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Novembre 2016
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Conseil Municipal
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IV - Question d'actualité posée par le groupe les Républicains à Mme la Maire de Paris et à M. le Préfet de police relative aux voies sur berges.

Débat/ Conseil municipal/ Novembre 2016


 

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Nous avons à présent une question posée par le groupe les Républicains. Je crois que c'est M. LEGARET qui la pose.

M. Jean-François LEGARET, maire du 1er arrondissement. - Madame la Maire, Monsieur le Préfet de police, cette fois, la question de notre groupe s'adresse à M. le Préfet de police.

Le 10 octobre dernier, le comité régional d'évaluation des impacts de la fermeture de la voie sur berge, rive droite, remettait son rapport à Valérie PÉCRESSE, présidente du Conseil régional d'Ile-de-France. Oui, je vous le confirme, Monsieur MISSIKA.

Il s'agit d?un organisme indépendant qui réunit de grands experts régionaux en matière de bruit, de pollution ainsi que des associations environnementales. Les conclusions de ce rapport d'étape sont sans appel. Paris est totalement embolisée, paralysée depuis la fermeture précipitée de la voie sur berge rive droite. Les temps de transport sont en réalité deux fois plus élevés que ne l'imaginait l'étude d'impact réalisée par la Ville et expertisée par vos services, Monsieur le Préfet de police.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Laissez parler !

M. Jean-François LEGARET, maire du 1er arrondissement. - Ainsi, le temps de parcours sur les quais hauts a augmenté de 135 %. La vitesse de circulation est tombée de 10 kilomètres/heure en septembre dernier, contre 22 kilomètres/heure un an plutôt. Là où les capteurs de la Ville indiquent 5 minutes de temps supplémentaire, les mesures indépendantes révèlent que les automobilistes perdent 9 minutes. La saturation de l'hyper-centre parisien touche également le réseau de bus. La R.A.T.P. et le S.T.I.F. admettent que l'augmentation du trafic à la suite de la fermeture de la voie sur berge dégrade les temps de parcours des lignes de 15 %. Certaines lignes n'assurent plus qu'un service partiel pour maintenir une pseudo-régularité.

Ce que nous avancions lors des précédents débats est une réalité : Paris souffre tous les jours de cette décision improvisée. La pollution a indiscutablement augmenté à proximité du site des berges. Face à cette réalité bien tangible au pied de notre Hôtel de Ville, la Mairie de Paris a choisi le déni. L'adjoint chargé des transports m'a même dit hier que la circulation est en baisse sur les itinéraires de report. Il n'y a rien de plus faux. Il a parlé d'évaporation. Nous sommes beaucoup plus proches de la condensation que de l?évaporation. Il y a pire que le déni : le mensonge. Parce que ce même rapport régional démontre qu'une large partie de l'étude d'impact a été "bidonnée" délibérément par les services de la Ville. Bruitparif, que l?on ne peut soupçonner de partialité, a expertisé vos données, les données de la Ville.

Cela ne manque pas de saveur. Sans fermeture des berges basses, l'étude prend le pari que le trafic aurait doublé spontanément sur les quais hauts avec 52.000 véhicules/jour, contre 27.000 en septembre 2015. Avec la fermeture des berges, les quais hauts absorbent l'essentiel des reports avec un trafic qui augmente à 56.000 véhicules/jour. Forcément, comparer 56.000 à 52.000 n'est pas la même chose que les comparer à 27.000, Monsieur l'adjoint chargé des transports et des déplacements. Or, un doublement du trafic entraîne mécaniquement un doublement du bruit, soit plus 3 décibels, bien au-delà du seuil de 2 décibels à partir duquel la Ville doit prévoir des mesures de protection pour les riverains.

Monsieur le Préfet de police, face à ces premiers bilans, vous devez prendre vos responsabilités. Au nom de la santé des Parisiens victimes des nuisances sonores et de la pollution, rouvrez les berges ! Au nom de la sécurité des Parisiens qui n'est plus garantie avec la paralysie de la capitale en dépit de l'état d'urgence, rouvrez les berges ! Au nom de l'attractivité de Paris déjà durement touchée par l'inertie de la Municipalité, rouvrez les berges !

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Au moins, vous avez de l'humour. Cela fait plaisir que des élus aient de l'humour.

Je vais donner la parole à M. le Préfet de police, puis à M. Christophe NAJDOVSKI.

M. LE PRÉFET DE POLICE. - Cher Monsieur le conseiller de Paris, Monsieur le maire d'arrondissement, je pense que chacun dans cet hémicycle est sensible au discours enflammé que vous venez de tenir. Je vais répondre de manière factuelle.

Comme vous le savez, un arrêté de la Maire de Paris a autorisé, depuis le 21 octobre, la création d'une voie piétonne sur l'ancienne voie sur berge rive droite Georges Pompidou. J'ai donné un avis favorable, un avis conforme à cet arrêté, moyennant un certain nombre de prescriptions. Vous les connaissez. Je les avais présentées lors du débat devant le Conseil de Paris qui avait conduit à la délibération du Conseil autorisant la Maire à prendre cet arrêté. Ces prescriptions sont en cours d'exécution. Elles prévoyaient notamment d'avoir un lieu d'analyse et de recensement, un comité technique permettant de faire une analyse complète et objective de l'ensemble des mesures effectuées sur les temps de circulation, sur les conditions de pollution et de bruit dans Paris et à l'extérieur de Paris, sur les départements les plus concernés par les accès et les sorties dans l'axe est/ouest. Ces mesures ont été effectuées et leur nombre a été fortement augmenté conformément au souhait d'un certain nombre de partenaires de ce comité technique depuis l?installation de ce comité début octobre.

Nous avons tenu une première réunion de ce comité, au bout d?un mois, début novembre, qui effectivement fait apparaître un certain nombre d?évolutions qui ne sont pas, sur le seul premier mois, fondamentalement différentes de l?étude d?impact qui avait été soumise au débat public pendant le printemps et le deuxième trimestre 2016.

Ce que font apparaître ces premières mesures, qui sont partielles et limitées à un seul mois, c?est effectivement une augmentation du trafic incontestablement sur les quais hauts et sur le boulevard Saint-Germain ou le pont de la Concorde, et sur un certain nombre d?autres itinéraires de répartition des flux, ainsi qu?une augmentation limitée des temps de circulation très variables, selon qu?on est sur les heures de pointe du matin ou les heures de pointe de l?après-midi, et selon qu?on est dans Paris ou où à l?extérieur.

Les éléments concernant ces premiers résultats ont été diffusés sur le site Internet de la Préfecture, et dans un document que je vous ferai parvenir, que j?ai sous les yeux et qui résume de manière très précise ce premier mois d?observation.

Il me semble, au stade où nous en sommes, que l?enjeu est d?abord de compléter un certain nombre de mesures, ce qui a été fait. On a par exemple été amené à intégrer les mesures de la R.A.T.P. que vous évoquiez, où de nouvelles technologies, par exemple, avec des balises "bluetooth" permettent de compléter les mesures qui résultent des capteurs mis en place par la Ville de Paris. De la même façon Airparif a fortement renforcé les points de contrôle, les points de mesure.

Ce qui me semble réellement utile dans le débat actuel, c?est de mesurer sur une période adaptée, c?est-à-dire sur les six mois à venir, dans une durée d?observation qui soit réaliste et sur des bases qui auront été maintenant largement discutées et confrontées dans les enceintes où elles seront débattues, à la Mairie de Paris en premier lieu, mais aussi à la Métropole ou à la Région puisqu?il y a eu création de comités dans ces structures. En tout cas, dans le lieu neutre que j?anime avec le comité technique qui se réunira tous les deux mois pour examiner ces analyses et ces résultats en termes de circulation, de pollution et de bruit. Il fournira au bout de six mois un rapport, dont les conclusions seront prises en compte par la Maire, comme celle-ci s?y est engagée.

Je considère qu?avec ces éléments, Monsieur le Maire d?arrondissement et Monsieur le Conseiller de Paris, je réponds à tous égards à votre souhait de grande vigilance sur ce dossier, dont je comprends qu?il préoccupe évidemment les élus, notamment ceux du centre de Paris qui sont plus directement concernés.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, Monsieur le Préfet.

Oui, on peut applaudir M. le Préfet. Il ne cherchait pas les applaudissements, mais on peut l?applaudir !

Je donne la parole à M. Christophe NAJDOVSKI.

M. Christophe NAJDOVSKI, adjoint. - Merci, Madame la Maire.

Comme je le rappelais dans mon intervention lors du précédent Conseil, à l?occasion du projet de délibération sur les berges, les conséquences de la piétonisation des berges de Seine en rive droite sont en tout point conformes à ce que nous avions prévu, et bien loin du discours apocalyptique de la droite.

Permettez-moi de le rappeler ici, oui, certains temps de parcours ainsi que les volumes de circulation ont augmenté sur certains tronçons des quais hauts et du boulevard Saint-Germain. C?est exact.

Mais ce qui est aussi exact, c?est qu?ils sont tout à fait conformes à nos prévisions, et parfois même en deçà. Ils sont, en tout état de cause, nettement inférieurs aux volumes cumulés globaux de circulation que l?on avait auparavant sur les berges et sur les quais. Il y a bien une réduction globale des volumes de circulation.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Soyez courtois. Ecoutez la réponse comme on a écouté la question.

M. Christophe NAJDOVSKI, adjoint. - Il ne suffit pas de répéter des mensonges et des approximations pour en faire des vérités.

Si on prend l?axe le plus emprunté, le plus impacté, le report de trafic constaté sur le boulevard Saint-Germain est en tout point conforme au résultat de l?étude d?impact, avec en heures de pointe environ 2.000 véhicules à l?heure, contre auparavant 1.800 véhicules à l?heure pour ce qui est de l?heure de pointe du soir, sachant que la capacité de ce boulevard est de 2.200 véhicules à l?heure. Ce boulevard a toujours été circulé, il n?est pas passé du jour au lendemain d?un espace piétonnier à un boulevard "thrombosé".

Je rappelle au groupe les Républicains, Monsieur LEGARET, que l?évaporation du trafic est un phénomène qui est constaté par de multiples études empiriques, et non une simple théorie comme vous le répétez. Je vous encourage d?ailleurs à regarder, au-delà des seuls arrondissements centraux et même au-delà de Paris, ce qui se passe en dehors de nos frontières pour voir comment l?usage de la voiture individuelle et de l?espace public évolue.

Je répète notre confiance au comité d?évaluation mis en place par M. le Préfet de police pour tirer un bilan objectif de la piétonisation des berges. Je ne reviens pas sur le manque de sérieux du bilan dressé par la Région Ile-de-France qui, en dehors de toute rigueur scientifique, tire des conclusions définitives à partir de mesure réalisées, on ne sait comment, sur de petits tronçons dans Paris.

Mais il ne faut pas sortir tel ou tel tronçon de son contexte. On a l?impression que le tronçon entre Concorde et le Louvre est devenu le plus scruté au monde. C?est bien l?ensemble du parcours sur les quais qu?il faut prendre en considération pour apprécier la situation. Or, ce que l?on voit sur l?ensemble du trajet dans Paris intra-muros, c?est qu?on a des temps de parcours globaux qui sont stables à l?heure de pointe du soir et qui sont augmentés de manière minime à l?heure de pointe du matin.

L?impact de la piétonisation des berges sur la circulation doit être mesuré et analysé sur une période de plusieurs mois. C?est l?engagement qui a été pris par Mme la Maire de Paris et M. le Préfet de police d?avoir donc une évaluation qui, à l?issue de cette période de six mois, permettra de publier ces résultats.

Je vous renvoie, Monsieur LEGARET, à la discussion que nous aurons à l?issue de cette période d?évaluation. Ne soyez pas trop pressé de voir les berges rouvertes à la circulation, elles sont bel et bien piétonnisées.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci.

On a un très beau parc, un nouveau parc au c?ur de Paris. C?est quand même magnifique.

Monsieur LEGARET, vous souhaitez reprendre la parole ?

M. Jean-François LEGARET, maire du 1er arrondissement. - Monsieur le Préfet de police, c?est à vous que ma question s?adressait.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Mais quand on veut parler ici, on parle aussi, vous savez, parce que c?est nous qui dirigeons Paris.

M. Jean-François LEGARET, maire du 1er arrondissement. - Je vous renvoie, Madame la Maire, à la loi et au règlement : les questions d?actualité s?adressent au Préfet de police ou à la Maire de Paris.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Et moi, je vous renvoie au règlement de cette Assemblée, dont j?assure la police et dont je suis la présidente.

M. Jean-François LEGARET, maire du 1er arrondissement. - Eh bien, écoutez, on pourrait parler longuement de la manière dont vous présidez la séance des questions d?actualité.

Alors, Monsieur le Préfet de police, votre réponse ne nous semble pas à la hauteur de vos responsabilités. Il n?est pas utile d?attendre six mois pour constater que cela ne marche pas. Chaque jour qui passe sans agir, c?est se rendre coupable de non-assistance à personne en danger. Vous l?avez dit, Monsieur NAJDOVSKI, oui, la pollution, c?est 6.000 morts par an. Et vous venez de nous dire vous-même, Monsieur NAJDOVSKI, c?est bien parce que c'est pire, comme on l?avait envisagé : il y a plus de bouchons, donc plus de pollution et plus de bruit.

Nous faisons le triste constat que le représentant de l?Etat et la représentante des Parisiens sont solidairement complices d?une aggravation du bruit et de la pollution, au péril de la qualité et de l?espérance de vie des Parisiens...

M. Christophe NAJDOVSKI, adjoint. - C'est conforme aux prévisions.

M. Jean-François LEGARET, maire du 1er arrondissement. - Non, Monsieur NAJDOVSKI, c?est un mensonge.

Monsieur le Préfet...

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Monsieur NAJDOVSKI, laissez M. LEGARET?

M. Jean-François LEGARET, maire du 1er arrondissement. - Monsieur le Préfet de police, au nom des Parisiens, rouvrez les berges !

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Bien. Maintenant on sait que si on veut faire baisser la pollution, il faut augmenter le nombre de voitures ! C?est l?équation tout à fait rationnelle et objective qu?on nous oppose.