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Mai 2017
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Conseil Municipal
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Rapport de la Mission d’Information et d’Evaluation "Paris ville interculturelle : liens, pratiques et politiques publiques". Vœu déposé par les groupes GEP, SOCA, PCF-FG et RG-CI relatif à la mise en œuvre des préconisations.

Débat/ Conseil municipal/ Mai 2017


 

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Nous abordons ce débat organisé avec le projet de délibération DDCT 72, qui concerne le rapport de la Mission Information Evaluation sur le thème de "Paris ville interculturelle : liens, pratiques et politiques publiques".

La conférence d'organisation a convenu d'un débat organisé, qui inclura, bien sûr comme toujours dans les temps de parole définis, la présentation, notamment d'un v?u. J'introduis ce rapport. C'est dans cet ordre ? Ou je donne tout de suite la parole ? Ce n'est pas une proposition de délibération de groupe, donc c'est moi qui introduis.

Mes chers collègues, depuis ces origines jusqu'à aujourd'hui, Paris s'est construite et enrichie au fil du temps avec l'apport successif de populations venues de province, d'Europe et de partout dans le monde, donc de plusieurs vagues d'immigration. La diversité et le métissage font donc pleinement partie de l'identité parisienne et du dynamisme de notre ville, ceci d'un point de vue historique autant que géographique.

C'est pourquoi nous avons à c?ur de porter une ambition claire, non pas d?assurer la simple coexistence de groupes culturels distincts mais, bien sûr, de soutenir et promouvoir leur dialogue, leurs échanges, seuls à même de faire vivre et progresser la société parisienne dans les lois de la République et avec cette valeur fondamentale qui nous unit, la laïcité.

Le sens même de la notion d'interculturalité, qui a fait l'objet de cette 12e Mission d'Information et d'Evaluation nommée "Paris ville interculturelle : liens, pratiques et politiques publiques", réside dans cette recherche.

Je remercie bien sûr ses initiateurs ainsi que tous les conseillers qui y ont participé et qui représentent la diversité politique de notre Assemblée. Permettez-moi notamment de remercier Marie ATALLAH, présidente de cette M.I.E. qui avait été portée, notamment par le groupe Ecologiste de Paris, ainsi que Nathalie FANFANT, rapporteur de cette M.I.E. et membre du groupe les Républicains.

La démarche interculturelle vise à promouvoir les différentes cultures et à les amener à se comprendre, à interagir de manière féconde. Pour moi, elle ne se confond en rien avec une vision multiculturelle de notre République, parce que notre République est laïque, j'ajouterai sociale, et fondée sur l'égalité et non pas sur la juxtaposition des communautés.

Valoriser la contribution de chaque culture au socle commun doit se penser dans la perspective d'une plus grande cohésion, qu'elle soit sociale, générationnelle ou même territoriale. Cette démarche soutient donc un modèle d'intégration, qui est issu de l'augmentation des échanges et des migrations que notre ville connaît. Il ne s'agit pas d'absorber les différentes cultures dans une identité parisienne conçue comme fixe, mais bien d'établir des rapports fluides et dynamiques qui viennent nourrir et redéfinir sans cesse ce que l'on peut appeler le creuset parisien. Ce creuset reste adossé aux valeurs de la République qui fonde notre unité.

Dans le contexte qui est le nôtre aujourd'hui, quand certains attisent la haine de l'autre et le repli sur soi, jouent sur les peurs, alimentent les fractures de notre société, l'enjeu est bien sûr fondamental. Il vient pleinement s'intégrer aux priorités qui sont les nôtres à Paris. Priorité que nous portons collectivement, avec l'Exécutif mais souvent aussi avec les élus de l'opposition. Nous avons pu ensemble, je le redis ici, faire preuve de l'efficacité de cette méthode, notamment lors de l'élection présidentielle, qui a vu reculer à Paris le Front National.

Se battre sur le terrains des valeurs, à l'école, partout dans les institutions où le service public agit au quotidien, mais aussi bien sûr travailler à l'accomplissement d'une ville inclusive qui favorise et facilite la reconnaissance de chacun, sa singularité, et cela dans la communauté parisienne qui nous unit, cela passe par la défense des valeurs, mais aussi par des politiques sociales et éducatives volontaristes pour que jamais il n'y ait d'un côté des gagnants et de l'autre des perdants ou des laissés-pour-compte. En effet, tendre la main, rassembler, inclure, respecter chacun comme respecter les règles communes fait partie de ce projet dans lequel les Parisiens s'intègrent et auquel ils participent avec beaucoup d'énergie.

Développer la démocratie citoyenne en associant toujours davantage les habitants aux décisions qui concernent leur quotidien et plus largement le destin de leur ville, est un élément clé d'une politique, d'une approche qui permet à chacun de vivre dans la fierté de ses origines et dans la fierté de la société que nous constituons ensemble dans le cadre des lois de la République.

Tout cela peut d'ailleurs renforcer l'attractivité de Paris. L'interculturalité contribue au dynamisme, non seulement à l'intérieur de notre ville, nous le savons, là où nous avons dans certains quartiers des diasporas qui se sont installés, qui développent des activités, qu'elles soient culturelles, économiques - je ne vais pas en citer ici en particulier. On sait combien cette présence de femmes et d?hommes, parfois nés à l'étranger, qui ont choisi notre ville comme terre d'accueil, comme terre pour y déployer, y développer leurs rêves, constitue un apport qui se traduit aussi sur le plan économique. Lorsqu'il est présent dans notre ville culturelle, il a aussi des effets sur la dynamique économique.

Cette attractivité renforcée de Paris par la composition même de cette société parisienne extrêmement large, cette ville-monde, Paris, nous permet aussi de porter un message à l'extérieur. Paris attire et réunit en son sein des femmes et des hommes venus du monde entier. Chaque habitant, d'où qu'il vienne et quelle que soit son origine, doit pouvoir être un ambassadeur actif de Paris.

Pour porter avec beaucoup ici et en votre nom la candidature de Paris aux Jeux Olympiques, je peux vous dire que cette identité de Paris composée de femmes et d?hommes venant du monde entier est un élément extrêmement important qui joue en faveur de cette candidature de Paris aux Jeux Olympiques, parce que, accueillir le monde, c'est déjà être ce village planétaire qui réunit des femmes et des hommes de toutes les origines et du monde entier. Cela joue sur l'attractivité, sur le message de Paris, qui est un message ancien, qui n'est pas né d'hier, mais ce message qui fait que notre ville est une ville qui a toujours permis d'abriter des femmes et des hommes venant chercher un refuge, qu'il soit politique, qu'il soit économique, fait aussi la force de notre ville, sa singularité dans le monde et, bien sûr, son attractivité.

Donc, le cosmopolitisme et l'ouverture de Paris, son pacte avec la République et les Lumières, c'est ce qui constitue l'ADN de notre ville. Et c'est ce qu'ont encore montré, je le disais tout à l'heure, les Parisiens à l'occasion de l'élection présidentielle en faisant en sorte que ce message républicain soit un message aussi adressé de façon extrêmement visible et forte au monde entier. C'est aussi en restant fidèle à ce que nous sommes, une ville libre, ouverte, diverse, que nous pouvons faire preuve de résilience, surmonter les épreuves et relever les défis du XXIe siècle.

Aujourd'hui, des grandes organisations internationales - je pense à l'OCDE, par exemple - prônent la croissance inclusive, préfigurant que, sans inclusion, il n'y a pas de croissance dans les sociétés. C'est un message, un programme sur lequel travaille, par exemple, l'OCDE, et Paris est une des grandes villes retenues par cette organisation internationale comme ville portant ce message d'inclusion parce que capable, effectivement, de faire vivre chacune des identités en une. D'ailleurs, qui mieux que Sacha Guitry disait : "Etre Parisien, ce n'est pas simplement être né à Paris, c'est y renaître". Venir avec tout ce que l'on a comme patrimoine, héritage culturel, et venir le mêler et faire en sorte que ce patrimoine de chacun féconde le patrimoine de tous, c'est cela aussi l'histoire de Paris et son destin.

Je veux donc, bien sûr, remercier à nouveau Marie ATALLAH, qui a présidé la M.I.E., et Nathalie FANFANT qui en a été la rapporteure, les remercier pour ce travail, je crois, passionnant, remercier toutes celles et ceux qui ont été auditionnés. Il y a eu beaucoup d'auditions. Je le sais. Je sais que le travail que vous avez fait ensemble, même s'il peut conduire, bien sûr, à des analyses, à des interprétations, voire même à des opinions différentes, est un travail essentiel qui est aussi représentatif de la diversité de Paris.

Je vous remercie et je donne tout de suite la parole à Mme Marie ATALLAH, Présidente de la M.I.E., pour le groupe Ecologiste de Paris.

Mme Marie ATALLAH. - Merci, Madame la Maire.

Mes chers collègues, avant de faire la présentation de ce rapport, je tiens à exprimer tout d'abord mes remerciements chaleureux à la rapporteure de la M.I.E., Mme Nathalie FANFANT, et à tous les membres élus et représentant les groupes politiques du Conseil de Paris pour leur participation et collaboration tout au long des débats et travaux de cette M.I.E.

Je remercie également toute l'équipe du service de M.I.E. et plus particulièrement Mme Nathalie POPADYAK, chef de ce service de la Ville, et M. Michel DES BOSCS, son adjoint, pour la qualité de leur travail en matière d'accompagnement pédagogique et opérationnel.

Mes remerciements vont également à nos adjoints et leurs collaborateurs, aux responsables de direction et des services de la Ville, aux directeurs d'établissement et de structure qui ont été auditionnés ou rencontrés sur le terrain lors des visites de structure. Enfin, plus de 80 personnes ont été auditionnées - comme vous l?avez dit, Madame la Maire - enrichissant les débats de cette M.I.E. : experts, politiques, institutionnels, associatifs, des représentants du Conseil de la jeunesse ou encore des écrivains et des créateurs artistiques. Je les remercie tous, et en particulier les experts européens du programme "Cités interculturelles", Mme Irena GUIDIKOVA et M. Oliver FREEMAN, sans oublier, bien sûr, toute ma reconnaissance aux deux représentantes de la Ville de Barcelone qui ont fait le déplacement pour venir nous présenter la politique innovante de la ville en matière de stratégie interculturelle.

Plus concrètement sur ce rapport, vous trouverez, dans sa première partie, une analyse très riche sur les concepts liés à l'interculturalité, l'abordant dans sa complexité, sa fluidité et sa transversalité. La M.I.E. a également tenu à placer le sujet dans son contexte juridique français en rappelant, par exemple, la loi sur la laïcité ou encore l'interdiction de tenir des statistiques liées aux origines ethniques et aux appartenances religieuses par souci d?égalité de traitement de nos concitoyens. Le premier constat que l'on peut faire, c'est que Paris mérite bien son appellation de "ville monde". Quand on regarde les chiffres de l'étude de l'APUR, qui nous ont été fournis pour la M.I.E. sur les étrangers et les immigrés à Paris et dans la Métropole, plus de 160 nationalités cohabitent à Paris. Un Parisien sur 7 est de nationalité étrangère. Paris accueille 31.000 étudiants étrangers. 40 % des mariages sont composés d'une personne née à l'étranger.

C'est à partir de ce travail d?analyse, de concept et de contexte que les membres de la M.I.E. ont communément adopté une définition de l'interculturalité comme étant une démarche qui consiste, d'une part, à valoriser la diversité des cultures présentes dans la Capitale et, d'autre part, à favoriser leur dialogue et leur interaction dans la perspective d'une meilleure cohésion sociale. Sa finalité n'est pas seulement d'assurer la coexistence des cultures, mais de les amener à se comprendre et à interagir de manière féconde, en favorisant le partage d'un socle commun en constante évolution.

La deuxième partie du rapport a porté sur l'évaluation des politiques publiques parisiennes. 10 secteurs ont été étudiés. Elle a également porté sur l'identification de bonnes pratiques associatives, ou encore sur des expériences innovantes d'autres collectivités françaises et européennes. Les interventions des personnes auditionnées et les rencontres de terrain ont permis à la M.I.E. de dresser un bilan des actions interculturelles à Paris dans plusieurs domaines d'activités, en mettant en lumière leur finalité comme levier en faveur de l'inclusion, de la participation et de l'attractivité de Paris.

Trois secteurs sont à distinguer tout particulièrement. La culture, d'abord, et ses multiples acteurs et actions culturelles valorisant et favorisant l'expression de la diversité culturelle, sa mémoire et son patrimoine, en soulignant, comme bel exemple, les nouvelles structures de la médiathèque et le centre hip-hop dans le Forum des Halles, l'intervention sociale et l'accueil des migrants avec les aides de traducteurs pour la facilitation de la relation entre migrants et agents d'accueil au centre de la Chapelle, ou dans le cadre de l'accueil des mineurs isolés. Les exemples sont multiples et nombreux dans différents domaines que vous pouvez, mes chers collègues, consulter dans ce rapport.

Pour conclure, la M.I.E. nous propose dans son rapport 100 préconisations s'articulant autour de 9 points touchant à plusieurs secteurs. Pour en citer quelques exemples, je citerai que la M.I.E. a préconisé la création d'une charte pour un Paris interculturel et d'un label identifiant et promouvant les projets d'établissements et d'associations qui s'engagent dans une démarche interculturelle. La M.I.E. se doit de s'inspirer aussi des bonnes pratiques des autres collectivités, qu'elles soient françaises ou européennes. L'audition des responsables de la stratégie interculturelle de Barcelone a d'ailleurs été une véritable source d'inspiration pour la M.I.E.

J'ai le plaisir d'informer notre Assemblée que ce rapport et ses 100 préconisations ont été adoptés à la majorité des membres de la M.I.E., les membres de la droite souhaitant voter contre les préconisations du rapport. Pour prendre connaissance des préconisations de chacun des groupes politiques, nous avons fait le choix d'intégrer leur contribution dans l'annexe de ce rapport, précisant que le groupe les Républicains n'a pas souhaité présenter de préconisations, mais une proposition de préambule qui figure également dans l'annexe, conformément au vote de la majorité des votes des membres de la M.I.E.

Enfin, Paris étant membre, depuis peu, du réseau des cités interculturelles du Conseil de l'Europe, la responsable de ce réseau, que nous avons également invitée, a pu consulter ce rapport et espère que Paris, très prochainement, jouera un rôle de leader européen dans le réseau des villes interculturelles, Paris méritant bien d?être un modèle de ville qui lutte contre le populisme et le nationalisme qui, malheureusement, s?étendent de plus en plus en Europe.

Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - C?est moi qui vous remercie, Madame ATALLAH.

La parole est à Mme Nathalie FANFANT, rapporteure de la M.I.E., pour le groupe les Républicains.

Mme Nathalie FANFANT. - Merci, Madame la Maire.

Madame la Maire, chers collègues, le Conseil de Paris a voté en septembre dernier, sur proposition du groupe Ecologiste de Paris et du groupe Socialiste et apparentés, la création de la M.I.E. sur le thème "Paris, ville interculturelle : liens, pratiques et politiques publiques". Ce sujet faisait consensus et venait en corollaire du statut de ville monde de notre ville. Il nous semblait que c?était là l?opportunité d?apporter de la valeur ajoutée aussi bien à la politique qu?aux politiques publiques.

Durant six mois, nous avons pu auditionner plus de 80 intervenants, tous plus intéressants les uns que les autres. C?est pour moi l?occasion de mettre en lumière l?implication des services et de féliciter et remercier nommément Nathalie POPADYAK, chef de la mission information, et son adjoint Michel DES BOSCS, ainsi que Marianne MOULY et les stagiaires qui nous ont accompagnés et ont organisé les auditions et les visites de terrain. C?est également l?occasion de remercier Marie ATALLAH, qui a présidé cette M.I.E., ainsi que tous les collègues élus qui ont participé avec enthousiasme.

Certaines auditions ont été plus marquantes que d?autres. Je pense notamment à celle d?Irena GUIDIKOVA, directrice du programme "Villes interculturelles" du Conseil de l?Europe, une personnalité solaire, proposant une vision de l?interculturalité, que je cite : "les pouvoirs publics peuvent donc agir pour favoriser les interactions culturelles et les accompagner pour qu?elles produisent dans leur respect mutuel et débouchent sur la vision d?un avenir partagé. Ils doivent également être disposés à revoir leur mode de fonctionnement pour mieux tenir compte de la diversité de la population, tout en préservant les valeurs fondamentales que sont la démocratie et le respect de l?Etat de droit".

Mais Brice HOMS et Jacob DESVARIEUX, dans un registre artistique, nous ont également donné une vision de l?interculturalité qui s?appuyait sur une expérience très riche du monde, puisque l?un et l?autre en ont fait plusieurs fois le tour pour porter la culture française, l?enrichir à partir des autres cultures et enrichir les autres cultures à partir de la leur.

Malheureusement, nous avons vu aussi se profiler une forte politisation dans les choix d?un grand nombre d?intervenants, à notre grand regret. Ces choix étaient-ils orientés ? La suite des événements l?a confirmé. Quand un intervenant entrait en dissonance, inattendue évidemment, avec le positionnement politique de la présidence, son intervention était minorée. Je prends l?exemple de l?intervention de Michel WIEVIORKA, qui dit - je cite : "j?étais du côté d?un multiculturalisme tempéré, mais je vois bien aujourd?hui que cette position est fragile, car quoi que l?on en dise, elle risque de figer les différences de culture ; elle risque de vouloir des interlocuteurs qui incarnent des différences. Il arrive un moment où l?on accepte cette représentation de la société et de la ville, où les difficultés commencent, parce que si j?ai reconnu un groupe, je dois bien lui donner les signes de la reconnaissance".

En filigrane, nous avons eu le sentiment que l?interculturalité devenait un prétexte à un contrôle du vote, ce qui pour nous n?est pas acceptable. Vous ne pouvez confisquer le point de vue des intervenants au bénéfice de la politique politicienne. Ce travail réalisé devait et doit toujours servir à créer de la valeur ajoutée sur notre socle commun, et non s?y substituer. C?est là qu?est notre discorde, et il est bien dommage que les interventions les plus intéressantes, mais sans doute moins simplistes et moins clientélistes, n?aient pas influencé les préconisations.

A ce titre, notre groupe a souhaité, pour la transparence et par honnêteté vis-à-vis du Conseil et des lecteurs, qu?il y ait un préambule stipulant nos divergences de vue. Ce préambule ne remettait nullement en cause l?énorme travail réalisé durant ces mois. A notre grande surprise, le principe même nous en a été refusé par les autres groupes. De quoi avaient-ils peur ? Que des lecteurs attentifs perçoivent le clientélisme sous-jacent ? Mais en fait, le rejet de ce préambule n?est que l?aveu criant d?un sectarisme qui se veut déguisé en universalité.

Tout cela, Madame la Maire, nous a amené, à notre corps défendant, à faire le choix de ne pas venir vous présenter ce rapport la semaine dernière, et à faire le choix aujourd?hui de voter contre.

Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci à vous, Madame FANFANT.

Je donne la parole à Mme Raphaëlle PRIMET, première oratrice pour le groupe Communiste - Front de Gauche.

Mme Raphaëlle PRIMET. - Juste avant de faire mon intervention, je trouve cela quand même très curieux de la part de Mme FANFANT, puisque son préambule visait à justement préempter la conclusion du rapport qui, pourtant, faisait consensus.

Madame la Maire, mes chers collègues, le score heureusement faible du Front National à Paris témoigne d?une grande réussite de notre Ville à faire vivre une cohésion sociale enrichissante pour toutes et tous. Les Parisiennes et les Parisiens sont en effet riches de la diversité culturelle de notre territoire. Nous pouvons être fiers de vivre dans une ville qui n?accorde aucun crédit à la hiérarchisation des cultures et à la haine de l?autre. Il n?y a pas d?autres à Paris, il n?y a que des Parisiennes et des Parisiens qui interagissent au quotidien par leur curiosité et leur ouverture sur le monde.

Les cultures ne sont pas superposées, elles ne sont pas parallèles les unes aux autres. Non, à Paris, les cultures se mixent, se brassent et s?embrassent. C?est ce qui définit la singularité de Paris, tout en marquant sa mondialité. Le Parisien est Parisien parce qu?il n?est jamais seulement Parisien. Tout cela est possible par la conception d?une politique publique inclusive. L?inclusion est fondamentale pour faire exister le "vivre ensemble" et la diversité culturelle, mais la réussite de ce projet commun tient effectivement à une volonté politique forte de mettre en place les conditions de possibilité d?un accueil à la hauteur de la difficulté que représente la vie nouvelle dans un pays étranger.

Par exemple, l?apprentissage de la langue permet d?être plus autonome dans sa vie quotidienne et dans la construction de son parcours professionnel. On le sait, le Français est "la", sinon l?une des langues les plus difficiles à apprendre au monde. Nous devons donc mettre tous les moyens pour que son apprentissage soit possible. Aussi, nous devons être vigilants à toujours interpeller le Rectorat sur les classes d?accueil des migrants en écoles, collèges et lycées, qui ont tendance à être fermées. Dans le documentaire de Julie BERTUCCELLI "la Cour de Babel", on voit clairement que la barrière de la langue est un facteur d?isolement dès l?enfance, non pas que tous les étrangers devraient parler uniquement en français, mais ils devraient au moins en avoir la possibilité.

De même, la question des A.S.L. est très importante, mais les nouveaux critères des subventions de la "politique de la ville" en 2018 ne rémunéreront plus les associations et centres sociaux sur les mêmes conditions. Aussi, les étrangers présents depuis plus de cinq ans sans contrat d?intégration vont être fortement pénalisés. La mixité sociale et scolaire est un élément fondateur du "vivre ensemble" et de l?ancrage de la diversité culturelle. Par le logement, l?école, l?ensemble des services publics, on crée ainsi des quartiers aux multiples couleurs et saveurs, aux multiples langues, aux traditions diverses, dans le respect de toutes et tous. De nombreuses associations et centres jouent un rôle clé dans ces quartiers et participent de la vie citoyenne. Je les félicite d?ailleurs pour ce travail de terrain qu?ils exercent avec peu de moyens, mais toujours beaucoup de passion.

Nous devons donc sans cesse nous repencher sur nos pratiques, nos politiques publiques et veiller à l?inclusion et à la mise en ?uvre de toutes les possibilités d?apprentissage. Chacune et chacun doit pouvoir trouver sa place dans la société, et bien sûr y compris à Paris.

Vous l?aurez compris : je ne pense pas que l?interculturalité de Paris s?impose d?en haut. Je pense au contraire qu?elle se construit au plan local, par le quotidien, mais aussi par des pratiques extrascolaires, sportives, culturelles, par des ateliers qui permettent de découvrir et de se découvrir, par des services de proximité qui permettent de partager des habitudes et qui conduisent à créer de l?entraide par des amitiés qui se nouent dès l?école. Tout ceci n?est possible que grâce à une volonté politique.

Je salue à ce titre les très réussis ateliers de la République à l?initiative de mon amie et collègue Danièle PREMEL dans le 18e. La démarche à laquelle nous tenons est en effet celle de l?éducation populaire, et nous devons travailler à la développer toujours plus en lien avec les associations et les habitants. J?espère donc que les préconisations et conclusions de cette M.I.E. pourront être mises en ?uvre le plus rapidement possible.

Et pour terminer, je voudrais revenir sur un point sensible, sur une traditionnelle promesse de campagne qui ne voit jamais le jour, à notre grand regret : le droit de vote des étrangers. On pourra faire toutes les préconisations et toutes les politiques culturelles possibles, il n?en reste pas moins que pour qu?une ville soit réellement interculturelle, elle a besoin que l?ensemble de ses habitantes et habitants puissent en définir l?orientation politique. Inclure lesdits étrangers dans le processus démocratique et citoyen est une clef indispensable pour cette réussite. Il semble que nous devions encore attendre, mais tout dépendra de la majorité parlementaire.

Je vous remercie.

(M. Mao PENINOU, adjoint, remplace Mme la Maire de Paris au fauteuil de la présidence).

M. Mao PENINOU, adjoint, président. - Merci.

La parole est à M. Didier GUILLOT, ensuite à Mme Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET.

M. Didier GUILLOT. - Monsieur le Maire, mes chers collègues, tout d?abord, permettez-moi, au nom de mon groupe, de remercier l?ensemble de l?équipe qui a mené cette M.I.E., notamment Nathalie POPADYAK, mais également les deux co-rapporteures, Mmes FANFANT et ATALLAH, même si c?est vrai que cela n?a pas toujours été simple, et ce qu?on vient d'entendre ne fait que résumer l'ambiance que nous avons eue dans cette M.I.E.

La tolérance, le dialogue interculturel et le respect de la diversité sont plus indispensables que jamais dans un monde où les peuples sont plus interconnectés que jamais. Cette phrase prononcée par Kofi ANNAN résume à elle seule la philosophie des travaux de la M.I.E.

Nous le savons tous, l'attractivité et le dynamisme de notre ville passent par la mise en place d'une politique inclusive pour tous. Alors que les villes du XXIe siècle sont interculturelles, ce serait se voiler la face que de ne pas embrasser cet état de fait. Paris est une ville monde. Des citoyens du monde entier viennent visiter notre ville, pour y travailler, pour étudier, pour chercher, pour s'y installer pour un temps et même aussi pour s'y réfugier. La diversité culturelle parisienne, réelle et ancienne, doit être prise en compte.

Une culture n'est jamais quelque chose de monolithique, d'unilatéral, de figé. Ses contours sont flous, elle est traversée par de multiples différences, voire par des conflits internes et elle évolue en permanence. C'est pourquoi nous devons constamment veiller à ce que l'action publique appuie le partage et la réciprocité des échanges, garantisse le respect des convictions et de l'identité de l'autre, ainsi que le respect des lois et des valeurs que fonde notre République.

En ce sens, une ville interculturelle doit contribuer à une meilleure émancipation de chacun à travers la connaissance de soi et de l'autre. Cette approche ne doit pas amener à une essentialisation des citoyens ou de leur culture, quelle que soit leur origine.

C'est pourquoi les élus de notre groupe refusent toute forme de communautarisme, modèle d'organisation qui s'oppose à la nécessité de l'émancipation individuelle. J'ajoute que notre débat public depuis quelques années a beaucoup trop tendance à confondre approche culturelle et dimension cultuelle.

Or, l'une est vecteur d'émancipation et de richesse ; l'autre peut au contraire être synonyme d'enfermement.

Je reprendrai ici la citation d'Octavio Paz, "toute culture naît du mélange, de la rencontre, des chocs. À l'inverse, c'est de l'isolement que meurent les civilisations".

Paris doit parallèlement veiller à produire des politiques qui dépassent les incompréhensions qui sont des sources de blocage, qui participent au processus d'intégration, qui répriment toute forme d'intolérance. C'est le sens des préconisations faites par notre groupe dans le cadre des travaux de cette M.I.E.

Alors que se développent des discours de violence et de haine, nous en sortons très précisément, nous venons redonner confiance dans la coopération et le dialogue. Redonner du sens à la culture de la tolérance, aider les femmes et les hommes à reprendre la maîtrise de leur destin contre les incertitudes, contre les catastrophes, contre les conflits, c'est le c?ur même de la résilience. Car oui, l'interculturalité est source d'opportunités importantes pour tous.

Mais il faut apprendre à vivre dans la diversité, cela ne va pas toujours de soi. Il faut des outils, des politiques et des valeurs adaptés.

Notre administration doit constamment veiller à se montrer ouverte aux innovations pour la gestion des relations interculturelles. Aujourd'hui, nous pensons que l'administration peut mieux intégrer cette donnée dans ses actions. A propos d'innovation, je dois dire qu'en tant que président de "Paris&Co", je me réjouis de ce que nous avons pu entendre notamment en écoutant certaines "start-up", particulièrement celle du 18e, "Kialatok", qui a été appréciée, je crois, dans nos auditions sur l'innovation en matière d'interculturalité autour du partage de la nourriture, notamment dans le 18e. Les préconisations de la mission sont nombreuses, diverses, car le sujet de l'interculturalité est vaste. Il touche autant à l'intégration, au soutien du tissu associatif qu'aux pratiques de l'administration. L'étendue du sujet a d'ailleurs été une difficulté pour la M.I.E, c'est pourquoi il nous faut continuer à travailler sur ce sujet, mieux le discerner, avoir une approche qui va aussi vers le concret et le quotidien des habitants de notre ville. Nous pensons que la définition de critères objectifs d'évaluation est un préalable à toute politique interculturelle. Plus globalement, pour construire une ville interculturelle, nous avons besoin d'éducation, de connaissance, de conscience. La connaissance de l'histoire donne des repères pour le présent. Nous devons impérativement donner aux femmes et aux hommes, en particulier aux jeunes citoyens, de nouvelles compétences pour appréhender cette diversité, des connaissances pour répondre à ceux qui cherchent à détourner l'histoire et la religion.

Au nom d'un humanisme du XXIe siècle qui combat la peur et la tolérance, les élus de notre groupe ont approuvé les recommandations de cette M.I.E. et soutiennent le v?u déposé par la majorité.

Je vous remercie.

M. Mao PENINOU, adjoint, président. - Merci.

La parole est à Mme Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET.

Mme Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET. - Merci.

Monsieur le Maire, mes chers collègues, les travaux engagés dans le cadre de la M.I.E interculturalité ont été riches d'enseignements. Nous pensions, naïvement peut-être, que nous partagions la conviction qu'il existe une culture française diverse, plurielle mais bien réelle, parisienne aussi. Nous avons fait le constat d'une divergence entre nous.

Le cycle de réflexion qui a été mené révèle avec clarté la politique culturelle qu'une partie de votre majorité souhaite mener à Paris, et elle porte un nom. C'est un nom que l'on a tendance à servir pour un rien ces temps-ci, mais il prend ici tout son sens. Je vous le dis d'emblée. Si vous suiviez les recommandations du rapport, vous choisiriez d'encourager et financer une politique communautariste. Car c'est comme cela que l'on caractérise le fait d'attribuer des enveloppes non pas au titre d'un projet, d'une discipline, d'une forme artistique, d'un lieu, mais au nom d'une identité culturelle, sous couvert d'une différence.

Cela, vous le justifiez au nom d'une certaine lecture du principe d'ouverture de la ville, mais c'est en réalité une assignation à résidence identitaire - et c'est une faute - mais aussi une erreur factuelle. D'une part, car aucun Parisien ne se définit uniquement par son origine, et d'autre part, car la très grande majorité d'entre nous est riche de plusieurs.

Personne n'a le droit d'assigner à résidence identitaire, parce qu'en France nous respectons une valeur cardinale qui s'appelle la liberté, et que l'auto-détermination est un principe et non un luxe. C'est donc faire un terrible procès en fermeture d'esprit aux Parisiens que de les envisager incapables de vivre ensemble dans le respect de leurs différences.

Nous avons tous plusieurs cultures et nous devons valoriser cette réalité pour pouvoir en faire ensemble une force. Pour apprécier cette diversité, nous devons apprendre à estimer notre exception française à sa juste valeur. Cette culture qui s'exporte, qui se célèbre dans notre propre langue aux quatre coins de la planète. Dire cela, c'est estimer la culture française et le creuset qu'elle représente. C'est vouloir valoriser sa consistance. Ce n'est pas nier l'existence d'autres cultures sur le sol français ni même les mettre en opposition les unes aux autres. C'est aussi valoriser le fait que notre culture commune est le fruit de métissages témoignant des aventures plus ou moins heureuses de notre trépidante histoire de France.

C'est d'ailleurs parce que nous sommes français, parce que nous vivons dans un pays qui a toujours accueilli les personnes en quête d'un refuge, d'une terre ou d'un destin, que nous ne pouvons accepter la politique culturelle que vous souhaitez imposer à Paris.

Nous avons toujours valorisé le dialogue entre les cultures, car s'en tenir à son groupe d'appartenance, c'est se recroqueviller sur des identités héritées et absorbées telles quelles.

Sans esprit critique, sans possibilité d'émancipation individuelle, la culture ne peut pas jouer son rôle naturel. Quel dommage, puisque c'est avant toute chose la clef vers l'autonomie, un refuge donc, autant qu'un défi. C'est aussi un choix, et c'est là que le bât blesse. Une lecture du monde que l'on construit en additionnant en conscience les influences, en choisissant pour soi et pour les autres sa propre identité. La définition de l'interculturalité est la suivante : c'est l'ensemble des relations et interactions entre des cultures différentes générées par des rencontres ou des confrontations qualifiées d'interculturelles. Cela n'est pas un manifeste pour subventionner n'importe quoi au prétexte de la sauvegarde de particularités culturelles.

Non, l'interculturalité, cela devrait plutôt être un encouragement à se considérer et s'apprécier tel que l'on se construit. C'est en construisant des digues que l'on recroqueville les individus sur eux-mêmes. C'est en se différenciant à l'excès que l'on provoque la ranc?ur et la haine. Mes chers collègues, pour permettre un réel dialogue entre les cultures à Paris, à partir de notre socle commun, plutôt que de segmenter les énergies en différenciant les identités culturelles, unissez les particularités pour libérer les personnes.

M. Mao PENINOU, adjoint, président. - Merci.

La parole est à Mme Fadila MÉHAL, ensuite à Mme Nathalie MAQUOI.

Mme Fadila MÉHAL. - Monsieur le Maire, Madame la Présidente de la M.I.E., Madame la rapporteure, chers collègues, au nom de mes collègues du groupe UDI-MODEM, je voudrais remercier l'ensemble des agents et intervenants qui ont ?uvré pendant ces 6 mois lors des travaux de cette M.I.E.

Je voudrais remercier également Marie ATALLAH, Présidente de la Mission, ainsi que Nathalie FANFANT, rapporteure, pour leur implication et leur recherche permanente du consensus.

Pour le groupe UDI-MODEM, l'interculturalité est une démarche dans laquelle est respectée et valorisée la diversité culturelle, qu'elle soit collective ou individuelle. Ce respect et cette valorisation s'appuient toutefois sur un socle commun constitué de valeurs, de règles, de concepts qui permettent de maintenir l'unité et la cohésion de notre Nation, et aussi de garantir l'ordre public dans un Etat de droit. Ce socle commun est constitué, en premier lieu, par notre langue, le français, et par les valeurs républicaines que vous connaissez tous et qui fondent notre pacte social, la liberté, l'égalité, la fraternité, mais aussi la laïcité.

En dehors de cette matrice commune, pour nous, l'interculturalité n'interdit rien. Elle n'impose rien. De par sa nature même, elle implique dialogue, échange, liberté, réciprocité, sans prétendre imposer, sans discriminer, sans hiérarchiser. La démarche interculturelle a pour vocation de construire, nous l'avons dit, une culture commune, partagée, évolutive, jamais figée, qui ne s'impose pas comme un tout, mais comme un bien commun dans lequel chaque individu est libre de puiser ce qu'il estime lui correspondre et ce qui peut l'enrichir, et cet enrichissement est toujours réciproque.

La M.I.E. sur l'interculturalité a essayé, dans un premier temps, de définir les concepts qui nous interrogent, qui nous interrogent même de façon très lourde dans notre actualité : l'intégration et ses processus, le multiculturalisme, l'assimilation, le communautarisme, le communautaire, les identités personnelles ou collectives. Ces notions s'imbriquent, se mélangent, se confondent, s'opposent parfois, et font l'objet de débats qui mériteraient d'être encore mieux approfondis, et parfois mieux circonscrits.

Ainsi, dans ce vaste champ de l'interculturalité, faute de temps, nous n'avons pas pu l'appréhender de façon exhaustive. Nous avons exclusivement envisagé l'interculturalité comme une dynamique d'intégration en lien avec les problématiques migratoires. Cela explique peut-être pourquoi nous en débattons au sein de la 4e Commission. En tant que présidente de la 2e Commission culture, je regrette en effet que la dimension culturelle n'ait pas été assez, me semble-t-il, assumée.

Ainsi, de nombreux sujets n'ont pas été abordés. Je prendrai deux exemples. Tout d'abord, peut-on parler de l'interculturalité sans aborder la question de la globalisation culturelle ? La France, et c'est un exemple, est le deuxième consommateur au monde de "mangas". En 2014, les "Comics" américains représentaient 10 % des ventes de la bande dessinée, et l'on compte beaucoup d'auteurs, d'artistes français qui tendent de réinterpréter cette culture globale. Cela aurait mérité, avec d'autres exemples, de plus grands développements. Mais faute de temps, nous avons dû faire des choix axés sur la dimension sociale, éducative et socioculturelle de l'interculturalité.

Deuxième aspect très important qui a été volontairement passé sous silence, c'est la question du fait religieux. Beaucoup de villes européennes auditionnées lors de cette M.I.E. ont souligné la dimension culturelle du fait religieux et de l'emprise de plus en plus importante du religieux dans l'espace public et dans les identités personnelles. Il nous semblait que justement, la M.I.E. aurait pu être un cadre approprié pour un débat apaisé et dépolitisé sur cette question.

D'ailleurs, nous sommes un peu étonnés d'avoir dû insister beaucoup pour faire, par exemple, mention de la question de la pratique religieuse dans la partie consacrée à l'Institut des cultures d'Islam dont ce fut pourtant l'essence même du projet que d'expérimenter une cohabitation entre le culturel et le cultuel. La question du dialogue interculturel interreligieux n'a pas été, par exemple, abordée alors qu?il aurait été intéressant, je dirais même vital, de souligner combien la laïcité nous permet d'aborder le fait religieux dans sa dimension culturelle, comme un champ à respecter dans sa neutralité, mais aussi et surtout, comme un bouclier pour se prémunir du prosélytisme et des tentatives d'instrumentalisation du religieux avec ce fléau que nous connaissons en France, mais aussi à Paris, qui donne lieu à un retour à l'obscurantisme et à la mise en cause des droits des femmes.

Ce prisme de l'interculturel en lien avec le processus d'intégration n'a pas non plus permis d'avoir un débat approfondi sur le plurilinguisme. Les débats que nous avons eus n'ont quasiment porté que sur la question des langues dites d'origine, alors même qu'il s'agit d'un enjeu éducatif et culturel qui va bien au-delà. Ainsi, nous regrettons que notre proposition de soutenir le rétablissement des classes bilangues européennes n'ait pas été reprise.

Pour le groupe UDI-MODEM, la maîtrise du français au sortir de l'école primaire de tous les élèves doit être une priorité absolue, tant il est vital que chacun puisse communiquer avec d'autres dans les meilleures conditions. Je voudrais signaler aussi les préconisations de notre groupe qui n'ont pas été reprises, mais aussi celles pour lesquelles nous avons une forte opposition.

Par exemple, il a été dit qu'il fallait définir un comité de pilotage pluraliste et un service de la Ville pour mettre en ?uvre cette charte, avec les élus concernés de l'Exécutif. A lire l'intitulé, seuls les élus de l'Exécutif participeront à la rédaction de cette charte. Qu'en sera-t-il des autres groupes politiques, et notamment ceux de l'opposition ? Pour ne pas être trop longue, pour toutes ces raisons, parce que nos préconisations n'ont pas été prises en compte, parce que nous nous opposons à certaines préconisations, tout en reconnaissant la qualité mais la partialité du rapport, nous nous abstiendrons sur la totalité du rapport. Je vous remercie.

M. Mao PENINOU, adjoint, président. - Merci.

La parole est à Mme Nathalie MAQUOI, puis à Mme Anne SOUYRIS.

Mme Nathalie MAQUOI. - Mes chers collègues, comme l'a dit Mme la Maire en introduisant ce débat, notre Conseil a pris la décision de créer, il y a quelques mois, la 4e Mission d'évaluation de la mandature, consacrée à Paris, ville interculturelle, avec deux objectifs. Tout d'abord, dresser un état des lieux des pratiques interculturelles à Paris et dans ses quartiers ; ensuite, formuler des préconisations pour perfectionner, promouvoir l'interculturalité dans nos politiques publiques.

Que ce soit du point de vue du bilan ou des perspectives données, le travail de la M.I.E. a été productif avec une centaine de recommandations proposées. Merci donc à tous ceux et celles qui auront contribué à ce travail et à ces résultats, les agents de la Mission Information Expertise, les 81 experts et personnalités auditionnés, les responsables d'établissement qui nous ont reçus, les maires d'arrondissement qui ont répondu à notre questionnaire, et bien sûr l'ensemble des élus et des collaborateurs qui ont participé aux travaux, au titre de leur groupe politique.

Pendant six mois, par des travaux de la M.I.E., nous avons pu mieux connaître la richesse de la diversité culturelle présente à Paris ainsi que la multiplicité des liens, des interactions tissées entre les habitants, qui permettent à Paris d'être une ville monde. Nous avons pu constater l'apport des cultures diverses, apportées au fil du temps par les nouveaux arrivants, indépendamment du lieu d'où ils viennent. Par ce dialogue, cet échange parfois complexe, cette cohabitation, se construit progressivement la nécessaire cohésion sociale entre des individus divers.

Je vais donc essayer de vous réexpliquer le fond du travail de la M.I.E., notamment à la Présidente du groupe les Républicains, parce que j'ai l'impression, en vous écoutant, que vous n'avez pas dû vraiment lire ni le rapport ni les préconisations.

Simplement une remarque : je crois que, dans ce que vous érigez comme étant la culture française, il y a aussi la raison, le rationnel, l'exercice critique qui part de ce que l'on lit et pas de ce que l'on invente pour justifier un pseudo vote au final.

L'interculturalité est une démarche utile pour réfléchir et mettre en ?uvre des politiques publiques. Ces dernières années, de nombreuses villes européennes ont constaté l'échec à la fois des modèles d'assimilation ou de communautarisme. Un peu partout en Europe, des élus, des associations, des citoyens, par exemple à Berlin, à Barcelone, à Londres, confrontés aux mutations économiques, sociales et urbaines de leur métropole, ont recherché un nouveau modèle de vivre ensemble par l'observation d'expériences ensuite mises en musique.

Ces réflexions se sont traduites par la mise en place d'un réseau européen de cités interculturelles auquel Paris a adhéré. De quoi parle-t-on quand on parle d'interculturalité ? Tout d'abord, de participation à la vie de la Cité. Une politique interculturelle part du postulat que le citoyen est acteur et pas seulement réceptacle des politiques mises en ?uvre. Ainsi, la carte citoyenne donnée à tout habitant de Paris, peu importe sa nationalité, son âge, sa date d'arrivée dans notre ville, est un excellent outil d'inclusion. Nous proposons d'en étendre les droits, le potentiel qu?elle porte pour le détenteur, pour se sentir pleinement participant à une communauté.

Une politique interculturelle est aussi une démarche de mise en réseau. Elle propose de dépasser la simple entrée par thématique pour répondre aux enjeux d?un territoire, pour favoriser la prise en compte globale, le partenariat entre différents acteurs.

Cette mise en réseau est déjà à l'?uvre dans de nombreux quartiers de Paris. Par exemple, de nombreux établissements culturels construisent des projets communs avec des centres sociaux, des clubs de prévention, des associations, des citoyens d'un même territoire.

Nous pensons qu?il faut accompagner encore davantage ces démarches partenariales, porteuses de rencontres riches, où chacun fait un pas de côté pour mieux se rencontrer. C'est l'esprit - pour reprendre l'exemple des projets culturels - de la notion de droit culturel.

Enfin, une politique interculturelle accorde toute sa place aux populations les plus fragiles qui souvent ne se sentent pas légitimes à intervenir dans le débat public, pas légitimes à participer au processus de décision, soit parce qu'elles sont étrangères, nouvellement arrivées, soit parce que la précarité dans laquelle elles vivent abîment leur confiance dans la mise en place à prendre dans un projet commun.

Nous préconisons donc, pour rendre plus visible la démarche interculturelle de Paris, pour l'approfondir au service d'un projet municipal dont le c?ur est une ville bienveillante, de développer des outils transversaux. Tout d'abord, une charte élaborée, par exemple, au sein des Conseils des générations futures - vous voyez, Madame MÉHAL, que ce n'est pas du tout juste les élus de l'Exécutif - permettant ainsi de créer un label pour des projets, des associations, des équipements s'inscrivant dans la démarche interculturelle.

Ensuite, développer au sein de notre collectivité des formations à la démarche interculturelle pour les agents, quel que soit leur secteur d'intervention.

Il y a dans les nombreuses préconisations faites par la M.I.E., dont l'essentiel a été l'objet d'un consensus, la possibilité pour l'Exécutif de trouver des propositions concrètes à mettre en ?uvre, soit de façon transversale, soit dans un secteur particulier pour renforcer la démarche interculturelle de Paris. Nous avons confiance dans le fait que le travail de cette mission contribuera au projet de ville bienveillante incluant toutes les populations portées depuis maintenant trois ans.

M. Mao PENINOU, adjoint, président. - Merci beaucoup.

Anne SOUYRIS. Ensuite, ce sera Danielle SIMONNET.

Mme Anne SOUYRIS. - Merci, Monsieur le Maire.

Mes chers collègues, présenter ce rapport intitulé "Paris ville interculturelle" quelques jours après avoir évité le pire pour notre démocratie n'est évidemment pas anodin.

Les résultats de cette élection présidentielle confirment l'importance d'une telle démarche, une démarche positive qui démontre, une fois de plus, qu'à la fois, la diversité culturelle est une richesse dont chacun et chacune tire bénéfice, mais aussi que, malheureusement, n'être pas Français ou de culture française est encore un handicap sérieux en France. Eh, oui, il faut bien le dire, même à Paris !

A Paris, bien sûr, les résultats du Front National sont largement en dessous de la moyenne nationale, mais faut-il considérer qu'il s'agit là d'un électorat résiduel du Front National ou bien que nous ne serons satisfaits que lorsque ce parti antirépublicain fera des scores proches de 0 ?

Les écologistes, vous vous en doutez, penchent pour la deuxième option car, oui, le score du FN est faible à Paris alors même que notre ville est la plus multiculturelle de France. Cette réalité souligne l'importance d'un discours politique transparent et assumé qui touche aux sujets les plus sensibles, les plus profonds qui soient, comme notre culture d'origine.

Un autre exemple a trait à l'accueil des réfugiés, sujet ô combien polémique. En 2015, lors d'un rendez-vous que nous avions sollicité en tant qu?élus écologistes, le Préfet de Région nous a expliqué qu'il ne souhaitait pas s'exprimer publiquement sur la création effective de nouvelles places d'hébergement pour les réfugiés afin - je cite : "de ne surtout pas faire le jeu du FN". Classique de la stratégie du faire un peu sans dire qui, de mon point de vue, est une grave erreur pour combattre la montée du Front National.

Le silence et les louvoiements, qui n'ont jamais été la stratégie de la majorité parisienne mais trop souvent celle d'un État frileux, entretiennent, "de facto", la peur et la suspicion, laissant toute la place à un discours réactionnaire et xénophobe.

A Paris, même s?il reste encore beaucoup à faire, nous avons adopté une stratégie d'accueil de migrants et un discours politique ferme sur ce sujet. Nous devons agir tout aussi courageusement en faveur de l'interculturalité, et c'est le sens des préconisations de la M.I.E. que Marie ATALLAH vient de présenter.

Derrière les 100 préconisations de la M.I.E., un fil rouge se dessine, celui de mettre un "s" à culture, d'élargir notre dynamique interculturelle pour que tout enfant non francophone puisse trouver à Paris un écho à sa culture, une fierté de venir d'où il vient, d'être ce qu'il est, mais aussi de lui permettre d'avoir toute sa place, exactement comme tout enfant français, donc de lui donner tous les outils pour son intégration dans la société et lui permettre de devenir ce qu'il veut.

Ainsi, le vote des Républicains contre les préconisations issues de cette mission nous semble correspondre à un double contresens. Nous le regrettons car cette décision ne correspond pas à l'état d'esprit qui a animé les membres de la M.I.E., toutes tendances confondues, lors de ces travaux.

Nous le regrettons d'autant plus que l'opposition semble, une fois de plus, faire le choix du refus de l'altérité et du dialogue ; comme le stipulait le préambule proposé par le groupe des Républicains et refusé par la majorité de la M.I.E., le choix de l'assimilation.

Ce sont des tentations identitaires particulièrement regrettables, car oui, il est de notre devoir de fraternité de donner à toutes celles et à ceux qui se trouvent sur le sol parisien, en commençant par les enfants, la capacité de vivre ensemble, qu'ils soient de n'importe quel pays du monde, de n'importe quelle culture. Il ne doit plus y avoir d'école, de quartier, de lieu public où certains puissent simplement penser que leur origine culturelle et sociale est une voie sans issue.

Ainsi, avons-nous souhaité, à l'issue de la mission, mettre l'accent sur l'apprentissage des langues, des écritures et des cultures différentes dans tous les lieux régis ou subventionnés par la Ville. Activités périscolaires, organismes culturels, structures de jeunesse et services publics, partout valoriser et accentuer ces politiques de renforcement des liens interculturels, partout favoriser également les initiatives ?uvrant à l'inclusion sociale, en commençant par les quartiers "politique de la ville".

Par exemple, à l'instar de ce que d'autres grandes métropoles européennes ont mis en place, nous devons développer un module de formation de médiation interculturelle pour former les agents de la Ville à prendre en compte la diversité des usagers, des services publics au niveau de l'accueil et de l'accès au droit.

Nous appelons enfin de nos v?ux un moment festif interculturel partout dans Paris pour nous rappeler que Paris est ces 110 nationalités et que nous en sommes fiers ensemble.

Quels que soient les débats qui ont émergé pendant la tenue de cette mission, je vous remercie de ce travail commun et compte sur notre intelligence collective pour le mettre en ?uvre dès les mois qui viennent afin que chacune et chacun trouve sa place à Paris, quel que soit là d?où il ou elle vient.

Je vous remercie.

M. Mao PENINOU, adjoint, président. - Merci.

Danielle SIMONNET a la parole. Ensuite, ce sera François-David CRAVENNE.

Mme Danielle SIMONNET. - De 2001 à 2008, j'étais adjointe au maire du 20e arrondissement et je faisais chaque année, le 14 juillet, la fête de la République laïque et métissée. Cette manifestation était organisée avec le Conseil de la citoyenneté des habitants non communautaires, avec de nombreux stands, d'associations et, en même temps, il y avait une programmation musicale dans le kiosque.

La première année, l'adjoint à la Culture avait voulu proposer une programmation "culture du monde". Finalement, on avait travaillé avec une programmatrice culturelle du "Batofar" et nous avions opté pour une programmation transculturelle : nous avions à la fois du jazz "manouche", mêlant de l'afro jazz, du rock alternatif inspiré de rythmes latino-américains et africains. Nous étions dans le choix du transculturel.

Je vous donne cet exemple concret pour vous illustrer que soit nous sommes en capacité de montrer que nous sommes en faveur de ce qui émancipe la trans-culturalité, soit nous sommes en faveur de ce qui enferme et assigne à résidence, qui serait donc l'enfermement communautarisme.

Il faut faire attention à la façon dont on interprète le mot "interculturel" car je sens bien qu?il existe deux interprétations. Je lui privilégie le terme de "transculturel" qui permet, justement, l?ensemble des créations artistiques et culturelles qui se "désenferment", qui décloisonnent la culture. La culture émancipe quand elle décloisonne.

Une culture du monde qui serait considérée comme enfermée sur elle-même, sur un passé inaliénable, c'est une culture morte. Nous ne voulons pas de cultures mortes, nous voulons des cultures qui vivent et qui nous émancipent.

Plus nous avons une multitude de sentiments d'appartenance réelle ou supposée, plus nous avons d'interactions groupales, plus nous avons des chances de nous émanciper de tout enfermement déterministe.

L'enjeu de la ville, c'est quoi ? C'est soit une ville qui permet justement de renforcer l'ensemble de ces interactions sans hiérarchie et elle peut donc émanciper, soit une ville qui se soumet à une uniformisation culturelle de la globalisation imposée par l'idéologie dominante. Je vous renvoie à l'uniformisation culturelle mais aussi au débat sur les grandes surfaces de ce matin ; c'est aussi lié. Avec cette ville déshumanisante, il peut y avoir un enfermement, une assignation à résidence communautaire. Ou bien on est une ville transculturelle qui émancipe.

Je conclurai par dire : vive le transculturel !

M. Mao PENINOU, adjoint, président. - Très bien, merci.

Je donne la parole à François-David CRAVENNE, lui rappelant qu?il lui reste dix minutes et qu'il y a un autre intervenant de LR.

M. François-David CRAVENNE. - Merci, Monsieur le Maire.

Nous voilà avec un texte qui fleure bon le communautarisme, qui flatte tout ce qui est différent, qui tente de récupérer les beaux-esprits, et peu importe s?il est irréaliste, les bons sentiments stériles et la naïveté le guident. Pour vous, la culture est évolutive, elle n'est pas ancrée dans l'histoire. Pour vous, la culture doit faire son nid dans l?avenir, pas dans le passé. Pour vous, le passé est rempli de vilains Français qui ont fait tant de mal, qui ont provoqué unilatéralement tant de drames. Vous estimez que l?avenir ne passe que par vos idées car vous vous considérez comme seuls bien-pensants, seuls capables d'incarner un avenir radieux. Pour vous, la culture est volatile. C'est pourquoi votre document indique qu'il n'y a pas de prégnance d'un modèle national homogène, car la culture française faite de trop de sang, de trop de larmes, de trop de bruit et de trop de fureur doit être dissoute dans un ensemble bien plus large. Selon vous, en effet, toutes les autres cultures sont les bienvenues du moment qu'elles permettent d'occulter tout ce qui n'est pas conforme à votre vision du vivre-ensemble, un vivre-ensemble idéalisé et par conséquent totalement déconnecté. Dieu sait si l?histoire de France a connu des conflits. Mais pour vous, experts de la sémantique, le conflit devient dialogue, la guerre est une tension, la haine de l'anxiété. Vous occultez la réalité pour renforcer vos arguments. En conclusion, nous considérons que rien n'est plus extraordinaire que le dialogue entre les cultures, que la confrontation pacifique et bienveillante entre deux perceptions du monde. Mais ce n?est pas ce que vous suggérez. Vous nous proposez d'édulcorer notre héritage, de le rejeter même parfois, diluant notre culture dans celle des autres. Vous souhaitez mélanger les identités, estimant qu?elles permettront de mieux nous entendre. Aux Républicains, nous ne partageons en rien cette conception. Pour nous, le vivre-ensemble passe par le respect du passé et de l'histoire de chacun sans négation, ni aveuglement, ni angélisme, ni électoralisme, ni machiavélisme. Simplement, nous regardons la réalité en face avec lucidité et pragmatisme. Merci.

M. Mao PENINOU, adjoint, président. - Merci.

Je donne la parole à Philippe DUCLOUX, lui rappelant qu'il reste un intervenant derrière lui et qu?il reste neuf minutes de temps de parole.

M. Philippe DUCLOUX. - Déjà, Monsieur le Maire, juste un petit mot pour dire que je suis effaré par les deux interventions des gens qui n'ont pas siégé dans la M.I.E. On voit que les intervenants de chaque groupe ont pu s'exprimer avec un vécu. Mais lorsqu'on parle du texte des autres, cela veut dire qu?on n'a pas siégé et qu?on ne sait pas forcément le contenu et le contenant de notre texte qui a été ambitieux et sur lequel on a travaillé toutes et tous pendant six mois.

C'est important de rappeler le travail qui a été fait à la fois par les élus, par les services, par tous les gens que nous avons auditionné. Je ne laisserai pas dire ce qui vient d'être dit au moment du débat qui nous réunit cet après-midi sur cette M.I.E.

J'ai pris un peu de mon temps, Monsieur le Maire, j'en suis désolé, mais je tenais à réaffirmer ce principe.

Je tiens à remercier également toutes les institutions culturelles. Evidemment, quand on dit interculturalité, on pense aux institutions culturelles qui nous ont accueillis. Je pense aux musées parisiens, aux musées nationaux que nous avons visités, tels que le Musée d'art et d'histoire du judaïsme, l'Institut du monde arabe, l'opéra Garnier et le Musée de l'histoire de l'immigration, qui sont des partenaires de l'Académie de Paris.

Si je dis cela, c?est parce que j'interviendrai dans quelques instants sur la partie éducative de notre M.I.E. Je voudrais dire que cette M.I.E., contrairement à ce que certains ont dit, a été enrichissante, grâce notamment à l'apport des experts, des universitaires que nous avons auditionnés avec grand plaisir pendant six mois. Cette M.I.E. a permis de réaffirmer les valeurs auxquelles nous sommes, nous, élus de gauche, et j'espère tous les élus, attachés, qui sont des valeurs de liberté, d?égalité et de fraternité.

Ces valeurs sont également celles de notre ville, une ville bienveillante, inclusive, une ville-monde, qui est Paris, qui accueille et qui intègre. Ce sont, comme je l?ai rappelé à l?instant, les valeurs de notre devise.

Je voudrais maintenant dire quelques mots sur les questions liées à l'éducation, qui ont été longuement soulevées par notre M.I.E. L'école, mes chers collègues, est un lieu d'apprentissage de la rencontre, du vivre-ensemble, elle doit rester un lieu de vie qui favorise l'ouverture à la diversité culturelle. L'école a un rôle à jouer dans l'éducation des futurs citoyens. Elle doit leur inculquer un certain nombre de valeurs parmi lesquelles le respect de la différence et l'ouverture à l'altérité.

Alexandra CORDEBARD, dans son discours introductif lors de son audition à la M.I.E., précisait que l'interculturalité dans le cadre de l'éducation, c'est peut-être ce qui consiste à fabriquer du langage commun pour pouvoir enrichir le collectif des différences des enfants et parfois de leurs parents.

A cet égard, l'école doit poursuivre les actions engagées dans le cadre de la politique pour promouvoir les ouvertures culturelles par la recherche d'offres associatives dédiées ou par la formation des animateurs, notamment dans le cadre de la nouvelle école de l'animation de la DASCO.

Jacques DELORS, dans son rapport à l?Unesco de la Commission internationale pour l'éducation du XXe siècle, précisait qu'il importe d'assumer la diversité et la pluri-appartenance comme une richesse. L'éducation au pluralisme est non seulement un garde-fou contre les violences mais un principe actif d'enrichissement culturel et civique des citoyens contemporains. De la même manière, Michel SERRES, philosophe et historien que tout le monde connaît sur nos bancs, fait l'éloge du métissage. Je le cite : "Tout apprentissage exige ce voyage avec l'autre et vers l'altérité.".

Paris, mes chers collègues, prend l?engagement de scolariser tous les enfants, d'où qu'ils viennent et dès qu?ils arrivent, ainsi que l'a souligné Alexandra également lorsqu'elle était venue à cette audition. Sous l?autorité bien entendu d?Anne HIDALGO, Maire de Paris, à travers sa politique très volontariste en soutien à l?Education nationale, qu'il s'agisse d'enfants de réfugiés, d'enfants de familles qui vivent dans la rue, d'enfants dont les parents sont en grande difficulté sociale, tout est mis en ?uvre par l'Education nationale et avec le soutien de la Ville pour que cette scolarisation soit effective et qu?elle puisse proposer un avenir à ces enfants comme à l'ensemble des petits Parisiens.

C'est ainsi que l'effort accompli avec le Centre académique pour la scolarisation des nouveaux arrivants et des enfants du voyage, le C.A.S.N.A.V., sur la scolarisation des jeunes en attente de la décision du juge sur leur orientation nationale est un point fort. Le jeune est en immersion dans une classe avec d'autres enfants. Le fait même qu'il soit à l'abri et installé avec d'autres jeunes Français lui permet d'être déjà dans une forme d'interculturalité.

Des classes d'initiation qui ont été créées par l'Education nationale à partir de 1973 pour les élèves arrivant de l'étranger - on les appelait les C.L.I.N. -, avec leur équivalent dans le seconde degré, les classes d'accueil, existent toujours même si elles ont simplement changé de nom, puisqu'aujourd'hui il s'agit des unités pédagogiques pour les élèves allophones arrivants, les UP2A. Des centres de formation agréés C.A.S.N.A.V. préparent les enseignants à intervenir dans ces classes d?initiation.

La Ville de Paris, mes chers collègues, est décidée à poursuivre et à perfectionner sa contribution à une école plus interculturelle en proposant des formations et ressources liées à l'interculturalité aux professeurs de la Ville de Paris, dans les domaines suivants : la musique, les arts plastiques, les sports. Elle doit interpeller le Rectorat, l'Académie autour du renforcement des actions autour du pluri et multilinguisme dont les langues occidentales et ce dès la petite enfance jusqu'à l'enseignement supérieur, sans le limiter aux enfants d'origine étrangère. Je parle de l?ouverture dans tous les cours dits de langue d'origine, en présence d'assistants de langue du premier degré.

Elle doit développer l'accueil des mineurs isolés, étrangers et des mineurs suivis par l?A.S.E. dans les dispositifs de la réussite éducative. Elle doit étendre le dispositif "Déclic Langues", expérimenté par la DASCO dans les 6e et 14e arrondissements, qui permet d'éveiller les élèves parisiens à la diversité culturelle grâce aux recrutements d'animateurs bilingues et à des partenariats avec de grands instituts culturels installés à Paris.

Elle doit continuer à prioriser les moyens mis en ?uvre sur les établissements scolaires classés en R.E.P. à l'instar des dispositifs "coup de pouce", aide à la lecture ou classes de découverte.

Voilà, mes chers collègues, j'ai été très heureux de participer à ma 6e M.I.E., un outil très important que Bertrand DELANOË avait initié en 2002 et que Mme la Maire, évidemment, a prolongé. La M.I.E. est une innovation démocratique portée à l'époque par la gauche et elle est l'émanation de la loi relative à la démocratie de proximité de 2002 portée par Lionel JOSPIN et adoptée par l'Assemblée nationale. Un petit mot pour dire que?

M. Mao PENINOU, adjoint, président. - Vous mangez sur le temps de parole de votre groupe.

M. Philippe DUCLOUX. - Comme le rappelait Mme la Maire tout à l'heure, j'espère qu'en 2024 Paris aura l'occasion d'accueillir le monde à travers l?organisation des Jeux de toute la jeunesse du monde. Je vous remercie.

M. Mao PENINOU, adjoint, président. - Merci.

La parole est à Thierry HODENT. Vous avez 8 minutes 25, vous n?êtes pas obligé.

M. Thierry HODENT. - Merci, Monsieur le Maire.

J?essaierai de ne pas prendre les 8 minutes 25 mais je vais quand même vous donner un certain nombre de points.

Mes chers collègues, tout d'abord, je partage les remerciements de la présidente et de la rapporteure, tant vis-à-vis des équipes de la M.I.E. que vis-à-vis de tous les intervenants. Je pense avoir participé à toutes les réunions, ce qui était une charge assez lourde, je dois vous le dire, après tant d'heures passées à échanger, après avoir défini autant de préconisations qu?ensuite prendra vraiment cette M.I.E. interculturalité. Beaucoup d'échanges, malheureusement peu d'idées neuves, et surtout pas d'actes qui participeraient à la mise en valeur de la culture à Paris. Globalement, que proposez-vous, à part du papier et du blabla ? Charte, comité de pilotage, étude de faisabilité, recherche d'un équilibre dans le soutien de la Ville. Bref, c'était une réflexion pour entamer une autre réflexion, donc une perte de temps. Ce qui est dommage parce que les travaux étaient, à mon avis, de qualité. L'imposition de problématiques est la meilleure amie du principe de culture majoritaire, ce qui contrevient à l'idée même d'interculturalité qui, alors, perd tout son sens quand on l'impose.

Valorisons l'échange et la force des mélanges plutôt que de culpabiliser sur nos principes culturels et d?enlever à Paris, et donc aux Parisiens, le droit de vivre et de partager leur propre culture. Si votre projet avait été réellement pertinent, vous auriez réussi, entre vous d'abord, à vous mettre d'accord. Pourtant, ce n'est pas le cas. Les conclusions ne font pas consensus, sans doute parce que vous refusez l'échange d'idées entre décideurs publics. Etonnant, pour des gens qui militent pour un monde où les cultures s'entendent, se répondent et s'acceptent. C'est ce qui arrive quand on choisit de privilégier la bien-pensance à l'action concertée. Je donne quelques exemples pour illustrer mon propos : la préconisation 16 "valoriser les actions interculturelles dans le cadre de l'appel à projets kiosques parisiens", ou la préconisation 32 "promouvoir la convergence didactique des langues comme une méthode d'apprentissage, mais aussi de lutte contre les inégalités".

Avec de tels projets, il est clair que Paris va devenir une ville où les cultures interagissent ensemble. Bien évidemment, je plaisante. En dehors de ça, l'enseignement que je retire de toute cette mission est que l'interculturalité existe à Paris, existait déjà avant et continue à exister. Je pense qu'il faudrait mettre en place une nouvelle structure, plus concrète, et ne pas rester sur des objectifs assez fumeux. Je vous remercie.

M. Mao PENINOU, adjoint, président. - Merci.

La dernière intervenante est Virginie DASPET, pour 2 minutes 30.

Mme Virginie DASPET. - Je vais donc aller très vite, merci.

Je ne vais pas vous parler de tout ce que j'avais prévu, c'est-à-dire notamment de tous les dispositifs qui existent dans les quartiers populaires, dont nous nous sommes rendu compte de tout ce qu'ils avaient comme créativité et comme énergie, et que nous vous proposons de modéliser pour qu?ils puissent irriguer dans tout Paris.

Je vais revenir à l'aspect plus polémique de ce qui nous retient aujourd'hui en séance et qui fait que ce rapport, sur lequel nous avons travaillé ensemble pendant six mois, que nous avons voté partie par partie, préconisation par préconisation, de manière assez ubuesque ne sera pas voté aujourd'hui dans cet hémicycle.

Je crois qu'il y a quand même une grande hypocrisie dans tout ce que l'on a entendu, à la fois à la fin de cette M.I.E. et à la fois aujourd'hui, notamment, de la part de personnalités qui n'étaient pas présentes autour de ces travaux. Je crois qu?il faut dire les choses de manière claire parce qu?au-delà de toutes ces arguties, la réalité, c'est que nous avons une différence d'approche totalement opposée. On l'a vu dès les premières séances de cette mission puisque, quand il s'est agi de définir ce qu'était l'interculturalité, on a bien compris qu'il y avait des choses qui coinçaient entre nous.

Qu'est-ce qui coince entre nous ? Autant dire les choses franchement. C?est qu?il y a des gens qui sont pour l'interculturalité, autrement dit les gens de gauche, pour faire schématique, et il y a des gens qui sont tout à fait assimilationnistes - oui, Madame FANFANT ; d'ailleurs, c'est ce que vous écriviez dans votre préambule - et qui, de fait, sont plutôt les gens de droite. Le débat que l'on a aujourd'hui, ce n'est pas sur telle ou telle ligne d?une préconisation, ou sur telle ou telle citation qui aurait été plus ou moins valorisée dans le rapport final, c'est tout simplement cette différence d'approche. Je crois qu?il faut l'assumer jusqu'au bout. Tout ce qui a pu être dit depuis tout à l'heure, notamment par M. CRAVENNE, que j'ai découvert pour la première fois et que j'ai entendu prendre la parole dans cet hémicycle, était assez parlant sur cette différence de point de vue.

Comme il me reste 25 secondes, je vous invite chaleureusement à voter à la fois ce rapport et les 100 préconisations qui en sont issues, et également à voter le v?u qui va vous être présenté pour une charte de l'interculturalité à Paris qui permet de donner cohérence à toutes ces propositions. Je vous remercie.

M. Mao PENINOU, adjoint, président. - Merci beaucoup.

Pour vous répondre à toutes et tous, Bruno JULLIARD, puis Hélène BIDARD.

M. Bruno JULLIARD, premier adjoint. - Merci beaucoup, Monsieur le Maire, et merci à l'ensemble des intervenants, et surtout, merci à la présidente de la M.I.E., chère Marie ATALLAH, ainsi qu?à la rapporteure, chère Nathalie FANFANT. Merci aussi à l'ensemble des Conseillers de Paris qui ont consacré une part importante de ces six derniers mois à consulter, à analyser, à discuter les enjeux liés au dialogue permanent entre les différentes cultures dans une ville ouverte ou plutôt, devrais-je dire comme Jules Michelet, déjà à la fin du XIXe siècle, à propos de Paris : "une ville qui représente le monde, car tous les peuples affluent pour y puiser les éléments de civilisation, un grand carrefour où viennent aboutir les routes des Nations".

Je me dois d'abord d'exprimer un regret, celui que votre approche pragmatique, Madame la Présidente, n'ait pu faire l'unanimité entre l'ensemble des groupes politiques du Conseil de Paris - nous venons de le voir - et que l'un d'entre eux, le groupe des Républicains - je ne sais si c'est par réflexe ou par opposition de principe -, ait d'abord vu dans cette mission l'occasion de prolonger une dispute entre les tenants d'une vision dite "assimilationniste", largement représentée par François-David CRAVENNE, faisant de la culture française un creuset unique et intangible, et ceux d'une vision, qui, de mon point de vue, est tout aussi contestable, de coexistence nécessairement figée entre cultures inconciliables, renvoyant chacun à sa communauté. C?est, je crois, ce qu?il fallait justement éviter et ce que vous avez réussi à éviter.

J'ajoute, d'ailleurs, qu'en écoutant les différentes interventions des représentants des Républicains, peu de points communs entre l'intervention de la Présidente KOSCIUSKO-MORIZET et celle de François-David CRAVENNE, ou plutôt, un seul point commun, celui de travestir le rapport pour au moins se mettre d'accord sur un point, celui de mal lire le rapport tel qu'il vous est présenté aujourd'hui. Mais je n'ai pas vu beaucoup de points d'accord dans l'analyse de l'une et de l'autre.

Je m'arrêterai un instant sur le deuxième écueil que je viens de citer, que vous avez donc su éviter, à savoir tenter de définir le caractère insaisissable de ces cultures différentes dont nous parlons. Insaisissable, car la culture est partout, mouvante et protéiforme. Comme le disait le Prix Nobel de médecine, disparu en 2013, François Jacob : "Presque tout ce qui caractérise l'humanité se résume dans le mot culture. Comment, alors, préciser les contours de ce presque tout, comment analyser les espaces de partage et d'échange entre les cultures ?" Ces espaces sont, en effet, omniprésents et c'est particulièrement vrai à Paris. Il n'est de pratique culturelle qui ne puisse se réclamer de sources et de références innombrables, puisées bien au-delà de nos frontières géographiques ou temporelles.

La culture parisienne - et votre rapport le confirme de façon argumentée et documentée - est ainsi, par définition même, interculturelle. Plutôt que de vous risquer à une entreprise périlleuse de dénombrement ou de classification de ce que seraient les différentes cultures présentes à Paris, vous avez fait le choix, là aussi, du pragmatisme en appuyant votre propos sur l'expérience vécue des habitants, des acteurs associatifs ou institutionnels, des agents qui font vivre nos équipements municipaux, de tous ceux qui, de près ou de loin, constituent le ciment de notre cohésion sociale. Ce travail fastidieux vous a conduits à nous présenter aujourd'hui des préconisations que je pourrais résumer en deux grandes catégories.

Tout d'abord, valoriser ce dialogue et cette ouverture culturelle qui sont l'ADN de notre ville, mais qui restent bien souvent invisibles, faute d'un éclairage politique insuffisant. Vous recommandez ainsi que Paris s'affirme comme ville interculturelle. Je ne peux que recevoir favorablement cette proposition. Elle fait d'ailleurs écho, à plusieurs titres, à un travail déjà entrepris par ma collègue en charge de l?égalité et de la lutte contre les discriminations, Hélène BIDARD, sur le Paris de l?égalité, comme le v?u porté par l?ensemble des groupes de la majorité municipale. Cette profession de foi nécessite l'écriture d'une charte interculturelle, dont sera chargé un comité de pilotage encore à définir.

Madame Fadila MÉHAL, évidemment, les groupes politiques pourront y être représentés.

Ce comité de pilotage devra être alimenté par l?APUR, par le Conseil des générations futures ainsi que par le Conseil scientifique de la Ville. Cette charte pourra ensuite se matérialiser par la constitution d'un label valorisant l'implication de toutes les structures volontaires dans les échanges culturels, y compris les services publics parisiens.

Le deuxième grand ensemble de préconisations concerne justement l'intégration de cette réalité des pratiques interculturelles à Paris dans nos politiques publiques. Il faudra ainsi prendre en compte cette exigence d?ouverture dans les différents appels à projets portés par la Ville comme, par exemple, celui piloté par Colombe BROSSEL "Laïcité et valeurs de la République", ou encore dans le cahier des charges, des structures financées par la Ville de Paris comme les centres "Paris Anim'", les centres sociaux ou encore les équipements culturels. Au nom de l'Exécutif, je peux d'ores et déjà vous répondre que nous prendrons grand soin de suivre ces recommandations et de donner une issue concrète à vos travaux.

Pour conclure, je voudrais ici dire que le suivi des recommandations de cette M.I.E. particulièrement riche et d'ailleurs à certains aspects, il faut le reconnaître, atypique, ne constitue pas à mon sens un bouleversement, mais s'inscrit précisément et pleinement dans le projet politique que nous portons ensemble. Il s'agit d'abord et avant tout d'affirmer ce que nous sommes, de le dire haut et fort et de le dire fièrement. Car notre ouverture n'est pas simplement un supplément d'âme ou une marque de générosité, elle est d'abord et avant tout un anticorps puissant contre les tensions qui menacent en permanence notre cohésion, notre capacité à faire de notre démocratie une langue commune, une langue vivante.

Les résultats du vote au second tour de l'élection présidentielle faisant de Paris la ville dans laquelle le FN convainc le moins en France en sont une belle illustration. Ce que nous construisons avec les habitants de notre ville va bien au-delà des frontières de notre Capitale. C'est une façon de se tenir face au monde, de refuser d'en avoir peur, mais plutôt de s'en nourrir pour ouvrir sans cesse de nouvelles perspectives de progrès.

Cette capacité à faire preuve à la fois d'une sérénité à toute épreuve et d'un esprit de rébellion contre l'ordre des choses, l'historien Patrick BOUCHERON en a fait l'une des principales raisons d'espérer au milieu des tourments du monde. C'est pourquoi, pour conclure, j'emprunterai ses mots en guise de conclusion prononcés l'année dernière, lors de sa leçon inaugurale au Collège de France : "Ce qui surviendra, nul ne le sait. Mais chacun comprend qu'il faudra, pour le percevoir et l'accueillir, être calme, divers, et exagérément libre." Et cela vaut pour beaucoup de choses.

M. Mao PENINOU, adjoint, président. - La parole est à Mme Hélène BIDARD, pour 3 minutes.

Mme Hélène BIDARD, adjointe. - Je vais commencer par remercier Bruno JULLIARD d'avoir cité Patrick BOUCHERON en Conseil de Paris. Cela fait du bien. Je veux remercier les 15 conseillers et conseillères de Paris qui ont participé aux travaux de la M.I.E., Marie ATALLAH et Nathalie FANFANT qui ont animé de nombreuses séances de travail. Merci également aux agents et à tous les groupes et collaborateurs qui ont contribué à sa rédaction.

Pour répondre aux collègues de droite, je regrette que nombre de vos interventions relèvent encore de la caricature. Après avoir participé de façon constructive aux travaux, j'ai bien peur que le groupe les Républicains, par exemple, ait voté contre ce rapport par simple opportunité politique car, pour la droite de notre Assemblée, il fait bon agiter le refus de l'intégrité et la diversité.

Je regrette que Mme KOSCIUSKO-MORIZET ne soit pas allée au bout de sa réflexion puisqu'elle nous a expliqué qu'il s'agissait ici pour nous de financer n'importe quoi. Que voulait-elle exactement pointer du doigt dans son intervention ? S'agissait-il de pointer l'accès au droit, les cours de langue, la francophonie, les politiques d'intégration de jeunesse ou les politiques culturelles. Je regrette vraiment qu'elle ne soit pas allée au bout de son intervention.

Je tiens, de mon côté, à redire, comme souligné dans le rapport, le travail déjà accompli par notre collectivité. En effet, cette M.I.E. a finalement révélé qu'à l'instar de M. JOURDAIN, nous menions déjà des politiques interculturelles à Paris mais sans le savoir, sans y avoir mis ce terme. Paris ville monde est depuis longtemps une terre d'accueil, de diversité, où les différentes cultures se mélangent, se rencontrent sur les bancs de l'école, dans les rames de métro, dans les services publics, dans les entreprises. Comme un symbole, Paris participe ainsi largement à la hausse tendancielle des mariages mixtes constatée en France, depuis le milieu des années 50, passée par exemple de 6 % à 14 % aujourd'hui.

L'engagement de Bruno JULLIARD en tant que premier adjoint démontre que l'action de la Ville est transversale pour valoriser les différentes cultures présentes dans la Capitale, tout en favorisant leur dialogue et la citoyenneté.

Je vais terminer par un mot, à vous qui avez tous fièrement posés le drapeau européen sur votre pupitre, je veux dire que le Conseil de l'Europe lui-même invite les collectivités non seulement à ne pas tomber dans le relativisme moral et multiculturalisme, mais également à éviter le conformisme restrictif de l'assimilation. Je crois que ces mots de l'Europe sont importants aujourd'hui.

Je vous remercie.

M. Mao PENINOU, adjoint, président. - Merci.

Ceci étant un rapport, il ne donnera pas lieu à vote. Cependant, un v?u, le n° 4, a été déposé par l'ensemble des groupes de la majorité.

Je mets donc aux voix, à main levée, ce v?u avec un avis favorable de l'Exécutif.

Qui est pour ?

Qui est contre ?

Qui s'abstient ?

Le v?u est adopté. (2017, V. 100).