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Novembre 2016
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Conseil Municipal
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Vœu déposé par le groupe les Républicains relatif à la résolution de l'UNESCO avec Jérusalem.

Débat/ Conseil municipal/ Novembre 2016


 

M. Bruno JULLIARD, premier adjoint, président. - Nous passons au v?u référencé n° 97 relatif à la résolution de l'UNESCO avec Jérusalem.

Je donne la parole à Jean-François LEGARET.

M. Jean-François LEGARET, maire du 1er arrondissement. - Comme vous le voyez, il s'agit de Jérusalem, haut lieu des trois religions monothéistes. Considérant que le rôle de l'UNESCO est de promouvoir l'éducation, la science, la culture, et non pas de prendre des décisions politiques et que le 15 avril dernier, l'UNESCO a adopté, avec la voix de la France, une résolution dans laquelle le Mur des Lamentations est dénommé "place Al-Buraq", niant ainsi les liens historiques et spirituels du judaïsme avec le Mur des Lamentations.

Le Président de la République avait pourtant promis de veiller personnellement à la reformulation de cette résolution en octobre, et de veiller à une plus grande vigilance à l'avenir.

Or, les 13, 18 et 26 octobre, 24 pays ont voté à l'UNESCO une résolution niant les liens entre les juifs et Jérusalem et, lors de ces votes, la France s'est abstenue.

Nous souhaitons que le Conseil de Paris émette le v?u que la Maire de Paris condamne officiellement cette résolution de l'UNESCO qui tend à délégitimer la présence du peuple juif à Jérusalem et qu'elle demande au Président de la République française de condamner officiellement toute nouvelle résolution et de revenir sur la position de la France.

Je vous remercie.

M. Bruno JULLIARD, premier adjoint, président. - Merci.

Pour vous répondre, la parole est à M. Patrick KLUGMAN.

M. Patrick KLUGMAN, adjoint. - Sur le délicat sujet de l'UNESCO, je voudrais essayer ici de distinguer l'essentiel de ce qui l?est moins.

L'UNESCO est une agence de l'O.N.U., la seule qui ait son siège à Paris. Elle va fêter dans quelques jours son anniversaire et il est bon de se souvenir que sa devise est que les guerres prenant naissance dans l'esprit des hommes, c?est dans l'esprit des hommes que doivent être élevées les défenses de la paix.

Il est en effet infiniment regrettable qu'une organisation, dont la mission est la promotion du rapprochement des peuples par la culture et l'éducation, soit amenée à voter des résolutions qui sont historiquement fausses et qui sèment la confusion et la mésentente entre différents peuples, différentes cultures, et évidemment dans une région du monde qui s'en passerait volontiers.

La résolution du 15 avril dernier a, à juste titre à notre avis, suscité une désapprobation jusqu'à la propre Secrétaire générale de l'UNESCO, Mme BOKOVA, qui a indiqué que le patrimoine de Jérusalem est indivisible, que chacune de ses communautés a le droit à la reconnaissance explicite de son histoire et de son lien avec la ville, et que vouloir effacer l'une ou l'autre des traditions juive, chrétienne ou musulmane revient à mettre en péril l'intégrité du site contre les raisons qui justifient son inscription sur la liste du patrimoine commun de l'Humanité.

Ban KI-MOON, le Secrétaire général des Nations Unies a lui-même ajouté l'importance de la vieille ville et des murailles de Jérusalem pour les trois religions monothéistes, l'importance des liens historiques, religieux entre les lieux saints et les juifs, les musulmans et les chrétiens, en ajoutant que toute entreprise visant à nier le lien d?une des trois religions avec ces sites dessert les intérêts de la paix et ne contribuera qu'à alimenter la violence et la radicalisation.

Je ne peux, en rappelant les liens historiques du peuple juif avec Jérusalem, que me rallier à la position de sagesse de M. le Secrétaire général de l'O.N.U.

Ce qui est moins essentiel à mon avis, c'est de pointer les déclarations des uns ou des autres. Il y a aussi deux ou trois sujets constitutionnels que nous devons respecter, notamment le rôle de la Ville de Paris.

C'est pourquoi je vous propose, en évitant surenchère et excès, d'amender votre v?u dans le sens où il me semble que la Maire de Paris ne peut pas demander au Président de la République de revenir sur un vote exercé par la France, mais que la Ville de Paris a tout lieu d'exprimer sa position, notamment sur cette résolution de l'UNESCO.

Je vous demanderai donc de remplacer le dernier considérant par une formule qui me semble être plus juste et exprimer l'essentiel de votre préoccupation si c?était bien celle-là : "La Maire de Paris exprime officiellement sa désapprobation suite à l'adoption de cette résolution de l'UNESCO qui tend à délégitimer la présence du peuple juif à Jérusalem." Je vous remercie.

M. Bruno JULLIARD, premier adjoint, président. - Merci beaucoup.

Monsieur Jean-François LEGARET, acceptez-vous cette modification ?

M. Jean-François LEGARET, maire du 1er arrondissement. - Oui, d?abord, je remercie Patrick KLUGMAN pour sa réponse claire et ferme. Bien entendu, nous acceptons sa proposition.

M. Bruno JULLIARD, premier adjoint, président. - Deux demandes d'explication de vote. Tout d?abord Jérôme GLEIZES, puis Valérie NAHMIAS.

M. Jérôme GLEIZES. - Ce v?u n'est pas anodin. C'est la première fois que la Ville de Paris va prendre position contre une résolution d'une organisation dépendante de l'O.N.U.

Du point de vue du droit, cela pose déjà un problème. En quoi une collectivité territoriale peut voter contre une décision prise par 24 pays, parmi lesquels le Brésil, la Chine, l'Afrique du Sud. Il n'y a pas que des pays du monde arabe, c'est beaucoup plus large que cela. Le Sénégal, aussi. Premier élément.

Deuxième élément, il n'est pas bon, dans une séance, surtout qui est enregistrée, de dire des choses qui sont fausses. Je vais reprendre la résolution qui a été votée par l'UNESCO et dire ce qui y est écrit, notamment dans le 3e alinéa où il est clairement fait référence aux trois religions : "Affirmant l'importance de la vieille ville de Jérusalem et de ses remparts pour les trois religions monothéistes?" On voit très bien qu?il est fait référence à la fois aux remparts et aux trois religions monothéistes et qu?il n'y a donc aucune négation du caractère descendant d'Abraham de ce lieu. Il ne faut pas affirmer le contraire.

Ensuite, il est fait aussi d'autres références dans cette résolution, sur la tombe de Rachel à Bethléem. La tombe de Rachel, c'est le nom juif donné à ce lieu qui est reconnu par les trois religions. On ne peut donc pas se permettre de dire que cette résolution va contre les trois religions.

La Ville de Paris prend des responsabilités devant des caméras en disant des choses qui sont fausses contre des positions d'Etat.

C'est pour cela que nous appelons à voter contre ce v?u très dangereux pour l'initiative de paix au Moyen Orient qu?actuellement le quai d'Orsay est en train d?initier.

M. Bruno JULLIARD, premier adjoint, président. - Merci, Jérôme GLEIZES.

La parole est à Mme Valérie NAHMIAS, puis à Mme Raphaëlle PRIMET et ensuite à M. Rémi FÉRAUD.

Mme Valérie NAHMIAS. - Monsieur le Maire, mes chers collègues, nous pensons au groupe UDI-MODEM qu'il n'est pas de notre rôle dans cette enceinte de statuer sur des thématiques internationales qui dépassent les compétences du Conseil de Paris.

Cependant, il est des sujets suffisamment graves qui requièrent notre attention, notre implication et c'est le cas de ce v?u également.

L'UNESCO, créée le 16 novembre 1945, dont l'acte constitutif stipule - et je me rallie à mon collègue M. KLUGMAN - que "les guerres prennent naissance dans l'esprit des hommes et c'est dans l'esprit des hommes que doivent être élevées les défenses de la paix".

71 ans plus tard, cette institution "valeurs" s'est reniée. L'UNESCO doit représenter la voix de l'humanité, de son patrimoine avec éthique et vérité. Au lieu de cela, nous assistons à un simulacre d'organisme qui se déshonore à chaque offensive récurrente et focalisée.

Nous voterons ce v?u et nous sommes d'accord avec les considérants. Toutefois, nous aurions une réserve sur la demande au Président. Ainsi, nous serons d'accord aussi avec le v?u amendé. Nous souhaitons souligner que certains pays sont revenus sur leur décision, tels que l'Italie, le Mexique, le Vietnam et le Brésil. Il est encore temps pour la France de se grandir en dénonçant cette mascarade. Merci.

M. Bruno JULLIARD, premier adjoint, président. - Merci, Valérie NAHMIAS.

Explication de vote de Mme Raphaëlle PRIMET.

Mme Raphaëlle PRIMET. - Jérusalem a toujours été la ville des musulmans, des chrétiens, des juifs et des non-croyants qui y ont cohabité pendant des siècles.

C'est d'ailleurs, comme l'a dit Jérôme, ce qu'affirme le texte dès le début en rappelant "l'importance de la vieille ville de Jérusalem et de ses remparts", et en ajoutant que "la présente décision vise à sauvegarder le patrimoine culturel palestinien et le caractère distinctif de Jérusalem-Est et n'affectera en rien les résolutions et décisions pertinentes du Conseil de sécurité concernant le statut juridique de la Palestine et de Jérusalem".

Les reproches adressés par l'UNESCO sont nombreux, à commencer par le refus de laisser venir sur place les experts. Le rapport dénonce la politique israélienne de destruction du patrimoine archéologique, les fouilles illégales, les agressions des colons sur le site de la mosquée Al-Aqsa, les restrictions d'accès imposées aux fidèles musulmans sur l'esplanade des mosquées et bien d'autres faits que je n?ai pas le temps de citer ici. Il souligne tous les manquements d'Israël aux textes internationaux portant sur la protection des biens culturels des peuples sous occupation et le non-respect du statut juridique de Jérusalem, tel qu?il est défini dans le résolution 478 des Nations Unies.

Le texte qualifie Israël à plusieurs reprises de "puissance occupante". C?est aussi cela que le Gouvernement d'Israël n'a pas supporté et c'est pour cela qu'il accuse l'UNESCO de "nier les liens historiques entre Israël et le peuple juif" et de vouloir refaire l'histoire.

Le Gouvernement israélien tente d'occulter les menaces que l?occupation de Jérusalem-Est fait pourtant peser sur le statu quo des lieux saints et l?intégrité du patrimoine en faisant dire à ces décisions ce qu'elles ne disent pas. C'est exactement cette rhétorique que vous reprenez dans votre v?u et c'est exactement pour cela que nous ne le voterons pas.

M. Bruno JULLIARD, premier adjoint, président. - Merci, Madame PRIMET.

Pour conclure ces explications de vote, la parole est à M. Rémi FÉRAUD.

M. Rémi FÉRAUD, maire du 10e arrondissement. - Merci, Monsieur le Maire.

Comme président du groupe Socialiste, je veux approuver la position sage de l'Exécutif. En effet, la résolution adoptée par l'UNESCO porte en elle le risque de nier le lien entre la ville de Jérusalem et le judaïsme.

Je veux dire aussi que nous devrions tous faire attention à ne pas déposer trop souvent des v?ux sur des questions internationales qui peuvent être sensibles et restreindre l'usage, l'utilisation du Conseil de Paris sur ces questions à des cas exceptionnels et qui nécessitent, qui justifient notre intervention comme élus parisiens.

M. Bruno JULLIARD, premier adjoint, président. - Très juste, Monsieur le Président.

Je mets aux voix, à main levée, la proposition de v?u déposée par le groupe les Républicains, amendée par l'Exécutif.

Qui est pour ? Contre ? Abstentions ?

La proposition de v?u amendée est adoptée. (2016, V. 353).