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Juillet 2008
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2008, V - Question d’actualité posée par le groupe socialiste, radical de gauche et apparentés à M. le Maire de Paris relative au désengagement de l’Etat dans les quartiers politique de la ville.

Débat/ Conseil municipal/ Juillet 2008


 

M. LE MAIRE DE PARIS. - La parole est à Mao PENINOU, pour la question d?actualité du groupe socialiste, radical de gauche et apparentés.

M. Mao PENINOU. - Monsieur le Maire, chers collègues.

Ici même, le mois dernier, Frédérique PIGEON soumettait un v?u à notre Conseil alertant le Préfet de Paris sur les inquiétudes des associations intervenant dans le domaine de la politique de la ville quant à leur financement pour l?année 2008.

Deux semaines après la présentation du plan Espoir banlieue par M. le Premier ministre, c?est à nouveau sur ce sujet que je souhaite vous saisir aujourd?hui. Nos inquiétudes, ainsi que celles des responsables associatives vont en effet grandissantes.

A Paris, sur l?ensemble des 14 quartiers politiques de la ville le recul de l?engagement de l?Etat menace de façon de plus en plus alarmante. Pour vous en donnez quelques exemples concrets dans le 18e arrondissement, l?association la Salle Saint-Bruno, qui organise une part importante du soutien scolaire craint de voir ses subventions diminuer de 55 % entre 2007 et 2008. Dans le 19e, c?est la régie du quartier nord qui risque de voir l?ensemble du volet insertion de son action menacé, et en particulier son soutien à l?apprentissage du français.

Dans le 20e, la subvention du centre social relais de Ménilmontant pourrait chuter de 55 % en un an. Plus généralement, ce sont l?ensemble des actions en faveur de l?apprentissage du français pour les familles, de l?accès au droit et de l?intégration qui sont aujourd?hui menacées dans leur existence même. Ces inquiétudes se situent aussi dans un cadre plus global. La présentation du plan espoir banlieue n?a amené aucun élément nouveau par rapport au discours du Président de la République en février dernier.

Les principales mesures annoncées ne sont toujours financées, et les seules qui le soient le sont par le redéploiement de crédits. Pas un centime d?euro supplémentaire n?a été investi.

On peut même se poser la question de savoir si la politique de la ville existe encore dans notre pays.

Le retour à des politiques de droit commun, l?amputation des crédits de l?Agence de cohésion sociale et de l?égalité des chances de tout son volet intégration maintenant géré par M. le Ministre de l?Immigration, ou les tentations de désinvestissement de la C.A.F. du soutien scolaire nous inquiètent d?autant plus.

La politique de la ville est certes un dispositif complexe auquel participent de nombreux acteurs, mais c?est avant tout un instrument de lutte contre ce qui est sans doute le pire fléau français : la ségrégation urbaine, cette lente détérioration de notre tissu social qui fait que l?on ne naît plus égaux en droits selon là où on est né, ce cancer qui ronge notre pays, son vivre ensemble, son contrat social qui brise l?espoir des familles en un avenir meilleur pour leurs enfants.

Il n?y a pas d?avenir dans notre pays pour une société qui acterait cette fracture entre une France dans laquelle on vivrait somme toute bien et des quartiers dans lesquels les citoyens seraient délaissés par la puissance publique. C?est pourquoi je tenais à nouveau à vous alerter. La politique de la ville est en danger, nos quartiers sont en danger, et ce sont plusieurs dizaines de milliers de Parisiens qui sont aujourd?hui concernés.

(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste, radical de gauche et apparentés, communiste, du Mouvement républicain et citoyen et ?Les Verts?).

M. LE MAIRE DE PARIS. - Madame STIEVENARD, vous avez la parole.

Mme Gisèle STIEVENARD, adjointe. - Chers collègues, je remercie le groupe socialiste radical de gauche et apparentés de l?intérêt manifesté à l?égard de la politique de la ville qui en effet, vit des heures difficiles.

En juin dernier, en réponse à Frédérique PIGEON, j?ai évoqué les gels de crédits opérés sur les subventions aux associations, je n?y reviens pas dans le détail car Mao PENINOU, à l?instant, a parfaitement exposé nos préoccupations. Sachez chers collègues qu?à cet égard, selon votre v?u, j?ai écrit à M. le Préfet de Région sur l?exigence du maintien des soutiens de l?Etat aux associations, dans la durée.

Entre temps, s?est tenu le Comité interministériel des villes qui avait été reporté à trois reprises. Le Gouvernement s?est enfin réuni le 20 juin à Meaux mais l?engagement national en faveur des quartiers populaires promis par le président de la République n?était pas au rendez-vous.

Il se limite à des annonces déjà connues, des mesures d?affichage comme le ?busing?, consistant à faire croire que la mixité sociale peut être obtenue en louant des cars pour déplacer quelques enfants des écoles en difficulté vers les centres-villes, et surtout un plan qui affirme sans complexe une politique uniquement financée par des redéploiements.

A l?évidence, le Gouvernement refuse d?entendre les appels au secours des associations et des élus sur l?aggravation des logiques de ségrégation et de ghettoïsation des quartiers populaires. Or, les fractures continuent à se creuser, faute d?une politique dynamique d?application de la loi Solidarité Renouvellement Urbain et d?une véritable péréquation financière à la hauteur des besoins.

S?y ajoute l?annonce d?une réduction drastique du nombre de quartiers prioritaires qui passeraient de 2.000, actuellement, à seulement 215. C?est révoltant. Loin de nous l?idée de figer la géographie des quartiers ?politique de la ville?. Mais la politique de la ville n?est pas non plus réductible uniquement aux opérations de renouvellement urbain financées par l? A.N.R.U., qui portent sur un nombre très limité de territoires.

L?Etat ne peut renvoyer les projets de développement en cours dans des centaines de quartiers défavorisés, simplement au droit commun ou à la seule volonté des collectivités locales. Le Gouvernement a lancé contre les collectivités locales une campagne de dénigrement, les accusant d?être trop dépensières alors que l?Etat ne cesse de se décharger sur elles de missions essentielles et coûteuses.

Tout cela se fait de façon unilatérale, sans dialogue. L?Etat nous traite comme des exécutants, pas comme des partenaires. Cette attitude de mépris est inacceptable. D?ailleurs, la fronde des maires est en train d?enfler un peu partout, quelles que soient les sensibilités. C?est pourquoi j?invite tous nos collègues à défendre les intérêts des quartiers populaires parisiens, en relayant les inquiétudes légitimes portées par les associations et en exigeant une dynamique forte, durable, de la solidarité nationale, conformément au Contrat urbain de cohésion sociale que nous avons signé le 30 mars 2007.

C?est l?avenir de plus de 300.000 Parisiens qui est en jeu dans ces quartiers. Je remercie Mao PENINOU d?avoir donné un coup de projecteur sur cette situation qui nous inquiète profondément.

(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste, radical de gauche et apparentés, communiste, du Mouvement républicain et citoyen et ?Les Verts?).

M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci bien.