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Janvier 2017
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Conseil Municipal
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2017 DFA 10 - Lancement d’une procédure de délégation de service public portant sur la gestion, la modernisation et l’exploitation de la Tour Eiffel de gré à gré avec la SETE. Vœu déposé par le groupe Communiste - Front de Gauche relatif à la valorisation de la Tour. Vœu déposé par le groupe Communiste - Front de Gauche relatif à la rénovation de la Tour. Vœu déposé par le groupe UDI-MODEM relatif à l'adaptation de la grille tarifaire.

Débat/ Conseil municipal/ Janvier 2017


 

M. Emmanuel GRÉGOIRE, adjoint, président. - Nous passons à présent à l'examen du projet de délibération DFA 10 relatif au lancement d'une procédure de D.S.P. portant sur la gestion, la modernisation et de l'exploitation de la Tour Eiffel de gré à gré avec la S.E.T.E. et des v?ux référencés nos 55, 56 et 57 qui y sont rattachés. Pour commencer, la parole est à M. Yves POZZO di BORGO, pour cinq minutes maximum.

M. Yves POZZO di BORGO. - Monsieur le Maire, mes chers collègues.

Je souhaiterais particulièrement aborder la question de la modernisation qui est le point central de ce projet de délibération. Cela fait plus de 25 ans, peut-être plus, que ce projet est dans les cartons de la Mairie de Paris et il est plus que temps qu?il soit enfin mis en ?uvre.

Durant tout ce temps, le nombre annuel de visiteurs a globalement augmenté, passant d'environ 5,5 millions à la fin des années 1990, à 7 millions en 2015. Ce chiffre a cependant diminué d'1 million en 2016. Si les attaques terroristes qu'a subies Paris expliquent en grande partie cette baisse de fréquentation, il ne faut pas sous-estimer l?épreuve des files d'attente qui découragent certainement un grand nombre de visiteurs. Ceux-ci sont en effet toujours obligés d'attendre patiemment leur précieux sésame vers les étages supérieurs dans des files d'attente sur le parvis. Quand il fait beau, ça va, mais quand il pleut comme aujourd'hui ce n'est pas très agréable.

Files d'attente dont la fréquentation est particulièrement désagréable, du moins pas si positive que cela, aussi bien durant les canicules estivales que lors des épisodes de froid intense tels que ceux que nous avons connus la semaine dernière.

Ce projet de modernisation, je le soutiens depuis mon arrivée dans cet hémicycle en 2001 et je l?ai maintes fois rappelé au cours des deux mandatures précédentes. Déjà, en 2009, je demandais au Maire de l'époque de lancer des travaux d'aménagement en sous-sol de la Tour Eiffel afin d'améliorer les conditions d'accueil des visiteurs, comme cela se fait dans tous les grands monuments du monde.

J'ai soutenu en 2012 la réalisation d'études que la Ville avait proposées pour réaliser ces aménagements, études qui avaient d?ailleurs déjà été menées dans les années précédentes mais dont les résultats n?avaient jamais abouti à la réalisation de travaux d?envergure, qui étaient et sont encore aujourd'hui indispensables.

Même s'il est tardif et s'il aurait dû voir le jour beaucoup plus tôt, je ne peux aujourd'hui que saluer la mise en ?uvre de ce plan d'investissement de 300 millions d'euros, qui permettra de moderniser cet ouvrage si emblématique de notre ville et de notre France. Ce site est exceptionnel et rend tout aménagement complexe aussi bien sur le plan technique qu'architectural. J'espère donc que toutes ces contraintes ne remettront pas une nouvelle fois en cause ce projet.

Je souhaite que ce plan permette enfin d?offrir une attente confortable et enrichissante pour les millions de touristes qui viennent visiter la Tour Eiffel et ils vont continuer à la visiter, comme d'ailleurs les jeunes Parisiens qui, je l'espère, auront maintenant l'accès gratuit. Une attente au cours de laquelle ces visiteurs pourront profiter d'une offre culturelle et commerciale de qualité, qui permettra de valoriser ce temps en le rendant agréable pour les visiteurs.

Un dernier point qu'il est indispensable d'aborder est la sécurité. C'est un enjeu fondamental et je sais que la direction, le président comme sa directrice y sont très sensibles. C'est un enjeu fondamental dans la période difficile que nous traversons. La sécurité, c?est avant tout la protection contre le risque d'attaques terroristes mais c?est aussi la protection des visiteurs contre les pickpockets ou encore les méthodes agressives des vendeurs à la sauvette qui inondent la Tour Eiffel.

Les travaux qui vont s'engager doivent permettre d?assurer la sécurité des visiteurs sans toutefois transformer la Tour Eiffel en forteresse. Ce projet doit prendre en compte ces contraintes sécuritaires tout en garantissant une certaine fluidité pour ceux et celles qui souhaitent déambuler aux abords de la Tour Eiffel et sur le Champ-de-Mars. Le secteur de la Tour Eiffel doit pouvoir rester un lieu de promenade et les équipements de sécurité devront éviter autant que possible d'obstruer la perspective exceptionnelle allant du Trocadéro à l?Ecole militaire.

J?aimerais que ce travail sur la Tour Eiffel soit aussi l'occasion de lancer une réflexion qui est dans les cartons de la Ville de Paris depuis peut-être 30 ou 40 ans, et que j'appelle de mes v?ux là aussi depuis de nombreuses années, sur l'axe Trocadéro, Tour Eiffel, Champ-de-Mars et Ecole militaire et jusqu'à l'avenue de Breteuil. C'est une promenade qu?il faut vraiment relancer.

Je me permettrai aussi sans agressivité de rappeler au Maire adjoint? Il m'arrive de faire mon "footing" sur les quais de la Seine et on a véritablement sur les quais hauts, non pas rive gauche mais rive droite? J'attire l'attention du Maire adjoint, puisqu'il est au Conseil d'administration de la Tour Eiffel avec moi, sur le fait que ces quais ont besoin d'être réaménagés. Ils sont souvent sales et l'ensemble des touristes qui vont voir la Tour Eiffel ont besoin d?avoir quelque chose de beaucoup plus valorisant pour nous. Les bancs notamment sont dans un état lamentable.

Je sais que c'est un des projets pour l'avenir mais il est important que la Ville de Paris en prenne conscience et investisse également dans cet aménagement des quais rive droite. Je sais que du côté rive gauche on avait un gros problème de rats, la Ville en a pris conscience et un combat est mené là-dessus.

J'espère que la Tour Eiffel restera pour nous, pour la Ville de Paris, pour les Parisiens, pour tous les Français et pour les Européens un symbole de beauté comme l?est la Ville de Paris !

M. Emmanuel GRÉGOIRE, adjoint, président. - Merci beaucoup, Monsieur le Président.

La parole est à M. Eric AZIÈRE, pour 5 minutes maximum.

M. Eric AZIÈRE. - Merci beaucoup, Monsieur le Maire.

Je voulais profiter de cette inscription pour m?exprimer plutôt sur les deux v?ux rattachés sur la Tour Eiffel. D'abord, sur le premier déposé par le groupe Communiste - Front de Gauche, qui pose la question d'une référence du Champ-de-Mars à la Révolution française. Est-ce que le Champ-de-Mars est un site révolutionnaire ? Oui, bien sûr, et de fait il est déjà une étape importante du parcours de la Révolution française que nous avons voulu créer grâce à vous tous unanimement et par la mise en place d'une mission d'évaluation avec laquelle nous allons travailler, une première réunion ayant déjà eu lieu autour de Catherine VIEU-CHARIER.

C'est la raison pour laquelle nous soutiendrons le v?u du groupe Communiste - Front de Gauche qui fait référence à la portée historique de la Tour Eiffel, à l'endroit où elle est, c'est-à-dire sur le Champ-de-Mars. En 1889, elle célèbre effectivement un hommage à la Révolution française, un hommage à ce qui a été le premier anniversaire de la prise de la Bastille sur le Champ-de-Mars rebaptisé de fait le Champ de la Fédération, où 300.000 spectateurs parisiens vont assister à un spectacle orchestré par Talleyrand et au cours duquel le roi va prêter serment sur la Constitution. Ironie de l?histoire, un an après, au même endroit, cela va être la fusillade du Champ-de-Mars, c'est-à-dire un dimanche, le 17 juillet. Emmenés par les cordeliers et les jacobins, les Parisiens vont aller signer la première pétition qui porte en germe la colère du peuple français, après la fuite de la famille royale à Varennes, juste un mois plus tôt, alors qu?il reniait ainsi le serment qu'il avait porté à la Constitution. C'est au cours de la dispersion de cette manifestation, malheureusement sur ordre du premier Maire de Paris, Jean Sylvain Bailly, que les Gardes nationaux vont tirer sur la foule faisant ainsi au moins 50 morts. M. Bailly paiera d?ailleurs de sa vie, exécuté au même endroit, c?est-à-dire aujourd?hui, à ce qui pourrait correspondre à l?avenue de la Bourdonnais, cette erreur politique et cette erreur logistique.

Enfin, toujours le Champ-de-Mars, deux ans plus tard, le 8 juin 1794, cette fois, c'est David le peintre qui organisera, sur ce site, un événement voulu grandiose par les Révolutionnaires, la Fête de l?Être suprême, ce culte de la raison, véritable déification des idéaux des Lumières inspirés par Voltaire et Rousseau. Il sera présidé par Robespierre lui-même, deux mois avant son arrestation et son exécution.

C'est dire si se situe bien là, et d'ailleurs ce sera tout l'intelligence du parcours de la Révolution française que d'essayer de s'approprier ainsi des sites historiques et des monuments touristiques comme la Tour Eiffel.

Pour le deuxième v?u, celui que nous avons déposé au groupe UDI-MODEM, il nous a paru que trop peu de petits Parisiens étaient montés sur la Tour Eiffel alors qu?elle est le monument emblématique de leur ville et peut-être un des monuments les plus connus du monde. Comment ne pas imaginer que cette jeune citoyenneté parisienne ne soit durablement marquée par le souvenir d'une visite tout en haut de la Tour Eiffel ? Comment ne pas penser qu'en découvrant sa ville à 300 mètres d'altitude, elle ou il ne la voit pas autrement que ce que son quotidien lui apprend tous les jours, sur ses trajets habituels entre deux particules fines ? "Thinking different", disait le slogan d'Apple et c'est dans cette vision distanciée et globale de Paris, sa ville, que se renforcera chez nos enfants ce sentiment d'appartenance à une communauté humaine que nous voulons leur transmettre, au-delà de sa famille, de son école, sa ville : Paris. C'est la raison pour laquelle nous voudrions que la Ville de Paris propose à tous les petites Parisiennes ou petits Parisiens un billet individuel d'accès au sommet de la Tour Eiffel. Je vous remercie.

M. Emmanuel GRÉGOIRE, adjoint, président. - Merci beaucoup.

La parole est à M. Bernard GAUDILLÈRE, pour 5 minutes maximum.

M. Bernard GAUDILLÈRE. - Monsieur le Maire, je crois que le projet de délibération que nous allons voter est très important puisqu'il fixe le cadre de l'activité de la Tour Eiffel pour 15 ans. Il y aura, certes, un projet de délibération plus précis à l'automne, mais les grandes lignes arrêtées aujourd'hui ne changeront pas. Je ne vais pas en faire un exposé détaillé, je vais plutôt m'appesantir sur quatre points qui me paraissent essentiels.

D'abord, les relations entre la Tour et la Ville. Vous savez que nous avons fait le choix de transformer la S.E.TE. en société publique locale, ce qui signifie un lien plus étroit avec la Ville, qui est le seul actionnaire. À dire vrai, cela n?a rien changé au fonctionnement concret de la Tour puisqu'il s'agissait en fait d'aligner le droit sur la réalité. Mais ce changement juridique a eu deux conséquences très positives. D'abord, le conseil d'administration se trouve maintenant exclusivement composé d'élus, et tout en parlant sous leur contrôle ici même, je suis personnellement très heureux du climat extrêmement consensuel qui règne entre nous. D'autre part, l'attribution de la D.S.P. à la S.E.T.E. en a été extrêmement facilitée puisque sans appel à la concurrence, ce qui a éliminé une sérieuse inquiétude à l'intérieur de la société.

Deuxième point, le programme d'investissement. Le projet de délibération prévoit un programme d'investissement de 300 millions d'euros sur 15 ans. Pour bien apprécier cet effort, il faut distinguer entre les investissements classiques et les investissements exceptionnels. Les investissements classiques, ce sont les rénovations d'ascenseur et d'étage, le scintillement, la peinture, la maintenance, etc., soit 200 millions d'euros au total. Ramené à un montant annuel, soit un peu plus de 13 millions d'euros, c'est très exactement ce qui a été investi à la Tour durant les 12 années de l'actuelle D.S.P. Donc, il n'y a là aucun changement.

Mais la future D.S.P. prévoit, en outre, deux investissements exceptionnels d'un montant global de 100 millions d'euros, ce qui est un effort considérable : le centre d'accueil : 80 millions d?euros, et la clôture de sécurité : 20 millions d?euros. Ce sont les deux autres sujets que je vais aborder.

Troisième point : la sécurité. Il faut que les Parisiens, au-delà même du Conseil de Paris, sachent que tout a été mis en ?uvre, depuis les attentats de 2015, pour garantir la sécurité de nos visiteurs et de nos personnels. Chacune de ces mesures a fait l'objet d'une concertation très étroite avec la Préfecture de police, et je veux saluer avec beaucoup de force, l'engagement de la Préfecture et l'engagement personnel du Préfet de police sur ce sujet.

Ces mesures de sécurité sont nombreuses, je n'en évoquerai que deux, les plus fondamentales : d?abord, la présence permanente de personnels militaires et policiers en armes. Le Préfet de police nous a donné, et m'a donné de manière très fréquente, des assurances sur le maintien de cette présence. C'est évidemment une pièce maîtresse de la sécurité de la Tour. Ensuite, la clôture du parvis, que j'évoquais à l'instant, a d'abord été provisoire durant l'Euro. Elle a été prolongée après l'Euro sur une décision personnelle de la Maire de Paris qui a estimé, à juste titre, que l'on ne pouvait pas baisser la garde.

Cette clôture à laquelle s'effectuent de stricts contrôles est aujourd'hui composée de barrières et d'"Algeco" assez inesthétiques, ce qui a conduit à étudier la construction d'une barrière majoritairement en verre anti-balles bien entendu, qui puisse être à la fois esthétique et invulnérable. Elle englobera la plus grande partie des jardins de la Tour Eiffel et l'entrée des visiteurs s'effectuera à l'Est et à l'Ouest, c'est-à-dire à des endroits plus sûrs que le Nord et le Sud. Les études ont été menées si rapidement que nous espérons un début des travaux à l'automne prochain.

Enfin, quatrième et dernier point, le centre d'accueil, sujet qui a déjà été évoqué par M. le Sénateur POZZO di BORGO. Il est vrai que l'accueil des visiteurs n'est pas aujourd'hui au niveau de ce qu'il devrait être dans l'un des monuments les plus emblématiques du monde.

Le projet est ancien, il a eu une maturation très longue, mais une relance très nette a eu lieu l'an dernier. Nous disposons aujourd'hui d'un projet qui n'est peut-être pas encore tout à fait finalisé, mais dont les grandes lignes sont connues et que j'ai présenté au conseil d'administration. Il sera précisé durant les prochains mois, mais maintenant que son financement est prévu par cette actuelle D.S.P., réjouissons-nous tous.

En conclusion, si vous le permettez, deux remarques très rapides.

Je voudrais d'abord rassurer le groupe Communiste qui s'inquiète, dans son v?u, des projets de réforme de la billetterie. Je veux lui donner une assurance formelle et je ne pense pas que les adjoints au Maire me contredisent, l'intention déterminée de la Ville et de la S.E.T.E. étant que cette réforme se fasse dans une négociation avec les représentants du personnel afin de trouver des solutions consensuelles.

Tout dernier point. Tous les Parisiens, tous les Français sont profondément attachés à ce symbole national. Ce projet de délibération, qui encadre le destin de la Tour pour les 15 années prochaines, démontre que la Ville est consciente de cette importance et soucieuse de fournir à la Tour les moyens de son développement.

Merci.

M. Emmanuel GRÉGOIRE, adjoint, président. - Merci. La parole est à M. Pascal JULIEN.

M. Pascal JULIEN. - On aurait pu nous épargner, dans ce projet de délibération, un paragraphe de propagande en faveur des Jeux olympiques. Il n'y a pas besoin des Jeux olympiques pour entretenir cette Tour. On espère bien que, même sans les Jeux olympiques, il y aurait eu un investissement important pour répondre à des besoins énoncés depuis longtemps. Cela a été dit. Nous approuvons, évidemment, l'ensemble du projet de délibération, notamment la création de ce centre d'accueil et également une fluidification de la billetterie grâce au développement des ventes en ligne aux conditions qui viennent d'être rappelées par le Président de la S.E.T.E., c'est-à-dire qu'il y aura, j'imagine, des négociations et que personne ne se retrouvera sur le carreau, en quelque sorte.

Enfin, les travaux envisagés seront en site occupé. Est-ce que l'on pourrait avoir des précisions sur ce point, car leur importance est très grande ? C'est en site occupé. Quel est le phasage ? Est-ce que les visites ne vont pas être troublées ? Est-ce que cela ne va pas générer une baisse de la fréquentation pendant au moins quelques mois ?

Nous approuvons, évidemment, l'investissement en faveur de l'entretien du patrimoine, de ce point de vue. Je tiens à dire mon attachement au maintien du système hydraulique de l'ascenseur Ouest, je crois, qui est un appareillage que je vous conseille de visiter, car il existe les coulisses de la Tour Eiffel. On peut visiter les coulisses de la Tour Eiffel, on peut visiter cet ascenseur qui date véritablement de son origine. Il est très rare en France - je ne crois pas qu'il y ait d'autres cas ailleurs - d'avoir un outil industriel qui soit encore en activité commerciale. Donc je serai très attentif à ce que les travaux de rénovation ne se traduisent pas par une suppression de cette motorisation hydraulique. J'ai eu l'occasion, d'ailleurs, de le dire à plusieurs reprises, je crois, au C.A. de la S.E.T.E.

Enfin, nous sommes devenus une S.P.L. Or, des discussions ont lieu actuellement au Parlement qui prévoient la disparition du Département de Paris. Le Département de Paris, c'est 40 % de l'actionnariat public de la S.P.L., la Ville ayant 60 %. C'est une simple question : quelles seront les conséquences de cette nouvelle législation sur la S.P.L. ?

Enfin, je terminerai sur un mot concernant la sécurisation. Je comprends parfaitement la nécessité d'être extrêmement attentif à la Tour Eiffel qui, évidemment, serait une cible exceptionnelle pour les terroristes et qu?il faut renforcer. Toutefois, j'ai beaucoup apprécié les propos d'Yves POZZO di BORGO, tout à l'heure, qui a dit : oui, mais sous condition que cela ne se transforme pas en forteresse. Et c'est un peu ce que je crains : que la Tour Eiffel ne se transforme en forteresse. Je ne peux pas le dire mieux que cela a été dit. Nous serons attentifs aussi à ce que les moyens déployés soient efficaces et ne relèvent pas simplement d'une sorte d?affichage sécuritaire, car je suis de ceux qui, aujourd'hui, estiment qu'à l'échelle nationale, il y a beaucoup d'affichage sécuritaire. On voit notamment des gardes statiques, par exemple, ou des patrouilles qui ne servent à rien, vraiment à rien, sinon à rassurer. Notre objectif n'est pas de rassurer, il est de protéger réellement.

Voilà. Sur ces mots, bien sûr, nous voterons ce projet de délibération.

M. Emmanuel GRÉGOIRE, adjoint, président. - Merci beaucoup. La parole est à Mme Catherine DUMAS.

Mme Catherine DUMAS. - Monsieur le Maire, mes chers collègues, vous nous demandez d'approuver le principe d'un nouveau modèle de délégation du service public relatif à l'exploitation de la Tour Eiffel et un investissement de près de 300 millions d'euros, dont 100 millions, comme l'a rappelé le Président GAUDILLÈRE, à titre d'investissement exceptionnel. J'aimerais, à ce titre, apporter le soutien de mon groupe à la proposition d'investissement qui nous est donc soumise aujourd'hui.

Créée en 1889 dans le cadre de l'Exposition universelle, la Tour Eiffel occupe, bien sûr, une place de choix dans notre patrimoine local et national. Parce qu?elle est une composante de la mémoire collective de notre ville, de notre pays, nous avons le devoir de la conserver, de la restaurer et de la valoriser. C'est tout le sens de ce plan d'investissement qui répond à une politique de valorisation effective et qui, bien sûr, répond à une demande pressante.

Tout d'abord, ce plan devrait pouvoir améliorer les conditions de visite en améliorant la gestion des flux et en modernisant l'accueil. Le réaménagement du second étage devrait permettre de fluidifier le parcours des visiteurs. A l'ère numérique, également, l'idée d'une modernisation du service de billetterie, très demandée, va favoriser les e-tickets. Cela nous semble être une option tout à fait pertinente. Cela va permettre, entre autres, de réduire ces très grandes files d'attente, tout en préservant une augmentation certaine des visiteurs, bref, un meilleur accueil. Sur ce point, j'étais déjà intervenue il y a de nombreuses années dans cet hémicycle pour réclamer un centre d'accueil.

Par rapport au regard du contexte sécuritaire actuel qui vient d'être évoqué, ces investissements permettront de trouver des solutions afin de mettre en sécurité le public en cas d'intrusion d?un groupe d'individus à pied ou à bord d?un véhicule. Pour cela, je pense qu'il est nécessaire de tenir compte de trois axes : maîtriser les mouvements de foule, autoriser le confinement en cas d'attentat et faciliter les accès des secours.

Enfin, Paris est candidate à l'accueil des Jeux olympiques et je ne trouve pas qu'il s'agisse d'une propagande, par rapport au précédent orateur. Paris est candidate à l?accueil des Jeux olympiques de 2024, à l'Exposition universelle de 2025 aussi.

La Tour Eiffel doit pouvoir constituer une marque de la puissance que dégage notre ville. Puissance économique, tout d'abord, puisque la Tour Eiffel est le bâtiment payant le plus visité au monde, avec près de 6 millions de visiteurs par an. Puissance historique, ensuite, puisque la Tour Eiffel n'est rien d'autre que le témoignage de notre grande époque industrielle. Cela dit, il nous faut être vigilant. Les améliorations proposées ne doivent pas, et cela a été dit précédemment, dénaturer les aspects architecturaux des alentours et, également, ce plan d'investissement ne doit pas être amorti par une augmentation des tarifs. In fine, compte tenu de la politique de croissance dynamique que nous souhaitons pour Paris, ce plan d'investissement ne peut être que salué. Paris doit, en effet, être un exemple de la qualité de l'accueil, de l'offre culturelle et touristique parisienne.

M. Emmanuel GRÉGOIRE, adjoint, président. - Merci beaucoup. La parole est à M. le Président Nicolas BONNET-OULALDJ.

M. Nicolas BONNET-OULALDJ. - Merci, Monsieur le Maire.

Nous avons, aujourd'hui, un débat très important sur l'avenir de la Tour Eiffel, sur des investissements nécessaires pour les travaux d'aménagement et, comme l'a dit Bernard GAUDILLÈRE : on s'engage sur les 15 ans à venir. Au c?ur de ces débats, nous devons nous poser une question essentielle : celle de la conception que l'on a de la Tour Eiffel.

Je voudrais, avant tout, remercier le Président AZIÈRE pour ses propos, pour son intervention, pour ses propositions, notamment au sujet du parcours historique de la Révolution française, mais aussi pour la gratuité pour les petits Parisiens, que je partage pleinement. Vous pourrez compter sur moi au sein du conseil d'administration pour défendre ces idées, Président AZIÈRE. Je sais que Bernard GAUDILLÈRE y sera très sensible.

Pour nous, la Tour Eiffel est un monument culturel et patrimonial portant les valeurs universelles de notre pays dans le monde entier. C'est d'ailleurs pour cela que des millions de personnes viennent la visiter. En résumé, pour nous, la Tour Eiffel, ce n'est pas Disneyland. Ce sont des ingénieurs, des scientifiques qui ont fait ce pari fou : une tour de 300 mètres, tout en métal, habillée, à la fin du XIXe siècle qui était fasciné par les sciences, les découvertes et leurs applications industrielles.

Si des esprits chagrins, et non des moindres, comme Maupassant et d?autres, se sont élevés contre la Tour, ils l'ont attaqué sur son esthétique. Paris engendre des débats à chaque fois qu?elle fait le pari de l'innovation et des choix architecturaux audacieux. Ce fut le cas, plus près de nous, de Beaubourg, qui fête aujourd'hui ses 40 ans. Paris sans polémique esthétique n'est pas Paris. La Tour a mis des années à convaincre ses contemporains. Elle les a convaincus parce qu'elle a quatre pieds solides. Le premier, c?est la prouesse technique de sa construction. Le second, c?est le support scientifique, notamment radio et télévision, elle a abrité tant d'expériences qui sont depuis rentrées dans la vie quotidienne des Français.

Le troisième, c'est le symbole historique qu'elle représente, la fille des lumières et de la Révolution française. Elle s'inscrit dans la philosophie de ceux qui mettent la science et la technique au service d'un idéal.

Enfin, le quatrième pilier, elle est source d'inspiration littéraire et picturale, elle est dans le patrimoine culturel des Parisiens et national, indéboulonnable si vous me permettez l'expression.

Ce n'est pas pour rien que les publicitaires ont voulu s'en servir, comme Citroën dans les années 30, ou bien certains pour support de propagande, comme les Nazis occupant Paris.

Mais c'est elle qui le 25 août 1944 ouvre les bras au Général de Gaulle, l'appelant "mon grand" dans un dessin devenu célèbre de Jean Effel.

C'est grâce à son jeu de lumières que l'on a pu rendre hommage ces derniers mois à Bruxelles, Berlin, Orlando, et encore hier à Québec touchés en leur c?ur par les attentats, comme nous l'avions été.

Si c'est sur la place de la République et de la Bastille que l'on se retrouve pour nous rassembler dans la joie et dans la peine, c'est à la Tour Eiffel que nous demandons de rendre visibles ces mêmes joies et ces mêmes peines.

Celle qui abrite le plus beau feu d'artifices le jour de la Fête nationale. Celle qui s'allume et s'éteint selon que l'on veut dire notre bonheur ou notre tristesse, c'est de ce monument que l'on parle au monde entier, c'est de cette part de nous-mêmes que bien des pays étrangers nous envient et ont tant de fois tenté de copier.

Cette vieille dame, nous devons la respecter, et si bon nombre de touristes la gravissent pour profiter de cet unique point de vue de notre Capitale, ils doivent connaître son origine, son histoire et la philosophie qui a sous-tendu à son élévation.

Voilà pourquoi notre groupe tient énormément à ce que le nouvel espace d'accueil soit aussi un lieu où l'on retrouve tous les aspects de la Tour Eiffel, tant historiques que scientifiques.

Ce sera une étape importante du parcours du Paris révolutionnaire, comme nous l'avons tous souhaité en approuvant la proposition de délibération de notre collègue de l'UDI, et c'est pour cette raison que je représente un v?u demandant que le futur centre d'accueil s'inscrive dans ce parcours historique de la Révolution française. Je pense que la nouvelle structure juridique que nous avons choisie pour l'administrer doit garder cette boussole. La Tour ne doit en aucun cas devenir un parc d'attractions. Nous pensons d'ailleurs qu'il ne serait pas anormal que Paris et la S.E.T.E. ne soient pas les seuls à porter le coût de la rénovation nécessaire. L'État pourrait y contribuer à sa hauteur dans la part des travaux, car au-delà de Paris, elle est le symbole de la France. Nous pensons aussi que les agents qui travaillent en sont les meilleurs défenseurs, il faut s'appuyer sur leurs compétences et leur attachement et bien entendu il faut que les choses évoluent, mais là encore ce sont des personnels qui travaillent dans un monument historique et pas dans un parc d'attractions. La modification des réservations pour fluidifier les entrées, pourquoi pas, mais nous pensons à la formation des personnels. De plus, ne soyons pas naïfs, ce n'est pas la réservation des billets par Internet qui changera quelque chose à la capacité des ascenseurs, qui sont véritablement des métropoles pour les visiteurs. Alors oui, je termine, oui à 300 millions d'investissement, mais faisons les choses dans l'ordre avec l'attention que mérite cette belle Tour. C'est pour cette raison que je présente un v?u qui regarde ce chantier dans la durée. Pour bien réussir cette rénovation, il faut l'assentiment des personnels mais aussi pour que les visiteurs en pâtissent le moins possible.

(Mme Colombe BROSSEL, adjointe, remplace M. Emmanuel GRÉGROIRE au fauteuil de la présidence).

Mme Colombe BROSSEL, adjointe, présidente. - Merci, Monsieur BONNET-OULALDJ.

Je donne la parole à M. Jean-François MARTINS.

M. Jean-François MARTINS, adjoint. - Merci, Madame la Maire, merci à tous les orateurs pour beaucoup administrateurs de la Tour Eiffel, et bien sûr son président.

Au nom de Julien BARGETON et de moi-même, je vais vous apporter peut-être quelques éléments supplémentaires sur ce lancement de la procédure de D.S.P.

D'abord, lancement, parce que nous n'adoptons pas aujourd'hui le contrat de D.S.P. avec la S.E.T.E., nous engageons le dialogue, la conversation pour que ces grandes orientations que nous adoptons aujourd'hui nous permettent, dans les 9 mois qui viennent, de finaliser avec l'expertise technique de la S.E.T.E. de ses agents, de son conseil d'administration, la réponse précise dans laquelle il y aura la réponse du phasage des travaux et des sites occupés, Monsieur JULIEN, dans laquelle il y aura, Monsieur BONNET-OULALDJ, la question des conséquences et de la manière dont on peut associer les agents à un certain nombre de modernisations.

Ce sont les orientations que nous adoptons aujourd'hui, la manière pratico-pratique sera justement l'objet des conversations et de l'adoption finale en septembre prochain du contrat de D.S.P.

Cette Tour, une grande partie d'entre vous l'a indiqué, n'est ni strictement un monument, ni strictement un lieu emblématique touristique où l'on accueille du public. C'est précisément les deux : un monument d'histoire patrimoniale, industriel, scientifique de Paris, qu'il faut donc préserver et entretenir à ce titre, comme un magnifique objet historique, c'est quasiment la moitié de ce budget d'investissement, et de l'autre, c'est un lieu touristique emblématique, peut-être pas une attraction, Monsieur BONNET-OULALDJ, mais une chose qui doit avoir les normes d'accueil de ces grands lieux touristiques.

Par conséquent, c'est l'objet de l'autre moitié de ce plan d'investissement, améliorer l'accueil et la qualité de la visite à la Tour Eiffel.

Cela veut dire entretenir la peinture avec une grande campagne qui doit se faire dans la décennie qui vient. Renouveler le scintillement de l'an 2000, qui a 17 ans cette année et va rentrer dans la décennie prochaine dans un moment où il devra être renouvelé, mais également l'entretien des ascenseurs et de l'ensemble de la vie courante de la Tour.

Et puis, un lieu emblématique recevant du public, un lieu touristique, cela veut dire assurer la sécurité de nos visiteurs dans un moment de contraintes et de menaces importantes avec le plan précisé très justement par le Président de la S.E.T.E., mais aussi la modernisation de l'accueil, des flux sur la Tour Eiffel et sous son parvis.

Petite différence peut-être avec M. POZZO di BORGO qui n'est pas en séance, du coup je vais m'abstenir de lui répondre.

Deuxième sujet cependant, l'investissement de ces 300 millions d'euros, l'envie d'entretenir ce monument autant que d'améliorer l'accueil, et je le dis peut-être plus encore au nom de Julien BARGETON que de moi-même, n'empêche pas l'exigence de gestion.

Comme sur l'ensemble de nos grandes concessions, Julien BARGETON a associé, à travers le comité des concessions, l'ensemble des groupes politiques et déjà depuis quatre occasions, il y a un comité de pilotage de la Ville avec l'ensemble des Directions, qui permet de suivre cette future D.S.P. avec extrêmement d'exigence.

Exigence d'ailleurs dont vous verrez dans cette procédure de D.S.P. que la transformation en S.P.L de la S.E.T.E., et donc l'absence de mise en concurrence, ne nous rend pas moins exigeants sur la qualité de gestion, sur les investissements à faire, et précisons-le parce que dans le langage d'approximation, ce ne sont pas 300 millions d'euros qui vont être investis par la Ville mais bien par la S.E.T.E. elle-même, sans argent public des Parisiens, sur sa capacité de gestion, sa capacité y compris parlons-en parce que personne ne l'a évoqué, de diversifier et d'augmenter ses recettes propres.

Et c'est sur l'exploitation de la Tour, notamment une augmentation tarifaire, il faut se dire les choses, qui va nous permettre d'assumer ce plan d'investissement ambitieux, mais aussi en diversifiant les financements dans les concessions, les restaurations, mais aussi, comme tout grand monument, avec le mécénat, le "crowdfunding", il est exigé que la Tour travaille désormais avec un objectif à part entière.

Tout cela, nous avons 9 mois pour le discuter avec les administrateurs de la S.E.T.E. que vous êtes, avec les représentants du personnel, pour trouver le phasage des travaux jusqu'à 2024, ce n'est pas de la propagande, mais probablement une contrainte d'agenda que nous avons, Monsieur JULIEN, d'avoir livré ces opérations, d'avoir non pas seulement mis nos visiteurs à l'abri des aléas météo quand ils font la file d'attente, mais si possible d'avoir réduit, voire supprimé ces files d'attente de sorte que nous ayons à peine besoin de les abriter.

Dans les neuf mois, nous devons donc fixer ces orientations. Vos v?ux en proposent quelques-unes. J'émettrai un avis favorable sur ces trois v?ux avec quelques petits amendements, en précisant notamment que ce n'est pas la Ville mais bien la S.E.T.E. qui doit opérer un certain nombre d'éléments.

De la même manière, de préciser qu'il n'y a aucun phasage des travaux prévu, c'est pourquoi nous supprimerons "inscrive les travaux de modification", mais plutôt "demander à la S.E.T.E?"

Je finis les réponses au v?u, Madame la Maire.

Enfin, sur le v?u UDI-MODEM, je propose de ne pas prendre une perspective trop large aujourd'hui pour laisser la S.E.T.E. nous répondre sur la capacité d'offrir à chaque petit Parisien un billet d'accès au sommet de la Tour durant sa scolarité. Il faudra probablement préciser la tranche d'âge et la fréquence, mais la volonté de permettre cela aux enfants, nous l'avons. Je vous ai transmis un amendement, trouvons la bonne formule et laissons la S.E.T.E. nous dire ce qui est raisonnable au regard de ses contraintes d'exploitations et budgétaires. Merci.

Mme Colombe BROSSEL, adjointe, présidente. - Je vous remercie.

Nous allons passer au vote du v?u n° 55 du groupe Communiste avec une proposition d'amendement, qui est acceptée.

Je mets donc aux voix, à main levée, la proposition de v?u déposée par le groupe Communiste - Front de Gauche, amendée par l'Exécutif.

Qui est pour ? Contre ? Abstentions ?

La proposition de v?u amendée est adoptée. (2017, V. 25).

Concernant le v?u n° 56 du groupe Communiste, avec une proposition d?amendement?

Non, c?est bon, d?accord, donc amendement accepté.

Je mets aux voix, à main levée, la proposition de v?u déposée par le groupe Communiste - Front de Gauche, amendée par l'Exécutif.

Qui est pour ? Contre ? Abstentions ?

La proposition de v?u amendée est adoptée. (2017, V. 26).

Je mets aux voix le v?u n° 57 du groupe UDI-MODEM, avec un avis favorable de l?Exécutif.

Qui est pour ?...

Légèrement amendé, absolument.

Je suis bien embêtée, parce que je vois Eric AZIÈRE depuis tout à l?heure dire qu?il n?a pas les amendements.

Alors, je vous propose que nous terminions cette opération de vote et on prendra le temps de se recaler, mais manifestement, les propositions d?échanges ont été intégrées par les uns et par les autres.

Donc, avec un avis favorable de l?Exécutif.

Je mets donc aux voix, à main levée, la proposition de v?u déposée par le groupe UDI-MODEM, assortie d'un avis favorable de l'Exécutif.

Qui est pour ? Contre ? Abstentions ?

La proposition de v?u est adoptée. (2017, V. 27).

Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DFA 10.

Qui est pour ?

Contre ?

Abstentions ? Le projet de délibération est adopté. (2017, DFA 10).