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Decembre 2016
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2016 DU 239 - Dénomination "promenade Coccinelle" (9e et 18e).

Débat/ Conseil municipal/ Décembre 2016


 

M. Bruno JULLIARD, premier adjoint, président. - Nous examinons le projet de délibération DU 239.

La parole est à Mme Raphaëlle PRIMET.

Mme Raphaëlle PRIMET. - Chers collègues, la dernière Marche des fiertés s?est déroulée sous la bannière de revendications des droits des personnes "trans". Le changement d?état civil libre gratuit et démédicalisé est une priorité au c?ur de leurs exigences.

En effet, être privé de l?identité de genre qui nous correspond intimement est une grande souffrance, devoir justifier de son identité au quotidien pour la moindre démarche privée ou publique est un parcours du combattant et de discrimination.

Dans sa chanson "Cherchez la femme", "Coccinelle" affirme que : "le mot féminin vraiment me convient". Et qui est-on pour décider que quelqu?un ne pourrait pas être femme ou être homme ? Qui est-on pour nier l?identité vécue, ressentie par quelqu?un ? "Coccinelle", né Jacques dans les années 1930, décède Jacqueline dans les années 2000.

Elle a foulé les scènes de spectacles de Paris, notamment L?Olympia, et aura été jusqu'au bout un personnage emblématique, un symbole de liberté et une femme de talent reconnue. L'artiste que "Coccinelle" a été, la pionnière qu'elle fut à l'époque en matière de droits des personnes "trans", inspire le respect.

Voilà pourquoi, comme l'ensemble de mes camarades et amis du groupe, je suis fière et heureuse de savoir que des Parisiennes et des Parisiens vont pouvoir se balader sur la "promenade Coccinelle" en profitant de la vie de Paris, comme elle a pu et su le faire. Lui rendre hommage, c?est donner du courage à toutes celles et ceux qui se battent aujourd'hui pour ne plus vivre dans l'ombre. Le suicide, la prostitution et le chômage sont trois fléaux qui touchent les personnes "trans" de plein fouet. L'exclusion sociale et professionnelle qu'ils connaissent produit de telles conséquences. Nous devons lutter pour l'égalité des droits et le changement libre, gratuit et démédicalisé de l'état civil en pensant à "Coccinelle", au talent que cet épanouissement de son identité lui a permis de révéler et de partager avec nous.

Je vous remercie.

M. Bruno JULLIARD, premier adjoint, président. - Merci beaucoup, Madame PRIMET.

Pour vous répondre, la parole est à Mme Hélène BIDARD.

Mme Hélène BIDARD, adjointe. - Merci beaucoup.

Il s?agit d'un projet de délibération que je co-rapporte avec vous, Monsieur le Maire, et avec Catherine VIEU-CHARIER, et je suis très fière de donner aujourd'hui une suite concrète au v?u déposé par le groupe Communiste - Front de Gauche, notamment à l'initiative de Raphaëlle PRIMET et d?Ian BROSSAT, qui a été adopté lors du Conseil de Paris du 17 mai 2016, avec cette délibération portant sur l'attribution de la dénomination "promenade Coccinelle" à une partie du terre-plein central du boulevard de Clichy. Jacqueline, Charlotte Dufresnoy, dite "Coccinelle", est née le 23 août 1931 dans le 3e arrondissement de Paris. Elle débute le spectacle en 1953 au cabaret "Madame Arthur" dans le 18e arrondissement, dont elle devient rapidement l'égérie. Elle s?illustre ensuite au "Carrousel", mais aussi à Marseille ainsi qu?à Berlin où elle illumine la scène de l'un des plus grands cabarets de la Ville. En 1986, son retour sur scène chez "Madame Arthur" attire les foules. Elle terminera sa carrière à Marseille où elle meure le 9 octobre 2006.

En plus de sa carrière au cabaret et de sa notoriété parisienne, "Coccinelle" a également joué dans plusieurs films, prêté sa voix à plusieurs 45 tours dans les années 1960. Elle a été la vedette du spectacle "Cherchez la femme", écrit et mis en scène par Bruno Coquatrix, avec la participation de très nombreux artistes. Un succès qui a été acclamé dans l'année 1963 à L?Olympia. Enfin, son autobiographie, "Coccinelle par Coccinelle", parue en 1987, va achever d'en faire une figure de la scène française. C'est donc une célébrité d'envergure nationale que nous mettrons à l'honneur, qui nourrissait des liens très forts et privilégiés avec Paris, ville dans laquelle elle est née, où elle a réalisé la majeure partie de sa carrière et qui l'a reconnue comme une artiste de talent. Elle était l'une des figures les plus marquantes? Mais je suis sûre que tous les élus qui bavardent seront là pour l'inauguration de la "promenade Coccinelle"? Elle était l'une des figures les plus marquantes de la scène des cabarets parisiens où son empreinte continue de marquer les esprits.

Il faut souligner que "Coccinelle" est un symbole du combat pour la liberté de vivre son identité de genre. Dès 1956, elle passe par la chirurgie pour que son corps soit plus en accord avec son genre et devient la première personne publique française à effectuer une transformation. En 1958, elle est la première célébrité française à changer officiellement d'état civil. Elle a aussi activement participé à la reconnaissance des droits des personnes "trans" en accompagnant la naissance du centre d'aide, de recherche et d'information sur la transsexualité et l?identité de genre. Or, il reste beaucoup à accomplir - vous l'avez très bien dit, chère Raphaëlle PRIMET - pour les droits des personnes "trans", encore trop souvent victimes de rejet et de violence. Rappelons que l?identité de genre est pourtant l'un des 22 critères de discrimination punis par la loi.

Apposer une plaque portant le nom de "Coccinelle" dans l'espace public à Paris, c?est donc également inclure les personnes "trans" dans la mémoire collective parisienne. C'est faire acte de reconnaissance des parcours de vie parfois difficiles, de prise en considération de chemins de transition semés d?embûches. C'est, enfin, agir sur l'espace public lui-même en travaillant à son appropriation par toutes et tous. C'est le sens du travail que nous menons sur le genre et l?espace public. C'est un beau symbole de dédier une "promenade Coccinelle" à un espace public dont chacune et chacun pourra se sentir libre de disposer dans un sentiment d'apaisement. C'est un message politique clair qui porte en lui le projet d?une société inclusive, respectueuse de l?identité de chacune et de chacun, et prête à agir contre toutes les formes d?exclusion et de discrimination.

Chers collègues, je vous invite donc à voter pour ce très beau projet de délibération.

Je vous remercie.

M. Bruno JULLIARD, premier adjoint, président. - Merci beaucoup, Madame BIDARD.

Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DU 239.

Qui est pour ?

Qui est contre ?

Qui s?abstient ?

Le projet de délibération est adopté. (2016, DU 239).

C'est une très belle chose !