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Septembre 2016
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Conseil Municipal
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Condoléances.

Débat/ Conseil municipal/ Septembre 2016


 

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Mes chers collègues, le Conseil de Paris a appris la disparition survenue le 8 septembre 2016 de M. Jacques Dominati, ancien ministre, ancien sénateur, ancien député et ancien conseiller municipal de Paris, ancien conseiller général de la Seine, ancien conseiller de Paris, ancien conseiller régional d'Ile-de-France. Résistant, journaliste, secrétaire général de l'Union pour la nouvelle république, Jacques Dominati a obtenu son premier mandat électif à Paris en 1959. Elu au Conseil de Paris de 1959 à 1977, puis de 1983 à 2001, Jacques Dominati a accompli 36 années de mandat. Durant cette période, il a été président du Conseil de Paris de 1973 à 1974 ; maire du 3e arrondissement de 1983 à 1995 ; adjoint au maire de Paris chargé des questions relatives aux relations internationales de 1983 à 1989 ; puis chargé de la circulation, du stationnement, des transports et de la voirie de 1989 à 1995 ; et enfin, Premier adjoint au Maire de Paris chargé de la coordination de l'action municipale dans ses aspects politiques et administratifs, de 1995 à 2001. Il a fait partie en 1974 de la Commission pour la réforme du statut de la région parisienne, militant pour que Paris ait un maire élu. Il a également siégé au conseil régional d'Ile-de-France de 1976 à 1977 et en 1986. En outre, Jacques Dominati a représenté Paris à l'Assemblée nationale de 1960 à 1977 et de 1982 à 1993, puis au Sénat de 1995 à 2004. Jacques Dominati a été l'un des fondateurs des Républicains indépendants aux côtés de Valéry GISCARD d'ESTAING. Il est devenu secrétaire général de ce mouvement de 1974 à 1977. Il a participé au Gouvernement de Raymond Barre, de 1977 à 1981 en qualité de secrétaire d'État aux rapatriés et à la fonction publique, et il a été à l'origine de la loi sur la liberté d'accès aux documents administratifs du 17 juillet 1978. Jacques Dominati a consacré toute sa vie à la politique, en particulier à Paris où il a principalement ?uvré. Il a été et demeurera une figure marquante du Gouvernement de notre ville. Je veux saluer aujourd'hui son engagement au service des Parisiens. Ses obsèques ont été célébrées le 12 septembre 2016 en l'église Saint-Roch d'Ajaccio en Corse du Sud. En mon nom et au nom du Conseil de Paris, j'exprime à sa famille et à ses proches que je salue, les condoléances de notre Assemblée. Je vous propose une minute de silence.

(L'Assemblée, debout, observe une minute de silence).

Je vous remercie. Il y a des demandes des groupes, je crois. M. GOASGUEN et M. AZIÈRE. Vous avez la parole, Monsieur GOASGUEN.

M. Claude GOASGUEN, maire du 16e arrondissement. - Je ne vais pas revenir sur ce que vous avez dit concernant les multiples fonctions que Jacques Dominati a pu occuper, mais pour ceux qui ne l'ont pas connu, il y en a, mais beaucoup d'entre nous l'ont connu de très près, je voudrais expliquer le caractère du personnage, car il s'agit d'un personnage. C'est un personnage qu'il ne faut pas oublier, notamment pour le rôle qu'il a tenu à Paris, où il a été l'un des inspirateurs notables du nouveau statut de Paris. En effet, dans cette commission que vous avez évoquée, c'est là que Jacques Dominati, qui au même moment ou quasiment était président du Conseil de Paris, un des derniers, a suscité l'élection au suffrage universel du maire de Paris que nous connaissons aujourd'hui. Surtout, je voudrais évoquer le personnage qu'il était dans sa complexité, que nous avons connue. Il a fini Premier adjoint, c'était votre prédécesseur, Madame le Maire, en 2001. C'est un personnage qui est né en Corse, dans un village de montagne qu'il aimait à rappeler. Il s'est engagé à 14 ans dans la Résistance. Cet engagement à 14 ans dans la Résistance, contre le fascisme et l?hitlérisme est au fond la marque essentielle de son caractère qu'il gardera toute sa vie. C'est un homme de combat, un homme qui avait un caractère pas facile, on s'en souvient. Jacques CHIRAC lui-même était le premier à le regretter quelquefois tant les affrontements entre les deux hommes étaient sévères dans son bureau. C'est un personnage qui a toujours eu le goût du combat pour la liberté. Après être tombé gravement malade à la fin de la guerre, il est devenu le collaborateur d'André Malraux, qui l?avait remarqué, pour être son secrétaire personnel, puis de Jacques Soustelle. Gaulliste de la première heure, il était secrétaire général des jeunes du RPF. Puis des désaccords l?ont opposé au Général de Gaulle sur la question de la guerre d'Algérie. Il a suivi Jacques Soustelle et a quitté le mouvement gaulliste. Cette empathie méditerranéenne a toujours été la caractéristique de Jacques Dominati. Il n'a jamais oublié la Méditerranée et la Corse. Il n?a jamais oublié les châtaignes de son village, et vous, Madame HIDALGO, qui connaissez la Corse qui ressemble tellement à la région dont vous êtes issue, vous devez savoir qu'il y a là des personnalités farouches, des personnalités qui se battent jusqu'au bout. Il s'est battu jusqu'au bout. Il a adhéré à un mouvement, le mouvement libéral, avec Valéry GISCARD d'ESTAING. Après avoir été journaliste au "Parisien", il est devenu ce personnage qui était incontournable à Paris mais aussi au niveau national. Le Président GISCARD d'ESTAING lui-même se souvient de ses colères épiques ; nous nous souvenons pour quelques-uns d'entre nous des difficultés que nous avons rencontrées avec lui puisque nous partagions le même groupe. C'était un personnage. On dirait en Corse que c'était un lion, tant il était farouche dans ses combats. Il a mené une carrière politique qui est plus qu'estimable ; il a occupé toutes les fonctions avec ténacité. On lui doit surtout ce travail qu'il a conduit pour les rapatriés lorsqu'il était secrétaire d'Etat. Toujours ce goût de la Méditerranée qu'il n'oubliera jamais, son amitié pour Israël, indéfectible, toujours cette même tension vers la mer bleue. Puis, secrétaire d?Etat à la fonction publique, ministre de la Fonction publique, vous l?avez rappelé, cette innovation qui malheureusement n'est pas toujours, Monsieur le Préfet, acceptée, c?est-à-dire l'ouverture des documents administratifs. Enfin, Jacques Dominati, je voulais le dire, c'est quelqu'un que l'on ne pourra pas oublier, et je voudrais que les Parisiens s'en souviennent. Je voudrais qu'ils se souviennent du combat qu'il a mené pour eux, avec des défaites, avec des victoires, mais avec une ténacité exceptionnelle. Je dois dire que, personnellement, j'ai connu, comme Jacques CHIRAC et Valéry GISCARD d'ESTAING, ses colères, ses foucades et ses oppositions, c'est avec beaucoup d'émotion que j'appelle à ce qu'on se souvienne de ce grand Parisien qui a fait beaucoup pour Paris. Je vous remercie de votre attention et du souvenir que vous aurez pour lui.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, Claude GOASGUEN. La parole est à M. Eric AZIÈRE.

M. Eric AZIÈRE. - Merci, Madame la Maire. A mon tour, au nom du groupe UDI-MODEM et en votre nom à tous, je voudrais tout d'abord dire à la famille de Jacques Dominati, à ses enfants, Isabelle, Philippe et Laurent, à ses petits-enfants, à tous ses proches, combien la disparition de leur père nous touche tristement et douloureusement. Je voudrais leur adresser ce matin nos pensées les plus affectueuses. Les démocrates, les libéraux, les indépendants que nous rassemblons dans ce groupe aujourd'hui doivent à celui qui les a précédés sur ces bancs le maintien dans le débat parisien de convictions pour lesquelles Jacques Dominati s'est battu sans relâche avec courage toute sa vie : la liberté, la fidélité et l'indépendance. C'est pour libérer son pays qu?en septembre 1943 ce jeune homme de 16 ans, les armes à la main, déverse des tombereaux de pierres sur les routes pour retarder les convois allemands qui cherchent au sud de la Corse, débarquant de Sardaigne, à s'ouvrir la route d'Ajaccio. Ce jeune homme de 16 ans court sous les tirs de mortiers des Chemises noires dans un maquis en flammes bombardé par l'aviation allemande et il n'a pas peur. Grâce à ces dix jours de combat décisifs, le 19 septembre, les premiers éléments du bataillon de choc en avant-garde de l'opération "Vésuve" débarquent à Ajaccio depuis Alger sans l'avis et l'accord du Général de Gaulle. Malgré les contre-attaques, malgré les exécutions de patriotes, l'ultimatum lancé par les Allemands menaçant de raser le village, les résistants de Levie Alta Rocca obligent la division SS Reichsführer à rebrousser chemin après de lourdes pertes. Jacques Dominati a 16 ans. Il a 20 ans quand dans ce Paris de l'après-guerre, jeune étudiant, il vit et respire enfin à pleins poumons, ce vent tourmenté de la Libération, qui libère des idées nouvelles, exalte les passions politiques des étudiants parisiens, pressés de reconstruire un nouveau modèle, de nouveaux équilibres en France et en Europe dans un contexte de guerre froide qui divise et anime le Quartier latin. Plus tard, jeune journaliste au "Parisien libéré", le bien nommé, il assiste à la mise en place d'une nouvelle organisation de la presse française qui confisquera 188 journaux collaborationnistes au nom des ordonnances de 1944. Cette révolution dans la presse d'après-guerre va le rapprocher de deux ministres de l'information, André Malraux et Jacques Soustelle, vis-à-vis desquels il ne démentira jamais une fidélité faite de combats partagés et de travail en commun. Les événements algériens vont précipiter son engagement politique. En effet, secrétaire national des étudiants du R.P.F., il en sera exclu parce qu'il sait déjà, lui, à ce moment, que l'on vienne de Corse ou d'Algérie, qu?on ne traverse la Méditerranée du sud au nord ni par plaisir, ni par hasard, hier comme aujourd'hui. Méditerranéen, il vit le drame algérien sans haine ni violence, mais avec les poings serrés, qui retiennent autant qu'il est possible la colère et le chagrin d'un peuple qu'il voit abasourdi et que l'histoire rappelle brutalement à la raison nationale. Il ne manquera pas plus tard, à ce qu'il invoque alors comme secrétaire d'Etat auprès du Premier ministre, à un devoir de solidarité nationale à l?égard de nos compatriotes victimes d?une politique voulue et acceptée par la France et à ceux qui les ont accompagnés sur le chemin de ce drame national, les harkis. C'est le moment qu'il choisit de son engagement politique au centre et à Paris en 1959, avec les indépendants puis les autres sensibilités centristes dans la préfiguration de ce qui sera bientôt l?U.D.F, le groupe Paris-Liberté. La liberté, encore et toujours. Il est temps alors de mener une nouvelle bataille, cette fois pour l'indépendance de Paris, dont l'Etat ne veut pas alléger la tutelle qu'il exerce. Il se bat sans relâche depuis 1973 contre la mauvaise volonté gouvernementale, contre les forces conservatrices qui s'opposent à un nouveau statut et bloquent l'évolution des institutions parisiennes, bloquent la libération du régime parisien. De 1974 à 1976, contre l'avis du Premier Ministre de l'époque, qui en sera le principal bénéficiaire, il fait adopter la loi du 31 décembre 1975 qui recrée le poste de Maire de Paris disparu depuis 1871, le Préfet conservant les pouvoirs de police. C'est le début d'un combat pour l'indépendance de Paris que nous menons encore aujourd?hui et dont il doit - j?en suis sûr - espérer, de là où il est, que nous parvenions à le gagner. Dans les propositions qu'il formule, on retiendra le redécoupage des arrondissements pour qu?ils ne dépassent pas les 80.000 habitants, une redéfinition des pouvoirs du Maire de Paris en matière de police et, enfin, son souhait visionnaire métropolitain de mener une intercommunalité de projets avec les communes de la petite couronne. Je vous laisse apprécier la pertinence et la modernité de cette inspiration réformatrice. Il ne sera jamais fatigué de se battre jusqu'au bout, pour son honneur, pour sa famille, pour sa santé. Comme au tout premier jour pour son île, il jette toutes ses forces dans la bataille. Liberté, fidélité, indépendance, trois principes, trois convictions, trois serments d'engagement, dont nous pensons que Jacques Dominati nous a fait, à nous centristes, par sa disparition, ses légataires universels. Puissions-nous en être dignes. Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, Monsieur Eric AZIÈRE, au nom de votre groupe et, pour le groupe les Républicains, Claude GOASGUEN, d'avoir rappelé aussi, parce que vous étiez ses compagnons de route, les nombreux combats de Jacques Dominati. Je vous remercie et je salue à nouveau bien sûr toute la famille de Jacques Dominati.