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Juillet 2017
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- Question d'actualité posée par le groupe Socialiste et Apparentés à Mme la Maire de Paris et à M. le Préfet de police relative à la piétonisation des berges de Seine rive droite.

Débat/ Conseil municipal/ Juillet 2017


 

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Nous passons à la troisième question d'actualité, qui est posée par M. Christophe GIRARD, pour le groupe Socialiste et Apparentés. Monsieur le Maire, vous avez la parole.

M. Christophe GIRARD, maire du 4e arrondissement. - Il n'y a pas de frontière entre le 10e et le 4e.

Madame la Maire, Monsieur le Préfet de police, sous votre impulsion, nous avons décidé, en septembre 2016, de réserver les quais de la rive droite de la Seine aux piétons et aux circulations douces.

La voie Georges Pompidou a donc été rendue aux promeneurs sur 3,3 kilomètres du quai bas le long de la Seine, de l'entrée du tunnel des Tuileries dans le 1er arrondissement à la sortie du tunnel Henri IV dans le 4e arrondissement.

Les Parisiennes et les Parisiens et les visiteurs nombreux se sont très vite approprié cet espace d'une superficie totale de 8 hectares.

Le site classé au patrimoine mondial de l'UNESCO constitue un nouvel espace de promenade, de bien-être et de respiration en bord de fleuve, comme toute grande ville du XXIe siècle, soucieuse de ses habitants, le fait aujourd'hui, et là, c'est au c?ur de Paris.

Tout au long de l'hiver, les agents municipaux ont végétalisé le site et développé ces nouveaux aménagements, constat fait le 2 avril dernier, lors de l'ouverture officielle du parc Rives de Seine. Cette fermeture à la circulation de la rive droite de la Seine répond aux objectifs de l'accord de Paris sur le climat, mais également aux engagements de créer 30 hectares de nouveaux espaces verts durant cette mandature et de favoriser le développement des circulations dites douces.

Dans ce contexte, je vous rappelle que, depuis le 15 janvier dernier, Paris est devenue la première zone à circulation restreinte en France et qu'à partir de cet été, dans la moitié de la capitale, la vitesse autorisée sera limitée à 30 kilomètres/heure, je le répète, 30 kilomètres/heure.

Il est, je pense, nécessaire de rappeler que, pour accompagner la mise en ?uvre de ce projet, une importante concertation a été mise en place et que la Maire de Paris, Anne HIDALGO, ainsi que le Préfet de police, Michel DELPUECH, étaient convenus de la création d'un Comité de suivi et d'une phase d'observation de six mois, afin de vérifier l'impact de cette piétonisation.

La fermeture, selon certains, allait provoquer plus de bouchons et d'embouteillages dans la capitale ainsi que sur certains axes de la petite couronne. Dernièrement, le 14 mars, la Présidente du Conseil régional d'Ile-de-France menait la contestation en demandant au Préfet de police un report de trois mois de l'expérimentation. Pschitt ! Nous savions tous que cette décision courageuse n'irait pas sans opposition.

Nous sommes également convaincus qu'elle est à la fois indispensable pour la santé publique et qu'elle va dans le sens de l'histoire, celle d'une ville que les habitants se réapproprient pour mieux vivre.

Madame la Maire, Monsieur le Préfet de police, suite à l'expérimentation, la Préfecture de police a publié, mercredi dernier, son rapport relatif à l'ouverture aux piétons et aux circulations douces de la rive droite de la Seine. Pouvez-vous nous communiquer ses conclusions ainsi que les éventuelles préconisations ou recommandations ? Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci, Monsieur le Maire du 4e arrondissement. Monsieur le Préfet, je vous donne la parole.

M. LE PRÉFET DE POLICE. - Madame la Maire, Monsieur le Conseiller, Mesdames et Messieurs les Conseillers, effectivement, la mise en place, à votre initiative, de cette aire piétonne dénommée "berges de Seine-centre rive droite" s'est accompagnée, à la demande de mon prédécesseur Michel CADOT, de la création d'un Comité technique de suivi, parmi les prescriptions que le Préfet de police avait émises.

Cette instance s'est réunie à cinq reprises depuis son installation, le 3 octobre dernier. Elle s'était donné un horizon de travail de six mois, qui faisait apparaître la fin de l'exercice en pleine période électorale. Dès ma prise de fonction, j'avais dit que c'est à l'issue de la période électorale que les communications et la conclusion du travail s'effectueraient pour éviter de polluer le débat électoral par ce sujet.

Le 28 juin dernier, je vous ai remis, Madame la Maire, et j'ai remis, concomitamment à l'ensemble des membres du Comité technique, c'est-à-dire la Présidente du Conseil régional, le Président de la Métropole du Grand-Paris, le S.T.I.F., la R.A.T.P., la C.C.I., et d'autres acteurs, les conclusions des travaux au terme de la période d'observation, légèrement prolongée pour la raison que je viens d'indiquer.

Le rapport que j'ai communiqué est accessible au grand public sur le site Internet de la Préfecture de police, en même temps que sont accessibles l'ensemble des données fournies par les partenaires, tout au long des travaux du Comité de suivi. Par exemple, ce sont les données de la Direction régionale des routes d'Ile-de-France, les données d'Airparif pour citer ces exemples parmi d'autres.

S'agissant des conclusions du rapport, j'en rappelle ici les grandes lignes. D'abord, j'ai constaté qu'au moment de la création de l'aire piétonne, l'attention s'est surtout portée sur deux sujets : la circulation et la pollution.

En ce qui concerne les conditions de circulation, le Comité a constaté qu'elles se sont dégradées sur les axes de report, mais a constaté aussi que l'évolution observée ne s'écartait pas des prévisions de l'étude d'impact.

Par ailleurs, il n'a pas été constaté de dégradations des conditions d'intervention des services de secours et de police, point sur lequel je suis évidemment extrêmement vigilant.

J'ai donné par écrit, depuis ma prise de fonction, des instructions expresses à mes services, afin que des tests de circulation soient réalisés mensuellement.

En ce qui concerne la pollution, les constats dressés font apparaître une situation contrastée, et les cartes le montrent : des améliorations incontestables quais hauts rive droite, mais des augmentations sur d'autres secteurs. Si vous vous reportez à la carte, vous les voyez au débouché du pont Sully, sur le secteur de la Concorde et au début du boulevard Saint-Germain.

Au-delà de ces deux aspects, le travail conduit par le Comité et ses partenaires a mis en évidence deux sujets qui nécessitent, et je l'ai écrit, une plus particulière vigilance. D'une part, les transports en commun, c'est-à-dire les bus, avec les constats effectués par la R.A.T.P. de difficultés de fluidité pour les lignes concernées, c'est-à-dire les lignes situées sur les quais hauts et leurs axes connexes. Il y a un deuxième point de vigilance que j'ai souligné, c'est le bruit avec le constat d'une augmentation des nuisances sonores, notamment nocturnes pour les riverains quais hauts rive droite, l'amélioration étant constatée sur la rive opposée.

Partant de ces constats, les orientations que je me suis permis de recommander sont les suivantes.

En premier lieu, il doit nous apparaître à tous, en tout cas il m'apparaît et il apparaît aux représentants de l'Etat, que la politique générale des déplacements à Paris, avec la diminution tendancielle de la circulation automobile, la politique de reconquête de la qualité de l'air, et on en a parlé il y a quelques instants, avec les vignettes "Crit'Air", la Z.C.R., l'évolution des caractéristiques du parc roulant également, apporteront dans la durée réponse aux deux premières préoccupations de circulation et de pollution.

En revanche, j'ai recommandé des initiatives aussi rapides que possible pour répondre, je crois que nous pouvons tous le souhaiter, dans les délais les meilleurs à la question du bruit. Cela passe sans doute par l'investissement dans des revêtements dits silencieux, et cela existe. Pour améliorer la fluidité des transports en commun sur les itinéraires directement concernés, c'est-à-dire les itinéraires de bus, c'est la question de gestion de carrefours, voire de contrôle automatique aussi que nous pourrions tester sur les voies réservées au bus.

Il appartiendra à tous les acteurs d'agir en ce sens. Je tiens à vous confirmer, si besoin en était, que la Préfecture de police apportera évidemment tout son concours dans le cadre des compétences qui sont les siennes.

Enfin, pour accompagner la création de cette aire piétonne et dans l'esprit qui a animé ce Comité depuis sa création, depuis sa mise en place, j'ai suggéré que le travail partenarial se poursuive pendant une durée qui à mes yeux ne devrait pas excéder deux ans, afin de continuer l'observation et l'analyse, donc sur une période plus longue, d'évaluer les actions entreprises par les différents partenaires, ainsi que leurs résultats, et de recommander le cas échéant d'autres préconisations.

J'ai proposé en ce sens, parce que cela me paraît normal, que cette instance "ad hoc" soit co-présidée par Mme la Maire de Paris et par le Préfet de police et qu'elle se compose, à ce stade en tout cas à mes yeux, des mêmes membres que ceux qui ont été associés à ce travail du Comité technique de suivi. Voilà le contenu du rapport que j'ai remis, voilà le contenu des recommandations que j'ai exprimées.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, Monsieur le Préfet de police, je vais redonner la parole à M. NAJDOVSKI et j'ajouterai bien sûr un ou deux commentaires.

Christophe ?

M. Christophe NAJDOVSKI, adjoint. - Merci, Madame la Maire.

Que le chemin fut long pour parvenir à redonner aux piétons et aux cyclistes l'usage des berges en rive droite de la Seine, un chemin semé de polémiques inutiles mais aussi pavé de débats nécessaires.

Ces 3 kilomètres de bitume, sur les 1.700 kilomètres que compte Paris, c'est-à-dire très exactement 0,17 % de la voirie parisienne, ont été la portion de voie sans doute la plus scrutée du monde, bénéficiant de l'observation de pas moins de trois comités réunissant des dizaines d?experts.

Je ne vais pas détailler les conclusions du dernier Comité de suivi présidé par M. le Préfet de police, qui les a rappelées il y a quelques instants, ces 8 mois d'observation ont confirmé que les études préalables menées par les services de la Ville ont été réalisées dans les règles de l'art, à l'aide d'outils performants et selon une méthodologie éprouvée.

Le chaos annoncé par certains, voulu peut-être, n'a pas eu lieu. Pour mesurer le chemin parcouru, souvenons-nous une dernière fois de ce tract d'un ancien député-maire d'une commune huppée du Val-de-Marne, repris sur une pleine page dans le journal municipal, et qui promettait pêle-mêle : un bouchon quotidien de 340 kilomètres en périphérie de Paris, une augmentation de la durée de trajet automobile de 30 minutes, une saturation définitive de la ligne RER A, une pollution de la Marne et de la Seine aux hydrocarbures, rien que ça !

A l'inverse de ces arguments caricaturaux des défenseurs du tout-voiture, nous nous sommes attachés à écouter et à entendre les propositions constructives, y compris celles qui ont été formulées dans le cadre du Comité présidé par M. le Préfet de police, y compris et après des mois d'opposition, les propositions de la présidente de la Région Ile-de-France, qui a tourné casaque et fait des propositions pour accompagner la piétonisation, puisqu'elle nous a apporté son soutien au projet de liaison haut niveau de service sur les quais, ce qui est une bonne nouvelle pour un projet que nous portons depuis trois ans déjà.

Elle a également fait la proposition d'ouvrir des places de parking relais à la périphérie parisienne pour permettre aux conducteurs de laisser leur voiture et prendre le métro, nous lui avions proposé cette solution il y a 6 mois déjà.

Pour autant, tout n'est pas positif dans les propositions de la présidente de la région Ile-de-France, qui a émis l'idée tout de même de laisser une voie de circulation aux véhicules sur les quais bas, drôle de conception de l'espace piétonnier, ou peut-être drôle de recyclage du projet coûteux à 60 millions d'euros bricolé par le groupe parisien des Républicains, qui voulait créer tantôt sur les quais hauts tantôt sur les quais bas, des rampes automobiles en totale méconnaissance des règles de la loi sur l'eau, pour y faire circuler les voitures.

Nous continuons à travailler avec M. le Préfet de police, notamment pour suivre les recommandations sur un plan d'action complet permettant de traiter toutes les conséquences de la piétonisation des berges. Je pense notamment à la question du bruit routier avec la pose d'enrobés phoniques, mais aussi la baisse de la vitesse pour diminuer les émissions sonores nocturnes, ou encore la mise en place de mesures pour garantir la fluidité des transports en commun, mesures à travailler avec le S.T.I.F. et la R.A.T.P.

Je voudrais pour terminer vous dire combien je suis heureux d'avoir participé à ce projet, de l'avoir porté et défendu aux côtés de la Maire de Paris et de nombreux élus parisiens, mais aussi franciliens. Je constate à chaque visite la popularité du parc des rives de Seine, qui nous rappelle que nous manquons d'espaces comme celui-ci dans Paris, et combien les Parisiens, les visiteurs, les touristes ont besoin d'espaces de respiration. La piétonisation des berges de Seine participe amplement aux objectifs de réduction de la pollution de l'air et de diminution globale du trafic automobile, et j'espère que nous saurons dépasser les polémiques excessives pour nous retrouver cet été, mais aussi tout au long de l'année, à pied, à vélo, en rollers, en trottinette, en poussette ou tout autre mode non polluant sur les berges libérées de la circulation automobile.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, Christophe NAJDOVSKI.

Juste un mot en complément parce que M. le Préfet a une réunion aussi très importante. Sur la proposition d'avoir un dispositif d'évaluation dans le temps, bien sûr je suis entièrement d'accord pour le copilotage Préfecture - Ville sur notamment le suivi de toutes ces mesures, en l'élargissant à tout Paris, parce que c'est vrai que ces 3 kilomètres de voirie qui nous ont beaucoup occupés, cela a été dit par Christophe GIRARD également, ne sauraient tenir la totalité du sujet à la fois de circulation, de trafic, de pollution, qu'elle soit sonore ou bien sûr atmosphérique.

Je pense que c'est une bonne façon de conduire des politiques publiques, que de pouvoir les évaluer, d'être en capacité d'ajuster, nous sommes des collectivités agiles au sens où nous pouvons bien sûr nous adapter à des évolutions qui sont celles que l'on provoque et parfois qui ne sont pas anticipables.

Donc, Monsieur le Préfet, bien sûr, à l'échelle de Paris, je pense que nous aurons à c?ur de pouvoir évaluer et montrer les évolutions de cette politique en matière de circulation automobile.

Merci, Monsieur le Préfet, pour votre apport à travers ce rapport qui est arrivé comme il se devait sur les bancs de chacun de nos conseillers.