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Decembre 2016
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2016 DEVE 166 - Dénomination "Esplanade Gilles Jacquier" attribuée à l'espace vert situé 50-56, rue de Charonne (11e).

Débat/ Conseil municipal/ Décembre 2016


 

Mme Colombe BROSSEL, adjointe, présidente. - J'ai commis, chers collègues, une erreur tout à l'heure et un oubli et je vais donc vous proposer, et je vous prie par avance de m'en excuser, que nous examinions le projet de délibération DEVE 166. C?est la dénomination de l?esplanade "Gilles Jacquier" attribuée à l'espace vert situé 50-56, rue de Charonne sur laquelle Patrick BLOCHE était inscrit.

Monsieur BLOCHE, vous avez la parole.

M. Patrick BLOCHE. - Merci, Madame la Maire, de me donner la parole.

Je serai bref mais je ne voulais pas que ce projet de délibération ne fasse pas l'objet d'une inscription et d'une parole, celle que je vais porter au sein de notre hémicycle.

Il s'agit en effet par notre vote d'attribuer à l'espace vert qui se trouve situé 50-56, rue de Charonne, quasiment à l'angle de l'avenue Ledru-Rollin, le nom d'esplanade "Gilles Jacquier".

Gilles Jacquier était journaliste et grand reporteur à France Télévisions. Gilles Jacquier a été le premier journaliste tué à Homs en Syrie, le 11 janvier 2012, il avait 43 ans.

Il est mort pour que vive la liberté d'informer, pour que vive la liberté de la presse, pour que nous sachions ce qui se passe en Syrie et, à l?heure où les populations civiles d'Alep sont massacrées, je vois comme un symbole que notre Assemblée attribue à Gilles Jacquier, le nom de cet espace vert.

Pourquoi le 11e arrondissement ? Parce que Gilles Jacquier vivait dans le 11e arrondissement, à la proximité immédiate de cet espace vert. Il vivait avec sa compagne et ses jeunes enfants. Sa compagne, qui est également journaliste et photoreporter, était à ses côtés quand il a été assassiné. Elle a publié ultérieurement un très beau livre qu'elle a intitulé "Attentat express : qui a tué Gilles Jacquier ?".

Au moment où il était assassiné, Gilles Jacquier tournait des images pour l?émission "Envoyé spécial". L?émotion provoquée par sa mort a été immense au sein de France Télévisions et a touché tout le service public audiovisuel.

Je voulais à cet instant rappeler ces faits, pour que ce vote ait toute la portée symbolique que nous allons lui donner. Je suis vraiment très satisfait que le Conseil de Paris aujourd?hui fasse aboutir une démarche que le Conseil du 11e arrondissement avait porté, il y a trois ou quatre ans, et j?en étais à l?initiative étant alors maire de cet arrondissement.

Notre vote d?aujourd?hui, c?est donc dire qu?évidemment nous avons plus que jamais un devoir de solidarité à l?égard des populations civiles, comme celle d?Alep, qui sont massacrées quotidiennement, mais c?est aussi dire notre attachement à une liberté fondamentale dans toute démocratie : la liberté d?informer librement. C?est pour cela que Gilles Jacquier a été assassiné, il y a presque cinq ans.

Mme Colombe BROSSEL, adjointe, présidente. - Merci beaucoup, Monsieur BLOCHE.

Pour vous répondre, la parole est à Hélène BIDARD.

Mme Hélène BIDARD, adjointe. - Mesdames et Messieurs, chers collègues, merci à Patrick BLOCHE de son intervention.

La mémoire, le décès tragique de Gilles Jacquier, journaliste, reporter, tué à Homs en Syrie par un tir de mortier, et l?hommage que lui rend la Ville de Paris aujourd?hui, c?est l?occasion pour nous d?adresser nos pensées les plus sincères à sa famille et à ses proches.

Chaque année, l?organisation "Reporters sans frontières", qui ?uvre au quotidien pour la liberté de la presse, nous adresse le funeste bilan des exactions contre les journalistes. Pour la fin de l?année 2015, ce bilan accablant comptait 110 journalistes assassinés.

"Reporters sans frontières", dont le rapport annuel est sorti aujourd?hui, nous alerte sur le fait que la situation s?aggrave, que par exemple 348 journalistes, pigistes et blogueurs compris, sont emprisonnés aujourd?hui dans le monde, soit une augmentation de 6 %.

La vie de notre concitoyen Gilles Jacquier, qui résidait dans le 11e arrondissement, s?est ajoutée au sinistre bilan du nombre de journalistes disparus depuis le début de la révolution syrienne en mars 2011.

En attribuant le nom Gilles Jacquier à un espace vert du 11e arrondissement, la Ville de Paris souhaite plus que jamais montrer son soutien à la liberté d?expression et à la liberté de la presse.

Ce fut le cas le 2 mai dernier, veille de la Journée internationale de la liberté de la presse, à l?occasion de laquelle, accompagnée de mon collègue Patrick KLUGMAN et de moi-même, la Maire de Paris a remis la médaille de la Ville de Paris à quatre journalistes persécutés ou emprisonnés, dont Can DÜNDAR que je ne présente plus ici et à qui la Maire de Paris a attribué la Citoyenneté d?honneur en novembre dernier.

Je suis très heureuse que la Commission de dénomination, et je remercie d?ailleurs Catherine VIEU-CHARIER, ait donné un avis favorable à cette proposition de dénomination d?un espace vert créé en 2011, qui est situé rue de Charonne. Ce lieu rendra hommage à jamais à notre défunt concitoyen.

La mémoire de Gilles Jacquier et les conditions de sa disparition doivent nous permettre de remettre en perspective, pour les générations futures, notre attachement à la notion de liberté d?informer et l?importance d?avoir les témoins de notre époque.

Ne l?oublions jamais, dans de trop nombreux pays, un journaliste peut passer plusieurs années en prison pour un mot ou une photo. Or emprisonner ou tuer un journaliste, c?est éliminer un témoin essentiel et menacer le droit de chacun à l?information.

Depuis, le 7 janvier 2015 et l?attaque terroriste meurtrière visant "Charlie Hebdo", cette prise de conscience collective relève encore plus de l?évidence. Notre Capitale n?est pas éloignée des conflits, elle est aussi le théâtre de drames meurtriers de masse, et c?est à ce sujet que le directeur de "Charlie Hebdo", RISS, déclarait : "Nous n?avons quasiment jamais envoyé de journalistes en zone de guerre mais, le 7 janvier, c?est la guerre qui est venue à nous."

En décidant d?honorer Gilles Jacquier, nous n?oublions pas que notre démocratie et notre Etat de droit constituent les meilleurs remparts à la barbarie.

Je vous remercie de votre écoute et je tiens à nouveau à adresser nos plus sincères pensées à la famille ainsi qu?aux proches de Gilles Jacquier. Et je remercie encore Patrick BLOCHE d?avoir attiré l?attention de notre Assemblée sur ce projet de délibération.

Mme Colombe BROSSEL, adjointe, présidente. - Merci beaucoup, Madame BIDARD.

Je mets donc aux voix, à main levée, le projet de délibération DEVE 166.

Qui est pour ?

Qui est contre ?

Abstentions ?

Le projet de délibération est adopté à l?unanimité. (2016, DEVE 166). Je vous en remercie.