monsieur GOUJON - tout à fait fiables. "Nous sommes tous attachés à la réduction des risques", a affirmé Pierre-Yves BOURNAZEL. Nous devons aujourd'hui compenser une décision de la Région de ne pas financer la salle de consommation. Dont acte. Je reconnais le droit à l'Assemblée régionale de modifier la politique qu'avait engagée la majorité précédente. C'est la raison pour laquelle, en assumant nos responsabilités pour que la salle ouvre dans les meilleures conditions, nous avons décidé de voter ce complément de subvention dans un cadre budgétaire totalement maîtrisé. Il n'y a pas eu de dépassement du budget à 6.000 euros près. J'invite tous les projets d?un million d'euros à rester dans le cadre à 6.000 euros près. Donc ce n'est pas l'histoire d'un dépassement budgétaire. Mais comment peut-on dire qu'on est attaché à la politique de réduction des risques quand l?un des principaux moteurs de cette politique, en marche depuis 30 ans grâce à Michèle BARZACH, comme vous l?avez rappelé, c'est-à-dire l'accès à des seringues propres pour ceux qui s'injectent, est mis en cause, quand, en tant que conseiller régional, Monsieur BOURNAZEL, vous votez la quasi suppression - la réduction de 80 % - de la subvention à "Safe", dont l'unique objet est de gérer les programmes d'échange de seringues ? Il y a tout de même une contradiction flagrante. Je regrette. Vous parliez, Monsieur GOUJON, d'atteinte au consensus. Vous, vous enclenchez la marche arrière de 30 ans. Vous ne pouvez pas arrêter les programmes d'échange de seringues qui ont démontré les résultats que vous avez rappelés au début de votre intervention. Nous sommes bien dans la poursuite de la politique de la réduction des risques. Puisque vous avez appelé à avoir plus d'informations, Monsieur BOURNAZEL, je vais vous les donner volontiers, bien que le projet de délibération comportait le point d'étape que vous appelez par votre v?u. Depuis le Conseil de Paris du mois de mars, une réunion publique s'est tenue dans le 10e arrondissement à l'initiative de Rémi FÉRAUD, avec plus de 300 personnes qui y ont participé. 7 séances de formation étaient organisées entre mai et juin, à destination de 172 intervenants différents - agents de la Ville, policiers, agents de la S.N.C.F., police des transports - afin de préparer les différents publics confrontés directement aux usagers de drogue, plus particulièrement dans le quartier de la gare du Nord. La circulaire de politique pénale a été publiée en juillet. Le chantier est terminé et, dans quelques semaines, la salle pourra ouvrir. Le dernier comité de pilotage avant ouverture se tiendra demain, ici, à l'Hôtel de Ville, présidé par Colombe BROSSEL et moi-même, avec la participation évidemment de l'Agence régionale de santé, de la M.I.L.D.E.C.A., du Préfet de police et du Procureur de la République de Paris, et avec, comme je m'y étais engagé, des représentants de l'ensemble des groupes politiques de cet hémicycle qui y ont été conviés, parce que la transparence est la règle dans ce projet. C'est ce comité de pilotage qui statuera demain sur les modalités d'ouverture de la salle, sur son règlement intérieur en conformité avec les textes législatifs, sur les modalités de fonctionnement du comité de voisinage mis en place sous l'égide du Maire du 10e arrondissement, sur les modalités de fonctionnement du comité de suivi et sur les modalités d'évaluation scientifique de l'expérimentation qui aura lieu sous l'égide de l'I.N.S.E.R.M. Voilà où en est le projet. Il se poursuit en toute transparence dans le respect de nos valeurs. Je salue l'ensemble des groupes politiques qui l'ont soutenu, l?ensemble des groupes de la majorité. Merci pour leurs interventions : à Hervé BÉGUÉ, à Anne SOUYRIS, à Rémi FÉRAUD, et merci au groupe UDI-MODEM d'avoir été constant dans ce soutien à ce projet utile pour la santé publique. Je vous remercie.

M. Ian BROSSAT, adjoint, président. - Je suis saisi d'une demande de M. LEGARET. J'imagine que c'est pour s'excuser des propos tenus par Bernard DEBRÉ tout à l'heure.

M. Jean-François LEGARET, maire du 1er arrondissement. - Non, je demande que l'on donne la parole à Pierre-Yves BOURNAZEL, pour fait personnel.

M. Ian BROSSAT, adjoint, président. - Monsieur BOURNAZEL, vous avez la parole.

M. Pierre-Yves BOURNAZEL. - Je remercie M. JOMIER de sa réponse nuancée. Je voudrais simplement dire à M. FÉRAUD que ce n'est pas la première fois, il y a eu pire, je me suis fait traiter ici de "connard" par M. SANCHES RUIVO. La Maire de Paris s?en était d?ailleurs excusée. Mais je n?accepte pas dans le débat public?

M. Ian BROSSAT, adjoint, président. - Vos excuses, on les attend toujours, pour les propos tenus tout à l'heure par M. DEBRÉ à l'égard d'une présidente de groupe.

M. Pierre-Yves BOURNAZEL. - Est-ce que je peux parler ?

M. Ian BROSSAT, adjoint, président. - Parlez, mais permettez que l'on pointe quelques contradictions.

M. Pierre-Yves BOURNAZEL. - Est-on en démocratie ? Je voudrais juste m'exprimer calmement et sereinement, c'est possible ? Monsieur PENINOU, je veux juste m'exprimer, vous pourrez prendre la parole après. Je veux terminer mon propos. Merci, Monsieur PENINOU. Traiter son interlocuteur de menteur quand on est en désaccord avec lui n'est pas à la hauteur que je me fais du débat républicain. Vous avez du mal à laisser parler votre contradicteur. Un peu de respect dans cet hémicycle ! Quand on est dans la majorité, on respecte l'opposition. Je voudrais dire qu'avec Philippe GOUJON et Déborah PAWLIK, même si nous sommes en désaccord avec vous, nous connaissons aussi bien que vous le sujet. Nous avons fait un certain nombre de déplacements à l'étranger pour nous rendre compte de la situation. Nous avons fait des réunions avec les riverains, et rencontré les experts. La démocratie, c'est accepter que l'on ne pense pas pareil. Si vous n'acceptez pas que l'on ne pense pas comme vous, c?est que vous avez un problème avec la démocratie. Je vous demande donc de ne pas traiter vos interlocuteurs de menteurs. Tout propos déplacé doit être retiré.

M. Ian BROSSAT, adjoint, président. - Monsieur BOURNAZEL, la seule chose que l'on retiendra de votre intervention, c'est qu'un élu de votre groupe, en l'occurrence Bernard DEBRÉ, a traité d?"imbécile" une présidente de groupe et que vous êtes incapable de condamner ces propos. C'est la seule chose que l'on retiendra de votre intervention. Monsieur FÉRAUD, vous avez la parole.

M. Rémi FÉRAUD, maire du 10e arrondissement. - M. BOURNAZEL a dit le mot "menteur" que je n'ai pas prononcé. Je confirme que les interprétations sur un fait divers et l'idée répandue d'une carte d'usager de la salle qui serait un sésame pour échapper au contrôle de la police sont deux informations fausses, répandues sciemment.

M. Ian BROSSAT, adjoint, président. - Merci, Rémi FÉRAUD, pour ces précisions. Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DASES 340 G. Qui est pour ? Qui est contre ? Qui s'abstient ? Le projet de délibération est adopté. Merci à tous. (2016, DASES 340 G). Nous poursuivons nos débats.

(Mme Alexandra CORDEBARD, adjointe, remplace M. Ian BROSSAT au fauteuil de la présidence).