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Janvier 2017
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Conseil Municipal
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Conférence citoyenne "Paris championne du climat : quelles contributions individuelles et collectives pour changer nos modes de vie ?".

Débat/ Conseil municipal/ Janvier 2017


 

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Je suis très heureuse de vous retrouver ce matin où nous avons prévu un débat organisé sur la conférence citoyenne dont le titre est : "Paris, championne du climat : quelles contributions individuelles et collectives pour changer nos modes de vie ?"

Notre conférence d'organisation a prévu un débat au cours duquel dans un instant je laisserai la parole à nos deux citoyens qui ont participé à cette conférence. Je veux les saluer, les remercier d'être ici : M. Romain BENMOUSSA, qui va prendre la parole dans un instant, et Mme Nicole HENRY, également ici présente et que je remercie d'avoir participé à cette conférence de citoyens.

Je vais introduire le débat avant de leur laisser la parole et je veux bien sûr remercier chaleureusement celles et ceux qui y ont contribué, les citoyens dans le cadre de cette conférence mais bien sûr également mes adjoints et en premier lieu Célia BLAUEL qui porte ce très beau sujet.

D'abord, le réinscrire dans notre histoire collective. En 2004, nous avons fait le premier bilan carbone de Paris. C'était une grande première, nous étions une des premières grandes collectivités à mesurer - je vois les acquiescements de Yves CONTASSOT - ce qu'était notre bilan carbone parce que l'idée était de partir d'une mesure de ce bilan carbone pour pouvoir ensuite voir les évolutions et notamment l'impact des décisions que nous avions prises.

Je me souviens, pour avoir aussi participé à cette belle aventure en 2004, que l'administration parisienne s'était particulièrement engagée et que pour la première fois effectivement elle entrait de plain-pied dans ce sujet qui nous a amenés ensuite en 2007, et là, avec Yves CONTASSOT, nous avons porté le premier Plan Climat de la Ville de Paris qui a été adopté à l'unanimité dans notre Conseil en 2007.

Ce premier Plan Climat de la Ville de Paris, nous l'avons porté avec Pierre RADANNE qui nous a accompagnés dans une démarche citoyenne avec de très nombreuses réunions dans les arrondissements, une restitution dont je me souviens encore ici à l'Hôtel de Ville avec plus de 1.500 personnes qui étaient venues contribuer et qui avaient apporté leurs propositions sur les différents aspects de ce premier Plan Climat de la Ville de Paris. Là aussi, notre collectivité a été une des premières grandes collectivités en France et dans le monde à se doter d'un tel outil.

En 2012, mandature précédente, il a été réajusté, réactualisé. Cela a été aussi l'occasion d'un débat dans ce Conseil et aujourd'hui, nous nous retrouvons pour une nouvelle étape.

Cette nouvelle étape, c'est le travail sur un plan Climat qui sera un Plan Climat-Air-Energie parce que c'est l'ensemble de ces sujets qui sont portés aujourd'hui à la discussion et à la concertation. Dès 2004, dès notre élection avec l'ensemble de cette équipe, nous avons engagé de nouvelles stratégies, nous avons mis en place de nouveaux moyens, de nouvelles actions sur l'air, l'énergie, et aussi sur l'adaptation de notre Ville au changement climatique. D'ailleurs, dès le premier Conseil de Paris du mandat en mai 2014, nous avons adopté sous forme d'un v?u de l?Exécutif un v?u présentant les grands axes pour notre action sur ces sujets majeurs.

Nous avons d'ailleurs lancé une conférence de citoyens qui a adopté des propositions en décembre 2014, notamment sur la qualité de l'air, lesquelles préconisations nous ont servi, bien sûr, dans l'adoption des délibérations des mesures que nous avons prises et notamment je pense à la façon de faire face aux pics de pollution et à toutes ces mesures liées à la restriction de circulation et de véhicules polluants.

En février 2015, après cette conférence de citoyens, nous avons adopté un Plan parisien de lutte contre la pollution au Conseil de Paris, qui a donc inclus l'interdiction progressive des véhicules les plus polluants et les mesures renforcées pour faire face aux pics de pollution.

Ces décisions ont permis, grâce aussi à l'adoption de la loi sur la transition énergétique, la mise en place par exemple dès le début de cette année d'une zone à circulation restreinte fondée sur les vignettes Crit?Air qui distinguent aujourd'hui les véhicules selon leur niveau de pollution.

Nous sommes donc dans une stratégie de long terme. Je l'ai dit lors de mes v?ux, on ne découvre pas la question du climat, de la pollution et de l'énergie ; c'est une stratégie de long terme. D'ailleurs, je ne crois qu'aux stratégies de long terme sur ce type de sujet pour modifier en profondeur, et nos comportements, et nos façons de fonctionner. Toute notre action - depuis 2014 nous avons amplifié cela - est centrée sur ce défi majeur qui est le défi climatique.

Cela produit des résultats parce que, par exemple, sur la seule question des émissions de gaz à effet de serre, nous avons entre 2004 et 2014 moins de 10 % d?émission de gaz à effet de serre sur le territoire parisien. Hier, on a donné aussi des chiffres sur la pollution atmosphérique, sur le nombre de véhicules. Ces stratégies produisent des effets mais elles doivent se poursuivre avec détermination et c'est ce que nous faisons aujourd'hui.

Avec beaucoup de détermination pour compléter, renforcer ce cadre et ces actions, nous allons entendre dans un instant l'avis citoyen sur le climat qui va nous être restitué et qui s'inscrit dans le cadre de la concertation pour l'élaboration de ce nouveau Plan Climat de Paris qui constituera un ambitieux programme d'actions destinées à faire de Paris une ville neutre en carbone à horizon 2050.

Ce nouveau plan est bien entendu totalement aligné sur l'Accord de Paris, accord signé en 2015 à Paris, mais aussi sur la deadline 2020 qui est l'engagement des villes du C 40 pour réduire la pollution et réduire la production de gaz à effet de serre.

En effet, l'ambition de Paris pour le climat a pris - on le sait tous - une nouvelle dimension lors de la COP 21. Nous avons accueilli cette conférence en France. L'accord porte le nom d'Accord de Paris, ce qui nous donne de la fierté mais aussi une responsabilité supplémentaire parce que cet accord a été validé par la communauté internationale même si certains essaient, et je pense bien sûr au président des Etats-Unis, de le mettre en cause. Nous avons le soutien d'abord de tous les maires nord-américains, qui se réunissent en un collectif de maires qui agissent et qui vont résister, notamment à la volonté affichée aujourd'hui du président des Etats-Unis de remettre en cause l'Accord de Paris. Nous avons aussi des grandes nations. Je pense à la Chine qui a encore affirmé il y a quelques semaines à Davos l'engagement plein et entier de la Chine sur l'Accord de Paris.

Forts de l'ensemble de ces engagements et grâce à la loi de transition énergétique, nous ouvrons donc à présent une nouvelle page des politiques Climat Energie avec l'élaboration de ce nouveau Plan Climat-Air-Energie qui sera adopté en fin d'année.

Ce nouveau Plan Climat-Air-Energie permettra de dessiner à la fois une ville neutre en carbone, fonctionnant avec 100 % d'énergies renouvelables en 2050 mais aussi de définir des objectifs pour 2030 et les actions concrètes à engager d'ici 2020 parce qu'on se fixe des horizons de moyen et long terme mais les actions, elles, sont de court terme. Certains nous diront toujours qu?il est urgent d'attendre ; moi, je dis qu?il est urgent d'agir.

Pour élaborer ce nouveau Plan Climat ambitieux, nous avons décidé de nous projeter ensemble et de réfléchir ensemble, toute cette équipe municipale mais bien sûr associant les Parisiens au premier rang desquels les citoyens, qui sont concernés par tous ces enjeux et nous avons lancé dès septembre une conférence citoyenne.

Cette conférence citoyenne est un outil novateur de la démocratie participative, contributive, je dirais. Cette conférence de citoyens a été formée par un groupe de 21 personnes, qui a constitué le premier jalon du processus d'écriture du nouveau Plan Climat de la Ville de Paris.

Les objectifs sont bien entendu ambitieux et nécessiteront un engagement collectif. Je ne doute pas, comme nous avons obtenu l'unanimité en 2007 sur le premier Plan Climat de la Ville de Paris, que nous irons vers cette unanimité ici au Conseil de Paris. En tous les cas, je la recherche. Je veux que ce projet soit totalement rassembleur de toute cette Municipalité, quels que soient nos engagements politiques.

Nous sommes tous concernés de la même façon par ce défi majeur et nous savons tous, quelles que soient nos expressions plus ou moins volontaristes ou déterminées, que si nous n'agissons pas maintenant, demain il sera trop tard. Et demain, c'est dans 4 ans. C'est pour cela d'ailleurs que le réseau des villes du C 40, que j'ai l'honneur de présider, qui regroupe aujourd'hui 90 des plus grandes métropoles mondiales, a décidé de s'engager sur ce que nous avons appelé un programme de la deadline 2020. D'ailleurs, j'ai souhaité que cette deadline 2020 soit discutée et aussi votée ici en Conseil de Paris. Cela donnera plus de force. Cette deadline 2020 a été adoptée par tous les maires du C 40, lors de notre congrès en décembre dernier à Mexico. Je souhaite, pour lui donner encore plus de force, que nous puissions l'approuver aussi au sein de ce Conseil avec notre Assemblée.

Les citoyens, les acteurs de notre territoire sont à la première place dans cette nouvelle dynamique. Je pense que cet avis citoyen va aussi nous donner de nouvelles idées. Dès septembre d'ailleurs, nous avons aussi, à côté de la conférence de citoyens, activé la plate-forme "Madame la maire j'ai une idée" sur notamment ce Plan Climat-Air-Energie. D'ici la fin février, nous allons consulter tous les acteurs pour mettre en place cette stratégie et nous reviendrons à la fin de l'année pour voter ce Plan Climat ici devant le Conseil de Paris.

Nous avons, devant nous, un programme ambitieux. Nous le savons, cela doit dépasser les clivages politiques partisans parce que ce dont il s'agit aujourd'hui, c'est bel et bien de permettre une planète, une ville vivable dans laquelle on respire, que l'on ne soit pas condamné à l'assistance respiratoire dès le plus jeune âge. Aujourd'hui, beaucoup des bébés parisiens ont été impactés très fortement par les pics de pollution et la pollution chronique. Beaucoup de ces bébés sont sous "Ventoline", ce qui est quand même un phénomène que nous ne pouvons laisser de côté en nous disant que demain, il sera temps de s'en préoccuper. Cela suppose vraiment une adaptation de nos politiques mais aussi de nos comportements individuels. Je sais que je pourrai compter sur la détermination de l'ensemble des élus et sur leur contribution, sur leurs idées. Nous ne sommes là pas simplement pour dire "voilà le plan arrêté", non, c'est pour le construire. Nous sommes dans cette démarche de coproduction à la fois avec les citoyens, avec tous les acteurs parmi lesquels aussi les entreprises et le secteur privé parmi lesquelles les O.N.G. et, bien sûr, tous les acteurs parmi lesquels bien évidemment les élus qui représentent légitimement cette population parisienne.

Je vous remercie.

(La séance est suspendue le temps de prendre connaissance des interventions de deux citoyens : M. Romain BENMOUSSA et Mme Nicole HENRY. Interventions qui figurent en annexe n° 1 page 337).

(La séance est reprise).

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, Madame HENRY et M. BENMOUSSA, pour vos propositions qui, à présent, sont aussi dans notre pot commun d'éléments, d'informations, d'analyses.

Vraiment merci pour cette première série de propositions et la qualité de votre propos. Je crois qu'il y a d'autres membres de cette conférence des citoyens qui sont en tribune, donc je veux les saluer également. Je veux saluer également Frédéric DABI, de l'IFOP, qui a porté cette conférence de citoyens, comme il en avait porté d'autres, notamment celle sur la qualité de l'air et sur la qualité de vie dans le parc social de la Ville de Paris.

Merci pour votre travail.

Je vais donner tout de suite la parole aux orateurs de ce débat. Ensuite, Célia BLAUEL y répondra.

La parole est à M. Didier GUILLOT, pour le groupe Radical de Gauche, Centre et Indépendants.

M. Didier GUILLOT. - Madame la Maire, mes chers collègues, commençons par remercier les citoyens qui viennent de s'exprimer et qui ont participé à cette conférence citoyenne. Leur avis est précieux pour orienter notre action publique vers les bons outils.

Les élus du groupe RG-CI en sont convaincus, la réussite d'un accord sur le climat passe par la mobilisation de la société toute entière, mais aussi bien les entreprises que les citoyens et les collectivités, également les écoles comme cela vient d'être rappelé.

Nous sommes tous, en tant que citoyens, tentés de penser que ce n'est pas en changeant mon mode de vie que je vais changer la planète. Si trois quarts des Franciliens se disent aujourd'hui concernés par les enjeux climatiques, ils sont presque tout autant, 64 %, à se sentir impuissants. Et pourtant, le mode de vie de millions de personnes a un impact considérable sur l'environnement.

Le logement, l'alimentation et la mobilité sont responsables de 70 % de l'impact environnemental de notre mode de production et de consommation. En 20 ans, l'investissement des collectivités territoriales sur la question de la lutte contre le réchauffement climatique a considérablement évolué. Paris n'est pas en reste et s'est largement approprié l'enjeu climatique, notamment depuis 2001.

Pour embarquer les habitants dans une action, notre collectivité doit agir avec pédagogie. C'est là l'enseignement principal que nous retenons de cette conférence citoyenne.

Expliquer avec simplicité aux citoyens de tous les âges, proposer à chacun des solutions pour parvenir à réduire son empreinte écologique, transmettre des pratiques vertueuses notamment à nos enfants, autant de solutions que nous pouvons impulser dans cette enceinte.

L'éducation permet de changer durablement les comportements, car elle génère une prise de conscience citoyenne d'appartenir au même monde.

Pour réduire notre empreinte sur le climat, la conférence citoyenne propose différents domaines d'intervention dans le quotidien de chacun et identifie très bien le c?ur de l'enjeu pour notre Capitale.

En effet, le rôle de l'action publique parisienne est d'autant plus important que la lutte contre le réchauffement climatique demande une action continue pour faire évoluer dans le temps les comportements quotidiens.

A nos yeux, mais aussi aux yeux des citoyens, cette évolution repose en grande partie sur une démarche territoriale de proximité au plus près des réalités, construite dans le dialogue permanent avec nos concitoyens et le tissu associatif. Les différentes enquêtes d'opinion que nous pouvons lire çà et là montrent une société française de plus en plus consciente de cet enjeu climatique, mais elle reste peu agissante.

Continuons donc à sensibiliser par des messages simples.

"Ton logement, tu isoleras". Bien isoler son logement, c'est réduire ses besoins en chauffage. Adapter ces pratiques vertueuses à chaque étage, c'est diffuser la bonne pratique dans tout l'immeuble.

"Les modes de transports non motorisés, tu choisiras". Les transports en commun, les transports partagés, le vélo, la marche sont des modes de déplacement vertueux, utiles pour les petits trajets et meilleurs pour la santé de tous.

Il ne faut jamais cesser de rappeler que la moitié des transports et la moitié des déplacements font moins de 5 kilomètres en ville, donc peuvent être largement faits par des modes de transport doux ou en commun.

Nous devons d'ailleurs continuer à ?uvrer pour plus d'intermodalité dans nos transports, vous savez que c'est un combat que nous portons. Vous connaissez désormais notre attachement à cette question.

"Surtout des gestes simples, tu adopteras". Les petits gestes du quotidien ont un impact positif sur le climat. Apprendre dès le plus jeune âge à éteindre la lumière en quittant une pièce, rappeler l'importance de privilégier les ampoules basse consommation, débrancher les appareils en veille et notamment les chargeurs de téléphone, par exemple.

Le tri des déchets ménagers permet également de limiter la quantité d'ordures mises en décharge, de favoriser le recyclage - verre, papier, carton -, éventuellement de fabriquer son propre compost à partir des épluchures, donc de favoriser la végétalisation de Paris qui est aussi un de nos combats. Notre contrat social repose sur l'idée que les hommes se fondent sur les sociétés pour bénéficier d'une émancipation qu'ils ne peuvent avoir, isolés les uns des autres. Le contrat social prévoit également la lutte contre le réchauffement climatique.

Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, Didier GUILLOT, pour vos propositions.

La parole est à Mme Marie-Laure HAREL, pour le groupe les Républicains.

Mme Marie-Laure HAREL. - Merci, Madame la Maire.

Chers citoyens, c'est à vous que je voudrais m'adresser, tout d'abord pour vous féliciter de votre implication, de votre sensibilité et de votre inventivité.

Je voudrais ensuite vous demander, puisque vous avez été choisis sur des critères de représentativité objectifs, de bien cultiver cette précieuse objectivité dans la mission qui vous est confiée. Je crois que vous n'en manquez pas, puisque je vous ai entendu relever des déficits d'information et les moyens publics insuffisants, que ce soit à Paris ou ailleurs.

Il est donc important que vous gardiez un sens critique et que vous n'ayez pas peur de remettre en question les politiques environnementales inefficaces qui sont souvent votées dans cet hémicycle.

Car, c'est en relevant nos échecs que nous pourrons progresser et même si cette Mairie est à gauche depuis plus de 15 ans, parlons d'échecs collectifs si cela fait plaisir à la Maire de Paris, puisque le combat pour l'écologie doit être transpartisan.

Dans cet Hôtel de Ville, on est assez fort pour superposer, empiler, additionner des plans, des projets, des programmes verts, cela ne nous rend pas plus performants ni plus cohérents.

Dans cet Hôtel de Ville, on est très fort aussi pour fixer des objectifs écologiques choc, sans faire grand-chose ensuite. Voilà un moment que la Maire de Paris et ses adjoints nous promettent zéro déchet, plus de diesel, des centaines de milliers de mètres carrés de panneaux solaires, des centaines d?hectares d'espaces verts.

Bref, chers citoyens, vous avez dressé vos constats et vous avez forcément dû constater que les résultats parisiens n'étaient pas tout à fait là. Au cas où, je dis bien au cas où vos interlocuteurs municipaux auraient omis de vous communiquer certaines données malheureuses, permettez-moi, pour votre pleine information, de les porter à votre connaissance. Sans doute la Ville de Paris a-t-elle oublié de vous dire qu'elle savait mieux donner des leçons à ses administrés que leur montrer l'exemple.

Savez-vous par exemple, que la Maire de Paris, qui a pourtant déclaré une guerre féroce aux voitures, continue à entretenir avec amour son parc de véhicules diesel.

Dans le parc de bennes à ordures par exemple, 36 % des engins de la Ville roulent encore au diesel, ce qui est 5 fois plus que nos prestataires privés.

Sans doute la Ville de Paris ne vous a-t-elle pas précisé non plus qu'elle n'arrivait pas, contrairement à toutes les autres grandes villes du monde, à développer les énergies renouvelables. Vous vous étonnerez peut-être d'apprendre que notre taux de consommation d'énergie propre a même baissé, il est passé de 20 à 19 % en 2015.

Sans doute la Ville de Paris n'a-t-elle pas pris le temps non plus de vous expliquer l'impact catastrophique de la politique de Mme HIDALGO sur la pollution. En fermant de manière subite et autoritaire les voies sur berges sans surtout réfléchir à des alternatives pour les conducteurs, notre chère Maire a instantanément augmenté les émissions d'oxyde d'azote de 50 %. C'est le résultat des bouchons dont vous trouverez toutes les conséquences dans le rapport confié par le Conseil régional à un comité d'experts qui est sorti il y a quelques semaines.

Je vois que la Maire de Paris a déploré, il y a quelques instants, les problèmes respiratoires des Parisiens et des bébés, c'est un fait, une réalité, elle pourrait compléter son propos en reconnaissant qu'elle a sa part de responsabilité.

Sans doute la Ville de Paris a-t-elle enfin oublié de vous préciser qu'elle n'avait jamais réussi à mettre en place une politique efficace en matière de recyclage des déchets, puisqu'à Paris seuls 16 % des ordures parisiennes sont effectivement triés. C'est 4 points de moins que la moyenne française et c'est 34 points de moins que les normes européennes.

Je pourrais faire une liste encore très longue de tout ce qui a été promis sans jamais être réalisé, mais je ne vais pas plomber l'ambiance. Le combat pour l'environnement n'appartient à aucun parti politique, nous avons les mêmes aspirations.

Simplement, ce que nous attendons de vous, chers citoyens, c'est peut-être d'apporter à la Maire de Paris et son Exécutif quelques qualités qui leur manquent, par exemple le réalisme, la clairvoyance, le volontarisme, le pragmatisme.

Nous essayons modestement dans nos rangs d'y suppléer. L'Exécutif y est insensible, alors la mission est lourde pour vous chers citoyens. Nous comptons sur vous, la mission est importante et il n'est pas à douter que vous aurez l'oreille de la Maire de Paris et de ses adjoints, que nous n'arrivons pas à trouver.

Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - C'est promis, je serai encore plus volontariste. C'est vrai que je manque de volontarisme. C'est ce que l'on appelle le basculement d'une partie du monde politique et médiatique dans cette société dite de la post-vérité. Chacun est responsable de ses propos.

La parole est à M. Yann WEHRLING, pour le groupe UDI-MODEM.

M. Yann WEHRLING. - Merci, Madame la Maire, merci à Marie-Laure d'avoir animé cette séance ce matin.

Première remarque sur le travail accompli, d'abord vous remercier pour votre travail. Je crois qu'effectivement on a déjà fait cette expérience de conférence citoyenne. On l'avait fait sur la pollution de l'air et sur d'autres sujets, c'est une méthode éprouvée et qui au fond me fait dire que ce qui est important, c'est d'ailleurs une invitation que je fais à Mme la Maire, c?est de tenir compte de ce que vous avez produit et des propositions que vous faites. Ce n?est pas tout à fait le sentiment que j?avais à l?issue de la conférence citoyenne sur la pollution de l?air. J?espère que l?on sera davantage à votre écoute pour cet exercice sur les questions climatiques.

Vous avez dit, Madame la Maire, vous avez rappelé quels avaient été les enjeux internationaux qui ont été les nôtres lors de la COP 21. Je veux rappeler que les sommes d?engagements des pays signataires ne permettront malheureusement pas d?être au rendez-vous d?une non-montée au-delà des 2 degrés d?ici 2100 et, d?une certaine manière, le parallèle que je veux faire avec la situation parisienne est le même : vous avez cité tout à l?heure, vous avez parlé de modestie. Je crois qu?effectivement, c?est bien de modestie dont nous devons faire preuve, parce qu?en comparaison des engagements de la COP 21, quand je regarde les engagements que nous-mêmes avons pris à l?échelle de Paris - moins 25 % d?émissions de gaz à effet de serre d?ici 2020, moins 25 % de consommation énergétique d?ici 2020 et 25 % d?utilisation d?énergies renouvelables d?ici 2020 - et qu?on les compare à la situation décrite aujourd?hui de l?évolution entre 2004 et 2014, nous sommes quand même très loin du compte.

C?est donc moins 9,2 % d?émissions de gaz à effet de serre aujourd?hui par rapport à 2004, moins 7 % de consommation énergétique par rapport à 2004 aujourd?hui et 15,6 % d?utilisation d?énergies renouvelables. Vous voyez bien que par rapport à ces 25 %, j?imagine mal qu?en trois ans, nous arrivions à atteindre cette différence, faire ce saut et atteindre les objectifs en 2020.

Au fond, pas de mauvais procès. Je crois simplement, encore une fois, que tout ceci nous invite à la modestie. Il est difficile d?atteindre des objectifs très ambitieux, mais simplement, faisons acte de réalisme par rapport à cette situation, et restons évidemment mobilisés.

Vous avez parlé, dans votre diagnostic, de cet éternel débat entre actions collectives et actions individuelles. La réalité est évidemment entre les deux, ou elle est les deux en même temps, parce que bien évidemment, c?est la sensibilisation individuelle qui précède l?action collective, c?est parce qu?il y a une opinion publique qui fait pression sur les élus que les élus agissent, mais les élus ont aussi la responsabilité par moments de réveiller - on va dire - les citoyens, et c?est ce que nous faisons régulièrement.

D?ailleurs, je rappelle que quand à chaque fois, nous avons pu mettre en avant le débat environnemental sur la place publique, ce qui malheureusement n?est pas le cas aujourd?hui et ne sera peut-être pas le cas dans cette campagne électorale présidentielle qui s?annonce, et je le regrette bien, eh bien, quand nous avons pu mettre en avant les questions environnementales, en général, les citoyens s?en sont saisis par derrière. Je pense notamment à la période du Grenelle de l?environnement, où la sensibilisation à l?environnement avait été très importante.

Vous signalez également que vous regrettez l?émiettement. Je crois là aussi que c?est une leçon qu?il faut que l?on entende de votre remarque. Evidemment, et je pense aussi au débat hier sur l?alimentation durable?

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Vraiment, je demande à chacun d?écouter Yann WEHRLING.

M. Yann WEHRLING. - Mais ils commentent ce que je dis. Ça les intéresse beaucoup. C?est en fait ce qui se passe.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Oui, c?est ça, je pense qu?ils ne parlent que de cela.

M. Yann WEHRLING. - L?émiettement est un sujet. C?est-à-dire que par moments, quand on fait trop de choses et qu?on veut en faire beaucoup, eh bien, il peut y avoir un sentiment d?inefficacité de l?action publique. Je crois là aussi que vous nous invitez à y réfléchir et qu?il faudra peut-être que l?on soit plus actif sur certaines actions, et pas forcément se disperser.

Je vais aller rapidement sur quelques dernières remarques. Il manque peut-être à la fois dans vos appréciations, et peut-être dans les futures actions du Plan Climat, tout le volet "adaptation". L?adaptation au changement climatique est un sujet qui est souvent assez peu abordé et je crois qu?il mériterait de l?être car c?est un vrai sujet pour Paris : les îlots de chaleur, la végétalisation, la fraîcheur dans les villes quand on va subir des canicules à répétition. Je crois que c?est très important.

Presque dernière remarque : vous avez rappelé que par rapport à cette histoire d?émiettement et d?éparpillement des actions, pour rendre sensibles les citoyens à la question du réchauffement climatique, il faut la mettre en lien avec d?autres choses très concrètes. Vous l?avez dit, Madame la Maire, agir contre la pollution de l?air, c?est aussi agir contre le réchauffement climatique ; agir pour une alimentation durable, c?est aussi agir contre le réchauffement climatique ; mais cela parle peut-être de manière un peu plus concrète aux citoyens, et je crois que si on fait davantage le lien entre toutes ces actions et le réchauffement climatique, les gens seront peut-être plus dans la perception.

Bref, Madame la Maire, vous pouvez compter sur notre groupe pour participer aux travaux qui vont être engagés pour l?élaboration du nouveau Plan Climat, que nous souhaitons réaliste, pragmatique et en même temps, très volontariste.

Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci à vous et à votre groupe pour ces propos.

La parole est à M. Thomas LAURET, pour le groupe Socialiste et Apparentés.

M. Thomas LAURET. - Merci, Madame la Maire.

Mes chers collègues, je suis heureux de prendre la parole à l?occasion de cette restitution de l?avis citoyen sur la révision du Plan Climat Energie Air, intitulé à juste titre "Paris championne du climat", parce que cette force, cette détermination que vous mettez à faire de Paris une des villes en avance sur ce thème est, je crois, une marque de notre capacité à faire changer Paris, mais aussi un petit peu le monde.

Je veux saluer la réflexion menée?

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Je vais demander à vos collègues de l?opposition de bien vouloir écouter. Cela permet toujours de s?enrichir d?écouter les points de vue différents.

Non, mais tout à l?heure, j?ai repris d?autres bavards. Vous n?étiez pas là. Vous n?étiez pas encore arrivé. Monsieur LAURET, à vous.

M. Thomas LAURET. - Je vais d?ailleurs interpeller mes collègues du banc Républicain, donc je leur demande la plus grande attention.

Je veux d?abord saluer la réflexion menée par les citoyens et le caractère très pratique des propositions que vous faites. Oui, nous concertons et oui, vous avez des options très intéressantes. C?est d?ailleurs un marqueur fort de la façon de faire de la politique de la Mairie de Paris et à l?image du budget participatif, qui permet à chacun de proposer des projets pour Paris, cette consultation citoyenne permet d?établir un diagnostic à l?échelle des habitants sur un sujet majeur qui est la lutte contre le changement climatique.

Je suis amusé d?entendre sur les bancs Républicains, dans la bouche de Mme HAREL, que nous n?allons pas assez loin, puis de dire dans les minutes qui suivent qu?il faudrait revenir sur la fermeture des voies sur berges. Oui, chacun peut et doit agir et apporter sa pierre à l?édifice en matière de lutte contre le changement climatique, et ce n?est pas ces vastes hésitations, notamment sur la circulation à Paris, qui permettront d?avancer à la hauteur de ce que vous semblez espérer, Marie-Laure.

Les 21 Parisiens et habitants de la Petite couronne l?ont bien compris, eux, au cours de leur travail sur deux week-ends d?information et deux soirées de débats. Bien qu?informés sur la question du changement climatique, ils ne pensaient pas disposer à leur niveau de moyens d?action. Ils ont témoigné d?ailleurs d?un défaut de connaissance par le grand public de l?action de la Ville et des Parisiens. Une question leur est revenue très fréquemment : comment se fait-il que nous ne soyons pas plus informés, à la fois sur les enjeux et les actions mises en place ? Il y a effectivement un travail complémentaire à faire pour accroître ce niveau d?information de l?ensemble de la population.

Pour eux, pour vous, quatre domaines ont été identifiés, au sein desquels il est possible de sensibiliser et changer les modes de vie, dans une stratégie de long terme qu?évoque Mme HIDALGO : le premier domaine, c?est le foyer, l?immeuble. L?immeuble semble être pour vous l?échelle la plus pertinente pour accompagner les résidents, dans une transition vers un habitat durable. Cela peut se faire dans le cadre des réunions de copropriété avec l?Agence parisienne du climat, vous l?avez proposé, ou en désignant des ambassadeurs volontaires du climat dans les immeubles. Et je retiens avec grand intérêt la proposition d?affichage d?une charte reprenant ce que l?on peut appeler les dix commandements soulignés par Didier GUILLOT à l?instant.

Concernant le quartier, il est primordial aussi de favoriser le lien social, développer une culture de la mutualisation, mettre en place des plates-formes d?échange. Vous avez évoqué le partage des véhicules et des vélos au sein des immeubles. C?est une idée à construire, à creuser, même si elle n?est pas toujours simple à mettre en ?uvre.

Vous proposez que des bénévoles s?impliquent auprès des agents de la Ville pour l?entretien des espaces verts et pour la végétalisation et la floraison de Paris, et au niveau du quartier, vous insistez sur la nécessité encore de réduire la place de la voiture. Voilà ce que nous disent les citoyens, dès qu?un réaménagement urbain le permet.

Deuxième domaine : l?éducation et l?école. Il vous paraît fondamental de combiner un apprentissage théorique dès l?école primaire, une pratique et un rapport direct à l?environnement et aux pratiques vertueuses. C?est ce qui est fait notamment dans l?installation et la plantation de potagers au sein des différentes écoles.

Troisième domaine : les entreprises, au sein desquelles vous soulignez de fortes disparités, selon d?ailleurs l?implication des dirigeants dans la thématique de la responsabilité sociale et environnementale. Le premier levier que vous identifiez, c?est de développer les formations pour les salariés, et vous souhaitez associer le comité d?entreprise, qu?il faut absolument impliquer dans la définition. C?est effectivement primordial. Je vous suis parfaitement dans ces orientations.

Enfin, vous demandez à ce que la Ville et ces associations créent un portail unique entre toutes les ressources possibles?

Mme LA MAIRE DE PARIS. - S?il vous plait, soyez un peu respectueux. Vous pouvez parler dehors, aller à la buvette, où vous voulez. Franchement, ce n?est pas sérieux. On est avec des citoyens qui ont participé à une conférence des citoyens et c?est cela l?image que l?on donne quand quelqu?un parle ? On ne l?écoute pas ? Bonjour la démocratie !

Allez-y Thomas LAURET, finissez.

M. Thomas LAURET. - Vous attendez des institutions justement une forme d?exemplarité pour changer les comportements. Vous êtes d?ailleurs divisés entre des mesures que l?on pourrait qualifier de punitives, les amendes, ou des gratifications, la baisse d?impôt pour les comportements vertueux, et vous considérez que le tissu associatif est le véritable levier de mobilisation. Vous souhaitez que l?on soutienne, et on le fera, les associations qui se mobilisent en faveur du climat, sans faille.

Enfin, par l?accord historique que notre Ville de Paris a pris dans le cadre de la COP 21, ainsi que la réunion des mille maires du monde entier engagés sur les questions du climat, par votre présidence du C40, Madame la Maire, Paris s?impose aujourd?hui comme l?une des capitales mondiales les plus déterminées pour lutter contre le changement climatique. Il y a, on le voit, il y aura des résistances?

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Il va falloir conclure, Monsieur LAURET.

M. Thomas LAURET. - ? pour remettre en cause les mesures prises, notamment en termes de circulation, mais nous avons toute confiance dans votre volontarisme pour favoriser les actes individuels.

Je voulais vous faire enfin une petite proposition, chère Anne?

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Rapidement, parce que votre temps est écoulé.

M. Thomas LAURET. - ? en rapport avec les mesures : que les quais hauts, à partir de la Concorde jusqu?au Louvre, que vous envisagez de fermer, soient réservés aux véhicules les plus propres sur une voie.

Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, Monsieur Thomas LAURET.

La parole est à Mme Joëlle MOREL, pour le groupe Ecologiste de Paris.

Mme Joëlle MOREL. - Merci, Madame la Maire.

Mes chers collègues, je souhaite tout d?abord remercier les 21 citoyens et citoyennes venus de Paris et de la petite couronne qui ont travaillé pendant plusieurs week-ends pour auditionner de nombreux experts et débattre ensemble, pour rédiger l?avis qui vient de nous être proposé.

La conférence de citoyens est un outil au service d?une démocratie participative que les écologistes ont été les premiers à défendre et promouvoir. Outil malheureusement pas assez répandu en France, surtout au niveau national, et outil encore récent puisque la première conférence de citoyens a eu lieu en France en 1998 sur le thème des plantes transgéniques, et faisant suite à une décision controversée en 1997 d?autoriser la culture du maïs transgénique.

L?approche par la conférence de citoyens est une méthode de travail qui permet de faire participer les citoyens au débat public et s?inscrit dans une véritable démarche d?éducation populaire. Apprendre à partir des espoirs, des préoccupations, des expertises, des savoirs de chacun dans sa différence, mais aussi permettre aux citoyens de convoquer et d?être en contact avec des spécialistes de haut niveau pour se faire un avis le plus éclairé possible sur la question. C?est un des meilleurs outils pour laisser les citoyens apprendre et s?approprier les problématiques afin de chercher à agir ensemble. Il est en quelque sorte le contraire de la confiscation des décisions par quelques experts dans leur tour d?ivoire.

Merci donc également à Célia BLAUEL d?organiser cette conférence qui participe à la mobilisation générale actuellement importante pour la refonte du plan Climat.

En effet, il y a urgence. Le constat des scientifiques est unanime : 2016 aura battu tous les records de chaleur pour la troisième année consécutive. Selon le dernier bilan de l?Organisation météorologique mondiale présenté fin décembre, la température moyenne en 2016 sera supérieure d?environ 1,2 degré par rapport à l?époque préindustrielle. Même discours du côté de la NASA et de l?Agence américaine océanique et atmosphérique qui n?ont cessé d?alerter sur les records de température. Urgence d?autant plus que le tournant au niveau mondial est mal engagé, surtout depuis l?élection de Donald TRUMP à la Maison-Blanche, climatosceptique, bon ami des industries fossiles, dont ses représentants ont d?ailleurs de bonnes places à la Maison-Blanche. J?ai écouté avec attention les préconisations et je retiens tout particulièrement celles qui amènent des actions concrètes, basées sur des actions collectives et locales dans les quartiers, là où on vit, là où il est possible que chacun agisse à son niveau.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Je demande vraiment que l?on écoute. Les conversations que vous avez sont sans doute très intéressantes mais il serait préférable de les avoir à l?extérieur de l?hémicycle.

Merci, Madame MOREL, continuez.

Mme Joëlle MOREL. - Je retiens, par exemple, des volontaires ambassadeurs du climat qui pourraient être désignés au sein des copropriétés, afin de mobiliser les résidents et de créer un lien sur le thème commun, la création de la fonction de délégué du climat dans les écoles, à l?image des ambassadeurs dans les immeubles.

Je retiens l?affichage dans les parties communes des immeubles pour apporter des informations claires aux résidents concernant le comportement vertueux à respecter en matière de lutte contre le dérèglement climatique et toutes les actions qui favorisent le partage des moyens de transports bien évidemment.

Je suis également particulièrement sensible à deux propositions :

Celle liée aux espaces verts comme favoriser les échanges avec les jardiniers des espaces verts, voire même l?implication bénévole des habitants dans l?entretien des espaces verts et la végétalisation de notre ville. Ce qui est déjà fait dans certaines villes, comme par exemple Lisbonne.

Celle liée aussi à la mise en place d?un label écoresponsable pour les commerces sensibles aux économies d?énergie qui mettraient des actions concrètes en place pour réduire leur consommation et qui recevraient en échange un logo sur leur vitrine. Les critères de ce label étant élaborés avec l?ensemble des parties prenantes.

En conclusion, si Paris est sur la route d?être championne du climat, le chemin est encore long, et surtout le temps nous est compté. La Ville et ses services doivent donc agir, non pas dans l?urgence mais rapidement et surtout efficacement. Sur un thème aussi transversal que le climat, la coordination est un facteur essentiel pour porter un message encore plus percutant. Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci à vous, Madame MOREL.

Monsieur Nicolas BONNET-OULALDJ, Président du groupe Communiste - Front de Gauche, vous avez la parole.

M. Nicolas BONNET-OULALDJ. - Merci, Madame la Maire.

Mes chers collègues, je voudrais commencer, comme l?ensemble de mes collègues, par saluer et remercier les citoyens qui se sont impliqués dans cette conférence de citoyens et qui ont contribué à cet avis. Je voudrais aussi remercier, comme vous l?avez dit, Frédéric DABI ainsi que Célia BLAUEL qui se sont impliqués dans ce travail.

Revient souvent dans votre avis l?idée d?une nécessaire somme des petites actions individuelles pour initier un changement global. Bien sûr, nous sommes d?accord en tant qu?élus communistes, mais il faut que ces actions individuelles se couplent avec des actions collectives. La loi et la réglementation sont indispensables en la matière, si on veut répondre en étant à la hauteur des défis du changement climatique et en faire un droit inaliénable.

Vos idées sont détaillées par secteur, éducation, logement, entreprise, ce qui est un bon angle pour entreprendre une réflexion sur les réelles transformations à apporter.

Plus que des efforts et des actes individuels, il s'agit bien de corriger le déficit d'impulsion des pouvoirs publics, comme l?avis le notifie, en mettant sur pied une vraie révolution énergétique de nos modes de production et de consommation. Nous devons faire preuve d'innovation, de progrès, être avant-gardistes et mettre en place une transformation totale de notre société, de notre rapport à l'énergie dans tous les domaines.

La nécessaire planification écologique doit se coupler d'un investissement très important permettant une révolution industrielle qui réponde aux besoins humains. Les problèmes actuels sur le réseau d'électricité sont le symptôme de changements dans le marché de l?énergie comme la privatisation, qui ne permettent pas le développement à long terme.

Nous portons une nécessaire stratégie à long terme portant sur la résilience et l'économie circulaire. Dans le rapport que je vous avais remis, Madame la Maire, sur le "Fabriquer à Paris" ainsi que dans le débat que nous avons eu sur l'économie circulaire, nous avions fait des propositions en ce sens. L'heure est aux solutions nouvelles pour réinventer notre modèle de société.

Le développement de l'économie circulaire annonce un rivage de circuits courts, d'écologie industrielle, d'usages raisonnés des ressources et de respiration humaine. Elle nous amène vers la fin du gaspillage, du jetable, de l'obsolescence programmée, de la surexploitation des hommes et de la nature. Alors privilégier l'économie du partage, comme vous le dites, à celle de la possession, font partie de ces tournants que notre société doit prendre pour être durable.

Cette réflexion met en lumière de nouvelles perspectives. Le recyclage, la valorisation des déchets ménagers ou industriels dans un nouveau cycle de production fait des grandes villes comme Paris et sa Métropole des viviers de matières premières réutilisables.

Si la responsabilité des citoyens est bien entendu indispensable pour construire ce nouveau modèle, nous devons à très court terme poser la question de la manière dont on incite les industriels à faire plus en matière d?économie circulaire. Comment les obliger à valoriser ce qu'ils ne valorisent pas spontanément ? Comment utiliser les surplus et les produits périmés dans les magasins ou les déchets industriels ? Comment développer l?écoconception des produits afin qu?ils soient conçus dès le départ comme entièrement recyclables ?

Nous pensons que la démarche de sensibilisation dans les entreprises est indispensable car des initiatives porteuses d'emploi en faveur de l?environnement, notamment en matière d?écoconception, nécessitent un peu de bonne volonté. La lutte contre la pollution à Paris est un enjeu qui contribue à cet objectif mais nous devons aller plus loin. Il faut non seulement prendre en compte les recommandations de votre avis mais également être plus offensif. C'est le cas lorsque nous portons des alternatives à la voiture dans une perspective de sortie du diesel. Qu'il y ait aussi un bilan social, des mesures de restriction car nous avons l?intuition que ce sont les plus défavorisés qui sont souvent les plus pénalisés.

Qu'il y ait des engagements clairs de la part des administrations publiques mais aussi des transporteurs routiers d'aller vers un transport propre, en particulier sur le dernier kilomètre. Que Paris soit exemplaire dans la création de nouveaux lieux de logistique urbaine connectés aux fleuves et au rail. C'est le cas avec Chapelle International, mais, je l'espère, ce sera aussi le cas dans la future Z.A.C. "Bercy-Charenton". Aujourd'hui, 2.500 Parisiennes et Parisiens meurent de la pollution chaque année et plus de 6.000 en région Ile-de-France, 48.000 sur le plan national. Au point que les citoyens et les associations portent plainte aujourd'hui contre l'Etat. Les scientifiques, notamment les pneumologues, n?ont cessé d'alerter depuis des années. Alors c'est bien une politique volontariste que les citoyens appellent de leurs v?ux dans cet avis et que nous soutenons pleinement. C'est l'avenir de nos enfants qui est en jeu. Il est temps de changer d'air. Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, Nicolas BONNET. Beaucoup d'actions sont engagées aujourd'hui sur notamment la question du diesel, qui a fait l'objet d'un soutien appuyé des pouvoirs publics dans notre pays, et la responsabilité pénale est aujourd?hui recherchée par beaucoup. Je donne la parole à notre dernière oratrice, Mme Danielle SIMONNET, qui a deux minutes pour intervenir dans ce débat.

Mme Danielle SIMONNET. - Merci, Madame la Maire.

Je remercie également les citoyens de la conférence citoyenne. N'ayant que deux minutes, mon propos cherchera à être le plus synthétique possible. Ce qui est important, c'est que l'on soit intimement convaincu qu'il faut à tout prix créer de la conscience de l'espèce humaine. Car nous n'avons qu'une seule planète et nous sommes tous interdépendants dans cet écosystème fragile que nos propres modes de vie est en train de mettre en péril.

Créer de la conscience de l'espèce humaine, c'est créer la conscience de l'intérêt général, et quoi de plus important que cet intérêt général humain, celui dont dépend notre vie, notre survie dans cet écosystème ? Créer de la conscience de l'espèce, ce n'est pas seulement créer de la culpabilité et cela va bien au-delà de la simple responsabilité individuelle.

Pour autant, je suis d'accord avec vous pour dire que l'addition de gestes simples, même si cela ne suffira pas à sauver notre écosystème, peut être aussi à un moment donné un point de passage pas unique mais qui peut permettre de créer de la conscience et de la confluence pour remettre en cause de fond en comble nos modes de développement. C'est bien cela, la remise en cause de nos modes de développement qui est nécessaire.

Cette conscience écologique peut se construire par des gestes simples et des radicalités concrètes qui donnent justement la volonté de réorienter totalement ces modes de vie. Cela veut dire aussi que dans le débat, l'implication citoyenne doit assumer la confrontation avec le politique et que le politique doit assumer la confrontation sur ces projets. Je vais vous donner deux exemples. Premier exemple, vous avez raison d'insister sur l'enjeu de l'habitat, notamment de l'isolation au service de la sobriété énergétique, la sobriété énergétique étant une voie essentielle pour sortir des énergies nucléaire et carbonée, mais dans la ville c?est aussi contradictoire avec le fait de développer des tours énergivores.

Vous avez raison d?insister sur la question du tri, du recyclage, de la réduction de nos déchets mais c'est contradictoire avec le fait de faire une nouvelle grande usine d'incinération, qui ne fera que les profits de Suez.

J'ai déjà dépassé mon temps de parole. Beaucoup d'autres choses à dire. Merci, et que le débat citoyen se poursuivre.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci, Madame SIMONNET.

Je donne donc la parole, pour la conclusion de ce débat et les réponses, à Mme Célia BLAUEL.

Mme Célia BLAUEL, adjointe. - Merci, Madame la Maire.

Je tiens moi aussi tout d'abord à vous remercier tous deux pour vos interventions et remercier à travers vous les 21 femmes et hommes parisiens et métropolitains. C'était important pour nous qui avons participé à ce travail de vous remercier car c'est un exercice difficile sur sujet important et majeur.

Je dois dire que je suis un peu désarçonnée par l?image qu?a pu vous donner notre Assemblée ce matin. Vous avez commencé votre intervention devant des bancs quasiment vides, puis on vous a fait le grand show, et vous avez vu notre incapacité à l'attention.

Le travail avec les citoyens est finalement important pour avancer sur le fond mais aussi sans doute pour rappeler aux citoyens engagés ce que sont les élus, ce qu'est leur rôle et leur travail au sein d'un Conseil comme le nôtre.

Cela étant dit, je voulais aussi vous redire que cela a été un plaisir de vous accueillir ici, à l?Hôtel de Ville, et précédemment à la maison des acteurs du Paris durable. Une conférence citoyenne, c'est vrai, c?est du travail mais aussi un groupe de personnalités qui se constitue, des personnalités un peu timides dans un premier temps mais qui dans les dernières auditions avaient beaucoup de choses à dire et ne se privaient pas de le dire.

Je voulais aussi remercier mes collègues pour l'ensemble de leurs interventions et redire un mot sur le contexte. Comme Mme la Maire l'a dit, je rappelle que cette conférence a été le premier acte de lancement du processus de refonte ambitieux et important de nos politiques climat à la Ville.

Nous avions deux motivations pour commencer ce processus par cette conférence citoyenne. D'abord, l'idée était de placer ce prochain Plan Climat sous le signe de la co-construction, qui s'illustre d?ailleurs par le processus que l'on a engagé : la participation des Parisiens via la plateforme "Madame la Maire, j?ai une idée", la mobilisation de toutes les grandes O.N.G. qui travaillent sur le sujet mais aussi de grandes entreprises, des dizaines de réunions en cours avec des experts nationaux mais aussi internationaux, maintenant que nous sommes très actifs dans le C 40.

Deuxièmement, une volonté de donner très rapidement un zoom sur le sujet de la mobilisation citoyenne en parallèle des leviers plus classiques, j?ai envie de dire, des politiques publiques pour voir, comme le dit le titre de cette conférence citoyenne, comment les citoyens, dans leur définition large, peuvent participer à cette lutte contre le dérèglement climatique. En effet, je le rappelle encore une fois au sein de cette Assemblée, sur 80 % des émissions de gaz à effet de serre du territoire parisien, nous n'avons pas de prise avec les décisions que nous prenons ici et nous avons besoin d'embarquer globalement toutes les dynamiques et les acteurs du territoire avec nous.

Avant de rentrer dans le sujet même de vos interventions et surtout des conclusions que vous nous rendez, je voulais faire une petite réponse à Mme HAREL notamment, pour la remercier de ce cours d?objectivité, mais je crois que nos citoyennes et nos citoyens n?en ont pas besoin. Je peux vous dire qu?ils n?avaient pas leur langue dans leur poche et tiens à vous rappeler ce qu'est une conférence citoyenne. C'est d?abord un comité de pilotage indépendant où j'étais présente en tant qu?élue, Pauline VÉRON aussi en tant que maire-adjointe chargée de la démocratie citoyenne. Mais c'est aussi des représentants associatifs, universitaires, d'entreprises qui ont donné un avis sur les experts qui allaient former nos citoyens, experts issus de tous les milieux : des grandes associations comme le R.A.C. et "négaWATT", de la Ville de Paris, des sociologues, des maîtres de conférence à Science Po, des journalistes du Monde, des réseaux internationaux. Un certain nombre d?entre nous et moi-même sommes passés sur le grill devant les citoyens. Voilà sur les questions de forme.

Sur le fond, Madame HAREL, j?ai déjà répondu à beaucoup de vos questions à plusieurs reprises, mais oui, je le réaffirme ici, le Plan Climat de Paris est l'un des plus ambitieux au monde puisque, contrairement à beaucoup d'autres villes, nous nous attachons à rentrer dans tous les domaines, pas simplement le transport et l?énergie, mais bien de regarder la globalité des domaines d'action de la Ville. J?ai partagé, avec vous, les résultats du bilan "carbone".

Des spécialistes de la DEVE sont là aujourd'hui, si vous ne me croyez pas moi, allez discuter avec eux. Mais j'ai envie de vous dire "sortez de votre zone de confort, travaillez un peu plus et venez discuter". Je rappelle à tous les membres de cette Assemblée, quelle que soit leur tendance politique, que les comités de pilotage Plan Climat sont ouverts à vous tous, que ma porte est toujours ouverte et à part vous entendre vous agiter ici, il y en a quand même beaucoup que j'ai peu vu en dehors de cette Assemblée.

Pour revenir sur le sujet et comme le temps m?est compté à moi aussi, je ne reviendrai pas sur tout ce que vous avez excessivement bien exprimé. J?en retiens trois orientations de travail. Premièrement, la Ville doit s?efforcer de contribuer à cette prise de conscience des enjeux climatiques, sans pour autant tomber dans le caractère anxiogène, culpabilisateur.

Deuxièmement, nous devons faire mieux connaitre notre action, j'ai été très étonnée lors de cette conférence citoyenne, d?entendre dire : "Vous faites des choses mais vous ne communiquez pas assez". Je ne vous cache pas que c'est tout le contraire qu'on nous dit d'habitude.

Troisièmement, nous devons répondre à cette demande d'accompagnement et de création d'outils pour favoriser le passage à l'action, que ce soit à toutes les échelles, tous les âges et tous les stades de la vie.

Du coup, nous allons suivre avec attention vos recommandations dans le travail de rédaction de notre nouveau Plan Climat qui va être alimenté par encore beaucoup d'autres contributions. Ce nouveau document fixe comme objectif de poursuivre la transformation de notre ville vers une ville encore plus durable, plus inclusive, où il fait bon vivre à moyen terme mais aussi en se projetant à long terme dans une ville à 2050 neutre en carbone, 100 % énergie renouvelable, en écho avec l'accord de Paris qui est tellement important pour nous.

Certes, le chemin est ardu, mais aujourd?hui, il y a ceux qui nient, ceux qui s'agitent sur leur chaise et ceux qui font. En tant que maire-adjointe et avec cette équipe municipale, je me retrouve beaucoup dans la dernière catégorie.

Merci beaucoup à vous.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, Célia BLAUEL, à la fois pour ces réponses mais aussi pour l'ensemble du travail qui va se poursuivre puisque c?est le lancement de ce travail de coproduction sur ce nouveau Plan Climat Air Énergie. Merci à Romain BENMOUSSA et à Nicole HENRY et à ceux qui, parmi les 21 citoyens de ce panel, ont permis d'enrichir la réflexion et les propositions de la Ville. Je retiens aussi beaucoup d'éléments de ce que vous avez dit sur une information plus directe, plus lisible, pour les Parisiens.

L?idée de la mascotte, je crois qu'elle a fait réagir beaucoup de gens de manière très positive. C'est une très bonne idée. Bien sûr, la question de l'éducation, du rôle de nos animateurs, des enseignants, de nos écoles dans cette mobilisation est aussi un point très important sur lequel vous avez insisté. Vous allez être, après avoir été les premiers participants au lancement de ce Plan Climat, associés tout du long du processus.

J'espère qu'au-delà des actions concrètes que nous portons, à la fin de cette année, nous pourrons voter ensemble des mesures qui nous engageront tous plus et nous permettront, sans rentrer dans le spectacle politicien, de dire que nous sommes vraiment engagés pour aider à cet accord de Paris. Yann WEHRLING a très bien dit aussi que l'accord de Paris a aussi ses limites, si un certain nombre de territoires et de pays ne s'y engagent pas fortement et on est vraiment tout juste, il nous faut limiter la hausse des températures à un point 5. C'est un objectif majeur.

Pour cela, les grandes villes qui portent 70 % de la production des gaz à effet de serre, sont aussi celles qui sont le plus engagées. D'où cette fameuse deadline 2020 qui est aussi un élément très important de notre action et sur laquelle l'ensemble des maires du C 40 se sont engagés, parce que si nous nous engageons sur cette deadline d'ici 2020, là on est sur du plus court terme, nous pouvons contribuer à plus de 40 % à l'objectif global de diminution des gaz à effet de serre. Ce sera un élément majeur de notre action pour le climat. Je vous remercie toutes et tous. Je vous propose 2 minutes de suspension de séance, le temps que nous raccompagnons nos citoyens vers l'extérieur de cet hémicycle et que nous puissions reprendre nos travaux. On peut à nouveau les applaudir très fort.