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Juillet 2017
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- Subvention (90.000 euros) et avenant à convention avec l'Association François Xavier Bagnoud - AFXB (9e) dans le cadre de la lutte contre le sida (Rwanda).

Débat/ Conseil municipal/ Juillet 2017


 

M. Mao PENINOU, adjoint, président. - Le projet de délibération DGRI 28 porte subvention et avenant à la convention avec l?association "François Xavier Bagnoud - AFXB" dans le 9e arrondissement, dans le cadre de la lutte contre le Sida au Rwanda.

La parole est à Dominique STOPPA-LYONNET, puis à Christophe GIRARD, et enfin à Hervé BÉGUÉ pour nous en parler.

Mme Dominique STOPPA-LYONNET. - Merci, Monsieur le Maire.

Chers collègues, le projet de délibération 2017 DGRI 28 porte sur une subvention de 20.000 euros à l?association "François Xavier Bagnoud" dans le cadre de la lutte contre le Sida au Rwanda. Le projet de l?association est l?accompagnement des familles, en particulier des enfants, qui ont perdu un, voire deux parents atteints du Sida. Il s?agit d?un projet de prévention de la maladie et d?aide à l?acquisition aussi d?une autonomie économique et sociale. C?est un projet sur trois ans. Il concerne 210 familles et 1.500 personnes.

Cette demande de subvention est représentative de 16 autres, qui ont pour vocation la lutte contre le Sida, avec la prévention des personnes à risques, le traitement des malades et l?accompagnement social des personnes atteintes et de leur famille. La somme totale des subventions pour 2017 est de 1,643 million d?euros. Il ne s?agit en aucun cas, pour moi et les élus du groupe les Républicains, de s?opposer aux 17 projets de délibération portant sur les subventions à la lutte contre le Sida en Afrique ou, pour l?une d?elles, à Haïti.

L?aide de la Ville de Paris est précieuse. Elle s?adresse essentiellement aux pays francophones d?Afrique de l?Ouest et du centre, où 6,5 millions de personnes, dont 500.000 enfants, sont atteintes par le V.I.H. 80 % des enfants et 71 % des adultes n?ont pas aujourd?hui accès au traitement. L?aide de la Ville de Paris, comme celle d?autres villes, est ainsi justifiée, car les risques de contamination par le V.I.H. et par l?incidence de la maladie sont plus élevés dans les zones urbaines.

La solidarité entre villes est ainsi une inclination naturelle. La mise en commun de retours d?expérience entre les villes confrontées au V.I.H. est utile à la lutte sous toutes ses formes contre l?épidémie. Je souhaite néanmoins dire le devoir de la Ville de Paris d?appuyer l?attribution de ces subventions dans le cadre d?une réflexion stratégique de la lutte contre le Sida, sur d?une part une action conjointe à celle d?ONUSIDA, et sur d?autre part une évaluation des actions entreprises.

La présence cet après-midi au Conseil de Paris de Michel SIDIBÉ, directeur exécutif d?ONUSIDA, est gage d?une bonne collaboration de l?action de la Ville avec ONUSIDA. L?appui de l?action de la Ville sur ONUSIDA ne procède pas, je dirais, d?une position de principe. Les difficultés d?action de lutte contre le Sida dans certains pays d?Afrique sont réelles. Elles sont rapportées par Michel SIDIBÉ lui-même, et je le cite : "apathie politique, financements nationaux insuffisants, système de santé défaillant, actes de discrimination et stigmatisation des malades, violences sexuelles et rapports parfois complexes entre pays récipiendaires et bailleurs de fonds internationaux". Michel SIDIBÉ évoquait cet après-midi l?activisme nécessaire des grandes villes, activisme qui sera constructif, s?il n?est pas isolé ; c?est dire l?importance d?une action coordonnée de la Ville, des villes, appuyée sur l?effort international que constitue ONUSIDA.

Le deuxième point sur lequel je veux insister est la nécessité de l?évaluation des actions. Je souhaite donner l?exemple de l?association "Vers Paris sans Sida". C?est une association encore jeune, créée en mai 2016 à l?initiative de la Ville de Paris. Et ce qui est important, c?est qu?elle a su se doter en même temps d?outils d?évaluation et de recherche grâce à un partenariat avec l?Agence nationale de recherche contre le Sida, via le projet "Prévenir". La transposition d?études, de recherches comme "Prévenir" dans des pays d?Afrique ne va pas de soi, je le conçois, mais on pourrait attendre un retour d?expérience des travaux de "Prévenir" pour l?évaluation des actions des différentes associations subventionnées. Et les fiches techniques des différents projets de délibération sont, à mon sens, un peu légères, précisément quant à l?évaluation de ces actions.

Enfin, et c?est un dernier point, une meilleure information des Parisiens sur les actions de la Ville pour la lutte contre le Sida en Afrique et sur l?aide financière apportée m?apparaît importante, parce que les sommes engagées sont très importantes : 1,7 million d?euros ; et ces montants pourraient être mal compris par des esprits chagrins. J?attire donc l?attention sur une sorte de campagne indirecte d?information des Parisiens.

Je vous remercie.

M. Mao PENINOU, adjoint, président. - Merci.

La parole est à M. Christophe GIRARD.

M. Christophe GIRARD, maire du 4e arrondissement. - Chère Marie-Pierre de LA GONTRIE, après plus de trois décennies de lutte acharnée contre le V.I.H, l'Afrique est enfin parvenue à ralentir considérablement le taux d'infection par le virus du Sida.

Heureux que nous ayons accueilli aujourd'hui Michel SIDIBÉ, qui est une immense figure, homme pugnace, humaniste engagé que j'avais eu la joie de recevoir aux côtés d'Anne HIDALGO à la Mairie du 4e en juin 2015 pour la tenue du comité parisien des "Trois 90".

Si la mobilisation internationale a permis de financer un grand nombre de programmes, le travail qu'il a mené auprès des pays africains a été déterminant. Ainsi, nous apprenons en lisant le rapport de l'ONUSIDA, qu'un nombre croissant de programmes était désormais financé à des niveaux nationaux. Je souhaiterais citer deux exemples significatifs.

Le Zimbabwe, qui a créé une taxe V.I.H Sida, tandis que le Rwanda a rendu les services liés au V.I.H. gratuits en les intégrant dans son régime national d'assurance sociale. Pour autant, nous, élus de Paris, devons continuer à apporter notre soutien aux ONG qui développent non seulement des programmes de dépistage et de prévention, mais également des programmes d'insertion, d'accompagnement des familles de personnes contaminées, ou encore des programmes spécifiques pour les femmes, qui représentent encore 56 % des infections chez les adultes.

Ce sont 16 organisations non gouvernementales que ces projets de délibération proposent de soutenir pour un montant total de 1,6 million d'euros. 16 ONG qui mènent une action spécifique liée au contexte local. Car, comme l'a rappelé Jean-Luc CONDAMINE, président d'Actions de solidarité internationale, on ne fait pas le même programme de prévention du Sida à Garoua au Cameroun, dans une société sahélienne musulmane, et à Brazzaville au Congo dans une société chrétienne en milieu tropical.

Nous sommes ici en pleine cohérence avec les objectifs fixés par l'agence onusienne et partagés par la Maire de Paris et ses deux adjoints très engagés, dont je salue l'action, Patrick KLUGMAN et Bernard JOMIER, dans le cadre de la politique parisienne de coopération internationale, pour ainsi engager une lutte efficace et durable pour mettre fin au Sida en 2030.

Dans un contexte économique et politique parfois compliqué, ces actions conjuguées ont permis à plus de 12 millions de personnes vivant sur le continent africain d'accéder aux traitements antirétroviraux. Ils étaient 11.000 en l'an 2000. Ce sont les chiffres des Nations Unies, Afrique Renouveau, décembre 2016.

Je vous remercie.

M. Mao PENINOU, adjoint, président. - Merci.

La parole est à M. Hervé BÉGUÉ.

M. Hervé BÉGUÉ. - Merci, Monsieur le Maire, chers collègues.

L'association François-Xavier Bagnoud fait un travail remarquable au Rwanda pour mieux intégrer socialement et économiquement les personnes atteintes du V.I.H. Ce, dans un pays où le taux de prévalence continue de frôler les 20 % et où le regard de la société à l'égard des personnes malades reste problématique. Cette association ne m'en voudra certainement pas si je me sers du projet de délibération qui les concerne pour aborder plus largement la question du Sida et répondre aux propos de M. SIDIBÉ, directeur de l'ONUSIDA, que nous avons écouté avec une grande attention et un grand intérêt.

Nous devons continuer notre effort en direction des pays du Sud qui, même si la situation sanitaire s'améliore, restent des pays où il est difficile d'envisager un avenir quand on est atteint du Sida. Plusieurs projets de délibération qui nous sont soumis vont dans ce sens et nous nous en félicitons. Il faut ajouter aussi de bonnes nouvelles, comme l'arrivée en version générique des médicaments de dernière génération en Afrique. C'est indispensable dans des pays où il faut encore trop souvent choisir entre se nourrir et se soigner.

Pour avoir la chance de participer aux travaux de l'association "Vers Paris sans Sida", je suis très heureux et très fier que notre capitale continue de vouloir jouer un rôle moteur dans la prévention et l'éradication du Sida.

Je sais que le département de la Seine-Saint-Denis vient aussi de s'engager dans la même direction. C'est une bonne chose. Nos deux collectivités ont des ressemblances. Elles sont la porte d'accueil des populations récemment arrivées sur le territoire national. Quels que soient les parcours qui ont amené ces personnes ici, et les raisons de départ de leur pays d'origine, nous avons le devoir de les accueillir dans de bonnes conditions sanitaires, et de les informer sur les méthodes de prévention et plus largement sur les risques encourus.

Les statistiques des 6.000 nouveaux contaminés chaque année sont éloquentes. Nous avons principalement des personnes venues de pays où la prévention et les traitements ne sont pas encore au niveau malgré les efforts tant internationaux, nationaux que parisiens. Mais nous devons aussi penser aux plus jeunes, qui bien souvent ne se protègent pas au cours des premiers rapports sexuels. Comme nous devons aussi tenir compte de l'évolution des comportements à risques dans les rapports sexuels. En particulier l'augmentation de l'usage de produits de synthèse au cours de ces rapports, qui ont tendance à faire que les comportements à risques progressent. Ces produits sont d'ailleurs conçus pour accroître le plaisir et l'empathie, mais ont entre autres défauts que le risque est sous-évalué, voire méconnu par les utilisateurs de ces produits. Le phénomène n'est pas nouveau, mais tend à prendre de l'ampleur et des associations comme "Aides" nous alertent.

Nous devons donc maintenir un haut niveau de prévention générale en direction des plus jeunes, mais aussi faire des campagnes spécifiques pour les populations les plus exposées. Il ne s'agit en rien de les stigmatiser, ni de jouer les pères la morale, mais bien d'adapter nos discours aux comportements à risques et à ceux qui les prennent.

J'encourage tout le monde à aller voir le film "120 battements par minute", primé à Cannes, qui sortira en salle fin août. Il retrace le combat de militantes et de militants d'"Act Up". Il s'agit d'une belle leçon d'histoire et des malades. Il décrit leur combat pour vivre, et leurs actions et connaissance de la maladie ont changé durablement le rapport du malade au soignant.

Le Sida n'est plus aussi visible qu'il y a 20 ans, mais il est toujours là.

Il y a encore des entreprises qui stigmatisent leurs salariés et freinent leur progression sociale et salariale en utilisant des prétextes fallacieux. Montrons au monde que nous ne baissons pas les bras, et que "Paris sans Sida" n'est pas une utopie mais un rêve en devenir.

Je vous remercie.

M. Mao PENINOU, adjoint, président. - Merci.

La parole est à M. Patrick KLUGMAN pour vous répondre.

M. Patrick KLUGMAN, adjoint. - Je vous remercie.

C'est particulièrement émouvant de prendre la parole sur ces projets de délibération. Après que nous ayons entendu ici dans cet hémicycle Michel SIDIBÉ en début d'après-midi. La première chose que je voudrais dire, c'est que les projets de délibération qui sont soumis à notre vote ont une histoire bien particulière. C'est l'histoire d'une solidarité unique, exemplaire, qui a été celle de la collectivité parisienne dans la lutte contre le V.I.H. Sida. Et c'est la plus grande ligne budgétaire internationale de la Ville de Paris depuis 2001, qui concerne précisément la solidarité en matière de santé, et plus précisément encore la lutte contre le V.I.H. Sida. Cette ligne a consisté à soutenir tous les acteurs, qui sont des ONG, qui connaissent le terrain, tant en termes d'accès aux soins, de plaidoyer, d'information et d'accompagnement des patients, dans tous les pays et principalement en Afrique.

Cette stratégie du point de vue d'une collectivité est unique. Elle a complété à l'international, la stratégie parisienne qui a été d'ailleurs considérablement renforcée depuis 3 ans, de "Paris sans Sida". De ce fait, cet ensemble est une stratégie absolument exemplaire, et je voudrais commencer par le dire ici en soulignant les efforts de notre collègue Bernard JOMIER, qui est assis pas loin, et c'est ensemble que nous procédons à l'examen de ces projets de délibération de toutes les ONG qui nous soumettent des projets pluriannuels importants.

A cette séance, nous sommes amenés à délibérer sur quelques-uns d'entre eux, sur cette somme globale qui sera cette année de près de 1,8 million euros, débloquée pour financer des projets aux 4 coins du monde, en Afrique subsaharienne, en Haïti, au Maroc, en Tunisie et en Ukraine. Ce sont des moyens en ligne avec les objectifs de la déclaration de Paris. La déclaration de Paris, c'est ce que nous avons fait avec Michel SIDIBÉ, avec l?ONUSIDA et avec une organisation qui s?appelle "I.A.P.A.C." qui consiste à vraiment éradiquer le V.I.H. dans les villes, à travers une déclaration qui s?appelle "90-90-90", qui est née à Paris, le 1er décembre 2014, et qui a aujourd?hui énormément de répercussion, plus de 200 signataires comme villes dans le monde, et qui a eu un séminaire en présence de Bernard JOMIER et d?Anne HIDALGO en Afrique, il y a quelques semaines, à Abidjan.

C?est donc aussi un volet que nous avons complété à travers cette déclaration "Paris sans Sida" et maintenant de la Déclaration de Paris visant à intégrer les villes comme des acteurs pleins et entiers de la lutte contre le V.I.H. Sida.

Vous nous avez interrogés sur les deux projets de délibération. Je vais en dire un mot évidemment.

C?est l?association "AFXB" qui intervient traditionnellement au Rwanda et qui, à travers le projet de délibération soumis à notre vote, se propose de porter une assistance aux victimes de la maladie et de l?exclusion, en les accompagnant et leur offrant une autonomie économique et sociale.

Vous nous avez également interpellés sur un autre projet de délibération, donc je réponds de manière globale, c?est l?association "Actions de solidarité internationale en RDC" sur un projet qui concerne 1.700 jeunes femmes en situation de grande vulnérabilité et qui sont aidées en améliorant leur accès aux soins.

Il y a énormément évidemment d?autres projets. Je voudrais souligner peut-être le projet de délibération qui concerne la Croix-Rouge française, que nous allons aider à hauteur de 210.000 euros, pour financer les hôpitaux de jour de Brazzaville et de Bangui au Congo et en Centre Afrique.

Et encore la subvention de 191.000 euros à l?association "SOLTHIS" pour son action en Guinée et Sierra Leone, et le développement d?une application e-santé.

Voilà quelques exemples des projets de délibération qui sont aujourd?hui soumis à notre vote. Ils s?inscrivent dans un ensemble, dans une stratégie ancienne ancrée.

Peut-être que l?on n?en fait pas assez mais je crois que l?on pourrait difficilement en faire plus. Peut-être qu?on ne le fait pas assez savoir, mais je crois que c?est ce que l?on a essayé de faire aussi aujourd?hui avec la présence de Michel SIDIBÉ et cette magnifique campagne à laquelle nous sommes d?ailleurs directement associés : "Faisons l?amour dans une ville sans Sida".

Evidemment, on peut toujours faire plus quant à l?évaluation. Il y a des évaluations qui sont menées. Evidemment, on ne peut pas évaluer tous les projets, sinon les ressources seraient affectées à l?évaluation et pas aux projets. Il y a bien sûr des évaluations qui sont menées à travers les partenaires et que l?on retrouve d?une année sur l?autre. Voilà ce que je voulais vous dire sur cette belle stratégie, je crois, qui est l?honneur de notre Conseil, de notre collectivité, que je vous demande cette année encore de soutenir.

M. Mao PENINOU, adjoint, président. - Merci.

Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DGRI 28.

Qui est pour ?

Contre ?

Abstentions ? Le projet de délibération est adopté. (2017, DGRI 28).