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Juillet 2017
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Conseil Municipal
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Vœu déposé par le groupe Communiste - Front de Gauche relatif à la prise en charge des réfugiés. Vœu déposé par l'Exécutif.

Débat/ Conseil municipal/ Juillet 2017


 

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Mes chers collègues, la semaine dernière, suite notamment à une interpellation du président du groupe UDI-MODEM dans la presse, cher Eric AZIÈRE, vous avez dit qu'il fallait une réponse qui soit vraiment la plus collective possible concernant la question de l'accueil des réfugiés et des migrants en France, mais bien sûr à Paris.

Compte tenu de l'évolution des flux migratoires, encore plus nombreux, je rappelle que souvent, ceux qui arrivent à la porte de la Chapelle aujourd'hui, on va y venir, sont partis il y a un an, un an et demi, pour beaucoup d'entre eux d'Afrique sub-saharienne, et qu'encore au moment où nous parlons, il y a des camions ininterrompus qui traversent le Sahel jusqu'à la Libye, avec des migrants qui vont venir sur nos côtes dans l'année qui vient. On est face à des phénomènes qui, au moment où on en parle, concernent des personnes qui sont parties il y a un an et demi, avec un flux qui continue à être tout aussi important. Ce sont des phénomènes importants, sérieux.

Bien sûr que la question de l'aide au développement est une question centrale, nous y travaillons à la hauteur qui est la nôtre en tant que Ville, en tant que présidente que je suis de l'Association internationale des maires francophones, et donc travaillant très particulièrement avec mes collègues africains, que ce soit Abidjan, Bamako, Dakar, ou beaucoup d'autres grandes villes de l'Afrique notamment de l'Ouest, qui sont aussi des villes qui accueillent aujourd'hui des millions de réfugiés intra-africains, propres au continent africain.

Nous travaillons beaucoup avec eux, à la fois sur des questions de santé, mais aussi sur des questions de développement économique. Nous avons avec Abidjan notamment un partenariat pour faire en sorte que cette grande capitale soit une capitale qui puisse aussi être une terre de développement de l'économie numérique. Nous avons donc des partenariats parce que nous savons que, là aussi, l'économie numérique peut être une solution pour un certain nombre de jeunes diplômés africains qui pourraient absolument trouver à s'employer, et en tous les cas, à être extrêmement utiles à leur pays dans ces villes. Nous y travaillons d'arrache-pied, y compris avec le maire de Ouagadougou qui vient, lui, du monde de l'entreprise et avec qui nous sommes en train de monter cela.

Nous travaillons avec Bamako, qui est une ville confrontée notamment à une venue en masse de réfugiés des groupes islamistes du Sahel, qui viennent, qui convergent. Ce sont des millions de réfugiés, que des villes comme Bamako, Abidjan ou Dakar accueillent aujourd'hui, il faut le savoir. On ne peut pas regarder ce qu'il se passe à Paris à la porte de la Chapelle, en ignorant cela. Il faut aussi intégrer ces éléments de temps, de durée, de flux dans ce que nous disons et ce que nous voulons porter.

J'ai souhaité que l'on puisse, compte tenu de l'urgence évoquée aujourd'hui, avoir un débat organisé en regroupant les différents v?ux, que nous puissions avoir une expression commune. Je souhaite qu'elle soit la plus large possible. A la fois, notre Ville doit, bien sûr, répondre à son devoir qui est un devoir humanitaire, ce que nous avons fait en créant le Centre de premier accueil à la porte de la Chapelle, mais nous devons aussi être là dans l'interpellation et dans l'action, pour trouver les solutions à cette crise qui est durable.

Je le redis, le Centre de premier accueil à la porte de la Chapelle joue son rôle. Il a permis d'accueillir et de mettre à l'abri plus de 10.000 personnes depuis qu?il existe. Je veux remercier Emmaüs notamment, et toutes les associations, tous les bénévoles qui ont répondu présents à ce Centre de premier accueil.

Pourquoi ce centre de premier accueil ? J'y reviens. Souvenez-vous des campements, jusqu'à 4.000 personnes à Jean-Jaurès, il y a quelques mois de cela. 4.000 personnes dans des campements indignes avec des problèmes sanitaires, avec des problèmes de violence, avec des problèmes pour les riverains que nous devons aussi défendre et écouter. Nous avons la chance d'être dans des quartiers où il y a beaucoup de solidarité. Mais nous ne pouvons pas faire comme si ces situations d'urgence ne venaient pas non plus traumatiser les riverains. Je pense aux enfants, dans ces quartiers, qui ont au pied de chez eux une situation d'indignité totale, qui doivent se poser des questions sur dans quel monde on vit et qu'est-ce qu'on fait pour pouvoir résoudre des situations inacceptables.

Le Centre de première urgence a permis de mettre à l'abri des personnes, pour une durée courte, la vocation de ce centre n'étant pas l'hébergement dans la durée, mais permettant, je le redis, de dormir, manger, se laver, pouvoir se soigner et savoir à quels droits on peut prétendre.

Je suis désolée. Je le redis comme je l'ai dit devant les autorités ministérielles compétentes, ce n'est pas inscrit sur la tête de ces personnes si elles sont "dublinées", pas "dublinées", si elles sont susceptibles d'acquérir ou pas le statut de réfugié. Ce n'est pas écrit sur leur tête ! Cela ne peut pas se faire dans un camp de fortune ou d'infortune, dans la rue, avec des gens à qui on demanderait de monter dans des bus pour aller où ? Si on ne sait pas ce qu'ils vont faire, ils ne monteront pas à juste titre et cela générera des situations de violence où forcément les associations viendront aussi s'inviter au débat. Cela ne peut pas se passer comme cela. C'est pour cela que l'on a créé le centre de premier accueil.

Ce qu'il faut aujourd'hui, et Dominique VERSINI que je veux vraiment remercier elle aussi avec tous les services de la Ville pour le travail remarquable qui a été fait, nous le savons, est allée en mon nom, notamment en Allemagne, pour voir comment cela se passait. J'ai vu comment cela se passait en Italie.

Comment des pays comme l'Allemagne ou l'Italie aujourd'hui gèrent cette situation à laquelle ils sont aussi confrontés ? On n'est pas les seuls. On n'est pas les seuls. Comment font-ils ? Ils ont prévu une loi de répartition dans les grandes métropoles de ces migrants, de ces réfugiés, pour que ce travail d'identification de leur situation et de droit puisse être fait pas simplement dans un endroit unique.

Où doivent être ces centres de premier accueil ? Soyons pragmatiques et lucides : là où sont les migrants. On le connaît, on sait quel est l'itinéraire, quelle est la trajectoire des migrants sur un axe qui vient du sud de la France jusqu'au nord, Calais et bien sûr Grande-Synthe.

Hier nous avons eu l'occasion avec notre collègue de Grande-Synthe d'évoquer cette situation. Il faut être pragmatique et apporter une réponse à un problème qui ne va pas s'effacer parce qu'on ne saurait pas le voir, ou parce qu'on ne voudrait pas le voir, ou parce qu'on nous dirait, comme je l'entends trop souvent, "parler de cela, c'est faire monter l'extrême-droite".

Mes amis, et je peux m'exprimer comme cela, c'est quoi les scores de l'extrême-droite à Paris ? Moins de 5 % au premier tour de la présidentielle. Je pense que nous pouvons dire que lorsqu'on prend un sujet et qu'on le traite, on fait aussi reculer cet obscurantisme qui fait que d'une façon très simpliste, on pourrait se dire, il suffit de ne pas en parler pour que cela n'existe pas. Non, parce que le problème est là.

Je suis heureuse ce matin que nous puissions en parler ensemble. Je souhaite vraiment, après les discussions que j'ai pu avoir avec le Ministre de l'Intérieur, avec le Ministre de la Transition énergétique et de la Solidarité, Nicolas HULOT, ou encore avec le Premier Ministre, que bien sûr maintenant on passe aux actes, qu'une mise à l'abri soit faite notamment pour tous ces migrants et réfugiés de la porte de la Chapelle.

La mise à l'abri sans tenir compte de notre expérience aujourd'hui, c'est-à-dire l'installation de centres de premier accueil ailleurs en France sur le parcours migratoire et sans qu'il y ait une accélération des procédures vers les C.A.O., on se retrouvera confronté dans quelques mois à la même situation.

Je pense que notre expertise est sans aucune agressivité. Notre souci est d'être concrets, efficaces, de trouver des solutions à ces personnes qui n'ont plus rien, mais de trouver aussi des solutions aux riverains, aux habitants qui voient ces situations indignes. Trouver des solutions aussi à nos agents et je veux remercier les agents de la propreté, notamment de la Ville de Paris et les agents de la prévention qui font un travail remarquable, et vous le savez il y a eu l'exercice d'un droit de retrait. Des cas de gale ont été identifiés, y compris chez nos agents. Cela aussi, nous devons en tenir compte.

Notre ville, comme les autres sites qui sont aujourd'hui confrontés à cette situation, ne peut pas être laissée seule. Nous serons plus forts s'il y a dans nos rangs, je le sais, un accord très large, très majoritaire, majorité et opposition, pour s'engager dans cette voie pragmatique, lucide, humaniste, qui est de mon point de vue, avec l'expérience que nous avons de cette situation, la seule voie empruntable.

Je voulais vous dire ces quelques mots avant de donner maintenant la parole à celles et ceux qui se sont inscrits, et je vous remercie de participer à ce débat.

Tout d'abord, la parole est à M. Pierre-Yves BOURNAZEL, pour le groupe les Républicains.

M. Pierre-Yves BOURNAZEL. - Madame la Maire de Paris, c'est un sujet complexe qui touche à la vie d'hommes, de femmes et d'enfants qui fuient la guerre, qui fuient la faim, et fuient souvent la mort.

A l'hiver 2014-2015, avec ma collègue Déborah PAWLIK, mais aussi Fadila MÉHAL et Christian HONORÉ, nous étions intervenus sur ces problèmes extrêmement difficiles.

Je m'en tiendrai à des principes, et je voudrais les rappeler ici d'abord, la dignité que l'on doit à ces hommes et à ces femmes, aux réfugiés et aux migrants. C'est la raison pour laquelle, et ces propos n'engagent que moi, j'avais soutenu votre proposition d'un premier centre d'accueil humanitaire.

Ce sont des questions de sécurité pour ces hommes et ces femmes, ces enfants, et c'est une question d'hygiène aussi pour eux, pour leur vie quotidienne, de les protéger.

C'est une question de tranquillité, vous l'avez abordée tout à l'heure, pour des riverains qui expriment légitimement leur exaspération face à des problèmes qui se multiplient dans leur quartier. Ils méritent d'être entendus, écoutés, et que des solutions pérennes puissent être amenées pour améliorer aussi leur vie quotidienne.

La fermeté aussi vis-à-vis des réseaux de passeurs et des mafias, qui profitent de tous ces problèmes pour essayer de faire prospérer leur trafic. Il faut exiger de l'État une fermeté totale vis-à-vis de celles et ceux qui se font du fric sur la misère humaine.

L'efficacité de nos politiques publiques, certains l'ont rappelé tout à l'heure, il faut s'attaquer aux racines du mal. C'est notre politique de coopération, notre politique de co-développement qui est en jeu. Il faut que la France et l'Europe portent une vraie stratégie en la matière. C'est la politique européenne bien sûr, il nous faut aller vers une harmonisation du droit d'asile à l'échelle européenne. Il faut aussi mobiliser nos moyens, comme l'a dit tout à l'heure Delphine BÜRKLI.

Il faut le raccourcissement des délais du droit d'asile, pour donner des réponses plus rapides et plus respectueuses pour les demandeurs. Et puis, cela n'engage encore une fois que moi, mais il faut la solidarité. Cela veut dire qu'il faut de nouveaux centres d'accueil, notamment dans les métropoles françaises qui pourraient les accueillir et sont sur les chemins de ces migrants et de ces réfugiés. Je crois que sur ces sujets, il faut éviter toute polémique politicienne, il faut avoir le sens de l'intérêt général quand on touche à la vie d'hommes, de femmes et d'enfants, il faut avoir d'abord une vision, un cadre politique d'action. Ce sont des sujets très complexes qui ne vont pas se régler en quelques minutes. Ce ne sont pas des sujets qui vont se régler en quelques mois. Il faut avoir le courage et la lucidité de le dire, mais c'est maintenant que l'on doit travailler à trouver des solutions. Lorsque vous porterez des solutions, je les soutiendrai, nous les soutiendrons pour celles et ceux qui le souhaitent sur ces bancs. J'espère en tout cas. En même temps, il faut interpeller l'État et l'échelon européen pour que des solutions durables soient trouvées et pour permettre un accueil digne de la France, digne de Paris, digne des métropoles françaises et respectueuses de nos compatriotes.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, Pierre-Yves BOURNAZEL.

Je vous remercie pour ce soutien.