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Decembre 2016
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2016 SG 43 - Rapport d'observations définitives et ses réponses relatif à l'examen de la gestion de l'opération d'aménagement des berges de Seine.

Débat/ Conseil municipal/ Décembre 2016


 

M. Ian BROSSAT, adjoint, président. - Nous examinons à présent le projet de délibération SG 43 : il s?agit du rapport d?observations définitives et ses réponses relatif à l?examen de la gestion de l?opération d?aménagement des berges de Seine.

Beaucoup d?intervenants et la première des intervenantes sur ce sujet est Mme Delphine BÜRKLI pour le groupe les Républicains. Vous avez 5 minutes maximum.

Mme Delphine BÜRKLI, maire du 9e arrondissement. - Merci, Monsieur le Maire.

J?espère que ce sujet fera là aussi l?unanimité, mais j?en doute un peu, parce que piétonniser sans faire de réforme structurelle pour diminuer le nombre de voitures dans Paris n?améliore pas la qualité de l?air. C?est en substance ce que dit ce rapport, dans sa partie consacrée à l?impact de l?aménagement des berges sur la qualité de l?air. De ce point de vue, ce document a le mérite de la clarté puisqu?il confirme que l?aménagement des berges de Seine génère à la fois des reports de circulation et des reports de pollution.

Ainsi, j?ai appris avec stupéfaction que, sur le quai Anatole-France, les niveaux moyens de polluants sont identiques à ceux du boulevard périphérique. Et sur tous les axes de report de circulation, il est indiqué que les niveaux de polluants sont supérieurs de 13 % à 50 % à ceux mesurés sur les grands boulevards parisiens.

Je crois qu?il est temps de sortir du déni, en particulier au sortir de dix jours d?un épisode de pollution important. Les aménagements ne peuvent plus être...

Je vais vous le dire si vous écoutez. Ne vous énervez pas, ce sujet vous hérisse mais il est tout à fait structurant pour la Ville de Paris et pour la Région.

Les aménagements ne peuvent plus être pensés intra-muros, Monsieur NAJDOVSKI, c?est-à-dire dans l?entre-soi sous peine d?être des échecs du point de vue de la lutte contre la pollution.

Dans la première mandature 2001-2008, nous avons eu Magenta, Saint-Marcel et autres, mais pour quels résultats ? Si ce n?est des reports de circulation et de pollution dans les rues adjacentes et voisines. Le 9e arrondissement est d?ailleurs à ce niveau.

À l?échelle de la Métropole, que signifie aujourd?hui la piétonisation des berges de Seine si ce n?est un aménagement de petite taille, avec 3,3 kilomètres, qui sature les axes de report et qui ralentit les transports en commun.

Alors les Parisiens de Paris veulent conquérir de nouveaux espaces, parfois éphémères comme le montre le succès des friches. Ils veulent de nouveaux usages sur des espaces autrefois dédiés à la circulation automobile et en petite et grande couronne, qu?on ne doit pas oublier, des Parisiens de la Métropole n'ont parfois pas d'autre choix que d'utiliser leur voiture individuelle pour se déplacer. Il est donc nécessaire de concilier les aspirations et les besoins de tous ces gens car l'intérêt métropolitain nous l'impose.

Le rapport en atteste : les aménagements piétons permettent d'offrir de nouveaux espaces de vie, mais pas de diminuer la pollution car pour diminuer l?utilisation de la voiture individuelle, il faut changer d?échelle et cette échelle, c'est l'aire urbaine et métropolitaine.

La circulation alternée - vous y faisiez allusion - comme nous l?avons connue la semaine dernière, c?est un cachet d'aspirine pour une maladie grave. Pire, c'est une réponse politicienne de court terme à un problème de fond qui se pose au territoire francilien depuis longtemps et, malheureusement, les décisions qui s'imposent n'ont pas été prises ou ont été prises avec retard. Je pense à l'interdiction des camions et des poids lourds en juillet 2015. Il y a un an, les camions, les poids lourds et les cars de tourisme les plus polluants sont interdits de Paris alors que vous êtes aux responsabilités depuis 2001. Toutes les tentatives pour créer des contraintes aux automobilistes, comme la diminution des obligations de création de places de stationnement, se sont heurtées à un plafond de verre, celui de ceux qui n?ont pas d?autre choix que de prendre leur voiture.

Il est temps aujourd'hui de prendre collectivement nos responsabilités, de ne pas s'envoyer la balle entre la Ville de Paris et la Région Ile-de-France pour diminuer le trafic automobile dans l'aire urbaine : nous devons accompagner cette mutation en portant des réformes structurelles, comme l'écotaxe ou le péage urbain aux portes de la Métropole. Ne nous interdisons pas de parler du péage urbain car c?est uniquement à partir du moment où nous aurons pris cette décision qui s?impose que nous pourrons ensuite envisager sérieusement des aménagements pour améliorer l?espace public, sans pour autant limiter la mobilité avec des transports en commun fiables et rapides, qu'ils soient métro, bus, R.E.R., bateau avec des espaces à conquérir et aménagés car devenus libérés de la voiture, bref promouvoir un territoire silencieux et non pollué, un modèle vertueux qui nous conduira à choisir ceux qui peuvent rentrer à Paris, c'est-à-dire refuser les véhicules polluants, faire payer les autres et dégager des financements nécessaires à l'entrée de Paris dans sa Métropole, et de faire enfin cette transition énergétique et sa révolution de la mobilité.

Je vous remercie.

M. Ian BROSSAT, adjoint, président. - Merci, Madame BÜRKLI.

La parole est à Mme GALLOIS, pour le groupe UDI-MODEM.

Mme Edith GALLOIS. - Merci, Monsieur le Maire.

A un célèbre restaurateur qui s'inquiète légitimement de la baisse de fréquentation de son établissement suite à la fermeture des berges rive droite, la Maire de Paris lui répond : ne vous inquiétez pas, c'est une période transitoire, tout va entrer dans l'ordre. Eh bien non ! Malheureusement, je le regrette très sincèrement, mais non, tout ne rentrera pas dans l'ordre, et c'est même exactement ce que nous démontre le rapport de la Chambre régionale des comptes dans le bilan qu?elle tire de la fermeture des berges rive gauche. On parle bien de la Chambre régionale des comptes et pas d'un comité régional d'experts que, d'ailleurs, Mme la Maire s'évertue toujours à décrédibiliser. Nous sommes tous d'accord sur un point, c'est de la Chambre régionale des comptes qu'il s'agit, et on est tous d'accord sur le fait qu?elle est au-dessus de tout soupçon et que sa compétence et son sérieux ne peuvent souffrir aucune contestation.

Or, cette chambre fait justement voler en éclats l'argumentaire que la majorité reprend en c?ur depuis 2 mois, selon lequel lorsqu'on ferme une voie sans proposer aucune autre alternative, la circulation et la pollution qui va avec s'évaporent miraculeusement. Non, l'évaporation ne se fait pas. C'est bien l'inverse qui se produit, et c'est ce que nous montre la C.R.C. lorsqu'elle écrit "la pollution a nettement augmenté sur les quais hauts des berges et dans la rue de Rivoli. Sur ces axes - toujours selon la C.R.C. - les teneurs mesurées en dioxyde d?azote et autres polluants sont identiques à celles relevées sur le boulevard périphérique parisien". Je vois que cela n'intéresse personne dans cet hémicycle, pourtant c'est vraiment très grave, et mes chers collègues de la majorité de gauche, vous feriez mieux de nous écouter.

On apprend plus loin que, sur tous les axes de report de circulation, les teneurs en dioxyde d'azote et en benzène sont respectivement de 13 et de 25 % supérieures à celles mesurées le long des grandes avenues ou des boulevards parisiens. Félicitations, le niveau de pollution du périphérique est maintenant au c?ur de Paris, au milieu des piétons et des cyclistes que nous sommes. Quel désaveu pour votre politique, franchement.

Oui, la pollution a logiquement diminué sur la berge de la Seine rive gauche et les quelques rares promeneurs qui s'y promènent en ce moment peuvent s?en réjouir. Mais comment sérieusement peut-on, nous responsables politiques, nous réjouir lorsqu'on s'aperçoit que cette pollution se retrouve en plus forte concentration au niveau des axes de report, le long des terrasses, des bureaux, des commerces et des pistes cyclables ? Le voilà le résultat de votre politique emmener au c?ur de la ville, là où les Parisiens vivent, circulent et travaillent, une pollution qui jusqu'à présent était cantonnée le long des berges de la Seine.

Ce que la C.R.C. vous montre, au même titre que l'actualité d?ailleurs, c?est que la diminution de la pollution ne passe pas par la fermeture autoritaire et non concertée de quelques voies de circulation. Elle exige de dépasser les carcans idéologiques et électoralistes dans lesquels vous êtes enfermés depuis bien trop longtemps. Elle exige d'envisager une politique soucieuse de l?intérêt général et d'avoir une vision politique, plutôt qu'un calendrier ou une clientèle électorale. Une politique qui cessera de s'en prendre systématiquement aux Franciliens et aux professionnels qui n'ont d'autre choix que d'utiliser leur véhicule. Une politique basée sur la concertation à l'échelle métropolitaine, sur une vision globale du transport qui viserait au développement d'offres alternatives, ce que vous ne faites pas, aussi bien pour les personnes que pour les marchandises, ce à quoi vous ne pensez jamais.

Oui, c'est plus long, oui, cela demande plus de travail, mais oui, cela produirait des résultats bien meilleurs que ceux que l'on peut constater aujourd'hui.

Malheureusement, vous fermez aujourd'hui la rive droite avec la même méthode que celle que vous avez utilisée pour la rive gauche, malgré la preuve de son échec en matière de lutte contre la pollution.

Les Parisiens ne sont pas satisfaits, vous le savez ; les métropolitains ne sont pas satisfaits, les Franciliens ne sont pas satisfaits. Qui donc est satisfait ? Au total, bien peu de monde. Comment le serait-il ? Plus de pollution, plus de saleté, plus de circulation, des embouteillages maintenant provoqués à n'importe quelle heure de la journée et de la semaine. La qualité de vie des Parisiens et des Franciliens au quotidien ne cesse de se dégrader, c'est cela la réalité. Vous persévérez à faire toujours la même chose, en vous attendant à un résultat différent. Je pense que cette politique n'est pas celle de la raison.

M. Ian BROSSAT, adjoint, président. - Merci, Madame GALLOIS.

La parole est à M. POZZO di BORGO.

M. Yves POZZO di BORGO. - Sur la fermeture de la rive gauche dans le 7e arrondissement, première réaction, nous avions fait à l'époque un sondage et 8.000 personnes étaient contre. C?est vrai que l'évolution des habitants a considéré que ce n'était pas si négligeable que cela. Seulement, c?est la réaction un peu égoïste de ceux qui en profitent. Les réalités de la ville et ces fermetures touchent beaucoup de monde.

Je voudrais me contenter de reprendre les phrases du rapport de la Cour régionale des comptes. Peut-être que M. NAJDOVSKI, enfermé dans ses certitudes, va considérer que c?est du "bashing" qu?on fait contre lui, mais moi ce sont quand même des gens sérieux. Ils disent que la phase préparatoire du projet a été menée trop rapidement. La définition de l'objectif n'a pas été assez approfondie. La Ville s'est privée d'expertises extérieures. Elle émet des réserves quant à la façon dont a été menée l'étude d'impact, l'explosion des coûts d?exploitation et de programmation du site, des lacunes de conception au niveau du jardin flottant de Niki-de-Saint-Phalle.

La C.R.C. reproche à la Ville d'avoir négocié avec l'un des candidats après le dépôt des offres. Elle a fait des avenants en augmentant les coûts. Dans l'appel à projets, les termes ne sont pas assez précis. Les raisons pour lesquelles certaines candidatures ont été écartées sont restées très floues. La C.R.C. émet aussi des réserves sur la façon dont le contrat était géré. Les recettes de partenariat ne sont pas là.

La Cour régionale des comptes remet aussi en question la loyauté du prestataire, et tout cela évidemment, je me demande si ce n'est pas plus judiciaire que politique. La C.R.C. relève certaines ambiguïtés et incertitudes sur la nature du projet qui n'ont pas favorisé une compétition loyale. La C.R.C. évoque un manquement au contrat passé entre la Ville et la société retenue.

Après, sur les conséquences de cette fermeture, que dit la C.R.C. ? Une augmentation d'environ 1.300 véhicules par heure le matin et le soir entre 2011 et 2015.

Les reports rive droite. Une augmentation moyenne du trafic de 4 %, une baisse de la vitesse moyenne de 17 %, et, évidemment, ce que je demandais, une analyse sur les conséquences économiques mais c'est du "bashing", pour M. NAJDOVSKI. La Cour des comptes dit bien que 17 % des entreprises jugent que cette mesure nuit à leur chiffre d'affaires. En termes d'acoustique - j'habite à côté -, le niveau sonore a légèrement baissé le jour mais a augmenté la nuit et les week-ends, et de façon terrible !

La qualité de l'air. La pollution a logiquement diminué au niveau des berges - moins 15 % de dioxyde -, mais elle s'est fortement accrue sur les axes de report. C'est vraiment Ubu ! On ferme quelque chose pour lutter contre la pollution et on enlève la pollution dans les endroits où personne n'habite. En revanche, elle est reportée sur des endroits où les gens habitent et qui, eux, prennent en pleine figure cette pollution. Voilà la logique ubuesque de cette décision !

Monsieur NAJDOVSKI, ce n'est pas du tout que nous sommes contre cette fermeture. Nous-mêmes, le groupe centriste, c'était GISCARD d'ESTAING qui, le premier, avait interdit la voie express rive gauche. C'est lui, le premier, qui savait très bien que c'était idiot ! Sauf que cette affaire de rive droite et cette affaire de rive gauche? Monsieur NAJDOVSKI, laissez-moi parler ! Que cette affaire de rive droite et de rive gauche touche l'ensemble de Paris et l'ensemble de la Région Ile-de-France ! Arrêtez d'être enfermés dans votre monde, vous êtes des autistes ! Vous ne concevez pas que cela n'est pas possible, la façon dont vous dirigez la Ville !

Et voilà ce que dit le rapport de la Cour des comptes, et voilà ce que va dire aussi le rapport de la Cour des comptes dans trois ou quatre ans sur la fermeture des berges rive droite.

Vous êtes des autistes, vous êtes enfermés, vous refusez de négocier et de discuter !

M. Ian BROSSAT, adjoint, président. - Bien, la parole est maintenant à M. Jean-Bernard BROS, dans le calme et la sérénité qu'on lui connaît.

M. Jean-Bernard BROS. - Absolument, Monsieur le Maire, mais je ne suis pas encore sénateur ; c'est pour cela.

En 2016? Et je n'habite pas sur les quais. En 2016, nous avons définitivement réservé les berges de Seine rive droite aux piétons et aux vélos ; une décision historique.

Alors que la fréquentation des berges rive gauche est au rendez-vous, ce sont aujourd'hui 3,3 kilomètres de quais bas supplémentaires pour la reconquête de la Seine et pour réconcilier les Parisiens avec leur fleuve. La fréquentation des berges rive gauche et de leur aménagement connaît un grand succès de l'aveu même de la Cour des comptes.

Paris est belle quand elle avance, quand elle se redéfinit. Le projet ambitieux de l'aménagement des berges de Seine est une occasion de montrer que notre Ville sait évoluer malgré les difficultés liées à la superposition de gestion entre divers acteurs. Une nécessité d'évolution d'autant plus pressante dans le contexte que nous avons vécu la semaine dernière.

En effet, alors que cette fin d'année est marquée par un pic de pollution sans précédent par sa durée dans notre Capitale, il nous faut rappeler encore l'essentiel face aux postures conservatrices. Lutter contre la pollution atmosphérique est un impératif d'intérêt général pour les Parisiens mais aussi pour les Franciliens. Cela nécessite bien sûr de réduire la place des véhicules polluants dans la Ville ; il faut arrêter la désinformation qui nous fait croire le contraire.

Dans la droite ligne des engagements de la COP 21, notre projet d'aménagement va diminuer la place de la voiture et préserver la santé de nos concitoyens. Rappelons que la pollution atmosphérique tue chaque année 48.000 personnes en France dont 2.500 à Paris et 6.500 dans la Métropole du Grand Paris et qu'elle réduit de deux ans l'espérance de vie des habitants de la Métropole.

Or le rapport présenté par la Cour des comptes souffre de cet oubli et n'évalue pas le coût de la pollution ni en termes de santé publique, ni en termes de finances publiques. Alors, si la décision prise par notre Municipalité reste un acte politique qui ne peut satisfaire l'ensemble des protagonistes, notre majorité l'assume. Le réaménagement des berges de Seine est la réponse à une attente des Parisiens ; c'est le résultat d'un dialogue riche avec les Parisiens et c'est une décision pour dessiner le Paris de demain. Je vous remercie.

M. Ian BROSSAT, adjoint, président. - Merci, Monsieur BROS. La parole est maintenant à Mme Danielle SIMONNET, pour cinq minutes maximum.

Mme Danielle SIMONNET. - Ecoutez, mes chers collègues, c'est vraiment le débat récurrent et pourtant, je le dis et le redis, face aux problèmes majeurs de santé publique, il faut réduire la place de la voiture dans la Capitale et, oui, la piétonisation des berges sur Seine fait partie de ces projets de grande ambition qui doivent y contribuer.

Bien évidemment, dans le rapport d'observation définitif de la Chambre régionale des comptes, qui concerne - précisons-le - seulement la première phase de l'opération d'aménagement des berges de Seine de 2010 à 2013, il y a des éléments contradictoires.

Vous dites, Monsieur POZZO di BORGO, et d'autres collègues avant vous, qu'il faudrait plus de pensée cohérente entre la Ville et la Région Ile-de-France. Mais bien sûr, et là, je suis tout à fait d'accord avec vous, il serait temps que la Région Ile-de-France ait une vision un peu plus cohérente sur la façon dont elle doit mettre en ?uvre la réduction de la place de la voiture dans la Métropole du Grand Paris.

Mais cela se traduit dans quoi ? Dans quelles mesures prises par la Région ? L'augmentation du tarif des transports en commun décidée avec le Gouvernement récemment ? Non, vous le savez bien.

Y a-t-il une volonté, dans le réaménagement du territoire par exemple, pour exiger de Neuilly de cesser d'être un ghetto de riches et pour permettre de réduire les distances domicile/travail en pensant la mixité d'activités sur l'ensemble des territoires pour réduire les distances subies ? Non, rien, il n'y a aucune mesure sur l'aménagement du territoire prise par la Région Ile-de-France allant dans ce sens.

Concernant la question de la santé publique dans la lutte contre la pollution, nous avons besoin de temps long pour évaluer l'impact des mesures de la piétonisation des voies sur berge. Car oui, comme le dit le rapport de la Chambre régionale des comptes, on voit une diminution forte évidemment de la pollution sur les voies, néanmoins, on constate un report de pollution augmenté sur certaines voies qui ont été l'objet du déplacement du trafic.

Mais parce qu'on doit penser cette action dans le temps long, c'est une planification dont l'objectif est la réduction de l'utilisation de la voiture individuelle en centre-ville. Par conséquent, évidemment, la dégradation des conditions de circulation automobile dans la Capitale procède et participe de la bataille pour que les uns et les autres essaient de cesser d'utiliser la voiture individuelle.

Je pense donc que nous n'avons pas encore suffisamment de recul en termes de temps pour en voir l'impact, même si je continue à penser, tout en soutenant la piétonisation des voies sur berge, qu'en aucun cas cela ne peut être cette unique mesure qui contribue à dissuader de l'usage de la voiture.

Maintenant, dans ce rapport il y a d'autres éléments forts intéressants qui mériteraient de grandes réflexions de la Ville. Concernant les animations, le rapport est quand même assez sévère : imprécision du cahier des charges, difficulté d'évaluer les prestations rendues, abandon des recettes de partenariat liées aux prestations d'animation. Il y a quand même de sacrées zones d'ombre, par exemple quand on lit, page 26 du rapport, que selon toute vraisemblance, les recettes de partenariat obtenues dans le cadre du marché et abandonnées à la société mandataire ont été incluses dans la facturation faite à la Ville de Paris par la société et imputées pour la partie mise en ?uvre de la programmation censée traduire des dépenses d'animation sans pour autant que l'équipement payé n'appartienne à la Ville. On voit bien qu?il y a pas mal de choses à penser dans l'ensemble des marchés qui ont été passés, où il me semble que les intérêts privés ont certainement pris un peu le dessus même si tout cela s'est fait dans un attachement à la gratuité - et c'est très bien - mais avec d'autres activités à caractère lucratif. J'aimerais que, concernant les animations, il n'y ait pas simplement une réflexion sur la manière de mettre en place une occupation piétonnière, qui pourrait relever simplement de l'occupationnel. J'aimerais aussi qu'on réfléchisse à la façon dont véritablement on pense à la réappropriation des voies sur Seine pas simplement comme des lieux de programmations plaquées, artistiques, culturelles et sportives, en menant une vraie réflexion avec des démarches d'éducation populaire et qui permettent à un certain nombre d'associations innovantes d'ailleurs, créatives, de pouvoir aussi donner à partager, à vivre ensemble, ce qu'elles font. J'ai l'impression que l'on a des prestataires de l'événementiel avec lesquels on fait des marchés et où il y a quand même une opacité sur les sommes engagées - qui sont colossales - et des associations à qui on demande de bricoler des choses avec des bouts de chandelle dans les quartiers populaires. Or il y aurait la possibilité que l'ensemble des Parisiens se réapproprient les berges sur Seine?

M. Ian BROSSAT, adjoint, président. - Madame SIMONNET, il va falloir conclure.

Mme Danielle SIMONNET. - Et je terminerai, et que des associations d'éducation populaire très novatrices des quartiers populaires avec leurs habitants puissent proposer en partage des activités sur les voies sur berges. Je vous remercie.

M. Ian BROSSAT, adjoint, président. - Merci, Madame SIMONNET.

La parole est maintenant à M. Didier LE RESTE, pour 5 minutes également.

M. Didier LE RESTE. - Merci, Monsieur le Maire.

Nous sommes globalement d'accord, je crois, avec le fait que ce qui symbolise chaque Parisienne et chaque Parisien, c'est leur capacité à se fondre dans la foule diverse et variée de la capitale.

Ce qui est moins vrai et ce à quoi les Parisiens tiennent moins, ce sont les semaines, comme celle que nous venons de vivre, où l'air est irrespirable, où l'on suffoque dans la foule, où on laisse alors sa voiture, on prend les transports en commun, le vélo si possible, on marche.

C'est vrai, le trafic n'a pas disparu, il s'est déplacé, ce n'est agréable pour personne de vivre au milieu de voitures, d'être coincé dans les embouteillages. C'est pourquoi nous incitons chaque collectivité, chaque ville, notre ville, à poursuivre ses projets et efforts pour lutter contre la suraccumulation du trafic routier et contre les pressions des lobbys de l'industrie automobile et des pétroliers.

Mais il y a d'autres solutions que la voiture individuelle. Notre groupe a demandé à chaque débat au Conseil de Paris plus de moyens pour les transports publics, une vraie orientation des politiques publiques en faveur du fret ferroviaire et fluvial, un maintien de la vocation ferroviaire de la petite ceinture qui pourrait rendre de grands services en pareilles circonstances.

Aucune proposition sérieuse et durable du Gouvernement n'est venue dynamiser une politique d'aide à la voiture électrique ou hybride, ou à la réduction de la part du diesel dans le parc automobile national.

C'est certainement par là qu'il aurait fallu commencer, une aide publique conséquente à la reconversion du parc automobile.

Ainsi, nous demandons que ce soit tout le parc diesel qui soit concerné par des mesures de restriction, pas simplement les anciens modèles.

Les récentes révélations sur la triche des constructeurs, qui semblerait être généralisée, devraient nous inciter à la vigilance sur les véhicules récents.

Nous demandons qu'il y ait un bilan social des mesures de restriction, car nous avons l'intuition que ce sont les plus défavorisés qui sont les plus pénalisés.

Qu'il y ait des engagements clairs de la part des administrations publiques, mais aussi des transporteurs routiers d'aller vers un transport propre, en particulier pour le dernier kilomètre.

Que Paris soit exemplaire dans la création de nouveaux lieux de logistique urbaine connectés au fleuve ou au rail, comme Chapelle international, mais aussi dans la Z.A.C. "Bercy Charenton".

Les Parisiennes et les Parisiens ont droit à cet espace public, à ce sas de respiration, à cette promenade.

Paris n'est pas qu'une ville que l'on traverse, ce n'est pas un péage, c'est une ville dans laquelle on vit. Piétonniser les berges a reçu, quoi qu'en disent certains, un vrai succès populaire.

Pour les familles qui ne bénéficient pas de résidence secondaire et n'ont pas la possibilité de se rendre à la campagne le week-end, cela permet de profiter de nouveaux espaces libres au bord de la Seine.

Beaucoup de villes européennes luttent contre la voiture, y compris dans leur centre-ville, et beaucoup de centres-villes notamment français sont déjà piétons.

Je le répète, Paris n'est pas une autoroute, ce n'est pas un parking géant, nous avons tout intérêt à développer une multimodalité des transports afin de continuer à ?uvrer pour l'écologie politique et sociale.

Comme toute mesure écologique, elle doit être collective. L'écologie n'est pas ce simple geste individuel c'est un effort collectif.

Nous avons, avec cette décision de piétonniser les berges, résisté à la vindicte de ceux qui ne souhaitent pas aller dans cette même direction, de ceux qui manquent de courage et de vision pour penser la ville de demain.

Une ville écologique, c'est-à-dire une ville durable est une ville réhumanisée, qui doit repenser son occupation de l'espace public.

On ne peut pas voir 2.500 Parisiennes et Parisiens mourir de la pollution chaque année, plus de 6.000 personnes en région Ile-de-France, 48.000 au plan national, au point que des citoyens, en appui d'associations, portent aujourd'hui plainte contre l'Etat.

Je salue donc une nouvelle fois ce projet en insistant sur le fait qu'il représente un progrès qui devrait inspirer toutes les collectivités concernées par un trafic trop dangereux, dégradant l'environnement.

Réussir le pari écologique, c'est réussir à penser collectivement notre façon de produire et de consommer, notre façon d'organiser et d'occuper l'espace public.

La pollution n'est pas un phénomène naturel, elle est la conséquence entre autres de mauvais choix politiques sur le long terme. Nous en payons toutes et tous le prix.

Pour conclure, je citerai donc un extrait de la tribune de plusieurs professionnels de santé parue le 10 septembre dernier dans le Journal du Dimanche.

"Réduire le trafic routier dans les grandes villes françaises, et en particulier dans Paris est désormais une priorité de santé publique.

La fermeture à la circulation des voies sur berges de la Seine rive droite à Paris fait ainsi partie des mesures utiles à la préservation de la santé de tous". Je vous remercie.

M. Ian BROSSAT, adjoint, président. - Merci, Monsieur LE RESTE.

Observations sur le déroulement de la séance.