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Septembre 2016
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Conseil Municipal
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2016 DLH 233 - 58 à 72, boulevard Ney (18e). - Création d’un centre de premier accueil humanitaire mis en œuvre par l’association "Emmaüs Solidarité". Vœu déposé par le Groupe Ecologiste de Paris relatif à la mise en place d'un dispositif de régulation et de médiation. Vœu déposé par le groupe les Républicains relatif à la création d'un comité d'évaluation. Vœu déposé par Mme SIMONNET relatif à l'accueil des exilés et aux solutions d'hospitalité. 2016 DASES 28 - Subvention (1.637.262 euros) relative au fonctionnement du "pôle accueil" du centre de premier accueil humanitaire en direction des migrants primo-arrivants sans domicile fixe et en situation d’errance. 2016 DASES 367 G - Subvention (1.316.631 euros) relative à l’investissement du "pôle accueil" du Centre de premier accueil humanitaire en direction des migrants primo-arrivants sans domicile fixe et en situation d’errance. 2016 DASES 31 - Subventions (45.000 euros) et conventions avec deux associations qui accompagnent la mobilisation des bénévoles dans le cadre de l’accueil des réfugiés à Paris.

Débat/ Conseil municipal/ Septembre 2016


 

M. Mao PENINOU, adjoint, président. - Mes chers collègues, nous allons maintenant passer au débat groupé des projets de délibération DLH 233, DASES 28, DASES 367 G et DASES 31, ainsi que l'amendement technique n° 79 et les v?ux nos 80 à 82 qui y sont rattachés. Il s'agit de la création du centre de premier accueil humanitaire. 19 d'entre vous sont inscrits. Dominique VERSINI vous répondra. Nous irons jusqu'au bout de ce débat ce soir et je vous invite donc tous à la maîtrise. Je vais donner la parole successivement à Nicolas BONNET-OULALDJ, Pierre-Yves BOURNAZEL, Christian HONORÉ, Déborah PAWLIK, Eric AZIÈRE, Olga JOHNSON, Fadila MÉHAL, Fanny GAILLANNE, Jean-Bernard BROS, Galla BRIDIER, Didier GUILLOT, Eric LEJOINDRE, Marinette BACHE, Léa FILOCHE, Danièle PREMEL, Rémy FÉRAUD, Danielle SIMONNET, Aurélie SOLANS et David BELLIARD. Je prends toutes les désinscriptions avec grand plaisir et je donne tout de suite la parole à Nicolas BONNET-OULALDJ, pour 5 minutes maximum chacun.

M. Nicolas BONNET-OULALDJ. - Monsieur le Maire, Monsieur le Préfet, mes chers collègues, nous nous apprêtons à adopter un projet de centre d'accueil des réfugiés qui va marquer les esprits. Ce centre d'accueil, qui va permettre d'apporter des solutions concrètes à la catastrophe humanitaire que vivent des femmes, des enfants, des hommes, qui sont venus depuis des années chercher refuge à Paris. Je rappelle qu'il a fallu beaucoup d'énergie pour en arriver là, beaucoup de luttes, de mobilisation aux côtés de nombreux Parisiennes et Parisiens, d'associations de militants. Il y a près de deux ans, devant la Halle Pajol, les élus communistes, d'autres élus de gauche et des militants politiques associatifs, avaient dû s'interposer physiquement face aux forces de l'ordre pour éviter des violences. Les C.R.S., sous les ordres du Gouvernement, n'avaient pas hésité à charger ces militants sans aucun ménagement. L'image est restée bien ancrée dans nos têtes. Dès cette époque et même bien avant, les élus communistes étaient mobilisés sur la question des migrants. En juin 2015, en Conseil de Paris, je vous proposais par un v?u la création de lieux d'hébergement et d'un guichet unique pour la prise en charge des migrants dès leur arrivée dans Paris. Aujourd'hui, nous sommes entendus et cette proposition va se concrétiser dans les jours et les semaines à venir. Nous pouvons nous en féliciter. Madame la Maire, chère Dominique VERSINI, sachez pouvoir compter sur les élus communistes face à l'impératif d'accueillir ces hommes, ces enfants, ces femmes dans des conditions dignes. Vous ne l'avez d?ailleurs pas oublié, lorsque vous avez approché Philippe BOUYSSOU, le maire communiste d'Ivry, pour lui proposer d'accueillir un lieu d'hébergement dans sa commune. La Ville d?Ivry, comme les quartiers du Nord et de l'Est de Paris, ont toujours accueilli ceux et celles qui en arrivant ici n'avaient nulle part où aller. C'est l'histoire de ces villes et de ces quartiers, c'est aussi leur force. Vous savez aussi que dans ces territoires, dans ces quartiers populaires, les populations qui y habitent sont les plus modestes et ne roulent pas sur l?or. Mais les habitants de ces quartiers et leurs représentants politiques, qu?ils élisent majoritairement, ont une haute idée de l'humanité et de la solidarité. D?ailleurs, on ne peut pas en dire autant de certains élus égoïstes qui siègent sur nos bancs, comme le maire du 15e et du 16e. Je pense à M. GOUJON, député-maire du 15e qui, accompagné de Jean-François LAMOUR, n?a pas hésité une seconde à repousser physiquement des familles qui devaient passer quelques nuits à l?abri d?un gymnase dans le 15e. Nos préoccupations sont aussi à des années-lumière de celles d?un Laurent WAUQUIEZ, Président de la Région Rhône-Alpes Auvergne, qui qualifie "d'acte de résistance" le refus des maires d'accueillir des réfugiés dans leurs communes. Par ses propos, Laurent WAUQUIEZ choisit de renier la tradition de sa terre d?élection, comme au Chambon-sur-Lignon, ce village auvergnat dont les habitants ont été reconnus "Justes parmi les nations" pour avoir sauvé des enfants juifs durant la Seconde Guerre mondiale, après avoir accueilli les enfants des réfugiés espagnols dans les années 1930. Je regrette, d'ailleurs, que ce triste personnage ait été accueilli avec les honneurs par Guillaume PEPY lors de l?inauguration de la gare S.N.C.F. Paris-Bercy - son changement de nom - pour sa communication personnelle, malgré un v?u que nous avions ensemble adopté au Conseil du 12e arrondissement et au Conseil de Paris. Madame la Maire, ma chère Dominique VERSINI, et l'ensemble des élus de la majorité, nous pouvons être fiers de notre politique d'accueil. Et le message que nous portons s'adresse au monde entier : un message d'humanité, de solidarité. Et nous pensons qu'il faut rester mobilisé dans cette période où le Gouvernement peine à prendre des décisions ambitieuses pour répondre à l'urgence humanitaire. Nous le voyons à Calais. Nous l'avons vu durant l'été à Paris. Dès que le Gouvernement est sous pression d'une droite et d'une extrême-droite qui brandit la répression, nous avons le camp des progressistes pour résister. Voilà pourquoi je tenais à vous féliciter de la pugnacité dont vous avez fait preuve ces derniers mois pour que Paris réconcilie la France avec sa tradition d'accueil et de terre d?asile. Je vous remercie.

M. Mao PENINOU, adjoint, président. - Merci. La parole est à Pierre-Yves BOURNAZEL.

M. Pierre-Yves BOURNAZEL. - Merci. Avant de commencer, je souhaiterais que ce débat soit serein. Ce serait bien d'éviter les attaques personnelles, surtout quand les personnes attaquées ne sont pas présentes. Je trouve que ce n'est pas tout à fait à la hauteur du débat.

Madame la Maire de Paris, mes chers collègues, la question? Est-ce que l?on peut s'exprimer sur ce sujet dans le calme, la tempérance et la modération ? La question de l'afflux de migrants et de réfugiés en Europe, en France, dans notre Capitale, ici même, à Paris, est trop grave, trop complexe, trop humaine, tant elle engage le destin de femmes, d'hommes et d'enfants pour que nous soyons remplis de certitudes et de réponses toutes faites. Face à ces drames humains, face à la crainte aussi des populations et à l'exaspération devant une forme d'impuissance, je veux dire ici, humblement, lucidement et clairement, ma part de vérité. Je respecte les positions de chacun et je sais, parmi mes collègues, que tous ne partagent pas mon point de vue. Je crois que, sur un enjeu d'une telle importance, il est nécessaire de s'appuyer sur une analyse de terrain, sur des convictions personnelles fortes et de faire primer la recherche de solutions concrètes. Cherchons à être efficaces et opérationnels. D'autres comme moi, à droite ou au centre, je pense à Bruno LEMAIRE, à François BAROIN, à Xavier BERTRAND, à Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET ou à Alain JUPPÉ, ont exprimé cette volonté claire de parvenir à des solutions pragmatiques et très concrètes sur cette question. La gestion de la problématique des réfugiés et des migrants nous demande, en effet, de nous placer en responsabilité. Que ferions-nous à votre place, Madame la Maire de Paris ? Quelles solutions immédiates mettrions-nous en ?uvre ? En tant qu?élus locaux, nous sommes en aval du processus de décision. Nous subissons le résultat d'une situation internationale qui nous échappe et nous prenons en pleine figure dans notre ville, dans notre région capitale, les urgences sanitaires, d'hygiène, de sécurité qu'impose l'afflux, depuis des mois, de milliers de personnes qui fuient leurs pays. Aujourd'hui, nous sommes confrontés à la pire des situations : l'impuissance de l'Europe et de l'Etat à travers la faiblesse d'un Président de la République qui ne pèse pas sur les décisions, puis la passivité, dans un premier temps, de la Ville qui a mis des mois à prendre la mesure de l'enjeu en laissant s'installer des campements sauvages se déplaçant dans un triste jeu de chaises musicales pour aboutir à une situation intenable. Pendant des mois, nous étions peu nombreux à nous rendre sous le métro aérien de la porte de la Chapelle, au métro Stalingrad et aux portes de Paris. Avec Christian HONORÉ, Déborah PAWLIK et Fadila MÉHAL, nous vous interpelions avec force dès janvier 2015. Malgré de multiples alertes, les riverains se sont retrouvés en première ligne. Bien trop longtemps face au silence des pouvoirs publics, ils demandent légitimement l'écoute et le respect. Je voudrais vous exprimer maintenant les trois conditions qui me semblent nécessaires au bon fonctionnement du centre d'accueil temporaire pour les réfugiés et les migrants : humanité, efficacité et fermeté. Humanité car, oui, Paris doit accueillir dignement les réfugiés pendant que la guerre se déroule sur leur sol avant de pouvoir, s'ils le souhaitent, repartir. L'Etat islamique massacre des chrétiens d'Orient, des musulmans qui refusent de leur prêter allégeance. Humanité pour les migrants économiques également, même lorsqu'ils n'ont pas vocation à rester durablement sur notre territoire. Dans notre pays, la France, on ne peut pas tolérer de voir des femmes, des hommes, des enfants livrés aux mains de mafias et de passeurs. Le temps de leur présence, même éphémère, sur notre territoire, exige une action digne de notre part. Efficacité car, en effet, la structuration de l'accueil des réfugiés et des migrants apparaît comme un moyen de mettre fin à une forme d'improvisation et d'attentisme qui conduit chaque jour à aggraver la situation dans le nord de Paris. Cette structuration peut permettre de gérer les conséquences immédiates d'une crise humanitaire. C'est une solution qui ne peut être que temporaire, mais face à la pire des situations, je préfère la solution du moindre mal. Efficacité, cela implique de fixer des objectifs clairs à ce centre d'accueil temporaire et d'en évaluer les résultats, c'est-à-dire permettre d'accélérer les procédures administratives d'examen de leur situation. Traiter dignement les demandeurs d'asile, c?est d'abord pouvoir leur dire rapidement s'ils pourront rester ou non sur notre territoire et dans quelles conditions. Ceux qui ont le statut de demandeur d'asile doivent obtenir rapidement une solution d'hébergement dans les C.A.D.A., et ceux qui n'ont pas vocation à bénéficier du droit d'asile et se retrouvent en situation d'illégalité doivent être reconduits rapidement et dignement à la frontière. Fermeté, enfin, vis-à-vis des passeurs qui exploitent cette situation anarchique. Or, aujourd'hui, la lutte contre ces filières mafieuses peine à donner des résultats, y compris par manque de réponses pénales adaptées. Nous devons durcir les sanctions contre celles et ceux qui se font du fric sur le dos de la misère humaine. Cette ouverture du centre d?accueil exige de votre part de faire démanteler tout nouveau campement sauvage. S'il y a un centre d'accueil, c'est pour régler aussi le problème de ces campements sauvages. Madame la Maire, je soutiens le message d'ouverture et de solidarité que vous avez porté avec le Maire de Londres et le Maire de New York dans votre appel aux Nations Unies à agir pour les réfugiés. Mais votre devoir est également d'interpeller le Chef de l'Etat, inaudible et impuissant, à faire avancer l'harmonisation du droit d'asile européen et le renforcement indispensable de "Frontex" au niveau de l?Union européenne. Il faut assumer de protéger nos frontières européennes, non de supprimer Schengen, mais de le réformer. Je regrette, d'ailleurs, le manque de concertation avec les riverains et les élus sur ce dossier. "Nous avons le sentiment d'être mis devant le fait accompli" : voilà ce que disent les riverains. On peut d'ailleurs légitimement poser la question : pourquoi le choix de l'emplacement de la porte de la Chapelle ? Car beaucoup de riverains disent que le quartier, à juste titre, connaît déjà beaucoup de situations de précarité. On commence, dans le quartier, d'ailleurs, à amorcer une vraie transformation urbaine. Le projet "Chapelle / International" ou le Campus Condorcet, souhaité et porté dès 2010 par Valérie PÉCRESSE, alors Ministre de l?Enseignement supérieur, est censé accueillir 5.000 enseignants, chercheurs et étudiants en sciences humaines. Tous ces riverains en première ligne ont besoin de réponses. Je vous demande de les associer, dès à présent, à l'évaluation du centre d'accueil. C'est l'objet d'un v?u qui sera présenté par Christian HONORÉ. Ce devoir d'information est indispensable, comme doit être envisagée l?indemnisation des commerçants qui ont subi, et continuent de subir, des nuisances et des préjudices liées aux campements sauvages. Nous demandons donc la mise en place d'une commission d'évaluation intégrant les associations, les riverains et les élus, afin de suivre les résultats et l'impact de la création de ce centre d'accueil des migrants et réfugiés. Car si le centre ne devait pas résoudre les problèmes évoqués, alors vous seriez obligés d'y renoncer. J'espère que vous suivrez nos conditions parce qu?aujourd'hui, n'ayant pas d'assurance quant à ces exigences d'efficacité, je choisis une abstention constructive, une abstention de conviction, une abstention de proposition. Madame la Maire, je veux insister enfin sur la crise migratoire et humanitaire à laquelle nous devons tous faire face et qui est avant tout le résultat d?un chaos et d?une barbarie qui accablent toute une partie du monde de l?autre côté de la Méditerranée, en particulier en Syrie, en Irak, au Mali et en Libye. Ces conflits nous concernent tous directement parce que l?Etat Islamique notamment, qui nous a frappés sur notre sol, sème la terreur auprès des populations locales. Notre devoir de solidarité est de les secourir lorsqu?ils parviennent sur notre territoire. Notre responsabilité internationale est de renforcer notre stratégie militaire dans cette région du monde pour éradiquer l?Etat Islamique. Préparer l?après-guerre dans ces pays est notre devoir car c?est notre avenir qui est en jeu. Refonder une politique française et européenne de coopération est également d?une urgente nécessité. Favoriser l?accès à l?eau, à une nourriture de qualité, à l?école, à une formation et au développement durable, sans une stratégie de coopération avec les pays et les populations de l?autre côté de la Méditerranée, nous passerons à côté du XXIe siècle. Agissons avec courage dans l?intérêt général pour notre avenir, l?avenir de ces populations, l?avenir de l?Europe, notre avenir. Soyons capables d?anticiper les enjeux à venir, de porter un cap et de donner une vision. Dans un autre temps - ce sera ma conclusion -, un grand intellectuel de gauche, Jean-Paul Sartre, et un autre grand intellectuel de droite, Raymond Aron, mettaient leurs différends de côté pour soutenir une cause qui les dépassait. Nous étions en 1979 et un Président de la République libéral, Valéry GISCARD d?ESTAING, mettait en place un dispositif exceptionnel pour accueillir 120.000 réfugiés vietnamiens et cambodgiens. Les temps ont, paraît-il, changé ; la situation est, paraît-il, différente, mais la France, elle, doit rester elle-même, c?est-à-dire savoir se rassembler lorsque les circonstances l?exigent et apporter des réponses concrètes à des problèmes douloureux qui concernent notre humanité et donc notre avenir à tous. Merci.

M. Mao PENINOU, adjoint, président. - J?ai entendu quelques remarques sur le temps. Je vous rappelle deux choses. D?une part, que nous avons fusionné une série de projets de délibération où il y avait des inscriptions multiples. Un temps de parole particulier a été demandé pour le groupe les Républicains et je l?ai accordé sur cette première intervention. La parole est à M. Christian HONORÉ. Merci.

M. Christian HONORÉ. - La Maire de Paris a décidé de créer un centre d?accueil humanitaire pour les réfugiés porte de la Chapelle. La création d?un tel centre est justifiée si l?on considère la multiplication des campements sauvages dans le 18e arrondissement. Depuis des mois, avec Pierre-Yves BOURNAZEL, Déborah PAWLIK et Fadila MÉHAL, nous ne cessons de dire que cette situation est inacceptable, indigne de Paris. Nous savons que la solution est de rétablir la paix et la sécurité dans les pays d?origine et de donner aux populations les moyens de vivre décemment, alors les habitants de ces pays ne ressentiront plus la nécessité de prendre tous les risques pour fuir de chez eux. Toutefois, cela, c?est du domaine de l?Etat et nous, Conseil de Paris, nous ne pouvons pas grand-chose. Ceux qui arrivent dans le 18e arrondissement sont les survivants d?un drame épouvantable, les survivants de tous ceux qui ont essayé de franchir la Méditerranée. Ils ont mis leur vie en danger pour échapper à une mort certaine. Nous les voyons errer d?un lieu à une autre sans pouvoir se poser nulle part. C?est inacceptable pour eux et c?est inacceptable pour les habitants qui voient dans leurs rues, sous leurs fenêtres ces campements, avec les trafiquants qui essaient d?exploiter la misère, avec les passeurs qui tentent leur chance. Un centre d?accueil doit répondre à l?exigence de soigner les malades, de les mettre à l?abri des prédateurs et de vérifier quelle est leur situation. Il doit répondre aussi à l?autre exigence : éviter que les riverains subissent des troubles à la tranquillité publique. C?est primordial. C?est la localisation qui pose problème. D?abord, le lieu choisi - la porte de la Chapelle - est situé dans un environnement urbain déjà confronté à de nombreuses problématiques de précarité et de tranquillité publique. Les habitants subissent les trafics des taxis sauvages, les campements, la prostitution et on leur impose de surcroît ce qu?ils considèrent comme une intrusion supplémentaire. Ensuite, le terrain doit accueillir le Campus Condorcet qui est attendu parce qu?il va valoriser le quartier. Les habitants ont appris cette installation au cours d?une conférence de presse, sans plus de détail : un camp au Nord de Paris. Il a fallu qu?ils lisent la presse pour avoir des informations plus ou moins précises. C?est notre cas, en tout cas, en tant qu?élus de l?opposition. Il aurait été plus respectueux pour les riverains que la Mairie les informe en amont. Un tissu associatif dense s?investit dans le secteur. Il était aisé d?informer les associations, pourquoi pas de les consulter. C?était leur manifester la considération qu?elles méritent, la reconnaissance de leur travail. Je suis persuadé, de plus, que c?eût été très utile. Vous ne l?avez pas fait, je le regrette. Le centre d?accueil est prévu, nous dit-on, pour durer 18 mois. Nous en prenons bonne note. Nous serons extrêmement vigilants sur ce point car nous tenons au Campus Condorcet. Les habitants sont légitimement préoccupés sur ce qu?il se passera durant la présence du centre. Ils s?interrogent sur d?éventuels rassemblements, la formation de files d?attente ou des débordements avec la venue des passeurs et des trafiquants dont j?ai parlé tout à l?heure. C?est la raison pour laquelle, avec Pierre-Yves BOURNAZEL, nous vous proposons d?organiser un Comité d?évaluation composé de représentants de l?Etat, de la Ville de Paris, de chacun des groupes politiques, de l?association gestionnaire, des représentants de la société civile impliqués sur le territoire : associations locales, conseils de quartier? Le rôle de ce Comité d?évaluation sera d?observer l?impact de la présence du centre d?accueil humanitaire sur son environnement et de proposer, si besoin, des actions correctives. Le Comité d?évaluation tiendra sa première réunion avant la fin de l?année 2016, si vous en êtes d?accord. La périodicité de réunion du Comité d?évaluation sera trimestrielle. En outre, en procédant ainsi, je suis persuadé que le retour d?expérience sera très utile pour les sites futurs. Je vous remercie.

M. Mao PENINOU, adjoint, président. - Merci. La parole est à Mme Déborah PAWLIK.

Mme Déborah PAWLIK. - Madame la Maire, chers collègues. Je ne suis pas opposée par principe à l?ouverture d?un centre de premier accueil humanitaire à destination des réfugiés. C?est une conviction personnelle profonde que j?assume pleinement aujourd?hui car la situation que nous connaissons actuellement est la pire de toutes. Depuis des mois, le 10e arrondissement a vu s?installer des campements sauvages à Stalingrad, à la Chapelle et plus récemment au canal Saint-Martin, des lieux précaires où les réfugiés vivent dans des conditions indignes et inhumaines que je ne peux accepter aujourd?hui, des campements improvisés qui on fait subir aux riverains aussi des nuisances. En effet, oui, il faut avoir le courage de le dire : si la situation actuelle n?était évidemment pas acceptable pour les réfugiés, elle ne l?était pas davantage pour les habitants qui l?ont portée malgré eux. Cette situation est évidemment le résultat de la politique ou plutôt de l?absence de politique du Gouvernement en matière d?immigration. Malgré la responsabilité que vous portez avec votre majorité sur cette question, je ne marquerai pas d?opposition à l?ouverture de ce centre, mais l?entourerais, tout comme mes collègues, d?un certain nombre de conditions. Avant de les exposer, je formulerai tout d?abord un regret : la création de ce centre arrive, en effet, à mon goût bien tardivement. Nous vous interpellons sur le sujet avec mes collègues, Pierre-Yves BOURNAZEL, Christian HONORÉ et Fadila MÉHAL, depuis 2015. Nous avons déposé de nombreux v?ux en Conseils d?arrondissement, en Conseils de Paris sans que jusqu?à maintenant rien ne se passe. Pendant votre attentisme, ce ne sont pas moins de 30 évacuations qui ont eu lieu ces derniers mois, 30 évacuations qui ont mobilisé des dizaines d?hommes en plein état d?urgence, souvent pour rien puisque quelques heures après, les campements étaient reconstitués. Venons-en aux conditions. Pour que ce centre fonctionne de manière efficace d?abord, certaines politiques doivent aussi enfin être assumées et menées. En effet, ouvrir un centre sans rien changer à certaines politiques actuelles est évidemment voué à l?échec. Cela passe en premier lieu par une distinction claire entre migrants et réfugiés. Oui, comme vous, nous sommes favorables à l?accueil des réfugiés de guerre, mais nous refusons aussi l?immigration économique à tout va. Or, vous ne semblez pas faire la distinction en la matière, Madame la Maire ; preuve en est que dans l?appel que vous avez porté avec les maires d?un certain nombre de grandes villes, appel adressé aux dirigeants mondiaux, vous les interpellez pour - je cite : "offrir refuge aux populations qui veulent échapper à la détresse économique". Or, la plus grande fermeté doit évidemment accompagner la politique de reconduite à la frontière de ceux qui ne peuvent prétendre bénéficier de l?asile politique. Cette fermeté doit être une condition essentielle, pour moi, à l?ouverture de ce centre. La même fermeté doit aussi accompagner la lutte contre les passeurs, ces exploitants de détresse, de misère envers lesquels votre Gouvernement aujourd?hui demeure passif. Pour terminer sur ce point, il est également plus que temps que les procédures d?asile soient accélérées. Comment, en effet, concilier le fonctionnement d?un centre où les personnes accueillies pourront être prises en charge pendant une semaine à 10 jours et une procédure d?asile qui aujourd?hui se compte en mois ? Là aussi, vous devez exiger de vos amis du Gouvernement qu?une réforme d?ampleur soit enfin menée. Si ces questions plus globales doivent donc nécessairement entrer en ligne de compte, des sujets plus locaux doivent aussi être abordés. Vous installez ainsi le centre sur le site dédié au futur Campus Condorcet.

Que va-t-il alors se passer quand les travaux du campus vont commencer ? Vous indiquez que le centre sera alors démonté mais nous n?avons aujourd?hui aucune garantie sur cela. Le projet Condorcet est toutefois un projet majeur qui ne peut être mis en cause par l?installation de ce centre. Installation, il faut le dire, un peu improvisée. Enfin, et c?est pour moi un constat d?échec pour vous, Madame la Maire. Vous n?avez concerté personne, ni les élus ni les riverains. Il faut dire que vous êtes coutumière du genre puisque l?avis des Parisiens semble parfois peu vous importer. Nous avons encore pu le constater dans le cadre du débat sur le projet de fermeture des voies sur berges. Si vous aviez consulté les riverains, vous auriez peut-être enfin compris que choisir une zone de Paris, déjà particulièrement difficile, n?était pas forcément l?idée du siècle. Le 18e arrondissement, comme le 10e, connaît déjà certaines tensions. Pourquoi venir encore une fois de plus asséner un coup de massue à des quartiers déjà en situation fragile ? Certes, l?ouverture de ce centre est encore une fois un moindre mal, mais comprenez aussi que dans cette partie de l?Est parisien, les riverains oscillent aujourd?hui entre l?incompréhension, le désarroi, le sentiment d?abandon et parfois la colère. Ils sont pour beaucoup, tout comme nous, sensibles à la situation actuelle, mais ils se sentent aussi piégés par une décision autocratique imposée par une Maire de Paris enfermée dans une posture et non dans le dialogue. Madame la Maire, vous le savez tout comme nous, un projet suscitant des clivages de ce type ne pourra fonctionner que s?il est accepté dans le quartier. La démocratie participative ne doit pas donc concerner que l?installation de jardinières. Madame la Maire, je vous donne aujourd?hui le bénéfice du doute, en conscience encore une fois, quant à l?ouverture de ce centre et je m?abstiendrai sur ce projet de délibération car, une fois encore, la situation actuelle n?était en tout état de cause plus tenable. Mais je serai particulièrement vigilante avec mes collègues dans les mois qui viennent sur la manière dont ce projet va être mené, porté et intégré dans une politique publique d?ensemble qui fait défaut aujourd?hui. Je vous remercie.

M. Mao PENINOU, adjoint, président. - Merci. Je ferai désormais très attention à vous appeler Mme PAWLIK, essayez de ne pas m?appeler Madame la Maire ! Eric AZIÈRE.

M. Eric AZIÈRE. - Chère Dominique VERSINI, puisqu?il s?agit bien d?elle, avec la création de ces deux centres d?accueil, la Ville de Paris s?honore d?accueillir les réfugiés dans des conditions exceptionnelles de dignité et d?humanité, que ce soit en termes d?hébergement, de dispense de nourriture et de soins ou encore d?accompagnement administratif et social, notamment pour les enfants. Ces deux centres s?annoncent comme un modèle d?humanisme. Tout ceci est parfait, à condition seulement que la fluidité de cet accueil, au bout des dix ou quinze jours, soit garantie par la capacité d?offrir à ces réfugiés une porte de sortie, un premier abri en attendant les réponses de l?Etat français à leur demande d?asile. Cette capacité d?offrir un abri, cette fois, ce n?est plus à Paris ou à l?Ile-de-France seulement qu?il revient de s?en donner les moyens, c?est à la France d?y répondre. C?est sur ce sujet, si vous le voulez bien, que je voudrais insister auprès de nos collègues d?autres villes et d?autres régions. J?entends ici ou là les remarques ou réticences de maires sollicités partout en France. Bien sûr, il faut privilégier le dialogue direct avec les maires, il faut identifier des capacités d?accueil moyennes, raisonnables, proportionnées à chaque bassin de population. Mais au-delà de cela, il est quand même impensable que la France et les 36.000 communes qui la recouvrent, les hommes et les femmes politiques qui les administrent n?arrivent pas à laisser de côté les contingences du débat politique afin de trouver des solutions dignes et responsables pour résoudre cette crise humanitaire. En 2015, l?Allemagne a accueilli près d?un million de réfugiés alors que la France en a reçu seulement 80.000. Depuis janvier 2016, on en a compté 600.000 en Allemagne contre 100.000 en France, mais c?est quand même six fois moins que les Allemands. Deux facteurs en fait déterminent le flux et le reflux de l?immigration aujourd?hui en Europe. Il s?agit notamment du degré de pression ou d?oppression exercé sur un peuple en guerre, martyrisé ou opprimé, en Syrie, au Soudan, en Erythrée, et de la volonté, à l?autre bout de l?exode, des autres pays d?accueil d?admettre ces réfugiés immigrants. C?est sur ce deuxième facteur que notre responsabilité est enracinée et engagée dans l?histoire. Souvenez-vous dans les années 1930, après l?incendie du Reichstag, plus de 60.000 juifs allemands fuient la montée du nazisme, et que seraient devenus 25.000 d?entre eux arrivant en France s?ils n?avaient été reçus à bras ouverts ? Comment ne pas frémir d?effroi devant l?abandon de ces hommes et de ces femmes à leur ignoble destin ? Fallait-il les rejeter ? Quel regard, quel jugement aurions-nous sur nos parents, grands-parents si la France les avait rejetés ? M. Laurent WAUQUIEZ y a-t-il pensé ? Pendant la guerre d?Espagne, la répression franquiste provoque l?arrivée des premières vagues de réfugiés dès l?été 1936. Des instructions sont données immédiatement aux Préfets par le premier Gouvernement Blum afin de recenser les locaux susceptibles de recevoir des réfugiés sans ressources. Après, je vous proposerai de relire l?histoire de l?immigration espagnole entre 1936 et 1945, sans oublier le rôle de ces nombreux Républicains espagnols immigrés engagés dans la Légion ou dans la Résistance pour ne pas être internés. Relire ces pages afin que les mêmes clivages, les mêmes réticences, les mêmes idéologies rampantes n?amènent les mêmes mots d?ordre frelatés de rejet. Enfin, Pierre-Yves BOURNAZEL l?a évoqué, en 1979, deux grands intellectuels parisiens, que tout opposait totalement jusque-là, Raymond Aron et Jean-Paul Sartre lancent un appel pour sauver les migrants vietnamiens et cambodgiens fuyant le communisme et les persécutions ethniques. Jean-Paul Sartre dira même une phrase admirable au Journal de 20 heures. Il se met au service d?hommes et de femmes en danger de mort abandonnant ses opinions politiques. C?est là que Laurent WAUQUIEZ devrait puiser son inspiration politique. Ce n?est pas quelques milliers ou dizaines de milliers de réfugiés vietnamiens ou cambodgiens et laotiens réfugiés que la France a accueillis, a installés, a intégrés, non, c?est 128.531 réfugiés grâce à un dispositif exceptionnel en effet mis en place à l?époque par le Président Valéry GISCARD d?ESTAING. Nous sommes fiers à Paris, dans le 13e arrondissement en particulier, d?en avoir accueilli autant. Où sont les Sartre et Aron d?aujourd?hui ? Pauvre Laurent ! Sommes-nous moins responsables de la situation en Libye ou en Syrie que nous l?étions dans les pays de l?ancienne Indochine ? Pour conclure, je voudrais profiter de cette intervention pour lancer un appel à la solidarité et à la conscience nationale de tous nos élus, de toutes les collectivités françaises, pour que Calais, Paris et toutes les zones de concentration de réfugiés ne restent pas seules et démunies devant ce devoir impérissable d?accueil des réfugiés en France. Nous voterons pour ce projet de délibération. C?est une question de dignité, un honneur.

M. Mao PENINOU, adjoint, président. - Merci. Olga JOHNSON.

Mme Olga JOHNSON. - Monsieur le Maire, chers collègues, la question des migrants est au c?ur des débats à Paris, en France et en Europe. Comme l?a dit Eric AZIÈRE à l?instant, elle va au-delà des clivages politiques et ne jouons pas sur les peurs et le repli sur soi. Derrière des mots comme réfugiés, des mots comme migrants, ce sont des femmes, des hommes, des enfants, des vies humaines brisées qui aspirent à la paix, à la sécurité, tout simplement à la vie. Avec la création des deux centres humanitaires, la Ville de Paris fait honneur à la France et à sa vocation humaniste. Le premier accueil de ceux qui ont tout perdu, c?est notre devoir d?humanité, notre devoir de fraternité. Christophe GIRARD, le maire du 4e, l?a rappelé lors des questions d?actualité tout à l?heure. Pierre-Yves BOURNAZEL également. Je pense qu?il y a unanimité sur ce point. Refuser les campements sauvages qui nuisent à la quiétude et à la sécurité des riverains et accueillir les réfugiés avec dignité, répondre à leurs premiers besoins est une nécessité absolue. Je profite de l?occasion pour saluer l?action d?"Emmaüs Solidarité" dans l?accompagnement des plus fragiles, dans la nécessaire mise à l?abri, loin de la jungle de la rue et des espaces de non-droit, et pour remercier Dominique VERSINI d?avoir pris le temps d?échanger avec notre groupe, afin de nous expliquer le dispositif plus en détail et d?entendre effectivement ce qu?on avait à lui dire sur la concertation préalable qui aura été préférable. Le groupe UDI-MODEM soutient totalement cette démarche qui est en résonance complète avec les valeurs que nous portons. A ceux qui stigmatisent les migrants, je dis que ce qui est irresponsable, ce n?est pas de prendre ce sujet à bras-le-corps, c?est de ne pas agir et d?ignorer le problème, ce n?est pas en construisant des murs de la honte que nous allons réduire le flux des migrants. Le nombre de déplacés, je ne reviendrai pas sur les statistiques, Eric en a parlé. Je voulais juste vous dire que la France accueille un tiers des migrants, là où la moyenne européenne est de 50 %, de la moitié. Quand on regarde la nature des flux à Paris, il s'agit environ de 50 arrivées quotidiennes, plutôt des Afghans, des Erythréens, vous savez qu'il y a une dictature en Erythrée, et des Soudanais, inutile de vous dépeindre le tableau et la vie d'un Soudanais au quotidien. Mes chers collègues, la solution n'est pas simplement à Paris. Il faut prendre le problème à la racine. La solution est avant tout, Christian HONORÉ le rappelait, dans les pays d'origine. Aider ces pays à avoir accès au développement via, par exemple, l'accès à l'énergie et au progrès, aider ces pays à s'émanciper des dictatures et de toute forme d'oppression est une urgence absolue. Ce que je crains, c'est qu'à défaut d'une action politique massive et rapide, les solutions provisoires demeurent définitives. Concernant la Métropole et le reste de la France, même si effectivement il aurait été nécessaire d'avoir une concertation Etat-Ville en amont, l'effort doit être partagé et réparti. Arrêtons encore une fois de nous faire peur en laissant penser qu'en répartissant des migrants sur le territoire, nous créons des appels d'air et des mini-jungles de Calais dans tout le pays. Madame la Maire, le groupe UDI-MODEM votera pour les projets de délibération concernant les centres d'accueil. Nous avons bien noté, dans vos différentes communications, que cet accueil est temporaire, les places étant limitées et les flux réguliers. Nous souhaitons rappeler le rôle de l'Etat et sa nécessaire réactivité au traitement des demandes d'asile, 8 à 10 jours, qui est crucial pour la réussite du dispositif. Ma collègue Fadila MÉHAL reviendra, je pense, sur la nécessité d'anticiper l'intégration des réfugiés pour les inscrire déjà dans la démarche du schéma local d'intégration que nous avions fait adopter à l'unanimité au Conseil de Paris. Je vous remercie.

M. Mao PENINOU, adjoint, président. - Merci. Fadila MÉHAL.

Mme Fadila MÉHAL. - Madame la Maire, chers collègues, la question qui nous préoccupe ce soir est un sujet difficile. Difficile parce que nous devons agir au local, dans la proximité, alors que les causes qui déterminent notre action sont de dimension européenne, internationale, voire planétaire. De quoi s'agit-il ? D'exode, que dis-je ? D'errance, de millions d'êtres humains qui fuient leurs pays pour se réfugier dans le nôtre à cause de la guerre, des dictatures, des désastres climatiques, de la sécheresse, ou tout simplement de la misère. Alors que faire ? Premièrement, si nous ne nous attaquons pas aux causes mêmes qui créent ces migrations internationales, c'est encore et toujours des millions de personnes qui tenteront de franchir la Méditerranée devenue, malgré elle, un cimetière à ciel ouvert. Co-développement, soutien aux démocraties dans des pays émergents, soutien à l'Afrique, la panoplie est large de ce qu'il convient de faire en termes économiques et diplomatiques, mais, dans cette attente, ces personnes qui fuient par milliers sont là, elles sont à Paris, dans nos rues, sous nos ponts, dans nos parcs et nos jardins. Allons-nous détourner la tête et passer notre chemin ? Les Parisiennes et Parisiens ne le comprendraient pas, eux qui demandent avec raison, et parfois avec agressivité, que les campements sauvages qui créent de l'insécurité, cela a été dit, de la misère urbaine et une hygiène désastreuse, soient démantelés au plus vite. Mais au-delà des Parisiens, c'est notre conscience de citoyen qui nous demande, qui nous commande de réagir et de trouver une solution dans l'humanité et la responsabilité. Comme vous le savez, je suis une élue du 18e arrondissement, là où va être implanté ce centre d'accueil pour les migrants. Aussi, quand la Maire de Paris a annoncé sans prévenir les élus de l'arrondissement, en tout cas du moins ceux de l'opposition, de l'installation d'un centre d'accueil au boulevard Ney, j'ai dû très vite prendre mes responsabilités en conscience. C'est vrai que, depuis, ce partenariat, cette concertation a eu lieu, mais c'est vrai que c'était un agacement un peu légitime. Mais au-delà, j'ai pensé à l'intérêt de notre ville, de ses habitants et de ceux qui transitent parfois souvent malgré eux. Au même moment, certains mettaient en ligne une pétition pour dire non au camp des migrants dans le 18e arrondissement. Alors j'ai pris mes responsabilités, ainsi que tous les membres du groupe UDI-MODEM qui croient à la vertu de la vérité et du courage politique. Chers collègues, je vous le demande, peut-on être à la fois contre les campements sauvages qui ont été la honte de Paris, notamment dans les 18e et 19e arrondissements, je pense notamment au jardin d'Eole, à la halle Pajol, à Stalingrad, et en même temps, rejeter d'un revers de main une solution qui pourrait résorber les 26 évacuations souvent violentes qui ont laissé de vrais traumatismes chez les riverains bien sûr, mais surtout chez les migrants et même chez les forces de l'ordre. S'il fallait une autre raison pour soutenir l'implantation du centre d'accueil, la vérité m'oblige à vous dire que je suis viscéralement attachée à notre Etat de droit qui nous permet de vivre ensemble dans la concorde et l'harmonie. Je crois à la force des traités internationaux, notamment à la convention de Genève de 1951 qui encadre et protège les réfugiés. Cette convention nous oblige et nous devons continuer à accueillir des réfugiés. C'est notre tradition, c'est notre honneur. Eric AZIÈRE le rappelait, Pierre-Yves BOURNAZEL aussi. Ils étaient Russes blancs au début du XXe siècle, ils étaient juifs polonais pendant les pogroms, ils étaient espagnols durant la guerre d'Espagne ou naufragés des boat-people durant la débâcle de Saigon. Beaucoup sont français aujourd'hui et leurs enfants sont des Français de sang-mêlé. Faut-il arrêter, faut-il oublier, faut-il en finir avec cette histoire de France ? Je ne le crois pas. Paris peut sans se renier et perdre son identité accueillir 400 réfugiés hommes pour 18 mois. Pour le 18e arrondissement où vivent 205.000 Parisiens, cela représente 0,1 %. Alors, certains m'ont dit et m'ont répété, le 18e arrondissement cumule déjà beaucoup de difficultés : pauvreté, chômage, problèmes de sécurité, de propreté, conduite addictive, prostitution. Le maire du 18e arrondissement ne me contredira pas mais ces arguments, certes, peuvent être entendus, et il faut redoubler d'effort pour que certains quartiers sortent, notamment du 18e arrondissement et de sa périphérie, de cette spirale d'échec. Pour autant, est-ce que le camp des migrants, le centre d'accueil des migrants va amplifier ces difficultés ? En toute honnêteté, je ne le crois pas. Avec mon groupe, accompagnés par Dominique VERSINI et je la remercie, nous avons tenu à visiter les lieux. Nous y sommes allés, dans cette friche de la S.N.C.F. et nous avons vu ces modules en bois qui vont servir d'abris. Nous avons parlé au directeur de l'équipe d'"Emmaüs". Des garanties de sérieux et de rigueur nous ont été données pour que les 400 hommes accueillis dans la dignité vivent cette première étape d'accueil de 5 à 10 jours et continuent ailleurs leur parcours en obtenant soit leur statut de réfugié et, comme l'a rappelé Pierre-Yves BOURNAZEL, dans la négative qu'ils doivent être reconduits à la frontière. Sur le sujet, il faut être en cohérence. La France ne peut pas accueillir toute la misère du monde mais, comme le rappelait Michel Rocard, elle doit y prendre sa part. Nous le faisons puisque 2.200 migrants ont été pris en charge sur le territoire parisien, dans le cadre des dispositifs d'Etat, et nous le faisons encore en accueillant les 400 personnes qui arriveront. Nous devons le faire en toute transparence car nous savons que l'emplacement, beaucoup l'ont répété de ce camp, est dédié au projet de campus universitaire Condorcet pour lequel nous nous sommes tant battus, et quand il rentrera dans sa phase active, nous souhaitons que la Mairie prenne ses responsabilités afin de ne pas dresser les uns contre les autres, afin de ne pas attiser la division et de ne pas dresser les migrants contre la communauté éducative. Pour terminer, je dirai que nous vivons des jours difficiles. Le monde frappe à notre porte, la misère qui l?accompagne nous oblige à ne pas agiter le chiffon rouge pour enclencher les peurs. Au contraire, nous devons redoubler de maîtrise et de responsabilité et trouver des solutions concrètes au malheur du monde. Je vous remercie.

M. Mao PENINOU, adjoint, président. - Merci. Fanny GAILLANNE.

Mme Fanny GAILLANNE. - Merci, Monsieur le Maire. Chère Dominique VERSINI, chers collègues, en votant ce projet de délibération nous rendons honneur à Paris et à la France, car dans notre histoire, notre ville et notre pays ont su briller par leur solidarité, par leur capacité à accueillir les plus vulnérables et ceux qui étaient en danger dans leurs pays. Avec ce projet, nous nous engageons à accueillir dans des conditions dignes, dès leur arrivée dans notre ville, des hommes, des femmes et des enfants qui ont fui la guerre et la misère. Ces personnes sont arrivées ici au terme de voyages souvent épouvantables. Beaucoup ont perdu des proches durant ces longs mois, ballottés entre des réseaux de passeurs qui font commerce des vies humaines, et des conditions climatiques qui ne laissent pas leur chance à ceux qui traversent les mers dans des embarcations de fortune. Voilà pourquoi il est de notre devoir d'accueillir ces personnes de la meilleure des manières. Voilà pourquoi nous ne devons pas laisser les personnes dormir sur un morceau de trottoir. Nous pouvons être fiers du rôle que nous jouons aujourd'hui et du chemin parcouru depuis l?apparition des premiers campements dans Paris. Je rappellerai qu'il a fallu plus de deux ans de lutte acharnée pour convaincre l'État de rompre avec la logique inhumaine qu'il applique depuis plus d'une dizaine d?années. Encore aujourd'hui, certains pensent qu'il faudrait rendre impossible la vie des migrants afin de dissuader leurs compatriotes de suivre le même chemin. Toute amélioration des conditions d'accueil, toute nouvelle distribution alimentaire, toute nouvelle prise en charge sanitaire risquerait de créer des appels d'air. Nous avons trop souvent entendu cette expression dans la bouche de soi-disant responsables politiques et du Ministère de l'Intérieur. Il y a longtemps que nous voulons briser cette logique, ce cercle vicieux qui a entraîné la catastrophe humanitaire des campements. Notre volontarisme politique a poussé la Ville de Paris à intervenir sur des politiques de solidarité qui dépendent normalement de l'entière compétence de l'État. C'est positif du point de vue de la prise en charge des migrants, mais extrêmement inquiétant du point de vue institutionnel. Pour avoir une action humaniste, il faut forcer la main de l'État, l'obliger à ouvrir des centres d'accueil, tout en l'aidant sur le plan financier. Paris peut se permettre d'aller aussi loin, mais beaucoup de villes ne le pourront pas. Pourtant, il faudra bien que l'État prenne ses responsabilités. Le Gouvernement a annoncé la création de 8.000 places en C.A.O. et en C.A.D.A d'ici la fin de l'année, il est impératif que cet engagement soit tenu et ce, malgré les blocages qui seront orchestrés par la droite et l'extrême-droite dans d?autres régions. L'Est parisien, Calais, les villes de Seine-Saint-Denis ou du Val-de-Marne ne pourront pas à elles seules accueillir les personnes à héberger. Nous ne pourrons plus accepter les retards de l'État et l'égoïsme des élus locaux comme ceux du 15e ou du 16e arrondissement. Par ailleurs, Monsieur BOURNAZEL, qu'ils soient en séance ou pas, cela ne les rend pas moins responsables de leurs actes. Nous devons continuer nos efforts pour garantir un accueil décent à tous les migrants. Cela vaut pour le futur centre d'accueil, mais y compris sans attendre pour les personnes qui dorment actuellement encore dans le 19e, avenue de Flandres. Les habitants de l?Est parisien font preuve d'une grande générosité. Ils le prouvent chaque jour, ne les désespérons pas en refusant de gérer ces campements et en laissant les migrants dans des conditions d'hygiène qui se dégradent. Enfin, je souhaite rappeler que nous défendons la solidarité par tous et pour tous. Nous tiendrons bon sur le centre d'accueil pour S.D.F. du bois de Boulogne. Il faut aussi que les quartiers bourgeois de l'Ouest de Paris comme dans le 16e arrondissement assurent leur part de solidarité. Nous tiendrons tête aux élus qui jouent avec le feu en attisant les haines. Je vous remercie.

M. Mao PENINOU, adjoint, président. - Merci. Jean-Bernard BROS.

M. Jean-Bernard BROS. - Merci, Monsieur le Maire, cher Mao PENINOU. Mes chers collègues, les élus de notre groupe avaient salué l'engagement pris par Anne HIDALGO pour un accueil digne sur notre territoire parisien. Nous saluons aujourd'hui les promesses tenues. La situation actuelle n'était, en effet, plus tenable, avec la multiplication des campements sauvages qui malheureusement continuent à s'installer dans l'attente de l'ouverture du centre. En attendant, les services doivent continuer à travailler pour limiter les nuisances quand cela est possible. Il n'est pas acceptable qu?en plein Paris nous puissions laisser des femmes et des hommes vivre dans l'indignité la plus totale. L'arrivée des réfugiés en Europe n'est pas un phénomène qui va se tarir. La guerre au Proche Orient et la pauvreté aujourd'hui, les déplacés climatiques demain, fermer les yeux ou édifier des barrières n'y changera rien. C'est à nous, autorité publique, de prendre en charge les besoins en accueil. Il nous faut nous adapter, et vite. Il nous faut proposer des solutions, il nous faut refuser l'impuissance. Le projet présenté aujourd'hui est le fruit d'un travail partenarial coordonné par notre collègue Dominique VERSINI, à qui je tiens à rendre un hommage appuyé pour son travail, son efficacité, son temps non compté et sa fatigue. Je pense après ces épreuves qu?elle aura besoin d?un peu de repos. Je lui souhaite des moments de tranquillité. Un projet solide, sérieux, qui répond à de nombreuses attentes. Tout d'abord, l'attente d'un lieu suffisamment grand pour permettre l'accueil et l'orientation de centaines de personnes, le besoin aussi pour les familles et les enfants de se reposer dans un espace sécurisant, avec le choix d'une deuxième construction à Ivry-sur-Seine. L?organisation efficace du site, avec le choix d'un opérateur comme "Emmaüs Solidarité" dont on ne peut que saluer le professionnalisme. L'encadrement, enfin, des bonnes volontés, avec l'appel à des associations spécialisées comme "Benenova". Il est vrai aussi que c'est un pari qui est fait aujourd'hui. Premier centre de ce type en France, il est normal que cela amène des questions, certaines craintes parfois. La Ville a prouvé qu'elle sait travailler dans l'urgence et gageons que le dispositif mis en place saura être modulé si besoin. Mais dans la crise des réfugiés qui touche aujourd'hui l'Europe, notre collectivité n'est qu'un des échelons de prise en charge, il faut qu'au niveau national et européen des mesures courageuses soient enfin prises. Le protocole passé avec l'État nous paraît être un premier pas dans cette réponse. Il nous faut saluer ensemble un beau projet, un projet utile, un projet humaniste, qui fera l'honneur de notre ville. Je vous remercie.

M. Mao PENINOU, adjoint, président. - Merci. Galla BRIDIER.

Mme Galla BRIDIER. - Merci, Monsieur le Maire. Chère Dominique, chers collègues, nous vivons un moment historique, et la bonne tenue de ces échanges en témoigne. Je m'en réjouis. Pour l'ancienne professionnelle de l'urgence humanitaire que je suis, votre annonce de créer un centre d'accueil pour les réfugiés fut une très bonne nouvelle, car il s'agit bien d'une urgence qu'il faut traiter comme telle. Une urgence liée aux guerres et aux horreurs que ces personnes fuient à contre-c?ur, contraintes et forcées, faut-il le rappeler encore à certains de nos collègues de l'opposition. Le groupe Ecologiste et moi-même sommes heureux que nos propositions depuis des mois en faveur de structures d'accueil de proximité aient reçu un écho. Nous sommes aussi heureux que la route tracée par Damien CARÊME, maire écologiste de Grande-Synthe, qui a installé dans sa ville, contre l'avis de l'État, un centre d'accueil similaire, ait pu inspirer notre Capitale à s'engager dans la résorption de ces campements de fortune insalubres. Enfin, Paris va pouvoir accueillir dignement ces personnes au parcours déjà si difficile et faire preuve d'humanité à leur égard. En tant qu?élue du 18e arrondissement, je suis particulièrement consciente des responsabilités qui sont les nôtres, à l?aube de l'ouverture de ce centre d'accueil. Je voudrais avant toute chose redire à quel point le choix du 18e arrondissement était une évidence que nous soutenons. D'abord, parce que les personnes réfugiées sont principalement présentes dans le Nord-Est parisien et qu'il s'agit donc de structurer une présence et des arrivées sur ce territoire qui est connu par-delà les frontières de la Méditerranée, et où ces personnes trouvent des réseaux d'aide et de solidarité. Ensuite, car le 18e arrondissement compte encore de grandes emprises foncières disponibles et apportait donc des options concrétisables rapidement. C'est aussi en tant qu?élue du 18e arrondissement que je connais les questionnements que cela génère chez les habitants, les commerçants et les usagers du quartier. Nous souhaitons que les problématiques diverses de cohabitation future qu'ont soulevé les acteurs du quotidien de ce territoire soient prises au sérieux et qu'ils soient entendus. En effet, si l'ouverture de ce centre était pour nous incontournable, il est avant tout impératif qu?elle soit un succès et qu'elle s'intègre dans son environnement immédiat. Nous sommes exposés au regard du monde entier pour montrer qu'une politique d'accueil à grande échelle qui mêle dignité et efficacité est possible. Mais il faut nous en donner les moyens, il faut penser ce centre comme un élément d'un dispositif plus large qui permette une fluidité dans la prise en charge et c'est bien l'objet du v?u que je porte pour le groupe Ecologiste. Ce centre va devenir une nouvelle polarité pour les réfugiés arrivant sur Paris. Nous devons l'anticiper dès maintenant car, nous le savons, la possibilité existe que de nouveaux campements et de nouveaux points de fixation, ceux-là même que nous cherchons à éviter en ouvrant ce centre, se créent sur le boulevard Ney avec le risque qu'ils génèrent des conflits importants entre réfugiés, riverains et autres populations en grande précarité qui vivent sur ce territoire. Aussi, demandons-nous d?une part qu'avant l'ouverture de ce site, la coordination sociale territoriale des acteurs sociaux, la Direction de la Prévention, de la Sécurité, de la Protection de la circonscription du 18e, la maraude d'intervention sociale spécifique migrants et l'unité d'aide aux sans-abris soient réunies sous l'égide du Secrétariat général de la Ville de Paris afin de coordonner l'ensemble des actions conduites en matière d'information, de médiation et de régulation de l'espace public. Par la suite, nous demandons d'avoir des garanties sur le fait que les moyens consacrés aux actions de médiation dans l'espace public du quartier et leurs modalités soient ajustés en fonction des besoins constatés après l'ouverture du site. Enfin, il nous paraît nécessaire, pour assurer un suivi renforcé et partagé par les acteurs du territoire, que nous puissions réfléchir à un dispositif au sein duquel, avec les habitants et les riverains, nous pourrions faire le point et évaluer l'arrivée de ce centre dans le quartier de la porte de la Chapelle. Mes chers collègues, la création de ce centre est une nécessité et une urgence mais il s'agit bien sûr de s'assurer des meilleures conditions possibles de son arrivée dans le quartier de la porte de la Chapelle. J'en suis sûre, nous y parviendrons tous collectivement. Je vous remercie.

M. Mao PENINOU, adjoint, président. - Merci. La parole est à Didier GUILLOT. Ensuite, Marinette BACHE.

M. Didier GUILLOT. - Monsieur le Maire, chère Dominique, je souhaite réitérer mon soutien au projet qui nous est soumis ce soir. La situation actuelle n'est plus tenable et nous devons travailler à trouver une solution pour accueillir au mieux les réfugiés, qui arrivent chaque jour sur notre continent et dans notre ville. Je vais ici saluer le volontarisme, l?efficacité, la réactivité et la rapidité de la Ville de Paris, d'Anne HIDALGO, de Dominique VERSINI et aussi d'Eric LEJOINDRE, le maire du 18e sur cette opération et le soutien sans faille de l'Etat aux côtés des acteurs de terrain et tout d?abord d'"Emmaüs Solidarité" qui a proposé des solutions particulièrement innovantes. Le centre qui sera situé porte de la Chapelle sera un lieu essentiel dans notre politique d'accueil et permettra d'orienter au mieux les migrants. Je vais ici souligner le caractère innovant de l'urbanisme intercalaire et modulaire. Ce type d'intervention urbaine limitée dans le temps permet de faire vivre des solutions innovantes comme d?ailleurs ce que nous venons de vivre avec beaucoup de succès à Saint-Vincent-de-Paul ou encore sur le site de Grand Train, pas bien loin du site de la Chapelle. Nous devons multiplier ce type de solution dans les interstices de la Ville et sur les lieux où sont prévus des projets à très long terme. Ce type d'intervention à l?échelle de la Métropole pourrait d?ailleurs permettre de faire face à beaucoup de situations d'urgence et d?inventer une nouvelle façon de faire vivre des territoires en mutation. Le centre est envisagé comme une structure provisoire pour laisser la place en 2018 à l'édification du campus Condorcet. Le projet Condorcet a été préparé sur le long terme avec les partenaires institutionnels concernés et ce, depuis plus de 10 ans. Pierre-Yves BOURNAZEL parlait de 2010, mais non. Pour mémoire, l'arrivée de l'université Paris I porte de la Chapelle était déjà inscrite au C.P.E.R. 2007-2013. L'objectif, au-delà de l'édification d'un campus accueillant pour les étudiants, était de revitaliser, requalifier le Nord-Est du 18e en face de Chapelle/International dans un quartier populaire à l'urbanisme peu accueillant. Ce nouveau campus offre les possibilités d'une réhabilitation du cadre de vie. Ce campus à cheval sur Paris et Aubervilliers sera d?ailleurs le premier campus transpériphérique, donc le premier campus métropolitain. Sans bien sûr remettre en cause le futur centre d'accueil, il nous faut dès à présent rechercher un autre terrain à Paris ou à proximité qui réponde aux besoins actuels. Ainsi, avec cette vigilance, je souhaitais exprimer mon soutien au projet de l'Exécutif. Je vous remercie.

M. Mao PENINOU, adjoint, président. - Merci. La parole est à Mme Marinette BACHE. Ensuite, ce sera Léa FILOCHE.

Mme Marinette BACHE. - Monsieur le Maire, chers collègues, chère Dominique VERSINI, des milliers de personnes dans le monde fuient la famine et la guerre et sont contraintes de quitter leur pays. Si tout doit être mis en ?uvre pour aider, là-bas, au règlement des conflits, pour permettre l'évolution économique et démocratique de ces pays qui seule permettra de tarir le flot des migrants, l'urgence est, à notre niveau de responsabilité, de tout mettre en ?uvre, ici, pour que notre République puisse accueillir dignement ces réfugiés. C'est cette réponse qu?apportent aujourd'hui la Maire de Paris et le Maire d'Ivry. C'est cette réponse que nous devons entériner lors de ce Conseil. Que certains croient pouvoir profiter de la concomitance de la crise économique et de la venue de ces réfugiés est révoltant. Qu'ils tentent de profiter et d'attiser l'entrechoquement des misères est criminel. Par ce projet de délibération, nous sommes fidèles à notre histoire, à celle de la République qui a toujours voulu que la France soit terre d'accueil. Ainsi, la commune d'Ivry a accueilli les républicains espagnols en 1936, ainsi Paris a accueilli nombre de latino-américains après le coup d'Etat de Pinochet grâce à l'association "France Terre d'asile". Je suis horrifiée de voir à quel point certains politiques de droite trouvent tous les prétextes du monde pour remettre en cause le droit d'asile. De la même manière, on ne peut tenir des propos du style : le droit d'asile oui, mais pas chez nous, pas ici. C'est intolérable car ces propos ont pour conséquence de rendre plus difficile encore la mise en place d'un accueil digne des réfugiés et leur intégration. De tout temps, certains cherchèrent des prétextes pour que le droit d'asile ne soit pas universel, qu?il soit limité, que les moyens pour le demander soient complexifiés. Cela ne date pas d?hier et je pourrais même remonter à Ignace III et à Grégoire IX qui exclurent les juifs et les hérétiques pour ne pas provoquer d'appels d'air. Ne pas "créer d'appels d'air", ces propos sont repris honteusement aujourd'hui, comme le rappelait Fanny GAILLANNE. La France et la République, elles, méritent mieux que cela. Fidèle à ce qu?elle est, Paris répond présent et nous en sommes heureux. S'appuyer sur "Emmaüs Solidarité", c'est le choix du sérieux et de l'expérience. Je tiens à saluer la transparence de ce projet de délibération qui nous permet de donner les moyens en nature pour la mise à disposition des parcelles des 58 à 72, boulevard Ney et les moyens financiers à hauteur de 2.330.000 euros à "Emmaüs Solidarité" pour assurer le gîte, le couvert et les droits de ces femmes et de ces hommes fuyant la guerre et la misère. On peut penser, Madame PAWLIK, que le Maire et la population du populaire 18e arrondissement seront plus responsables et plus dignes dans leur accueil que le Maire et une partie des habitants du privilégié 16e. Par ce geste, Paris et Ivry s?honorent. Pour des centaines d?hommes, de femmes, d'enfants ayant fait le choix déchirant d'abandonner leur Patrie, leurs amis, leur famille, c'est, je l'espère, la promesse républicaine qui vient à eux. Ils sont les bienvenus comme l'ont été nos ancêtres. Je vous remercie.

M. Mao PENINOU, adjoint, président. - Merci. La parole est à Léa FILOCHE. Ensuite, Danielle PREMEL.

Mme Léa FILOCHE. - Merci, Monsieur le Maire.

Mes chers collègues, effectivement depuis juin 2015 Paris, comme beaucoup de villes d'Europe, fait face à l'arrivée de très nombreux réfugiés sur son territoire. Plus de 15.000 d?entre eux ont été mis à l'abri grâce à la mobilisation conjointe des associations, de la Ville de Paris, de la Préfecture de Région d?Ile-de-France. Depuis juin 2015, à Paris comme dans beaucoup de villes d'Europe et d'ailleurs, des campements insalubres sur l'espace public se sont succédé faute d'une réponse digne de la part de l'Etat et surtout de la part de l'Europe. C?est donc avec force que, Madame HIDALGO, vous avez pris l'initiative au printemps dernier de prévenir l'apparition de ces campements mais aussi de vous engager. En effet, comme de nombreux Parisiens, comme de nombreux élus que nous sommes ce soir et cela a été beaucoup dit, nous ne pouvons plus nous contenter de solutions provisoires précaires sans alternatives concrètes. La ville-monde qui protège, qui a été au c?ur de nos engagements lors de la campagne municipale se doit en effet de répondre aux réfugiés qui, fuyant la guerre ou la dictature ou encore la misère, se dirigent vers les grandes villes européennes au risque de leur propre vie, mais aussi malgré des conditions d'accueil qui à l'arrivée ne sont pas à la hauteur, loin de là. Madame la Maire, chère Anne, vous le savez, ce mouvement n'est pas près de s'arrêter. Le nombre croissant de tentatives de traverser depuis la Libye ou encore le pilonnage actuel honteux de la ville d'Alep en Syrie ne vont pas dans le sens de la fin d'une crise. Certes, ce n?est pas d'ici que nous pouvons mettre fin aux inégalités dans le monde, ni même imposer d'autres choix politiques en matière de développement, mais nous pouvons à notre niveau, et nous le devons, prendre des mesures pour que les conditions dans lesquelles arrivent et séjournent les réfugiés puissent être meilleures. Chère Dominique VERSINI, ainsi que tout l'Exécutif qui s'est investi, vous avez choisi cette voie avec conviction et avec engagement. Je souhaite donc partager avec vous, mes chers collègues, ma fierté d?appartenir à la majorité municipale de cette ville qui assume son rôle et s?engage pour qu?une autre politique d'accueil des réfugiés puisse enfin se faire jour. Oui, chers élus de l'autre côté de cet hémicycle, nous avons pourtant agi depuis plus d'un an. Je vais lister un peu, mais nous avons participé à la création de plus de 1.500 places d?hébergement grâce à la contribution de la Ville. Nous avons participé et créé une maraude destinée à repérer et à orienter les migrants. Nous avons permis d'ouvrir un centre pour les femmes et pour les enfants. Nous avons refondé entièrement le dispositif d'accueil pour les 1.500 mineurs isolés étrangers de la ville. Il y a un an, au Conseil de Paris du mois d'octobre, Dominique VERSINI a remis à chacun des élus, après sa présentation en Conseil, le plan de mobilisation de la communauté de Paris en faveur de l'accueil des réfugiés. Alors quand j'entends que notre majorité a été absente ou inactive, soit c'est de l'inattention à nos débats, et je le regrette sincèrement, soit c'est de la mauvaise foi et cela m?inquiète. Je tiens ici particulièrement à remercier tous les agents de la Ville, tous les bénévoles, toutes les associations, qui ont enfin permis d'arriver à ce dispositif. L'ouverture de ce centre d'accueil veut aujourd'hui répondre à une urgence que tous les élus de terrain - et nous en avons tous convenu - ne peuvent que constater. Opérant d'ici à la mi-octobre, situé dans le 18e arrondissement, ce centre sera un lieu d'accueil pour que celles et ceux qui arrivent quotidiennement dans la Capitale puissent y arriver dans de meilleures conditions. Ce lieu sera aussi un site destiné à accueillir jusqu'à près de 600 hommes isolés qui s'inscrivent dans une démarche de demande d?asile pour une période de 5 à 10 jours, le temps d'être pris en charge par les différents dispositifs. Ce site sera doté d?un pôle santé permettant la réalisation d'un diagnostic infirmier et d?une prise en charge des traumatismes psychiques. Son organisation interne, construite en lien avec des migrants déjà accueillis dans certains centres d'urgence, notamment ceux d'"Emmaüs", a souhaité s'appuyer sur des expériences récentes et sur la possibilité de le moduler pour le faire évoluer en fonction des besoins. Je tiens d'ailleurs à saluer Eric LEJOINDRE, le Maire du 18e arrondissement, qui permet aussi que ce centre ouvre dans des conditions rapides et efficaces. Ce centre d'accueil sera aussi l'occasion d?enfin faire entendre un discours allant dans le sens de la solidarité nationale, parce que - cela a été déjà dit - mais, vraiment, je suis très choquée d'entendre certains propos de certains élus, en France certes, mais qui font barrage à cette solidarité nationale indispensable, historique et même inévitable. La pétition de certains demandant qu?il n?y ait pas de réfugiés dans leur ville mène, forcément et surtout, à ne pas trouver de solution à une réalité qui s'impose pourtant. Ce positionnement mène aussi forcément à la situation actuelle, qui fait que certains quartiers populaires du Nord-Est parisien continuent à subir des occupations complexes de leur espace public. Ce positionnement conduit à libérer des paroles xénophobes et racistes insupportables, que je condamne et qui me font dire que nos engagements en faveur de la solidarité, du vivre ensemble, sont d'autant plus légitimes. Le second site, situé sur le territoire d'Ivry-sur-Seine, dont je salue aussi le Maire pour son engagement, ouvrira dans un second temps pour mieux accueillir dans un temps plus long et plus encadré les femmes, les familles, les enfants et les jeunes isolés. Ces sites sont cofinancés en investissement et en fonctionnement. C'est essentiel d'arriver à ce cofinancement qui va permettre de montrer l'exemple au niveau national, en tout cas je le souhaite. Jusqu'ici, il est vrai, nous pouvons regretter que l'Etat ne soit pas parvenu à instaurer une politique claire et volontariste, malgré une urgence qui n?a fait qu?augmenter. Mais cette nouvelle démarche devra continuer à se développer et à se reproduire dans d'autres villes, plus ou moins grandes, à être portée par une volonté politique forte, parce que l'histoire qui sera écrite sur cette période devra être une histoire de solidarité, de promotion des valeurs de la République, et notamment de la fraternité. Nous ne céderons ni aux pressions, ni aux menaces. L'incendie du centre d?hébergement de l'Essonne nous montre combien nous devons tenir sur le fond comme sur la forme et combien nous devons agir vite. Nous ne serons pas de ceux qui défendent le repli sur soi ou le renvoi des responsabilités. Nous serons ici avec vous, l'Exécutif, Madame la Maire, et vous, chers collègues qui voterez en faveur de ce projet de délibération, de ceux qui auront agi, assumé et qui pourront ainsi continuer de porter fièrement les valeurs républicaines. Je vous remercie de m'avoir écoutée et de voter favorablement ce projet de délibération.

M. Mao PENINOU, adjoint, président. - Merci. La parole est à Danièle PREMEL.

Mme Danièle PREMEL. - Monsieur le Maire, mes chers collègues, le quartier de la porte de la Chapelle accueillera l'essentiel du dispositif d'accueil des migrants primo-arrivants. C'est pour nous, élus communistes du 18e arrondissement, une avancée considérable vers un accueil digne de ces populations qui ont traversé des continents pour sauver leur vie. J'ai d'ailleurs pu visiter ce lieu d'accueil, accompagnée de Mme VERSINI, et j'ai pu constater que la Ville et l'association "Emmaüs Solidarité" étaient à pied d'?uvre pour réussir à tenir les délais du projet. Il est urgent d'ouvrir ce centre afin d'éviter à ces personnes d'avoir à vivre dans les rues, comme nous le voyons trop souvent dans le Nord-Est de Paris. Je tiens toutefois à souligner que l'urgence de la situation ne doit pas nous dispenser de proposer un accueil de qualité, un accueil qui prenne en compte les normes et les réglementations afin de garantir confort et sécurité aux personnes qui auront à le fréquenter en attendant de pouvoir rejoindre des hébergements plus pérennes. Je tiens aussi à l'importance de travailler le lien avec le quartier. La porte de la Chapelle assume déjà largement sa part de solidarité. La porte de la Chapelle est un quartier populaire qui doit aussi composer avec un cadre urbain extrêmement dur. Il s'agit d'un quartier où il est difficile de vivre au quotidien, un quartier dans lequel les espaces publics sont occupés par des populations en marge qui sont en grande difficulté. Vous comprendrez donc que nous devons faire très attention à la bonne inscription du centre d'accueil dans le quartier. Les habitants du 18e arrondissement ont fait preuve à de nombreuses reprises de leur solidarité envers les migrants. Nous ne pouvons pas en dire autant de ceux du 16e arrondissement et d?ailleurs qui menacent d'avoir recours à la violence pour éviter d'accueillir des réfugiés. Ces comportements inacceptables, soutenus par des élus de droite, ont pour conséquence d'entraver la solidarité, d'empêcher l'accueil de ces populations. La Ville de Paris et la mairie du 18e arrondissement se doivent donc de rester à l'écoute du quartier et de ses habitants. La mairie du 18e arrondissement a organisé une première réunion publique. Le Maire, avec Gérald BRIANT, adjoint communiste en charge des affaires sociales et de l?hébergement d'urgence, se sont engagés à en organiser d'autres. Des visites de sites pourraient aussi avoir lieu avec les associations et les conseils de quartier. L'objectif est d'associer la population à ce projet en mettant en place des espaces de dialogue qui permettent l'échange et la discussion avec les gestionnaires du lieu et les services de l'Etat. Les élus communistes - Front de gauche soutiennent d'ailleurs les demandes d'associations d'habitants, comme l?A.S.A. P.N.E. qui demande que soit mis en place un comité trimestriel d'évaluation dans lequel les habitants seraient représentés et dont le rôle sera d'observer l'impact du centre d'accueil sur son environnement et de proposer, le cas échéant, les ajustements nécessaires. Je terminerai en revenant sur le fond du sujet. Nous sommes fiers de pouvoir venir en aide aux migrants, mais si les actes de solidarité relèvent de la fraternité entre les hommes, la vraie solution est de supprimer les causes de l'exode qui arrache les familles à leur maison : la guerre et l'exploitation des pays les plus pauvres par les grandes puissances et les multinationales. Sachons, en même temps que nous nous montrons solidaires, ?uvrer pour la paix et le développement pour sortir des logiques de guerre et d'exploitation dans ces pays. C'est le sens de la proposition que fait le parti communiste français à l'O.N.U. pour la mise en place d'un plan mondial de solidarité et de réduction des inégalités, qui passerait notamment par la relance de l'aide publique au développement. Je vous remercie.

M. Mao PENINOU, adjoint, président. - Merci. La parole est à Danielle SIMONNET.

Mme Danielle SIMONNET. - Mes chers collègues, je tiens aussi à signaler le fait qu'on peut être fier que ce débat soit aussi mesuré, aussi responsable et aussi républicain dans le climat actuel de lepénisation et de "zemmourisation" des consciences. Beaucoup de collègues sont intervenus sur le fait que la crise des migrants, a priori, n'allait pas s'arrêter. Je tiendrai à insister aussi sur le fait que, pourtant, il n'y a pas de fatalité. Il n?y a pas de fatalité et une réorientation radicale des politiques internationales pourrait ?uvrer pour la paix si la France faisait le choix de son indépendance, sortait de l'O.T.A.N. et défendait réellement une coalition internationale sous l'égide de l'O.N.U. Il n?y a pas de fatalité si la France et l'Union européenne s'opposaient, par exemple, à ces accords de partenariat économique que l'Union européenne va imposer à l'Afrique, ces accords qui vont aggraver le libre-échange et qui vont poursuivre la destruction du peu d'Etat qu'il peut y avoir, aggraver le pillage, l'organisation de la corruption. Il n'y a pas de fatalité non plus à la crise climatique qui continue à imposer des flux migratoires contraints du fait justement de notre mode de développement productiviste. Evidemment, nous n?agissons pas directement là-dessus et pourtant, vous savez très bien que toutes nos politiques à un moment donné ont aussi des conséquences. On est dans un contexte terrible où nous savons que la crise des migrants va continuer, et où, hélas, le discours s?éloigne d?une action efficace sur les causes et se durcit pour ne pas assumer les conséquences. Le sommet de Bratislava, j?espère que vous vous en rendez compte, est catastrophique. On voit la montée de l?extrême droite dans les différents pays européens et quelle est la réponse de l?Union européenne ? Eh bien, externalisons le contrôle aux frontières, continuons avec les accords du Touquet, continuons avec les accords de la Turquie et également mettons en place un fichage des migrants avec tout ce que cela implique comme dérive très brune de l?Union européenne. Prenons date pour l?histoire, ne laissons pas faire cela. Oui, nous devons assumer également les conséquences. Evidemment c?est le rôle de l?Etat d?abord d?assumer ces conséquences. Et je suis fière que la Ville de Paris enfin crée ces deux centres et pas simplement ces deux centres. L?annonce par Mme VERSINI de créer aussi un centre à Hôtel-Dieu qui était ce que l?on demandait depuis plus de deux ans, je le salue comme une véritable victoire. Même si je sais que ce n?est pour l'instant qu?une annonce et qu?on ne sait pas encore exactement dans quelles conditions, parce que c?est important d?assumer nos responsabilités. Mais réalisons ce qui s?est passé quand même ces deux dernières années. Des collègues ont cité Pajol, je suis allé à Calais et j?invite tous les collègues à passer une journée à Calais. Avant de se réjouir des déclarations de François HOLLANDE, alors qu?on sait que pour l?instant le Gouvernement n?est pas du tout en capacité de démanteler la jungle de Calais et de garantir les droits des migrants. Il n?y a pas simplement eu Pajol, mes chers collègues, il y a aussi le lycée Jean Jaurès évacué par la violence. Il y a eu aussi tout cet été les expulsions et évacuations qui, ce n?est pas vrai, n?ont pas donné lieu à chaque fois à des hébergements et vous le savez bien. Le Préfet l?a aussi confirmé tout à l?heure, cet après-midi que les O.Q.T.F. pleuvent et elles vont continuer de pleuvoir. Oui, la Ville prend les siennes mais elle doit continuer à interpeller l'Etat. Vous savez, la situation des demandeurs d?asile, c?est environ 80.000 demandeurs d?asile pour à peine 15.000 droits d?asile accordés. C?est honteux ! La République française n?assume pas son obligation en termes de devoir d?asile. Par contre, l?organisation méthodique de morcellement et de triage des cas est totalement odieuse. Moi, je suis inquiète néanmoins de la façon dont nous pensons nos centres d?hébergement et qui finalement collent à ce morcellement administratif. Ma belle-mère, quand elle est partie du Portugal, c?était peut-être une dictature mais elle n?était pas réfugiée politique, elle y allait parce qu?elle ne savait plus comment manger, c?était une réfugiée économique. Elle n?aurait pas aujourd?hui été acceptée à l?asile si elle venait d?un autre pays, vu les conditions. Aujourd?hui, elle serait déboutée du droit d?asile, elle serait expulsée manu militari. Et je suis persuadée que vous avez tous autour de vous, parmi vos proches, des exemples équivalents. Alors attention avec ce tri. J?ai des questions à poser, Madame VERSINI. Le tri avant l?entrée dans le centre, comment va-t-il se faire précisément ? Parce que j?estime, et c?est l?obligation de l'Etat et l?obligation de notre collectivité, de mettre à l?abri tout homme et femme quelle que soit sa situation administrative, qu?il soit demandeur du droit d?asile, qu?il soit éligible au droit d?asile ou qu?il soit simplement à la rue. Quand on parle des réfugiés, on parle des exilés. Echangez avec Aminata TRAORÉ et vous verrez ce qu?elle pense de la guerre économique que mènent le capitalisme et l?Union européenne vis-à-vis de l?Afrique. Là, vous regarderez les réfugiés de l?Afrique sous un autre angle, pas simplement soi-disant des réfugiés économiques vis-à-vis desquels il faudrait être extrêmement durs parce que, pour reprendre les propos d?autres élus, ils n?auraient pas vocation.

M. Mao PENINOU, adjoint, président. - Madame SIMONNET?

Mme Danielle SIMONNET. - Une migration contrainte n?a jamais vocation. Je termine, mes chers collègues. Dans la question de l?accès au droit, j?entends que les travailleurs sociaux d?"Emmaüs" vont intervenir, mais je vous propose aussi que nous prenions attache avec l?Ordre des avocats de Paris pour qu?il y ait une permanence d?avocats spécialisés. Je souhaite aussi qu?on s?interroge. Nos capacités d?accueil sont pour l'instant totalement en-deçà de la demande. Après les dix minutes de M. BOURNAZEL, je n?en ai que pour quelques instants.

M. Mao PENINOU, adjoint, président. - Je vous ai expliqué tout à fait le cadre tout à l?heure.

Mme Danielle SIMONNET.- Je souhaite vous dire : attention, on dit qu?ils vont rester que cinq à dix jours mais vous savez comme moi que l'Etat ne va pas tous les mettre à l?abri. Attention que nous ne soyons pas la gare de triage pour que les autres soient envoyés en centre de rétention. Donc, je terminerai sur ce point. Évidemment bravo, après deux ans de lutte sur le terrain, que la Ville prenne enfin ces décisions. Vous avez remercié, mes chers collègues, les agents de la Ville, je les remercie également, mais je remercie tous les Parisiennes et Parisiens qui eux, sur le terrain, ont continué à lutter et ont bien l?intention de continuer de lutter.

M. Mao PENINOU, adjoint, président. - Merci. Je vois que, sur tous les bancs, il y a des surprises. La parole est à M. Rémi FÉRAUD.

M. Rémi FÉRAUD, maire du 10e arrondissement. - Merci, Monsieur le Maire. Je serai beaucoup plus bref, d?autres élus de mon groupe sont intervenus. Je voudrais excuser l?absence au moment de ce débat d?Eric LEJOINDRE, le Maire du 18e arrondissement, qui est retenu dans son arrondissement. Après l?une des plus importantes mises à l?abri du printemps dernier, nous avions dit avec Anne HIDALGO, Dominique VERSINI, Eric LEJOINDRE, que cela ne pourrait pas recommencer ainsi si de nouveaux campements sauvages se mettaient en place, que nous devions bousculer l?ordre des choses. Au-delà même de ce qui a été fait depuis 2014 et qui a été rappelé par Léa FILOCHE, cette initiative politique du centre humanitaire aura marqué le débat sur l?accueil des migrants dans notre pays, car elle est certes pragmatique mais avant tout elle est d?abord courageuse. Je dois dire que les critiques que j?ai entendues, même modérées, sont un peu dérisoires. Car que vaut la critique de créer ce centre d?accueil dans un quartier populaire, quand on ne se bat pas pour en créer aussi dans le 16e arrondissement ou dans la banlieue Ouest de Paris ? Les seuls qui peuvent éviter d?être soumis à cette critique, c?est notre majorité. Nous accueillons à la fois des sans-abri dans le bois de Boulogne et nous nous sommes battus pour cela contre le groupe les Républicains. Nous le faisons à la porte de la Chapelle et nous dénonçons l?attitude d?un certain nombre d?élus, en particulier aujourd?hui dans les Yvelines lorsqu?ils refusent de prendre leur part d?accueil. Car l?essentiel, c?est d?avoir bientôt à Paris d?abord une solution qui est tout sauf improvisée, c?est-à-dire un lieu d?accueil pour les primo arrivants, géré par "Emmaüs Solidarité", afin que le lieu de premier accueil ne soit plus les trottoirs de Paris, d?un certain nombre de quartiers de Paris, ce qui est, il faut le dire aussi, encore le cas aujourd?hui avant l?ouverture du centre, notamment dans le 19e arrondissement autour de la place de Stalingrad, de l?avenue de Flandre, mais aussi dans le 10e arrondissement autour du boulevard de La Villette et du quai de Jemmapes. L?essentiel, c?est d?avoir réussi à faire du Gouvernement un partenaire de ce projet et ainsi d?avoir fait bouger le système. Pierre HENRY de "France Terre d?asile" disait l?autre jour dans une interview, quand on engage une bataille culturelle, celle de l?accueil digne des migrants en l?occurrence, on le fait clairement et on l?assume, et il reconnaissait à Anne HIDALGO cette qualité. Je voudrais juste dire en conclusion que la crise des réfugiés est et va rester malheureusement dramatique dans les mois qui viennent. Certaines situations, comme celle que nous connaissons encore aujourd?hui autour de Stalingrad, doivent nous faire honte. Mais nous pouvons être fiers de l?action de Paris et d?Ivry aujourd?hui pour faire changer les choses. Je voudrais dire à Dominique VERSINI et autour d?elle à l?ensemble des équipes qui, autour de l?Exécutif, dans l?administration de la Ville et dans les associations travaillent avec elle, qu?elle peut compter sur nous. Merci.

M. Mao PENINOU, adjoint, président. - Merci. La parole est à Aurélie SOLANS et ensuite David BELLIARD.

Mme Aurélie SOLANS. - Merci, Monsieur le Maire.

Madame la Maire, mes chers collègues, comme l?a dit ma collecte Galla BRIDIER, l?ouverture d?un centre de premier accueil humanitaire est attendue depuis le début de la crise des réfugiés.

Cette crise, mes chers collègues, est aujourd?hui dans les rues de Paris une véritable crise de l?accueil. Nous en sommes les témoins, jour après jour, et les habitants des quartiers où s?installent les campements indignes en sont les spectateurs interdits, indignés.

Cette situation, nous devons en prendre la mesure, marque durablement les quartiers déjà fragiles. D?une façon générale, les riverains toujours se sentent abandonnés des pouvoirs publics. Car si la mobilisation de moyens considérables est engagée depuis le début de la crise, en particulier avec un investissement exceptionnel de notre collectivité, la temporalité des actions est incompréhensible. Quand il faut attendre des semaines une mise à l?abri, ce sont tous les besoins primordiaux d?êtres humains laissés sur le trottoir qui ne sont pas assurés. C?est une urgence humanitaire à laquelle on ne répond pas.

Alors oui, aujourd?hui, le groupe Ecologiste de Paris vote avec conviction ce projet de délibération pour mettre fin aux campements de réfugiés qui sont inhumains.

Pour ma part, je voterai avec émotion ce point de départ d?un dispositif d?accueil qui prend en compte chaque étape, qui fait face aux besoins humanitaire, qui assume nos engagements sur le droit d?asile et les droits humains.

La Chapelle, Pajol, la caserne de Château-Landon, Eole, Jean-Quarré, Jean-Jaurès, Stalingrad, boulevard de la Villette, avenue de Flandre évacuée la semaine dernière et de nouveau reformée, tous ces sites où ont trouvé refuge au fil des deux dernières années plus de 20.000 réfugiés. L?ouverture de ce centre à destination des primo-arrivants nous semble donc essentielle dans notre volonté de permettre un accueil et une mise à l?abri digne.

Le choix d?"Emmaüs Solidarité" pour porter ce projet a aussi de quoi rassurer et convaincre. Cette association a fait ses preuves et son expérience dans la gestion de centres pour publics vulnérables en fait un acteur incontournable de l?action sociale et de l?humanitaire sur le territoire parisien.

Une mise à l?abri, un bilan médical, des informations sur leurs droits et sur les démarches, telles sont les missions de ce lieu de premier accueil. Une attention particulière sera consacrée à un accompagnement psychologique.

Nous tenons à saluer une prise en compte plus importante de cette dimension. En effet, l?expérience montre à quel point les parcours migratoires et les vécus traumatiques antérieurs à leur départ doivent faire partie du tout premier accueil.

Les familles et les femmes auront leur site dédié à Ivry au Sud de Paris. Nous voulons saluer cette décision car oui, il faut ouvrir plusieurs sites, répartis sur le territoire.

Nous souhaitons le redire encore : ouvrons des centres à taille humaine, qui peuvent travailler à s?ouvrir sur leurs quartiers, fédérer les solidarités citoyennes qui favorisent un véritable accueil.

Je veux profiter de ce débat pour mentionner une subvention à notre ordre du jour à deux associations qui accompagnent la mobilisation des bénévoles dans le cadre de l?accueil des réfugiés à Paris. Ce projet de délibération s?attache à une préoccupation importante, celle de la mobilisation citoyenne et de son accompagnement. Il s?agit d?enjeux fondamentaux dans le plan de mobilisation de la Communauté de Paris pour l?accueil des réfugiés.

L?implication de toutes et tous est fondamentale pour permettre à notre ville de devenir véritablement une ville refuge. Les institutions ne peuvent agir seules, elles doivent être moteurs, proactives et poser des cadres permettant l?action citoyenne. Nous le constatons partout où les bidonvilles et les campements de migrants s?installent : les citoyens se mobilisent pour répondre aux urgences, tendre la main. A Grande-Synthe, cette mobilisation a été une pierre majeure à l?édifice du dispositif d?accueil. Je tiens à saluer l?investissement extraordinaire d?"Utopia 56" à Grande-Synthe et dans la jungle de Calais. Bien qu?il soit hors de question que les bénévoles se substituent aux pouvoirs publics, leur mobilisation est une réelle force dans notre combat pour l?accueil digne des réfugiés. Nos attentes se dirigent désormais en direction des centres d?accueil prévus, mais nous n?oublions pas les migrants toujours à la rue aujourd?hui. Nous devons agir dans l?attente de l?ouverture du centre de la porte de la Chapelle. Dans l?intervalle, prenons nos responsabilités et redonnons confiance en la capacité de notre puissance publique à faire face, dans le respect des conventions internationales. Les vérifications administratives avec O.Q.T.F. - obligation à quitter le territoire -, qui déploient des opérations de police dénudées de toute mise à l?abri, doivent cesser avenue de Flandre. Il faut de toute urgence mettre fin aux campements. Nos quartiers attendent le retour de l?Etat pour protéger ces populations vulnérables et donner un avenir à chacun. Je vous remercie.

M. Mao PENINOU, adjoint, président. - Merci. David BELLIARD.

M. David BELLIARD. - Merci.

Monsieur le Maire, mes chers collègues.

Jute un petit point en préambule : si je constate avec satisfaction la bonne tenue de ce débat, je ne peux que regretter qu?il se déroule si tardivement devant un parterre plus que clairsemé. Cela étant dit, avec les interventions de mes collègues Galla BRIDIER et Aurélie SOLANS, nous avons dressé un large panorama de ce que représente ce centre pour notre groupe et sous la responsabilité de notre collectivité pour un accueil digne des réfugiés. Néanmoins, ne nous mentons pas. Si la décision d?installer ce centre est une excellente chose et que Paris a gagné un premier bras de fer avec l?Etat, c?est bien l?Etat qui aura la capacité de faire de ce centre une véritable réussite. La Ministre Emmanuelle COSSE a fait savoir que des places supplémentaires seraient créées afin de permettre un hébergement digne de ces personnes après leur passage dans ce centre et cela, de façon répartie sur tout le territoire national. C?est une bonne nouvelle, mais malgré toute la bonne volonté ici affichée, nous savons bien que des collectivités locales vont tout faire pour bloquer cette démarche par pur égoïsme ou simple enjeu électoral et ainsi mettre à mal cette politique volontariste. La surenchère - et cela a été rappelé par certains de mes collègues - de la droite extrême et de l?extrême-droite a ainsi vu le Front National lancer une association à caractère raciste appelée "Ma commune sans migrants". Quant à la droite supposée républicaine, comme l?a indiqué mon collègue Nicolas BONNET-OULALDJ, elle compte en son sein au moins deux présidents de région, Laurent WAUQUIEZ et Christian ESTROSI, qui ont déjà fait savoir qu?ils comptaient s?opposer et batailler contre un processus de répartition territoriale des hébergements. Par pure posture électorale, les voilà qui s?exonèrent de la solidarité. Je suis heureux de voir que l?opposition parisienne, du moins en partie, a changé ses positions pour nous rejoindre dans notre combat déjà ancien et ne s?engouffre pas complètement dans cette course à la haine et au populisme. Néanmoins, ces oppositions de caciques locaux de droite et d?extrême-droite n?exonèrent pas l?Etat de ses responsabilités. Malgré les bonnes intentions affichées, il nous est permis de douter de sa sincérité et de sa réelle volonté d?avancer. Après tout, n?avons-nous pas dû outrepasser nos compétences pour le pousser à agir et ainsi tenter d?enrayer la multiplication de campements inhumains et indignes sur le territoire parisien ? Nous le savons, les centres de Paris et d?Ivry ne peuvent se suffire à eux-mêmes. Sans mobilisation supplémentaire de l?Etat, ce projet est voué à l?échec. Ce dispositif n?est pas la solution, il doit être un maillon d?un dispositif national solide et solidaire. Enfin, permettez-moi de terminer sur les dernières décisions du Président de la République et de son Ministre de l?Intérieur concernant Calais. L?opération visant à résorber les campements à Calais a, en effet, aussi de quoi nous inquiéter. Nous nous souvenons tous que lorsque cela avait été fait sous la droite, l?opération s?était soldée par un immense fiasco ; une véritable man?uvre de communication pour le Ministre de l?Intérieur de l?époque, Nicolas SARKOZY, mais dans les faits, une catastrophe sanitaire et humanitaire. En cas d?impréparation, que l?orientation n?est pas parfaitement faite, par exemple, ou encore que l?hébergement manque, elle aboutira à une dispersion de la misère que notre Ville devra assumer, du moins en partie. Là encore, le rôle de l?Etat est primordial. Vous le savez, nous l?avons suffisamment dit, nous soutenons pleinement la démarche engagée par l?Exécutif que nous avions d?ailleurs demandée il y a maintenant plus d?un an. Au regard de la crise migratoire que nous connaissons et de la situation politique, les enjeux dépassent notre seule Municipalité. Nous sommes, pour ainsi dire, condamnés au succès et à l?engagement de tous les acteurs : l?Europe et l?Etat en premier lieu. Je vous remercie.

M. Mao PENINOU, adjoint, président. - Merci beaucoup, merci à l?ensemble des intervenants. Vous l?avez remarqué, Eric LEJOINDRE était inscrit, il n?a malheureusement pas pu nous rejoindre, pris par une urgence dans le 18e arrondissement, ce qui est bien le rôle des maires d?arrondissement. Je vais donner tout de suite la parole à Dominique VERSINI.

Mme Dominique VERSINI, adjointe. - Merci, Monsieur le Maire.

Mes chers collègues.

Tout d?abord, je veux remercier les Présidents de groupe qui se sont exprimés fortement, avec un soutien extrêmement important et tous les Conseillers de Paris qui se sont également exprimés et qui ont chacun apporté leur analyse et leur soutien pour cette démarche. Evidemment, c?est un moment extrêmement important. Cela fait un an que nous sommes confrontés - depuis juin 2015 - à cette situation des flux de migrants, de réfugiés. Il est vrai qu?au stade de leur arrivée, Madame PAWLIK, il est difficile de dire s?ils sont migrants ou réfugiés. Seul le passage devant l?O.F.P.R.A. décidera quelle est leur situation. En attendant, toute personne qui se dit demandeur d?asile dans un pays, selon la convention de Genève, doit être accueillie, mise à l?abri de façon digne et doit être mise dans une situation qui lui permette de faire instruire sa demande d?asile. C?est tout l?objectif de ce lieu d?accueil humanitaire. C?est un lieu qui vient justement pour répondre à ce que tout le monde a dénoncé, ces campements de rue. Et bien que, depuis juin 2015, nous ayons avec l'Etat réussi à mettre à l'abri près de 19.000 personnes qui sont actuellement dans un centre pour migrants, dans un centre d'accueil et d'orientation, un C.A.O. ou un C.A.D.A. et où la situation administrative, au regard de l'asile, est en train d'être examinée. Beaucoup d'entre eux ont déjà le statut de réfugié politique. "Emmaüs" peut en témoigner puisque, dans ses centres, il y a actuellement des gens qui ont été accueillis en tant que primo-arrivants, qui ont le statut de réfugié et quelques-uns d'entre eux seront embauchés dans le site du boulevard Ney pour pouvoir, au titre de leur expérience et de leur expérience linguistique, devenus maintenant réfugiés politiques et pouvant donc travailler comme tous les Français, apporter leur expérience. Il n'y aura pas qu'eux, ils seront une dizaine sur les 100 emplois qu'"Emmaüs" va créer sur ce site du boulevard Ney. Ce site se présentera la fois avec un pôle d'accueil, c'est-à-dire que tout migrant primo-arrivant sur le territoire parisien pourra être orienté soit par la maraude sociale soit par une association, soit par la police, vers ce pôle d'accueil situé boulevard Ney où ils seront accueillis par des travailleurs sociaux d'"Emmaüs Solidarité", qui vont être formés à l'accueil de ces publics puisqu'actuellement, 100 personnes sont en cours de recrutement, et qui vont pouvoir faire un entretien social. Vous parliez de l'évaluation, Madame SIMONNET, du tri à l'entrée du centre, Mme SIMONNET est partie mais je le dis pour tout le monde. Toute personne arrivant sera accueillie par "Emmaüs Solidarité", pourra se poser, avoir une collation, avoir accès à des prestations d'hygiène et de soins également, au regard du pôle santé qui va être géré par le Samu social de Paris, avec le soutien de "Médecins du Monde" pour l'accompagnement des traumatismes et des très grandes souffrances occasionnées par le parcours de l'exil. La personne sera dans la même journée accueillie, aura un entretien qui permettra de faire un premier point sur sa situation. Si la personne est dans une démarche de vouloir demander l'asile, s'il s'agit d'un homme, il sera accueilli dans le centre de mise à l'abri, également sur le même site, qui pourra accueillir 400 personnes et pourra aller jusqu'à 550 personnes. Si la personne est une femme, une femme enceinte, une famille avec enfants, à ce moment-là, elle sera orientée par des navettes par "Emmaüs" vers le centre d'Ivry qui, lui, ouvrira en fin d'année. En attendant, nous les orienterons, comme nous le faisons actuellement, dans des lieux pour les publics vulnérables. Voilà le descriptif. Bien sûr, si la personne se présente comme un mineur non accompagné, elle sera orientée, toujours par "Emmaüs", vers le centre du 11e arrondissement géré par la Croix-Rouge et l'Aide sociale à l'enfance. Ce qui est très important, c'est de savoir que l'on est vers un pôle accueil et une mise à l'abri. Effectivement, nous n'avons pas fait une négociation publique en invitant tout le monde et je vous prie de nous en excuser, mais nous avions d'abord à discuter et à négocier avec notre partenaire principal, l'Etat, qui est, comme cela a été dit, en charge, dans ses compétences régaliennes, de l'accueil des demandeurs d'asile et des réfugiés. C'est donc avec l'Etat que nous devions d'abord discuter, élaborer un protocole, protocole qui a été le fruit de toute une discussion pour bien positionner le rôle de la Ville, le rôle de l'Etat dans ses compétences régaliennes, le rôle d'"Emmaüs", le rôle de l'A.R.S., le rôle de tous les acteurs qui vont venir. Sur ce site, il y aura également l'O.F.I.I. dont la mission est vraiment d'informer les gens dans une langue qu'ils comprennent, sur qu'est-ce que la demande d'asile, quels sont les critères et les démarches à réaliser. Il y aura également le G.I.P. "Habitat et Intervention sociale" qui sera en charge, en lien avec l'Etat, de proposer à la personne, dans un délai de 5 à 10 jours - et c'est l'engagement que l'Etat a fait dans le protocole - une orientation dans un des lieux du dispositif national d'asile que l'Etat est en train de considérablement augmenter, et où tous les Préfets doivent actuellement faire remonter un nombre de places destinées à l'accueil des demandeurs d'asile et des réfugiés, et de leur permettre d'être orientés et de voir leur demande d'asile étudiée dans les meilleures conditions. Certains disaient "Ah oui, mais l'asile?", oui l'asile, effectivement, des moyens ont été apportés à l'O.F.P.R.A., l'organisme qui instruit l'asile et qui a beaucoup accéléré ses instructions. La preuve en est que des gens arrivés il y a quelques mois ont déjà leur statut de réfugié. Au niveau de l'asile, il faut que vous sachiez, et c'est une information, que nous sommes actuellement autour de 39-40 % et que nous tendons vers les 45 % qui est le taux européen de la réponse à l'asile, qui est faite dans tous les pays européens qui nous environnent. Ce que je veux dire, c'est que ce lieu est une alternative à la rue, qui doit éviter que les gens arrivent et se posent dans la rue dans des conditions épouvantables. Je le sais, énormément de citoyens et d'associations se sont engagés, et je les remercie. Je trouve formidable que Paris soit cette ville-là qui, dans des quartiers populaires, voie des gens avec autant de générosité et que, dans d'autres arrondissements dans lesquels je me trouve parfois en Conseil d'arrondissement, je me vois reprocher l'accueil de ces mêmes personnes. Je trouve qu'aujourd'hui c'est vrai qu'on a eu un débat très digne et j'en remercie tout le monde, c'est important. Il faut que nous regardions ces personnes comme le produit d'une histoire du monde, que cela concerne l'Europe, que cela concerne la France comme les autres pays, que si l'Allemagne a accueilli un million de personnes, c'est parce que l'Allemagne est dans une autre option et qu'aussi la France a accueilli 80.000 personnes. A Paris, ce sont quand même 19.000 personnes qui ont été accueillies et mises à l'abri. C'est vrai que cela a été difficile pour eux, mais cela a été difficile pour nous, avec toutes nos équipes, je veux remercier le maire du 10e arrondissement, le maire du 18e arrondissement, Eric LEJOINDRE - je rappelle que, sur les 19.000 personnes, 90 % sont arrivés sur le 18e arrondissement -, le Maire du 19e arrondissement, et je rappelle tout ce que nous avons vécu avec Jean-Quarré, combien cela s'est bien terminé, et nous en sommes tous heureux. Cela a été dur pour tout le monde. Cela n'a été facile ni pour les services de l'Etat, ni pour les services de la Ville, ni pour nos équipes, ni pour le cabinet de la Maire, ni pour le S.G. C'est vrai que si nous avons travaillé comme cela, c'est parce que nous devions, dans un temps rapide et cela fait seulement 4 mois - en 4 mois créer un camp de réfugiés - et cela va être quelque chose de très professionnel, de très sérieux. Tout a été pensé, tout a été le mieux organisé avec une seule idée, que les gens soient accueillis dans les meilleures conditions et que le maximum de chances leur soit donné de faire instruire, dans les meilleures conditions, leur demande d'asile en France. C'est vrai que nous avons la chance d'avoir une association comme "Emmaüs Solidarité", qui a été à nos côtés depuis juin 2015 avec "France Terre d'Asile" et avec le Samu social. Je dois vous le dire, mes chers collègues, "Emmaüs Solidarité" est la seule association qui a accepté de se lancer dans cette aventure. Car ce n'est pas du tout pareil de gérer un centre d'hébergement d'urgence et un camp de réfugiés, on n'est pas du tout dans les mêmes concepts. Je veux vraiment les remercier et, bien sûr, je vous invite tous à venir visiter. Nous ferons en sorte qu'il y ait le maximum de coordination, de médiation, de tout ce que l'on veut, c'est normal, avec l'ensemble des personnes. Là, on doit laisser "Emmaüs", qui fait un travail remarquable, démarrer. Nous serons tous autour. Bien évidemment avec Eric LEJOINDRE, il y a eu des réunions publiques, il a vu beaucoup de gens, beaucoup de réunions sont prévues. Bien évidemment, nous avons à c?ur d'associer tout le monde mais bien sûr, on va le faire un peu dans l'ordre, on va s'organiser. Je vais aussi remercier ma collègue Colombe BROSSEL parce que, avec toutes les équipes de l'U.A.SA., la DPP, toutes les équipes qui se sont impliquées jour après jour, et vous, Monsieur le maire Mao PENINOU aussi, les équipes de la propreté, tout le monde a été impliqué. Cela a été vraiment difficile. Je veux saluer tous les agents de la Ville, car rien n'a été facile, et vraiment, si on ne répondait pas, ce n'était pas par indifférence, loin de là, c'était dans le souci d'arriver à obtenir une négociation dans les délais les plus rapides, dans les meilleures conditions, dans le sens de nos valeurs. Cette décision courageuse qu'a prise la Maire de Paris, de décider de créer un camp de réfugiés à Paris, c'est vraiment un vrai acte politique, et nous pouvons en être fiers, et je suis assez fière aujourd'hui que dans cette Assemblée, il y ait eu un comportement aussi responsable de tous les acteurs présents. Je vais répondre rapidement aux différents v?ux. Nous avons un v?u n° 81 présenté par M. BOURNAZEL pour les Républicains. Vous parlez de la gouvernance, vous imaginez bien que la gouvernance du lieu a été bien pensée et que nous avons prévu dans le protocole, un comité de pilotage de suivi et d'orientation qui associera la Ville, l'État, les partenaires institutionnels, associatifs et "Emmaüs". Ce sera le comité de pilotage permanent et régulier qui associera tout le monde et se tiendra à un rythme extrêmement régulier. Pour le reste, bien évidemment, je m'engage personnellement à recevoir les groupes politiques et à les informer bien sûr très régulièrement. Egalement, nous participerons aussi à des réunions sur le quartier en tant que de besoin. Eric LEJOINDRE, le maire d'arrondissement, le fera évidemment dans le 18e arrondissement, mais je dois vous dire, Monsieur BOURNAZEL, que ce dispositif existe, je ne peux pas répondre de façon aussi précise à votre demande du comité d'évaluation. Une évaluation, bien évidemment, sera réalisée régulièrement, nous rendrons compte régulièrement et je vous en donne ma parole, mais par contre je vous demande de retirer votre v?u, car je ne voudrais pas avoir à émettre un avis défavorable alors que tout ceci est prévu, mais on va commencer déjà dans l'ordre à le mettre en route et à le faire fonctionner, et on n'oubliera pas tous ceux qui souhaitent participer à son évaluation. Le v?u n° 80, la mise en place d'un dispositif de régulation et de médiation de l'espace public présenté par Galla BRIDIER, cela rejoint ce que je disais, on est très soucieux de la bonne intégration de ce centre. Lorsque je suis allée à la réunion publique dans le 18e, j'ai bien vu que cela interpellait des gens autour de beaucoup de sujets, mais sur lesquels Eric LEJOINDRE a très bien répondu. Je voudrais confirmer, au sujet du campus de Condorcet, que nous avons reçu les présidents d'université. La Maire a écrit un courrier, en mars 2018, à la date prévue, "Emmaüs" quittera le lieu pour un autre site que nos services sont déjà en train de chercher. Je ne peux pas dire où il est, je n'en sais rien encore, mais il y aura un autre lieu. Tout a été prévu dans le lieu d'accueil humanitaire en démontable, en transportable. Je me doute bien qu?en mars 2018, la question des réfugiés ne sera pas totalement réglée. Donc, l'engagement pour le campus Condorcet, de façon très claire et de tous les autres projets qui sont en marche dans le 18e arrondissement. Et bien évidemment, comme vous l'avez demandé, chère Galla BRIDIER, la coordination de toutes les maraudes, de toute la maraude sociale, des équipes que dirige Colombe BROSSEL avec les équipes de la Direction de la Prévention, de la Sécurité et de la Protection, les 150 agents qui seront présents sur le 18e arrondissement, et nous nous adapterons, je peux vous dire que nous ferons ce que nous faisons depuis le début, nous nous adapterons au fur et à mesure, mais nous n'avons pas du tout l'intention d'ouvrir le campement et de partir Dieu sait où. Non, nous continuerons à être là. Nous avons proposé un certain nombre d'amendements et j?émets un avis favorable à votre v?u, sous réserve des amendements qui vous ont été proposés. Enfin, le v?u de Danielle SIMONNET, je pense avoir répondu à beaucoup de vos questions. Vous avez beaucoup interpellé l'Exécutif sur des compétences dont vous savez qu'elles ne sont pas les nôtres mais celles de l'État, qui est représenté ici par M. le Représentant du Préfet de police. Néanmoins, je veux vous dire très clairement que nous avons mené avec l'État et les associations, des opérations de mise à l'abri pour 19.000 personnes, et qu?effectivement un certain nombre d'opérations d'évacuation ont été conduites par l'État dans le cadre des compétences régaliennes du Préfet de police, mais que la Maire de Paris a toujours été claire, notre demande, et je l'ai écrit personnellement au Préfet de police, a toujours été que les gens soient mis à l'abri. Cela étant dit, maintenant nous allons avoir ce dispositif qui va permettre que les personnes soient orientées vers ce lieu où elles pourront donc avoir une chance de rentrer dans le dispositif d?asile. Comme je l?ai dit, il n?y aura pas de critères discriminants à l?entrée du pôle accueil qui sera géré par "Emmaüs" mais, bien évidemment, si un S.D.F. qui n?est pas migrant primo-arrivant passe par là, il sera orienté par "Emmaüs" sur un E.S.I. ou dans un centre d?hébergement pour S.D.F. On est bien d?accord, il s?agit d?un centre pour migrants primo-arrivants. Je suis désolée, mais j?ai le sentiment d?avoir répondu à toutes vos questions et, si vous maintenez votre v?u en l?état, je me vois obligée de prononcer un avis défavorable. Enfin je rappelle qu?il y a un amendement technique au projet de délibération DLH 233 qui vous est soumis.

M. Mao PENINOU, adjoint, président. - Que je vais mettre au vote, ne vous inquiétez pas. Merci beaucoup, Dominique VERSINI. Je vais maintenant procéder au vote. Je mets d?abord aux voix, à main levée, l?amendement technique n° 79. Qui est pour ? Qui est contre ? Qui s?abstient ? L'amendement technique n° 79 est adopté. Le groupe Ecologiste de Paris accepte-t-il les amendements, Galla BRIDIER ? Je mets donc aux voix, à main levée, le v?u n° 80 ainsi amendé avec un avis favorable de l'Exécutif. Qui est pour ? Qui est contre ? Qui s?abstient ? Le v?u amendé est adopté. (2016, V. 284). Le groupe les Républicains maintient-il son v?u ?

M. Pierre-Yves BOURNAZEL. - Si l?opposition et les associations de riverains ne peuvent pas être membres de ce comité, bien sûr qu?on le maintient. Si vous vous engagez à ce que chacun puisse être représenté dans un souci d?intérêt général et d?une évaluation?

M. Mao PENINOU, adjoint, président. - On a compris, je crois, le sens.

Mme Dominique VERSINI, adjointe. - Dans le comité de suivi et d?évaluation qui est mis en place dans le cadre du protocole, ce n?est pas possible, mais je veux bien présider un comité qui permettra de recueillir régulièrement, sur un délai qu?on fixera, toutes les remontées et les évaluations, et répondre à toutes les questions.

M. Christian HONORÉ. - Pourquoi ce n?est pas possible ?

Mme Dominique VERSINI, adjointe. - Parce que c?est un protocole qui a été signé par l?Etat, par la Maire.

M. Mao PENINOU, adjoint, président. - Je crois que le sens qui consiste à associer l?opposition à l?ensemble du processus est clair dans la volonté de l?Exécutif. Après, vous en tirez les conséquences que vous voulez. Dites-nous oui ou non, car je crois que les choses sont claires.

M. Pierre-Yves BOURNAZEL. - En un mot, nous maintenons notre v?u puisque cela veut dire que la concertation n?a pas été faite en amont, ce que nous regrettons, ni des riverains ni des élus de l?opposition. Mais je prends bonne note du fait que vous vous engagez par ailleurs à avoir un autre comité qui intègre à la fois les riverains et l?opposition.

M. Mao PENINOU, adjoint, président. - Je propose qu?on en reste là, merci. Je mets aux voix, à main levée, le v?u n° 81 déposé par le groupe les Républicains avec avis défavorable de l'Exécutif. Qui est pour ? Qui est contre ? Qui s?abstient ? Le v?u est rejeté. Madame SIMONNET, maintenez-vous votre v?u ?

Mme Danielle SIMONNET. - Oui.

M. Mao PENINOU, adjoint, président. - Je mets donc aux voix, à main levée, le v?u n° 82 avec avis défavorable de l?Exécutif. Qui est pour ? Qui est contre ? Qui s?abstient ? Le v?u est rejeté. Je mets maintenant aux voix, à main levée, le projet de délibération DLH 233 amendé. Qui est pour ? Qui est contre ? Abstentions ? Le projet de délibération amendé est adopté. (2016, DLH 233). Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DASES 28. Pour ? Contre ? Abstentions ? Le projet de délibération est adopté. (2016, DASES 28). Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DASES 367 G. Pour ? Contre ? Abstentions ? Le projet de délibération est adopté. (2016, DASES 367 G). Enfin, je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DASES 31. Qui est pour ? Contre ? Abstentions ? Le projet de délibération est adopté. (2016, DASES 31).

M. Mao PENINOU, adjoint, président. - Mes chers collègues, nous en terminons là. Merci à tous de ce débat et de ces votes. Nous reprendrons demain à 9 heures du matin. A demain !