Précisez votre recherche (les choix sont cumulatifs) :
> PAR ANNÉE  
Juin 2017
> PAR TYPE DE CONSEIL (MUNICIPAL / GÉNÉRAL)  
Conseil Municipal
> Type de document (Débat / Délibération)  

VI - Question d'actualité posée par le groupe UDI-MODEM à Mme la Maire de Paris et à M. le Préfet de police relative au rapport du Préfet de police sur la fermeture des berges rive droite.

Débat/ Conseil municipal/ Juin 2017


 

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Bien, nous passons à la question d'actualité suivante.

La parole est à M. Eric AZIÈRE, Président du groupe UDI-MODEM.

M. Eric AZIÈRE. - Oui, Monsieur le Préfet de police, le 26 septembre dernier, votre prédécesseur Michel CADOT nous expliquait que l'avis conforme qu?il accordait au projet de fermeture des berges rive droite était conditionné à la mise en place d?un comité technique de suivi et au respect d'une période d'expérimentation de six mois au terme de laquelle un bilan objectif et complet devait être publié.

Prévu à l'origine le 21 avril, ce bilan de la fermeture des voies sur berges avait dû être repoussé suite à l'accident de la circulation qu'a subi Michel CADOT - j?en profite pour lui adresser mes v?ux de prompt rétablissement. On nous le promettait alors pour mi-mai et, malgré nos sollicitations, nous sommes le 6 juin, et toujours rien. Elles sont pourtant légitimes, les questions que se posent les Parisiens, tant les informations qui sont parvenues sur les conséquences de cette fermeture sont encore relativement floues, voire franchement contradictoires.

En effet, si on se fie aux commentaires de l?Exécutif parisien, tout va bien. M. NAJDOVSKI nous parlait lors du dernier Conseil de Paris d?un impact limité à la zone centrale de Paris ou encore à l?absence d?impact ou encore en matière de pollution de quelques augmentations de faible niveau, très localisées.

Pourtant, le constat semble bien différent pour ceux qui circulent, piétons comme automobilistes sur les quais hauts et le boulevard Saint-Germain. Ainsi, les différents rapports d'étape du comité régional de suivi montrent des chiffres beaucoup plus inquiétants, aussi bien en termes de report de circulation : plus 73 % de temps de parcours sur les quais hauts le soir entre janvier 2015 et janvier 2016, plus 37 % sur le boulevard Saint-Germain.

Enfin, les premières conclusions d'Airparif publiées fin mars montrent aussi des augmentations de pollution importantes sur les axes de report, qui peuvent atteindre 5 % sur le boulevard Saint-Germain ou le boulevard périphérique, et même 10 % sur les quais hauts. En fait, on ne sait plus qui croire. On voudrait nous embrumer ou bien créer de la confusion que l'on ne s'y prendrait pas autrement. C'est l'opération "Smoke on the water", comme dirait Deep Purple.

C?est pourquoi l?éclairage du rapport de la Préfecture de police, sur ces différents points, devient indispensable et urgent. Encore une fois, nous ne sommes pas opposés à la piétonisation des bords de Seine, mais nous dénonçons la façon dont cette piétonisation est menée : un calendrier politique qui impose la mise en ?uvre précipitée du projet, un choix non concerté des quais bas alors que les quais hauts auraient été sans doute plus pertinents, une absence totale de concertation avec nos partenaires de la Métropole ou avec les maires des villes riveraines et un rejet systématique de toute proposition de scénario alternatif.

Qu?est-ce qu?on attend pour publier ce rapport ? Attendons-nous que "Paris Plage" fige de nouveau l'interdiction de circuler jusqu'à l'automne ? Devrons-nous attendre la chute des feuilles des arbres des quais pour voir tomber les meilleures feuilles du rapport ? Si un délai supplémentaire était tout à fait compréhensible après l'accident du Préfet CADOT, le retard pris aujourd?hui commence à devenir anormal.

J?ai donc deux questions pour vous, Monsieur le Préfet de police. Quand les Parisiens pourront-ils prendre connaissance des conclusions de la Préfecture de police, après l?expérimentation de six mois de la fermeture des berges rive droite, et qu?arrivera-t-il si, comme nous pouvons le craindre, les conclusions de ce rapport ne sont pas bonnes et remettent en question la piétonisation des voies sur berges ? Dans une formulation aussi phonétique que peu académique, je dirai : où qu?il est le rapport et c?est quand qu?on le lit ?

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Je vais donner la parole d?abord à Serge BOULANGER pour la Préfecture de police, puis à Christophe NAJDOVSKI.

Monsieur BOULANGER, vous avez la parole.

M. LE REPRÉSENTANT DU PRÉFET DE POLICE. - Merci, Madame la Maire.

Rassurez-vous, Monsieur AZIÈRE, les engagements du Préfet de police, même si le Préfet de police a changé entre temps? La continuité de l?Etat fait que les engagements seront tenus et que le comité technique de suivi sera réuni tout prochainement. Comme vous le savez, il y a un principe, dans notre système républicain, qui s?applique à tous les fonctionnaires de l?Etat, qui est celui de la réserve électorale, et il y a cette année deux élections d?ampleur : les élections présidentielles et les élections législatives. Nous avions déjà répondu, lors du dernier Conseil de Paris, à un v?u qui avait été déposé de même nature, et j?avais indiqué déjà à l?époque que le comité de suivi serait réuni sitôt après la fin de la période de réserve électorale, compte tenu de la sensibilité de ce sujet exploité sur le plan médiatique national. Et donc, il sera réuni sitôt après. Dans l?attente, je rappellerai simplement que depuis la création du comité technique de suivi, celui-ci a été réuni de manière bimestrielle, de manière stricte et assidue, et que l?ensemble des documents qui ont été apportés par l?intégralité des participants, quel que soit leur statut, ont été mis en ligne sur le site Internet de la Préfecture de police et étaient donc en accès grand public. Et donc, il ne pouvait pas y avoir plus grande transparence par rapport à l?analyse et aux différents constats qui ont été relevés par l?ensemble des acteurs membres de ce comité. Le comité de suivi sera donc réuni sitôt après les élections législatives.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, Serge BOULANGER.

La parole est à M. Christophe NAJDOVSKI.

M. Christophe NAJDOVSKI, adjoint. - Merci, Madame la Maire.

M. le Préfet de police organisera le quatrième comité de suivi des berges le 23 juin prochain, tous comités confondus : parisien, métropolitain, régional. Les berges de Seine auront ainsi fait l?objet d?une douzaine de réunions de suivi depuis le début de la piétonisation en septembre dernier. Comme nous l?avons fait depuis le début, la Ville de Paris tient à disposition de la Préfecture de police, en toute transparence, tous les éléments de diagnostic en vue de l?évaluation de l?impact de la piétonisation des berges.

Au niveau de la circulation automobile, sans entrer dans le détail, je rappelle que jusqu?ici, les temps de parcours mesurés restent inférieurs aux prévisions de l?étude d?impact "Systra". Et d?ailleurs, avec le temps, nous avons pu constater une diminution du trafic sur les axes de report.

Nous travaillons par ailleurs à réduire certains effets négatifs, conformément au v?u adopté lors de notre Conseil du mois dernier, et nous souhaitons coopérer avec la Préfecture de police et la Région Ile-de-France sur les mesures d?accompagnement :

- la mise en place d?une ligne de bus à haut niveau de service sur les quais hauts ;

- la pose d?enrobés phoniques adaptés et/ou la baisse de la vitesse à 30 kilomètres heure sur les axes concernés afin de diminuer les nuisances sonores ;

- l?adaptation par le S.T.I.F. des parcs de stationnement dans la périphérie de Paris, pouvant être labellisés en parcs relais ; j?ai écrit le mois dernier à Mme la Présidente du S.T.I.F. en ce sens ;

- la réalisation rapide du Plan Vélo et de son prolongement hors de Paris, afin d?offrir une alternative confortable, efficace et sûre à la circulation en véhicules individuels motorisés ;

- le développement de solutions de transport fluvial ;

- la mise en place de carrefours intelligents sur les quais hauts afin d?améliorer la fluidité des intersections.

Nous travaillons sur l?ensemble de ces points, dont la plupart sont dans notre feuille de route et travaillés par la Direction de la Voirie et des Déplacements.

Il est un autre impact que les différents comités ne mesurent pas, mais qui est tout aussi réel. Nous avions l?an dernier une autoroute urbaine qui voyait défiler 43.000 véhicules par jour. Ces trois kilomètres au c?ur de Paris, au c?ur d?un espace classé au patrimoine mondial de l?UNESCO, offrant l?une des plus belles vues sur la Seine, ses îles et son patrimoine, étaient inaccessibles aux promeneurs parisiens, franciliens et du monde entier. Nous ne l?avons pas seulement, Monsieur AZIÈRE, fermé à la circulation automobile, nous l?avons ouvert à la circulation piétonne et cycliste, et plus largement à d?autres usages.

Le parc des rives de Seine attire aujourd?hui un public nombreux, en semaine et le week-end. Les différents usages et rythmes se mettent en place, parce que la population s?est appropriée ce nouveau parc. Vous y croisez le matin, en semaine, des joggeurs, des cyclistes, heureux de pouvoir enfin traverser Paris sans les dangers de la circulation automobile et sans respirer les gaz d?échappement. De nombreux Parisiens viennent y pique-niquer le midi. J?en ai croisé plusieurs d?entre vous - pour certains, d?ailleurs, opposés au projet, mais rassurez-vous, je ne donnerai pas de nom. Toute la journée, des touristes et promeneurs déambulent. Les parents peuvent laisser leurs enfants jouer, déambuler ou apprendre à faire du vélo. Les soirées sur les berges sont très conviviales, certains disent même qu?elles le sont trop, mais cela démontre simplement l?énorme besoin d?espaces de respiration et de tranquillité comme celui que nous venons d?ouvrir, à l?image de ce que de nombreuses villes en France et dans le monde avaient réalisé. Pour conclure, Monsieur le Président, je voudrais dire là où vous voyez une fermeture et une opération "Smoke on the Water", permettez-moi d?y voir au contraire une ouverture et une opération "Stairway to Heaven", pour rester dans la métaphore musicale. Un projet de cette ampleur ne pouvait laisser indifférent. Observons-le simplement aujourd?hui, les uns et les autres, dans toutes ses dimensions pour l?adapter, le cas échéant, mais aussi pour reconnaître et soutenir ce qu?il apporte à nos concitoyens.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, Christophe NAJDOVSKI. Merci, Monsieur le Préfet.

D?abord, je constate la grande culture rock de cette équipe, majorité comme opposition, et cela ne peut que me plaire, moi qui suis une "fan" de Janis Joplin, en plus des autres. Mais surtout, pour revenir au sujet, je pense que oui, c?est un sujet qui a entraîné beaucoup de passion, mais regardez, effectivement, comme vient de le dire Christophe NAJDOVSKI, la passion de celles et ceux qui s?y promènent maintenant. Et je voudrais que dans les comptages, puisque vous mentionnez souvent les reports de circulation, on mentionne aussi les reports de circulation piétonne sur cette rive, qui, là, atteignent vraiment des niveaux extraordinaires. Cela fait partie aussi des éléments quantitatifs que nous devons observer, et également de l?occupation de l?espace public par les personnes. Une personne occupe moins de place qu?une voiture.

Je vous invite, Monsieur AZIÈRE, à faire le calcul de la place gagnée, libérée dans notre ville, mais je suis sûre, parce que vous êtes quelqu?un de constructif et que vous êtes quelqu?un d?honnête intellectuellement, et au-delà de l?intellectuel, bien sûr, que vous êtes honnête, que nous nous retrouverons sur le succès de cette opération qui embellit Paris et qui fait que Paris est aussi visitée par rapport à cette nouveauté qu?offre aujourd?hui le parc des rives de Seine. Monsieur AZIÈRE, je vous donne la parole.

M. Eric AZIÈRE. - J?en sais à peine plus qu?avant ma question, mais j?attends avec impatience la réunion du comité de suivi le 23 juin. Je note que 12 réunions du comité de suivi pour une absence de rapport, c?est un paradoxe révélateur sur les hésitations qui sont sans doute contenues dans cette évaluation. Je note aussi la notion de réserve électorale, qui est une notion que je n?avais pas intégrée, compte tenu de la longueur des processus de campagne dans notre pays. Je vais me renseigner plus avant pour savoir quand s?ouvre la réserve électorale : est-ce qu?elle colle aux dates de la campagne officielle ? Mais pour autant, j?intègre cette notion. La démocratie française, là, comme cela, ce sont des originalités truculentes.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - De mémoire, cela devait être le 23... Non avant, le 23 janvier. Voilà, c?était deux mois avant le début, et les Préfets sont effectivement tenus à cela. Mais vous savez, les chiffres seront diffusés. On est en open data, donc on n?a aucun problème par rapport à cela. Par ailleurs, la responsabilité, c?est la mienne. C?est celle de la Maire de Paris. Le Préfet a effectivement donné un avis conforme pour la piétonisation et cette évaluation se fait comme - je dirais - des éléments qui doivent venir ajouter à l?évaluation d?une politique publique, mais du point de vue juridique, l?autorisation est là, donc ce n?était pas une autorisation provisoire. Cela, vous le savez. On l?a longuement commenté, sur le volant du droit, mais bien sûr, on aura les données chiffrées et vous verrez qu?elles vont vraiment dans le bon sens, c?est-à-dire dans l?amélioration de la qualité de l?air pour les Parisiens.