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Janvier 2001
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Conseil Municipal
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67 - 2001, DAUC 21 - Quartier "Clignancourt nord" (18e). - Aménagement des secteurs "Nord - Emile-Chaine" et "Duhesme - Roi-d'Alger". - Bilan de la concertation. - Avis favorable sur le programme d'aménagement. - Avis favorable à la mise en oeuvre de la procédure préalable à la déclaration d'utilité publique de l'opération. - Instauration d'un périmètre de sursis à statuer. - Autorisation de constituer toutes les servitudes nécessaires à l'opération. - Modification du champ d'application du droit de préemption urbain renforcé. - Autorisation à M. le Maire de Paris de déposer les demandes de permis de démolir nécessaires à la mise en oeuvre de l'opération. - Autorisation à la S.A.G.I. de déposer les demandes de permis de démolir et de construire nécessaires à la mise en oeuvre de l'opération

Débat/ Conseil municipal/ Janvier 2001


M. Roger ROMANI, adjoint, président. - Nous passons au projet de délibération DAUC 21 relatif au quartier "Clignancourt nord".
Je donne la parole à M. BLET
M. Jean-François BLET. - Monsieur le Maire, en 1988, il y a plus de 12 ans, la Ville instituait deux zones de DPUR dans le nord du 18e arrondissement, le secteur "Nord-Emile-Chaîne" et le secteur "Cité Traëger-nord". Cette politique de prédation se parait alors de mille vertus, se justifiant par l'éradication de l'habitat insalubre. Pendant dix ans, jusqu'en 1998, aucun projet tangible ne viendra pourtant illustrer la méthode. Bien au contraire, cette désastreuse politique foncière n'aura pour unique résultat que le pourrissement gangreneux de ce quartier populaire. Curieuse médecine que cette pratique tératogène !
L'extension du collège Marie-Curie servait ainsi à légitimer la destruction totale de la cité Traëger et partielle de la rue du Nord. Argument dérisoire, argument délétère, alors même que cette extension ne nécessitait pas l'acquisition d'un si vaste périmètre.
En 1998, le quartier est au bord du gouffre, se paupérise et tend vers la ghettoïsation sociale. En dix ans, la Ville n'a rien fait sinon préparer le terrain pour les promoteurs, le pourrissement du quartier délibérément planifié permettant l'éviction des habitants et le rachat à bas prix du foncier. Nous avons, à maintes reprises, dénoncé tout au long de la mandature, ce processus reproduit à l'identique des dizaines de fois sur tout Paris.
Néanmoins sous la pression de l'association locale "Mieux vivre au Simplon", et je tiens à souligner le travail remarquable qu'elle a effectué dans ce quartier, la Mairie de Paris lance une procédure de concertation sur le devenir du quartier, et décide un moratoire sur les démolitions ! Miracle ?
Mais il est presque trop tard. En effet, ce sont 39 immeubles qui ont déjà disparu, dont la Cité Traëger dans son ensemble ! De plus, entre temps, la Ville s'est acharnée sur les rues adjacentes du Roi d'Alger et le Passage Duhesme.
La Ville repentante engage cependant le dialogue. Un réel échange d'idées se serait mis en place entre la Ville, l'architecte coordonnateur et les habitants. Chose rare, tous les stigmates du quartier auraient été auscultés et il semble avoir été tenu compte des desiderata des riverains. Le meurtrier sauve la victime, c'est du sadomasochisme social, convenez-en !
Quoi qu'il en soit, la concertation se révèlerait aujourd'hui exemplaire, de l'avis même de l'association "Mieux Vivre au Simplon". De cette concertation naît enfin, sur les ruines du quartier un véritable projet développant la mixité sociale, respectant la trame urbaine ou ce qu'il en reste. Chose étrange, aucune densification n'intervient, au contraire, et les constructions envisagées respectent heureusement la trame et la morphologie faubourienne.
Mais pourtant ce sont encore 19 immeubles qui sont promis à la destruction. Sont incriminés la mauvaise qualité intrinsèque des bâtiments et l'absence récurrente de fondations soutenant les immeubles. Douze ans d'abandon délibéré et le manque d'entretien systématique établissent clairement les responsabilités de la Mairie de Paris.
Certaines des adresses promises aux bulldozers sont encore réhabilitables. Ainsi en est-il du 17, rue du Roi d'Alger, immeuble de brique dont la démolition n'est même pas justifiée par des obligations programmatiques. De même, le 16, passage Emile-Chaîne ne présente pas de problèmes majeurs. Malgré l'aspect dégradé d'une façade agréablement travaillée, les structures sont saines et les parties communes bien entretenues. Cet immeuble si typique des anciens faubourgs peut très bien intégrer le programme d'ateliers-logements pour musiciens devant le remplacer.
Autres adresses sacrifiées : les 18 et le 20, passage Duhesme. Ces deux petits ensembles faubouriens ne présentent pas de désordres irrémédiables et pourraient accueillir aisément le projet de halte-garderie et la réalisation de 6 logements. La concertation, pour avancée qu'elle soit, n'a pas mis la préservation des voyages urbains au centre du débat.
Dès lors, faut-il nous esbaudir d'une concertation sans doute réussie mais obtenue à l'arraché par les habitants ? Certes, mais le programme qui nous est présenté aujourd'hui ne saurait compenser les déprédations provoquées par la Mairie de Paris, la lente et inexorable déréliction de tout un quartier. 58 démolitions d'immeubles depuis 1988 pour l'ensemble de l'opération, 12 réhabilitations généreusement accordées. Le fléau de la balance est faussé, les réhabilitations font figure d'alibi tardif.
En définitive, sur l'opération "Clignancourt nord" le bilan de l'urbanisme à visage humain, c'est 58 destructions d'immeubles depuis 1988 et seulement 12 réhabilitations, soit 83 % de destructions. C'est un échec !
M. Roger ROMANI, adjoint, président. - La parole est à Monsieur Vincent REINA.
M. Vincent REINA, adjoint, au nom de la 6e Commission. - Merci, Monsieur le Maire.
Deux demandes ont été formulées à l'occasion de ce projet : la revivification commerciale et économique du quartier, ainsi que la création, chaque fois que cela est possible, d'espaces ouverts, d'aires de jeux, ou de petits jardins.
Ces demandes sont légitimes et je peux assurer qu'elles seront prises en considération le mieux possible.
Sur le premier point, le tissu économique du quartier a fait l'objet d'analyses approfondies de la Ville avec la CCIP.
Cette dimension est d'ores et déjà prise en compte dans le projet d'aménagement.
S'agissant des petits espaces verts ou de jeux, il est prévu, outre le square Boinod qui a ouvert en septembre 2000, de réaliser divers petits espaces verts de respiration : un jardin potager dans l'école, cher à Mme SCHNEITER et de petits jardins avec la halte-garderie et la résidence d'étudiants.
Il y aura aussi de petits jardins privatifs le long de la rue du Nord.
Voilà ce qui est prévu d'être réalisé, Monsieur le Maire.
M. Roger ROMANI, adjoint, président. - Merci, Monsieur REINA.
Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DAUC 21.
Qui est pour ?
Contre ?
Abstentions ?
Le projet de délibération est adopté. (2001, DAUC 21).