Précisez votre recherche (les choix sont cumulatifs) :
> PAR ANNÉE  
Decembre 2016
> PAR TYPE DE CONSEIL (MUNICIPAL / GÉNÉRAL)  
Conseil Municipal
> Type de document (Débat / Délibération)  

2016 DGRI 104 - DPE - Subvention (100.000 euros) et convention avec l’association "La Croix-Rouge française" pour une aide d’urgence aux populations déplacées de Mossoul.

Débat/ Conseil municipal/ Décembre 2016


 

M. Bernard JOMIER, adjoint, président. - Nous allons maintenant examiner le projet de délibération DGRI 104 - DPE : subvention à la Croix-Rouge française pour une aide d?urgence aux populations déplacées de Mossoul. Madame LECUYER, vous avez la parole.

Mme Catherine LECUYER. - Monsieur le Maire, mes chers collègues.

Nous soutenons bien entendu cette subvention. En effet, à l?heure où les forces irakiennes progressent chaque jour dans la reconquête de Mossoul, tombée aux mains de l?état islamique, la situation des civils est plus préoccupante que jamais. Les nombreux déplacés ne pourront regagner leur maison avant plusieurs mois, car les djihadistes ont miné les bâtiments avant de partir.

En juillet 2014, à l?occasion d?un v?u, je vous alertais sur la situation préoccupante des minorités d?Irak, menacées par l?avancée meurtrière de l?Etat islamique. Sensible à l?élan de solidarité internationale qui s?était alors manifesté partout à travers le monde, la Ville de Paris avait su répondre à l?urgence humanitaire en mobilisant son fonds d?urgence à hauteur de 90.000 euros. Cette aide précieuse a permis à la Croix-Rouge de répondre aux crises médicales et sanitaires les plus pressantes en pourvoyant aux besoins essentiels des familles déplacées : eau, hygiène, santé. Persécutées, pourchassées, les minorités irakiennes ont été sensibles aux gestes d?humanité provenant du monde entier.

Cependant, la situation humanitaire ne cesse d?empirer, et je pense en particulier au sort des minorités chrétiennes, qui est plus que jamais préoccupant. Pris dans un étau depuis mille ans entre l?Islam et l?Occident, victimes des nationalismes, puis de l?islamisme radical - l?attentat contre une église copte dimanche vient hélas de le rappeler -, aujourd?hui otages de la guerre entre sunnites et chiites, voués à l?éradication par les djihadistes et abandonnés par la communauté internationale, les chrétiens d?Orient cèdent à l?exode. Ces populations s?effacent peu à peu de cette terre, qu?ils habitent depuis des siècles. Leur disparition semble inéluctable, alors que le fanatisme et l?intolérance ne cessent de progresser.

Pour échapper à la mort, la communauté chrétienne, soit 300.000 individus, doit payer une taxe pour acheter le droit de vivre, ou bien s?arracher à sa terre natale, en voyant tous ses biens confisqués. Un certain nombre d?entre eux ont d?ores et déjà trouvé refuge en Occident. Si tous les chrétiens d?Orient fuyaient leur pays, ce serait une catastrophe humanitaire considérable, mais aussi une perte civilisationnelle immense pour le Moyen Orient, qui doit rester multiculturel et multiconfessionnel.

Consciente de la gravité de la situation, la communauté internationale s?organise désormais pour faire face à la montée de l?obscurantisme. Or, si l?engagement militaire et politique incombe aux états, notre Ville doit jouer son rôle en termes de solidarité. Nous ne pouvons rester insensibles au véritable nettoyage ethnique, selon les termes d?"Amnesty International", qui se déroule à 5 heures d?avion de Paris. Nous nous devons donc de poursuivre et d?amplifier notre action en Irak.

Les minorités opprimées qui ont choisi de rester malgré les menaces doivent pouvoir compter sur notre assistance. Les réfugiés et les populations déplacées doivent pouvoir espérer le soutien de Paris, ville des Droits de l?Homme. Les O.N.G. et travailleurs humanitaires doivent pouvoir s?appuyer sur l?engagement solidaire de notre Ville. Les besoins sont certes immenses, mais notre contribution, si minime soit-elle, viendra en aide à des personnes qui ont tout perdu et attendent tout de la solidarité internationale.

Comment rester insensible alors que des hommes sont décapités, des innocents torturés, des femmes violées et vendues sur les marchés ? Comment ne pas réagir lorsque des populations entières sont réduites à l?état de citoyens de second rang ? Comment ne pas dépasser nos désaccords lorsque des sociétés sombrent dans le fanatisme et l?intolérance ? Ainsi, au-delà des clivages politiques, nous en appelons à l?union des élus de Paris pour que notre Ville exprime pleinement sa solidarité, en répondant avec fraternité au peuple qui l?appelle à l?aide. Et bien sûr, nous sommes très heureux de cette subvention. Merci.

M. Bernard JOMIER, adjoint, président. - Merci, Madame LECUYER. La parole est à M. GLEIZES.

M. Jérôme GLEIZES. - Merci, Monsieur le Maire.

Après Alep, nous abordons la situation de Mossoul. Pour le rappeler, Mossoul a autant d?habitants qu?Alep avant le déclenchement des guerres civiles : 2 millions d?habitants. Mossoul est au c?ur des contradictions et des horreurs de la région, et de la complexité géopolitique, et par rapport à l?intervention précédente, je rappellerai qu?il n?y a pas comme minorités que les chrétiens d?Orient. Il y a aussi les Yézidis, les Turkmènes chiites, parce qu?il y en a qui sont sunnites, mais il y a aussi une minorité chiite. Il y a beaucoup d?autres minorités, et il ne faudrait pas penser "qu?à eux". Et les chrétiens entre eux sont aussi très divisés entre différentes sous-confessions.

Alors, les contradictions et les horreurs : bien sûr, il y a l?état islamique, qui a pris en otage cette ville depuis maintenant plus de deux ans, mais il y a aussi les milices supplétives chiites, les mêmes qui font des massacres à Alep et qui sont aussi présentes auprès des forces irakiennes. Nous avons aussi un Gouvernement irakien qui devient de plus en plus confessionnel et donc, se pose la question de l?après défaite de l?état islamique. Comment va-t-on gérer un pays qui devient de plus en plus confessionnel, alors qu?avant, c?était un pays où sunnites, chiites et kurdes vivaient en parfaite harmonie, et chrétiens aussi ?

Aussi, le gouvernement autoritaire du K.R.G., du P.D.K.I. : n?oublions pas qu?actuellement, le P.D.K.I., à la tête du K.R.G., bloque l?accès au Sinjar, bloque l?accès sur la partie du Rojava, et donc, on ne peut pas avoir d?accès. Il n?y a pas que l?état islamique qui actuellement commet des horreurs dans la région, il y a aussi d?autres forces, les forces chiites supplétives et le K.R.G., qui joue un drôle de jeu. Et puisque tout à l?heure, on parlait de l?Institut kurde, c?est aussi à cause du gouvernement et d?une politique du K.R.G. qui n?a pas donné sa subvention à l?Institut kurde. Il faut aussi le dire.

Il y a aussi la présence des Turcs, avec un double jeu, où ils veulent protéger la minorité sunnite, dite "sunnite", pour en fait mieux taper sur les Kurdes. Donc on est vraiment dans une situation très complexe. C?est pour cela que cette subvention est très importante, parce que c?est une subvention aux populations civiles, quelle que soit l?origine, quelle que soit leur confession, et qu?aujourd?hui, c?est elles qui sont prises en otage de toutes les contradictions de la Région. C'est pour cela qu'il est important de les aider.

Pour terminer mon intervention, il y a un autre crime de guerre qui n'est pas cité aujourd'hui, mais qui est très important, celui qui se passe actuellement au Yemen, on en parle moins, c'est l'Arabie Saoudite qui massacre des populations civiles avec l'aide des puissances occidentales. Il faut avoir une pensée pour ces gens-là, qui se font massacrer sous nos yeux, dans notre silence.

Merci.

M. Bernard JOMIER, adjoint, président. - Merci.

La parole est à Patrick KLUGMAN.

M. Patrick KLUGMAN, adjoint. - Je remercie les orateurs inscrits d'attirer l'attention de notre Conseil sur la situation dramatique qui a cours à Mossoul, et particulièrement l'intervention de Jérôme GLEIZES qui était précise et puissante pour faire très simple.

Je vous propose, mes chers collègues, de voter une subvention à la Croix-Rouge pour une aide d'urgence aux populations de Mossoul. Effectivement, Mossoul est une de ces villes suppliciées, dont les populations sont prises en otage, et si l'aide humanitaire n'arrive pas, qui finiront par être atteintes aussi de problèmes de santé irrémédiables, donc une mort à moyen terme, voire une mort à court terme si nous ne faisons pas le nécessaire.

La seule différence avec la situation d'Alep, c'est qu'à Mossoul les humanitaires sont sur place, peuvent agir, c'est pourquoi nous devons les soutenir. Nous avons été sollicités par la Croix-Rouge française, qui nous demande de l'aider à installer une station d'apport d'eau dans le camp de Khazer 2, qui est déjà en fonction depuis le lundi 12 décembre et permettra d'alimenter à peu près 5.000 familles. La capacité de cette station, c'est 350 mètres cubes d'eau produits. J'ai des photos de ce camp et de la station hydraulique animée par la Croix-Rouge française. Je les tiens à votre disposition.

Et donc, c'est extrêmement important. Cela s'ajoutera au soutien, je crois assez remarquable de la Ville de Paris dans la région, et au secours des populations de la zone syro-irakienne depuis 2012, qui s'élève à 1 million d'euros et je crois que ce n'est pas un hasard si quand nous abordons cette question, notre séance est présidée par Bernard JOMIER, qui a bien connu dans cette vie et les précédentes les questions de soutien humanitaire.

Je vous demande, chers collègues, de bien vouloir voter cette subvention au profit de la Croix-Rouge.

M. Bernard JOMIER, adjoint, président. - Merci à Patrick KLUGMAN.

Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DGRI 104 - DPE.

Qui est pour ?

Qui est contre ?

Qui s'abstient ?

Le projet de délibération est adopté. (2016, DGRI 104 - DPE).

Je vous remercie.