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Septembre 2016
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Conseil Municipal
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V - Question d'actualité posée par le groupe les Républicains à Mme la Maire de Paris et à M. le Préfet de police relative à la menace terroriste.

Débat/ Conseil municipal/ Septembre 2016


 

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Nous passons à la question n° 5 du groupe les Républicains, je crois que c'est M. PÉCHENARD, question posée au Préfet de police.

M. Frédéric PÉCHENARD. - Madame la Maire, Monsieur le Préfet de police, hier, notre Conseil de Paris se recueillait à la mémoire des 86 victimes des attentats de Nice et de Saint-Etienne du Rouvray. Passé ce nécessaire moment de recueillement, il nous faut, sans attendre, apporter collectivement une réponse durable à une menace qui l'est malheureusement tout autant. La France a été frappée cet été par des individus à la radicalisation toujours aussi rapide que profonde, avec des modes opératoires renouvelés. La gradation dans l'horreur que nous avons vécue nous impose d'envisager désormais le pire. C'est pourquoi, Madame la Maire, nous vous avons proposé, fin août, que le Conseil de Paris débatte de notre réponse collective face au terrorisme, dès ce Conseil de Paris. Vous avez fini par nous répondre vendredi, la veille du Conseil, pour nous refuser ce débat. En lieu et place, vous nous proposez une réunion de la 3e Commission à une date indéterminée durant le mois d'octobre. Cette inertie ne nous semble pas à la hauteur de l'enjeu et de l'urgence, il y aura d'autres attentats, cela ne fait pas de doute. Chacun s?accorde à le dire. Que dira-t-on aux Parisiens à ce moment-là ? Que l'on s'est résigné face au pire ? C'est donc d'ores et déjà ce que les terrorismes attendent de nous. Nous sommes convaincus qu?il reste des marges de progrès assez nettes. Il n'est pas normal qu'un véhicule ait pu stationner aussi longtemps avec des bonbonnes de gaz à proximité du monument le plus visité d'Europe. Au lendemain des attentats de janvier 2015, il y a bientôt deux ans, nous vous proposions de travailler en consensus sur ces questions à l?appui de mesures qui sonnent aujourd'hui comme autant d'évidences. Oui, il faut prendre des mesures exceptionnelles pour faire face à ce qui n'est plus une menace, mais une réalité. Oui, il faut renforcer d'urgence l'équipement de la Capitale en matière de vidéo-protection en allant plus loin à l'aide de logiciels de reconnaissance faciale. Oui, il faut enfin créer une police municipale à Paris, afin de soulager des effectifs de police au bord de l'épuisement. Oui, il faut adapter la doctrine d'emploi des A.S.P. et des agents de la DPP pour renforcer la présence dissuasive dans l'espace public. Oui, il faut sans attendre sécuriser les établissements scolaires dont un nombre important est encore vulnérable, on l'a vu hier lors du débat sur la rentrée. Oui, un cadre doit être désormais défini pour l?organisation des événements festifs sur le territoire parisien, avec les moyens de protection supplémentaires. Tout cela, Madame la Maire, nécessite de revoir à la hausse le budget consacré à la sécurité, sans attendre le budget 2017. Madame la Maire, ma question sera simple : que comptez-vous faire pour protéger les Parisiens du risque terroriste ?

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Monsieur le Préfet de police, puis Colombe BROSSEL.

M. LE PRÉFET DE POLICE. - Monsieur le Conseiller de Paris, il me semble que votre question concernait la Maire de Paris autant que le Préfet de police. Mais évidemment, j'y réponds d'une manière très claire : que comptons-nous faire, que fait le Gouvernement ? Il fait tout ce qui est possible aujourd'hui et dans un temps qui est un temps long, et vous avez parfaitement raison de le rappeler, la lutte contre la menace terroriste est une lutte de durée qui imposera des changements de comportement au sein de notre société à de nombreux égards : être collectivement et individuellement plus vigilants, faire un choix pour sélectionner et sécuriser les grands rassemblements ou les situations qui peuvent constituer des cibles potentielles, et nous le faisons bien entendu dans les discussions que nous avons avec les professionnels de loisirs, d?événements sportifs, avec la Mairie. Des changements de comportement et des renforcements d'actions au sein même des forces de police dans leur mission de sécurité. De ce point de vue, sans ouvrir une discussion qui demanderait du temps et que nous pourrons certainement prolonger dans d'autres cadres et d'autres réunions qui pourront permettre d'aller plus au fond des choses, je tiens à souligner que depuis plus d'un an et demi, mais particulièrement depuis 2016, le Ministre de l'Intérieur, la Préfecture de police sur Paris et son agglomération ont renforcé significativement leurs moyens. Premièrement, avec un dispositif de renseignement fortement resserré autour de la Direction du Renseignement de la Préfecture de police et de la D.G.S.I., qui s'appuie sur des remontées de signaux faibles de tous les signalements émanant des commissariats, et que nous exploitons et traitons aujourd'hui de manière complètement organisée et structurée. Nous utilisons le modèle intégré de la Préfecture de police pour croiser des informations qui remontent du terrain, une personne qui a un comportement suspect devant une école, qui prend des photos, pour essayer désormais d'exploiter systématiquement et de mémoriser l'ensemble de ces informations. De la même façon, nous avons mis en place un dispositif, vous l'évoquez à demi-mot, celui d'une sécurisation opérationnelle de la Capitale. Dans les premiers mois, nous avions demandé aux services qui étaient dans les commissariats, de venir faire la sécurisation des écoles, par exemple au moment de la rentrée ou de la sortie des élèves.

Nous avons créé une force spécialisée, qui s'appelle l'Unité de sécurisation opérationnelle de la Capitale, qui est pour le moment dotée de 150 agents et sera renforcée aux prochaines sorties de promotions, mais il faut du temps pour que les gardiens sortent des promotions, et qui permettra d'assurer, en complémentarité avec la force "Sentinelle", avec les militaires, nous en avons sur Paris une part significative sur les 3.500 qui sont sur l'ensemble de la Région parisienne, qui permettra donc d'avoir une présence visible en patrouille pédestre, avec un arrêt et des temps suffisants pour garantir et renforcer autour d'établissements sensibles une sécurisation, une visibilité et une réactivité de proximité.

Troisième élément, évidemment, nous avons armé et formé les brigades anti criminalité, les C.S.I., compagnies de sécurité d'intervention, pour que sur le terrain, elles puissent agir et réagir plus vite en cas d'imprévu et d'attaque, donc avec des armes longues dont elles ont été dotées, des moyens de protection, en forces primo-intervenantes.

Enfin, une capacité de réaction spécilaisée sur le terrain, et vous le savez bien sûr mieux que personne, Monsieur PÉCHENARD, les services spécialisés, notamment la B.R.I., dans le cadre d?un schéma national d?intervention avec le Raid et le G.I.G.N., ont été renforcés, puisque nous avons doublé les effectifs en quelques mois de la Brigade d'intervention de Paris, ce qui n'est pas si facile que cela à faire en ce domaine.

Un grand nombre d'actions ont donc été conduites, qui ne garantissent pas une sécurité totale et un risque zéro, puisque c?est quelque chose de très difficile à assurer, mais qui ont réellement renforcé le dispositif de sécurisation des habitants de notre ville. Nous le faisons en arbitrant si nécessaire des positions un peu contraires, celles qu'une vision purement festive et de poursuite de nos animations dans la ville pourrait conduire à souhaiter et celles de la sécurité des participans.

Mais on a à chaque fois réussi à pointer un point d'équilibre entre l'obligation de sécurité et, bien entendu, la nécessité de continuer à avoir une ville ouverte et vivante.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, Monsieur le Préfet. La parole est à Mme Colombe BROSSEL.

Mme Colombe BROSSEL, adjointe. - Merci, Madame la Maire, merci, Monsieur le Préfet. Monsieur PÉCHENARD, j'ai trop de respect pour nos débats en Conseil de Paris et le sujet est trop important, je crois, pour que nous puissions traiter cela par des effets de manche, par des effets de tribune. Vous nous parlez d'un débat consensuel et de propositions consensuelles, et votre intervention se conclut par "Mme la Maire, que faites-vous pour lutter contre le terrorisme, il faut enfin créer une police municipale". Mes chers amis, ce débat nous l'avons déjà eu, nous y avons déjà répondu et j'ai déjà eu l'occasion de vous le dire en plus de trois minutes. Donc je ne redévelopperai pas. Pourquoi nous pensons profondément que la création d'une police municipale, bien au contraire, est tout sauf la réponse à la lutte contre le terrorisme. Alors, pendant que vous avez des effets de manche et de tribune, nous avons eu l'occasion de vous rappeler hier les 11 millions d'euros qui ont été, en urgence, en moins d'une année, et surtout sur un été, investis pour protéger les écoles et les crèches. Nous avons eu l'occasion de travailler avec la Préfecture de police, sur l'organisation des événements festifs, parce que notre ville doit vivre et notre ville vivra et que nous ne céderons rien sur notre capacité à être ensemble dans l'espace public pour y partager des moments de joie et de bonheur, parce que c'est aussi cela qui fait Paris. Alors oui, nous y avons travaillé sérieusement, Monsieur PÉCHENARD. Vous vous plaisez à jouer les Cassandre. J'aurais pu avoir le plaisir, si vous m'aviez laissé un peu plus de temps sur cette question d'actualité, de vous ressortir l'ensemble des plateaux de télévision que vous avez couru avant l'Euro, où le professionnalisme tant des agents de la Préfecture de police que ceux de la Ville de Paris était mis en cause, et sur notre inconscience, je me souviens du mot, l'inconscience de la Maire de Paris à laisser se dérouler l'Euro?

Mme LA MAIRE DE PARIS. - L'irresponsabilité...

Mme Colombe BROSSEL, adjointe. - L'irresponsabilité de la Maire de Paris à laisser se dérouler l'Euro et la "fan zone". Alors, Monsieur PÉCHENARD, jouez les Cassandre tant que vous voulez, mais moi je me rappelle, parce que les faits sont têtus, qu'il y a deux ans, c'est bien le groupe les Républicains qui proposait, dans son fameux contre budget, une baisse de budget de la Préfecture de police. Monsieur PÉCHENARD, pendant que vous multipliez les effets de manche, nous travaillons sérieusement et nous travaillons pour les Parisiens.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, Colombe BROSSEL. D'ailleurs, je pense que ce qui doit ressortir de ces débats très importants, c'est normal de devoir rendre des comptes, et cette Assemblée est le lieu pour évoquer les actes posés, en débattre sereinement, mais nous devons aux Parisiens, par respect pour eux, le sérieux de nos débats. Et nous nous devons l'humilité aussi en effet, et que chacun soit dans la compétence qui est la sienne. Le choix que nous avons fait n'est pas un choix de police municipale et d'ailleurs, je ne sais pas qui aujourd'hui pourrait venir nous expliquer que la police municipale est en soi un paratonnerre contre les terroristes. Je ne prendrai aucun exemple. Deuxièmement, nous avons fait le choix parce que nous sommes Paris et la capitale de la France, d'une co-production avec la police nationale républicaine, qui est formée, outillée, chargée de veiller à la sécurité des Parisiens. Et moi, j'ai toute confiance dans le travail sérieux que nous faisons avec le Préfet de police, chacun dans sa responsabilité. Qu'il s'agisse de définir les dispositifs, comme nous l'avons fait avec ces 11 millions d'euros supplémentaires débloqués l'année dernière pour sécuriser des bâtiments accueillant les enfants de Paris en crèche ou dans les écoles, que nous avons jugé ensemble, avec une expertise très importante de la Préfecture de police mais aussi des maires d'arrondissement et des responsables de ces établissements, nous avons décidé d'apporter les moyens de sécurisation nécessaires. Nous avons décidé aussi de travailler avec la Préfecture de police sur les événements qui sont les événements de la vie parisienne dans les quartiers ou les grands événements. Et là aussi, la discussion a lieu, nous devons tenir compte des forces de police mobilisables et des militaires en présence, mais nous devons aussi, et je remercie le Préfet de police d'avoir ce souci, faire en sorte que Paris reste une ville debout, car effectivement, ce que voudrait nous enlever les terroristes, c'est justement le fait que nous sommes debout et que nous continuions à porter cette culture et cette façon de vivre en liberté, mais dans le respect de la différence de chacun, sur le territoire de la capitale de la France. Alors, oui, nous aurons d'autres débats, oui, nous sommes dans la transparence, il y aura sans doute des débats en Commission, d'autres débats, nous pourrons définir le moment venu et, quand les uns et les autres le souhaiteront, un débat organisé en Conseil de Paris sur ces sujets. Mais je pense que ce sujet est suffisamment important parce qu'il ne concerne pas que l'observation à l'échelle de notre Capitale, qu'il est écouté aussi par celles et ceux qui voudraient nous diviser, nous fragiliser, je pense que chacune et chacun d'entre nous doit faire preuve de dépassement. Je sais que dans les temps qui viennent, il va y avoir des échéances qui vont pousser, de fait, c'est assez traditionnel, mais peut-être cette fois un peu plus que les autres, à une forme d'hystérisation du débat politique. Je pense que nous devons rester dans la sérénité, le calme, mais surtout le respect que nous devons aux Parisiens, en nous attachant aux faits, aux solutions, plutôt qu'à des interprétations qui auraient d'autres visées. En tous les cas, merci, Monsieur le Préfet de police, merci, Colombe BROSSEL, les maires d'arrondissement qui sont réunis régulièrement autour du Préfet de police avec moi-même, pour faire un point toujours factuel, précis, avec le Procureur de la République également sur ces questions liées à la lutte contre le terrorisme et à la sécurité des Parisiens. Monsieur PÉCHENARD, je vous redonne la parole.

M. Frédéric PÉCHENARD. - Merci, Madame la Maire. Votre réponse ne nous satisfait pas totalement. En somme, voilà une attitude assez conforme à celle du Président de la République, vous pensez à tort que tout ce qui devrait être fait l'a été. En matière de terrorisme, il faut un peu plus d'humilité et un peu plus de fermeté. Alors que l'on attend de vous une adaptation en permanence face à une menace multiforme et mouvante, vous pratiquez une autocongratulation qui me paraît déplacée. Devant ces enjeux de premier ordre, je crois que nous devons agir collectivement. Le Conseil régional est un partenaire naturel de la Ville de Paris. Nous avons mis en place, dès les premiers mois de notre mandature, le bouclier de sécurité. Nous avons reçu des demandes de financement de la part des communes bien au-delà de nos estimations les plus optimistes, mais pas une seule de Paris. A croire décidément que tout va bien. Madame la Maire, je crois que nous devons ensemble agir pour protéger Paris et les Parisiens du terrorisme. Merci.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci. On agit en rétablissant déjà les postes de police et cela, cela prend du temps. Dix mille suppressions, c'est difficile à rattraper même en quatre ans. Nous continuons.