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Janvier 2017
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Conseil Municipal
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I - Question d'actualité posée par le groupe UDI-MODEM à Mme la Maire de Paris relative à l'évolution de la démographie parisienne et la perte d'habitants.

Débat/ Conseil municipal/ Janvier 2017


 

Mme LA MAIRE DE PARIS. - La première question d'actualité est posée par le groupe UDI-MODEM.

La parole est à Mme Fadila MÉHAL.

Mme Fadila MÉHAL. - Merci, Madame la Maire.

C'est avec inquiétude que le groupe UDI-MODEM a appris, par la presse, que Paris perdait des habitants. En effet, selon ces sources, en 2009 Paris comptait 2.257.700 habitants. Il semblerait qu'au 1er janvier 2014, elle ne compte plus que 2.243.000, soit un solde négatif de 14.000 habitants.

Est-ce une fatalité ? Non, car entre 2009 et 2014, des villes dynamiques comme Lyon et Bordeaux ont amélioré leur attractivité en gagnant, elles, des habitants.

Notre groupe s'est interrogé sur les causes de ce dépeuplement. Nous avons identifié quatre causes que nous allons livrer surtout à votre examen.

La première, c'est bien sûr le solde naturel, c'est la différence entre le nombre de naissances et le nombre de décès. A Paris, le solde est négatif, 0,7. Cela veut dire que les Parisiens font moins d'enfants. Pourquoi ? Et surtout, comment y remédier ? Leurs conditions de vie peut-être seraient en cause ? Probablement.

C'est ce que confirme le deuxième indicateur, le solde migratoire de la Capitale, c'est-à-dire la différence entre les arrivées et les départs, qui est négative. C'est la deuxième cause du dépeuplement. Les Parisiens quittent donc Paris, même si ce n'est pas un phénomène nouveau.

Je ne vais pas vous abreuver de chiffres. La Petite Couronne a attiré beaucoup de familles, 137.000, pour cause, les appartements parisiens, au foncier, sont très chers à la location et à l'achat.

Le prix du mètre carré à Paris est passé de 4.100 euros au printemps 2004 à 8.300. Il a doublé presque en 10 ans.

Quant au logement social, je n'en parlerai pas, vous savez les délais d'attente et le nombre d'attributions devant les demandes très exponentielles.

La question posée ce matin, c'est aussi le fait que le nombre de résidences principales est presque stable, mais le nombre de résidences secondaires a fortement crû. On peut y voir la marque d'"Airbnb".

Je voudrais aussi mettre en question la qualité de vie sans parler de "bashing", mais quand même, il y a la saturation des transports, la pollution, peut-être aussi l'insécurité dans certains arrondissements, la propreté.

Madame la Maire, face à ces quatre facteurs expliquant le solde migratoire négatif, quelles mesures comptez-vous prendre pour inverser la tendance du dépeuplement de notre belle Capitale ?

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci, Madame MÉHAL.

Je donne tout de suite la parole à M. Bruno JULLIARD.

M. Bruno JULLIARD, premier adjoint. - Merci beaucoup, Madame la Maire, merci, Madame MÉHAL.

Comme vous le soulignez, Madame MÉHAL, les dernières données démographiques de l'INSEE, publiées le 1er janvier dernier, montrent un léger tassement de la population parisienne.

Nous sommes très loin de ce que vous venez d'appeler un dépeuplement de Paris, puisque l'évolution est de moins 0,1 % d'habitants entre 2009 et 2014. L'INSEE indique d'ailleurs explicitement que le chiffre de moins 0,1 % sur 5 ans est un indicateur de stabilité et non pas de perte de population.

Sur le chiffre lui-même, comme je vous le disais, il ne faut pas s'alarmer outre mesure de ces résultats. Il ne s'agit pas d'une spécificité parisienne, mais comme l'INSEE nous le précise, ce phénomène de ralentissement concerne l'ensemble des grandes villes qui contribuent actuellement moins à la croissance démographique que les plus petites communes. Il y a de plus une particularité parisienne : il faut appréhender cette évolution au regard des 10 années de forte augmentation de notre population entre 2000 et 2009, et il semble ainsi que nous atteignions progressivement un plateau démographique et non une fuite des habitants hors de Paris.

La deuxième partie de ma réponse concerne plutôt, et c'est d'ailleurs la fin de votre question, la qualité de vie à Paris. Nous avons deux questions face à nous. A combien voulons-nous vivre à Paris, et comment voulons-nous vivre à Paris ? Souhaitons-nous une poursuite du développement démographique indéfini à Paris ou pas ?

Je rappelle tout de même que la densité parisienne est une des plus importantes au monde, avec 21.300 habitants au kilomètre carré. C'est-à-dire plus que Séoul, Buenos Aires ou Tokyo. Il est évident que dans les années qui viennent, nous aurons atteint un palier démographique qui ne nous permettra pas, pour une raison évidente de densité et de foncier, une augmentation massive de la population. L'avenir de la densité urbaine se trouve probablement plus dans la Métropole du Grand Paris que dans Paris intramuros.

La question qui nous est donc aussi posée est celle de la qualité de vie à Paris. Nous devons donc avancer sur deux jambes, en agissant à la fois sur la facilitation de l'accès au logement des classes moyennes à Paris, et au travers de notre stratégie pour l'enfance en direction des familles. Vous connaissez l'ampleur de notre politique de logement. Je ne la développe pas, de la livraison des 7.000 logements sociaux par an, dont 35 % sont consacrés à des surfaces permettant d'accueillir des familles, jusqu'à l'encadrement des loyers pour permettre de limiter la dépense logement dans le budget des ménages. C'est aussi notre politique à destination de l'enfance et des familles, 260.000 familles parisiennes qui méritent une qualité de vie et des services publics de qualité, avec la création de 5.000 nouvelles places en crèche d'ici 2020 pour accueillir et accompagner les quelque 30.000 enfants qui naissent chaque année à Paris. Je pourrais parler de beaucoup d'autres mesures qui mettent l'accent sur la qualité de vie à Paris. Je pense notamment aux mesures de lutte contre la pollution, ou à l'accès à une alimentation de qualité, ou encore la reconquête de l'espace public par les piétons. Tout cela pour créer un écosystème favorable à l'épanouissement des enfants, des adolescents et des familles. Je conclus en disant que nous pouvons nous réjouir que plus de deux tiers des familles interrogées dans le cadre de notre stratégie sur l'enfance considèrent que Paris est une ville où il fait bon vivre en famille. Il nous faut garder ces deux équilibres. Garder les familles parisiennes, faire venir des personnes qui ont envie de vivre à Paris, mais aussi tout faire pour qu?il fasse bon vivre à Paris. Vous l'aurez compris, Madame MÉHAL, Paris est loin d'être un territoire déserté par ses habitants. Elle continue d'être un pôle d'attraction et nous ferons tout pour faire de Paris une ville à vivre, une ville inclusive et dotée de services publics de haut niveau dans laquelle chacun peut trouver sa place.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup.

Madame MÉHAL, vous avez de nouveau la parole.

Mme Fadila MÉHAL. - J'entends l'argument et le trouve recevable au regard de ce que vous évoquez, à savoir la densité parisienne. J'ai bien compris le slogan qui serait : moins de Parisiens, mais pour vivre mieux à Paris. La question qui se pose alors? C'était un raccourci pour dire, j'entends que?

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Cela ne vous ressemble pas. C'est caricatural, vous ne faites pas cela d'habitude.

Mme Fadila MÉHAL. - J'ai entendu ce que disait M. l'adjoint, à savoir que nous sommes arrivés à un palier. Pour pouvoir vivre mieux, il faut être dans une densité acceptable. Je l'entends et c'est un argument recevable.

Vous savez combien le groupe UDI-MODEM est attaché à la question de la mixité et des équilibres. La question est, comment les choisir ces Parisiens ? Et nous veillerons, comme vous sans doute, à faire en sorte que la mixité soit un véritable enjeu démocratique à Paris pour que des enfants, des familles, des étudiants, mais aussi des personnes âgées puissent vivre harmonieusement dans notre belle Capitale.

Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - On se retrouve tout à fait. Il ne s'agit pas de dire, il faut croître, croître et croître. C'est vrai que Paris avait perdu beaucoup d?habitants dans les trente dernières années. On en a récupéré par une politique du logement et de l?habitat très offensive. Il y a peut-être des paliers. On continuera à avoir de nouveaux habitants puisqu?on continue à construire et produire du logement, et à transformer même des bureaux vides en logements. On continuera donc à avoir des habitants.

Je pense, en tous les cas, le dessein que l?on porte, la vision que l?on a, c?est une ville dans laquelle les familles, les enfants ont toute leur place. Encore cette semaine où j?ai vu ce week-end, pendant le Championnat du monde de handball, beaucoup de représentants de nombreux pays qui sont venus me voir et tous étaient absolument impressionnés par la présence réelle et visible à Paris de familles avec enfant. Ils m?ont dit : c?est une singularité, c?est quelque chose qui n?est pas de même nature dans les autres grandes villes monde. Je crois que c?est une marque que nous pouvons vraiment porter ensemble. En tous les cas, merci pour cette question et merci pour la réponse apportée par Bruno JULLIARD.