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Juillet 2017
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Conseil Municipal
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Vœu déposé par le groupe Ecologiste de Paris relatif à l'accueil des réfugiés en France. Vœu déposé par le groupe Communiste - Front de Gauche relatif à la prise en charge des réfugiés. Vœu déposé par l'Exécutif. (Suite).

Débat/ Conseil municipal/ Juillet 2017


 

Mme LA MAIRE DE PARIS. - La parole est à M. Eric AZIÈRE, président du groupe UDI-MODEM.

M. Eric AZIÈRE. - Madame la Maire, je veux d'abord vous remercier d'avoir pris l'initiative de ce v?u ce matin pour que nous ayons ce débat très important. C'est important d'abord pour les Parisiens, en particulier les riverains du quartier de la porte de la Chapelle et du Nord de Paris qui subissent, malheureux et impuissants, le spectacle des campements sauvages de migrants installés dans des conditions dégradantes humainement, indignes et insalubres matériellement.

C'est important aussi pour ces nombreuses associations, vous l'avez dit, qui sont sur le terrain et n'en peuvent plus, submergées par le nombre d'arrivants qu'il faut nourrir, soigner, conseiller et qui redoutent cette période de l'été comme on redoute l'heure de pointe sur l'autoroute des vacances.

Enfin et surtout c'est important pour ces femmes, ces enfants et ces hommes, qui n'ont pas demandé à quitter le Soudan, l'Afghanistan, la Syrie, l'Irak ou Haïti qui cherchent naturellement un abri, un refuge, un asile, un accueil. Il nous faut considérer dans ce monde qui traverse une période aux dangers multiples, géopolitiques et climatiques que l'exil est irrémédiablement une souffrance immense, que l'immigration est un droit à la survie et que l'accueil est un devoir humanitaire.

Cependant, vous avez raison, ce matin, Madame la Maire, de tirer le signal d'alarme car l'heure n'est pas à l'angélisme mais au réalisme. A l'heure où nous parlons, sur les côtes d'Afrique du Nord, 800.000 candidats à l'exil vers l'Europe attendent de traverser la Méditerranée. La Méditerranée, ce linceul bleu que nous tirons pudiquement sur notre égoïsme européen. Ils seront 80.000 ou 100.000 à arriver en France, mineurs inclus. A Paris, à raison de 80 ou 100 par jour, c'est environ 30.000 qu'il nous faudra accueillir, soit un tiers de l'immigration française. Et si vous n'aviez pas pris l'année dernière l'initiative de créer deux centres humanitaires de premier accueil, qui ont pu prendre en charge près de la moitié de ces migrants, on imagine à quoi ressemblerait le nord de Paris, livré aux passeurs dans une jungle de campements précaires.

Non, Paris ne peut pas supporter seule la charge de l'accueil d'un tiers de l'immigration en France. Oui, devant ce phénomène durable et croissant, il est impératif de créer de nouveaux centres d'accueil permanents à Paris et dans la Métropole. C'est à l'Etat de se mobiliser devant l'urgence de la situation, vous l'avez dit, au niveau national et européen. Paris est déjà mobilisée. C'est au Préfet de la Région Ile-de-France de mobiliser les autres départements autour de Paris pour réunir les moyens de ces accueils supplémentaires.

Ce qu'a fait l'année dernière la Ville de Paris, Madame la Maire, initiative responsable, inédite, exemplaire doit être urgemment suivie, renforcée par l'Etat et les autres collectivités responsables de la Métropole.

Madame la Maire, nous joignons notre voix à la vôtre ce matin, j'espère unanimement, dans ce Conseil de Paris pour exhorter l'Etat et les autres collectivités à la solidarité avec Paris bien sûr mais aussi au respect de leur devoir humanitaire.

Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - C'est moi qui vous remercie, cher Eric AZIÈRE, pour cet engagement et ce volontarisme depuis la première heure où nous avons commencé à parler de ce sujet des migrants et des réfugiés. Je vous remercie vraiment.

La parole est à M. Rémi FÉRAUD, président du groupe Socialiste et Apparentés.

M. Rémi FÉRAUD, maire du 10e arrondissement. - Chers collègues, Madame la Maire, il est en effet essentiel que nous puissions parler encore aujourd'hui de la question des réfugiés à Paris, tant la situation est préoccupante et tant l'été qui commence nous inquiète. Si nous pouvons aujourd'hui lancer une alerte ensemble, rassemblés au Conseil de Paris, je crois que nous pourrons être utiles.

Depuis le plan de mobilisation pour l'accueil des réfugiés voté à l'automne 2015 ici même au Conseil de Paris, nous avons tant fait pour faire face à la crise humanitaire majeure que provoque l'exode de très nombreux réfugiés en Europe et dans le monde, et pourtant l'ensemble des actions menées s'avère aujourd'hui insuffisantes.

Grâce aux personnels de la Ville, aux associations, à de nombreux Parisiens aussi, en plus de l'action de l'Etat lui-même, une aide est quotidiennement apportée à tous ceux, en particulier, qui n'ont pas encore trouvé leur place dans des hébergements d'urgence et en attente d'une solution humainement acceptable. Nous le savons, des campements sauvages se reconstituent régulièrement et, en ce moment même, plusieurs centaines de personnes se sont regroupées autour de la porte de la Chapelle. Ces campements sauvages ne sauraient pour nous, bien évidemment, jamais constituer une solution et nous ne devons pas les accepter.

Nous avons ensemble, avec la Maire de Paris, pris nos responsabilités en allant d'ailleurs au-delà de nos compétences. Je crois que nous avons été courageux en décidant de l'ouverture du centre d'accueil humanitaire porte de la Chapelle puis de celui d'Ivry pour mieux prendre en charge les arrivants, le temps de les orienter vers les dispositifs dont ils dépendent. Ce sont des milliers de personnes qui ont pu être ainsi orientées, hébergées mais les moyens mis en ?uvre par l'Etat ne suffisent plus et nous devons le dire.

Avec mon collègue François DAGNAUD, maire du 19e arrondissement, nous avons d?ailleurs écrit la semaine dernière à Gérard COLLOMB, le Ministre de l'Intérieur, pour dénoncer les conditions dans lesquelles l'Etat organise depuis des mois la plateforme d'accueil des demandeurs d'asile, boulevard de La Villette, qui n'est absolument pas dimensionnée pour absorber la demande. Cela crée des conditions inhumaines pour les demandeurs d'asile, des conditions de travail intolérables pour les salariés et des conditions de vie extrêmement dégradées pour les riverains.

Les Parisiennes et les Parisiens, malgré ces conditions de vie souvent dégradées dans les quartiers les plus populaires, se sont montrés exemplaires en faisant preuve de beaucoup d'humanité et de solidarité. Mais au-delà de cette générosité, c'est de l'aide de l'Etat, de tous les territoires de France pour que la solidarité nationale s'exerce que nous avons besoin.

C?est pourquoi nous demandons avec l'Exécutif parisien, avec la Maire de Paris, que de nouveaux centres de premier accueil soient construits en France et qu'une mobilisation équitable sur tout le territoire national soit mise en place. C'est aujourd'hui absolument indispensable. Indispensable pour assurer des conditions dignes d'accueil aux réfugiés, indispensable aussi pour éviter de tomber dans les pièges du rejet, de la peur et pour nous permettre d'affronter efficacement une crise migratoire certes majeure mais surmontable par notre pays si nous le voulons.

Nous soutiendrons donc la Ville dans les mesures supplémentaires mises en place notamment cet été et je veux saluer l'engagement de Dominique VERSINI et de toutes les équipes de la Ville de Paris, comme nous nous associons à l'indispensable interpellation de l'Etat par l'ensemble des élus parisiens.

Merci.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - C'est moi qui vous remercie, Monsieur le Président. Vous avez bien fait aussi de saluer les maires d'arrondissement, François DAGNAUD, et bien sûr je salue également Eric LEJOINDRE pour le travail particulièrement intensif et sa mobilisation sur ce sujet depuis le début de ce phénomène migratoire.

La parole est à Mme Anne SOUYRIS, présidente du groupe Ecologiste de Paris.

Mme Anne SOUYRIS. - Madame la Maire, mes chers collègues, une fois encore nous reparlons de la question des réfugiés.

Depuis notre élection en 2014, vous le savez, notre groupe est mobilisé ici au Conseil de Paris et sur le terrain à la Chapelle, Pajol, Jean-Quarré ; nous travaillons d'arrache-pied pour trouver des solutions à la crise migratoire à laquelle nous sommes confrontés avec vous, Madame la Maire, et je suis heureuse de voir que nous pouvons nous retrouver, majorité et opposition, sur cette question fondamentale.

Le 20 juin dernier, journée mondiale des Réfugiés, comme tant d?autres fois, nous nous sommes rendus ensemble, élus Ecologistes, aux abords du centre de premier accueil de la Chapelle. Nous avons constaté l'accroissement très important du camp sauvage installé le long du boulevard Ney. Les demandeurs d'asile y vivent dans des conditions extrêmes, exposés à toutes les conditions climatiques comme les températures caniculaires ou les intempéries. Les gaz d'échappement sont omniprésents étant donné la configuration du site. Des cas de gale ont été recensés.

Pour le groupe Ecologiste, si l'on souhaite venir à bout de cette crise qui est avant tout une crise de l'accueil, la solidarité doit être le maître mot à tous les échelons politiques. Entre les arrondissements, au niveau parisien, plutôt entre les communes au niveau de la Métropole du Grand Paris, entre les régions au niveau national et entre Etats membres au niveau européen.

Au niveau européen, supprimer le règlement de Dublin et le remplacer par une politique européenne équitable pour les Etats membres et juste pour les demandeurs d'asile. Au niveau local, instaurer une solidarité entre collectivités en créant dans chaque grande métropole régionale des centres de premier accueil comme celui de la porte de la Chapelle. Au niveau de l'Etat, assurer la fluidité du parcours entre des demandeurs d'asile et créer suffisamment de places d'hébergement pour permettre la fluidité du dispositif d'accueil.

Aujourd'hui, nous demandons à l'Etat la mise en ?uvre d'un plan d'urgence incluant la sécurisation du lieu, l'accès à des conditions sanitaires dignes ainsi qu?aux besoins fondamentaux. Un renforcement des dispositifs d'accès aux droits, sur et aux abords des campements, doit permettre un accompagnement des personnes et une mise à l'abri rapide.

Enfin, nous demandons que Paris organise une cellule de crise qui associe tous les groupes politiques du Conseil de Paris pour faire face à l'urgence humanitaire, qui l'été est le plus souvent paroxystique. Une cellule de crise qui, en cas d'urgence et d?installation de camps sauvages de fait insalubres et indignes pour tous, permette d'agir vite et le cas échéant, en cas de non-réponse de l'Etat, permette jusqu'à l'installation de petits camps humanitaires transitoires en attendant que l'Etat agisse enfin pour que les centres d'accueil et d'hébergement que vous avez à juste titre appelés de vos v?ux, Madame la Maire, soient répartis partout en France, comme l?Allemagne a pu le faire sans pour autant avoir créé cet appel d?air tristement et abusivement brandi par notre ministre de l?Intérieur.

Merci.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci à vous, chère Anne SOUYRIS, pour votre engagement.

La parole est à Mme Fanny GAILLANNE, pour le groupe Communiste - Front de Gauche.

Mme Fanny GAILLANNE. - Merci, Madame la Maire.

Chers collègues, comme plusieurs d'entre nous l'ont dit, la situation à la porte de la Chapelle est intenable. Actuellement, ce sont plus de 1.500 personnes qui dorment autour du centre de premier accueil en attendant de pouvoir être prises en charge. Après avoir fui le pire dans leur pays, ces milliers de personnes vivent et dorment à la rue sans aucune ressource, dans des conditions inhumaines.

Mais comment en est-on arrivé là ? En toile de fond, il y a toujours cette idée nauséabonde selon laquelle améliorer les conditions d'accueil des réfugiés reviendrait à créer un appel d'air et à faire venir encore plus de monde. Notre majorité a, depuis longtemps, tourné le dos à cette logique mortifère. Mais, force est de constater que tous les Ministres de l'Intérieur qui se succèdent au pouvoir depuis plus de 10 ans sont tous d'accord sur ce point : de SARKOZY à VALLS, de GUÉANT à CAZENEUVE, et aujourd'hui avec Gérard COLLOMB, la politique de l'Etat reste guidée par ce présupposé porté par la droite et l?extrême droite.

Aujourd'hui, la situation s'aggrave. Les réfugiés souffrent de malnutrition et de maladies diverses. Par ailleurs, les habitants du quartier populaire de la porte de la Chapelle sont confrontés à une situation sanitaire intenable. J'en profite, d'ailleurs, pour saluer ces riverains qui ont été nombreux à se mobiliser pour porter assistance aux réfugiés. Sans eux, le désastre humanitaire aurait pu être encore plus grave. Nous demandons, par conséquent, de prendre des mesures d'urgence pour mettre à l'abri tous les exilés délaissés qui sont présents à Paris. Des places d'hébergement doivent être ouvertes très rapidement pour protéger les personnes qui sont actuellement à la rue. Le quartier de la porte de la Chapelle traverse une période des plus difficiles. L'Etat doit réagir au plus vite pour permettre un retour à la normale dans ce quartier, dans le centre de premier accueil et sur ses abords.

Faut-il encore le rappeler ici ? La politique d'asile est la compétence de l'Etat. L?Etat doit prendre ses responsabilités et doit prendre les mesures nécessaires pour éviter que cette situation ne perdure et se reproduise. Des centres de premier accueil doivent être construits dans les villes et les départements les plus sollicités, notamment, par exemple, à la frontière avec l'Italie. L'Etat doit accélérer le rythme de création des places d'hébergement plus pérennes, des places réparties sur l'ensemble du territoire qui puissent permettre aux exilés de mener leurs démarches administratives jusqu'à leur terme. Il faut aujourd'hui que l'Etat prenne conscience de l'ampleur du problème pour mettre fin à cette situation indigne d'un pays censé être le pays des droits de l'homme.

Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci à vous, Fanny GAILLANNE.

La parole est à M. Jean-Bernard BROS, président du groupe Radical de Gauche, Centre et Indépendants.

M. Jean-Bernard BROS. - Merci, Madame la Maire.

Mes chers collègues, à Calais ou à Paris, les campements de réfugiés se multiplient sous l'?il, finalement impuissant, de nos collectivités. L'arrivée de migrants en Europe n'est pas un phénomène qui va se tarir. Guerres, pauvreté et changement climatique sont le terreau de ces déplacements forcés de population. Fermer les yeux ou édifier des barrières n'y changera rien. Carrefour des itinéraires de nombreux réfugiés, Paris fait aujourd'hui de nouveau face à une situation d'urgence. Le contexte humanitaire est extrêmement difficile pour ces hommes et ces femmes qui ont tout quitté pour avoir la chance d'une vie meilleure.

Le développement de camps de fortune autour de la porte de la Chapelle est provoqué par deux phénomènes : une arrivée exponentielle de migrants en période estivale, un engorgement du centre d'accueil lié aux manquements de l'Etat, qui, en cette période de transition, n'a pas su continuer à honorer ses engagements d?orientation vers les C.A.O. Si, sur le premier point, notre action est vaine, nous avons une responsabilité sur le deuxième. Mais nous ne pouvons agir seuls. Il nous faut interpeller nos partenaires qui ne peuvent plus se laver les mains de l'indignité dans laquelle nous maintenons ces hommes et ces femmes que nous laissons à la rue. L?Etat doit à nouveau s'engager.

Alors que le Président de la République a appelé à une plus grande humanité dans la gestion des migrants, il faut que les services de la Préfecture agissent en orientant plus rapidement vers les centres d'accueil adaptés. Les autres collectivités doivent aussi prendre leur part. En Ile-de-France, la société civile est fortement mobilisée pour l'accueil et accompagner des migrants. Malheureusement, les institutions le sont un peu moins.

Il nous faut absolument réfléchir à un second lieu d'accueil. La Région Ile-de-France et la Métropole du Grand Paris doivent s'investir pleinement pour impulser la création de nouveaux sites sur le modèle parisien. L'accueil des réfugiés est de la responsabilité de tous, et pas uniquement de Paris. La possibilité de créer des camps provisoires autour du centre d?accueil, si nous en comprenons les raisons humanitaires pour assurer un minimum d?aide aux migrants, ne nous paraît pas une solution viable. Le risque d'une persistance de ces camps de fortune dans le temps est risqué. Nous préférons mobiliser les institutions qui sont compétentes sur la question et qui doivent prendre leurs responsabilités. Nous savons aussi que c'est à un niveau plus global qu?un accueil digne des réfugiés pourra réellement être impulsé.

Le Chef de l'Etat a assuré que la réforme du droit d'asile faisait partie des priorités du travail gouvernemental. Nous pensons que c?est une bonne chose et que le premier pas à faire est de revoir le protocole Dublin II qui enferme les migrants au sein de leur premier pays européen de passage. En parallèle, la situation d'urgence à laquelle nous devons faire face doit nous entraîner à penser les parcours d'intégration des réfugiés sur le long terme. La réussite des parcours d'intégration réside dans de nombreux facteurs : logement, travail, scolarisation. Ce sont tous ces enjeux que nous devons prendre à bras-le-corps en demandant plus de moyens et réfléchir à des outils d'intégration.

C'est comme cela que l'on pourra prévoir l'avenir et ne plus courir après le présent.

Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, Jean-Bernard BROS.

Et à présent, la parole est à Danielle SIMONNET, pour terminer ces prises de parole des groupes.

Mme Danielle SIMONNET. - Tout le monde s'accorde à dire que les moyens d'accueil sont totalement insuffisants, au mépris de la dignité des personnes humaines, au mépris des fondamentaux de nos principes républicains. Et, d'ailleurs, Amnesty International, dans son dernier rapport, accable la France et montre bien qu?elle n'est plus le pays des droits de l'homme. Alors, bien sûr, il est essentiel de poursuivre le bras de fer avec l'Etat, dont c'est la première responsabilité. Mais, hélas, regardons la réalité en face. Le discours de M. Gérard COLLOMB est aussi sécuritaire que celui de VALLS et, avant lui, ceux de SARKOZY. La lepénisation des esprits est depuis longtemps place Beauvau.

Madame la Maire, à juste titre, vous avez dit que les distinctions entre réfugiés demandant le droit d'asile ou migrants économiques ne sont inscrites sur le front d'aucun exilé. Il faut donc tous leur accorder un hébergement et un accès au droit. Mais si les lieux d'accueil deviennent les sas vers les centres de rétention et les convois par camions, trains, charters où, menottés et violentés, on les expulse ou on les expulsera, croyez-vous que le problème sera résolu ? Non. Donc, nous devons agir à chaque fois sur deux versants.

La première partie, évidemment, agir sur les causes. Les migrants économiques sont des personnes victimes d'une guerre économique. Regardez la réalité. Vous savez très bien qu?il y a, par exemple, ces dernières années, plus de six millions de Grecs qui ont migré depuis la crise du pays à cause des réformes structurelles imposées par l?Union européenne. De la même manière, un bon nombre d'exilés des pays qui ne sont pas forcément en guerre et donc, qui n'ont pas forcément vocation à demander l'asile politique, migrent du fait des politiques de libre-échange, migrent du fait des politiques impulsées par l'Union européen, et soutenues notamment par la France, qui imposent des réformes structurelles et aggravent le pillage des pays d'Afrique et font régresser la situation des droits là-bas. Donc, regardons la réalité en face.

Oui, il faut d'abord, bien sûr, des politiques qui agissent sur les causes en faveur de la paix et en faveur, justement, d?un véritable co-développement et donc, rompre avec les politiques de libre-échange et va-t-en guerre atlantistes. Et, ensuite, nous devons assumer les conséquences. La France doit redevenir la République des Droits de l'homme et du citoyen. La France doit à nouveau respecter non seulement l'asile mais aussi l'accueil de toutes et tous, car aucun tri ne pourra être humain, aucun tri et aucune mesure de ce type-là pourront respecter la dignité des femmes et des hommes. Donc, il faut, bien sûr, continuer ce bras de fer pour avoir les moyens, mais se poser la question : face à nos propres responsabilité, est-ce qu?on continuera la politique de la patate chaude en se disant, puisque cela dépend de l'Etat, nous avons déjà fait des efforts mais nous ne pouvons pas aller au-delà, et la situation continuera à pourrir et les discours sécuritaires continueront à s?installer et la lepénisation des "places Beauvau" continuera d'alimenter la lepénisation des esprits dans le peuple ?

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Là, il faut vraiment conclure, Madame SIMONNET. J'ai été laxiste.

Mme Danielle SIMONNET. - Rompons avec ces politiques.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Bien.

Je vais donner maintenant la parole à Dominique VERSINI pour répondre à ce débat.

Mme Dominique VERSINI, adjointe. - Merci, Madame la Maire.

Mes chers collègues, merci à tous les orateurs, présidents de groupe, conseillers de Paris. C'est un sujet important, je crois, sur lequel nous avons tous le même objectif : c'est que Paris reste cette ville refuge, mais que chacun prenne ses responsabilités puisque, pour notre part, Madame la Maire, vous avez pris des décisions importantes qui allaient au-delà des compétences de la Ville, mais que vous avez assumées et sans lesquelles, de toute façon, on serait dans une situation absolument catastrophique. Je crois que c'est salué partout en France et dans le monde par vos collègues maires des grandes villes.

Alors c?est vrai, on l?a toujours dit, la condition pour que le centre de premier accueil de la Chapelle fonctionne, c?est la fluidité. La fluidité depuis le début, c?est chaque jour une négociation avec les services de l?Etat et des campements d?abord de petite taille, mais actuellement quand même de taille et dans des conditions de vie qui ne sont plus acceptables.

C?est pourquoi, à travers ce v?u de l?Exécutif, nous souhaitons interpeller l?Etat au nom du Conseil de Paris, comme vous l?avez fait déjà, Madame la Maire, ainsi que toutes les propositions qui ont déjà été portées. Evidemment dans l?urgence immédiate, il faut traiter la question des personnes qui sont actuellement en situation de rue. Ensuite, il faut absolument que l?Etat se donne les moyens d?augmenter la fluidité du centre de premier accueil, c?est-à-dire 300 à 400 orientations par semaine.

Pour notre part, nous travaillerons pendant l?été à veiller à travers les maraudes, l'alimentation, les soins, l?hygiène, nous renforcerons tout cela pour permettre que les personnes soient accueillies, les primo-arrivants sur Paris soient accueillis dans de bonnes conditions. Bien sûr en espérant que nous ne devrons pas nous retrouver devant un immense campement à la fin de l?été.

Je crois que cette interpellation du Conseil de Paris est vraiment très importante, et c?est important qu?il y ait un accord de tous autour de la table, dans l?hémicycle. Par contre, évidemment, ce qui est important, et j?espère, nous espérons, qu?on le retrouvera dans le plan que le Gouvernement a annoncé présenter prochainement sur les réfugiés, c?est la question qu?il ne peut pas y avoir un seul point d?entrée en France, qui est le centre de premier accueil de la Chapelle. Il faut qu?il y en ait tout le long du parcours migratoire et il faut qu?il y ait une clef de répartition des demandeurs d?asile sur l?ensemble du territoire.

Je l?ai déjà dit. J?ai été en Allemagne. C?est ce qui a été fait et mis en place immédiatement, ce qui permet d?accueillir les gens dans de très bonnes conditions et que chaque commune accueille, en fonction de sa population et de ses ressources, de façon équitable, des personnes demandeuses d?asile qui pourront ainsi s?intégrer dans de bonnes conditions.

C?est ce que nous voulons. Nous sommes ville refuge. Nous voulons que les gens soient accueillis dans de bonnes conditions et nous voulons que ceux qui ont le statut de réfugié politique s?inscrivent et s?intègrent évidemment à Paris et sur toute la France pour pouvoir avoir un vrai projet de vie après tout ce qu?ils ont pu vivre.

Après, il y a des questions que le Gouvernement devra clarifier sur les "dublinés". Je n?ai pas totalement compris les propos que l?on entend de ci, de là. La réalité, c?est que 75 % des gens qui arrivent sont des "dublinés". C?est vrai qu?il y a un travail à faire sur les accords de Dublin, mais en attendant il faut bien prendre des positions pour les "dublinés". Je crois que la sagesse veut que l?on examine la demande d?asile de ceux qui ont juste eu le malheur de poser leurs empreintes dans un pays, qui est d?ailleurs l?Italie. L?Italie ne pouvant pas réaccueillir les 75 % de gens qui arrivent chez nous, il doit donc y avoir une solidarité européenne.

Le v?u de l?Exécutif : interpellation de l?Etat pour cette opération, interpellation de l?Etat sur la création de nouveaux centres de premier accueil, la clé de répartition, renforcer l?activité des maraudes - c?est ce que je viens de dire - pendant la période estivale et tous les soins primaires. Et bien évidemment, nous nous engageons à tenir informés les élus des groupes politiques du Conseil de Paris des réponses qui pourront être apportées par l?Etat et des moyens exceptionnels qui pourraient être mobilisés en urgence, en cas de crise humanitaire durant l?été.

Voilà, après vous avoir présenté ce v?u de l?Exécutif dans ses grandes lignes, je me permets de demander le retrait des deux v?ux déposés au profit du v?u de l?Exécutif. Faute de quoi, je rendrais un avis négatif.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, Dominique, pour cette réponse et pour ce travail. Je serai d?ailleurs amenée à proposer aux différents présidents de groupe qui le souhaiteront, majorité comme opposition, que nous ayons peut-être une expression commune auprès du Gouvernement, mais aussi des parlementaires, pour que nous puissions exprimer nos propositions parisiennes. Et bien sûr elles seront d?autant plus fortes qu?elles seront appuyées par nombre d?entre nous.

Je vais donc demander au groupe Ecologiste de Paris si le v?u n° 55 est retiré. Je crois que c?est le cas.

Mme Anne SOUYRIS. - Nous allons le maintenir pour une raison simple, c?est juste qu?effectivement pour nous l?idée de pouvoir faire des camps humanitaires, si besoin, est importante.

Mais nous voterons évidemment le v?u de l?Exécutif.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Très bien.

Je mets aux voix, à main levée, la proposition de v?u, référencée n° 55, déposée par le groupe Ecologiste de Paris, assortie d'un avis défavorable de l'Exécutif.

Qui est pour ? Contre ? Abstentions ?

La proposition de v?u est repoussée.

Le v?u n° 56 déposé par le groupe Communiste - Front de Gauche est-il maintenu ? Il est retiré. Je vous remercie.

Je mets aux voix, à main levée, le projet de v?u, référencé n° 56 bis, déposé par l'Exécutif.

Qui est pour ? Contre ? Abstentions ?

Le projet de v?u est adopté à l'unanimité. (2017, V. 201).

A l'unanimité ! Je vous remercie.

Je salue cette unanimité, ce travail qui a été fait de rapprochement de nos positions. Il n?en demeure pas moins des différences fortes quant aux questions fondamentales, et bien sûr la classe politique française n?est pas unanime sur les questions de migrations, il n?y a pas de confusion et d?amalgame entre nous, mais qu?il y ait une position unanime sur les réponses à apporter, notamment à Paris, c?est quelque chose de très important qui va nous donner aussi de la force pour les semaines et jours qui viennent. Je vous remercie infiniment.