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Septembre 2017
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2017 SG 40 - Stratégie de résilience de Paris.

Débat/ Conseil municipal/ Septembre 2017


 

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Nous reprenons donc cette séance avec le débat organisé sur la stratégie de résilience à Paris.

Je vous demande de rejoindre vos places. Si vous voulez poursuivre les discussions à l?extérieur, vous êtes les bienvenus. Je vais introduire nos travaux.

Mes chers collègues, qu?il s?agisse de l?ouragan Irma, qui a ravagé Saint-Martin et Saint-Barthélemy, ou de la tempête Harvey qui a provoqué de terribles inondations à Houston, l?actualité la plus récente rappelle quels risques pèsent sur nos territoires et combien il est urgent de nous adapter.

Notre ville a connu la crue de 1910, les grandes épidémies, la guerre, les chocs pétroliers, les attaques terroristes. Plus récemment, nous nous souvenons de la crue de juin 2016, du plan canicule déclenché pour la toute première fois pendant le temps scolaire en juin dernier. L?histoire de Paris est celle d?une cité mise à l?épreuve et faisant néanmoins toujours front, fidèle à sa devise "Fluctuat nec mergitur".

Son présent et son avenir la mettent de nouveau à l?épreuve. Notre ville affronte en effet des enjeux majeurs, les inégalités croissantes faisant peser des risques sur la cohésion sociale et donc sur la capacité de notre société à faire bloc en cas de crise, le dérèglement climatique et toutes les crises ponctuelles et chroniques qu?il engendre des canicules aux phénomènes migratoires, la pollution de l?air et ce qu?elle nous coûte à tous avec 6.500 morts par an ; à l?échelle de la métropole, elle tue autant que l?alcool ou le tabac.

Je pense aussi à notre fleuve car c?est une certitude : Paris affrontera à nouveau une crue majeure, semblable à celle de 1910, et nous devons nous y préparer. Dans le même temps, nous devons agir pour réduire les risques de manque d?eau car la Seine pourrait perdre jusqu?à 30 % de son débit d?étiage d?ici la fin du siècle.

Et comment ne pas évoquer le risque terroriste, les risques de nouvelles pandémies, ceux liés aux nouvelles technologies ou encore aux probables chocs financiers ou monétaires.

Pour être à la hauteur de ces enjeux, il nous faut améliorer notre capacité à nous organiser collectivement et tisser de nouvelles coopérations au-delà des frontières municipales. C?est dans ce but que nous proposons aujourd?hui une stratégie de résilience pour Paris. Elle est le fruit d?un travail considérable, et je veux remercier à ce titre les plus de 800 personnes impliquées dans l?élaboration de ce projet : les directions, les adjoints, les entreprises, les opérateurs de réseaux, les services urbains, les associations et les universités. Merci à eux pour leur travail inestimable.

Par ailleurs, vous le savez, Paris est membre depuis 2015 du réseau des "100 villes résilientes, réseau créé par la Fondation Rockefeller. Je veux dire ici toute ma reconnaissance au président de la fondation, Rajiv SHAH, ainsi qu?au président du réseau des "100 Villes Résilientes", Michael BERKOWITZ, pour le soutien immense qu?ils ont apporté à notre Ville pendant deux ans et pour les perspectives positives d?avenir qu?offre cette stratégie aux Parisiens. Je remercie également mes collègues maires de ce réseau, ainsi que les "Chief Resilience Officers" qui échangent au quotidien et partagent des solutions et des bonnes pratiques.

La stratégie, que nous avons construite ensemble, doit permettre à notre Ville de continuer à fonctionner, à s?adapter et à se développer, quels que soient les chocs ponctuels et stress chroniques auxquels elle sera confrontée dans les décennies à venir.

Bien sûr, les systèmes techniques et les infrastructures sont essentiels pour maintenir la continuité du service public et des réseaux urbains, mais ils ne sont pas suffisants pour garantir la résilience. Lorsque nous sommes submergés, c?est aussi la solidarité entre les personnes qui fait la différence entre une ville qui se relève et une ville qui subit, se divise et décline.

C?est pourquoi notre stratégie est résolument tournée vers les habitants. Nous nous appuierons sur la carte citoyenne de Paris pour créer, en partenariat avec la Brigade des sapeurs-pompiers de Paris et les associations de protection civile, Croix-Rouge et Protection civile, un réseau d?habitants solidaires qui soutiendront la Ville et les services de secours dans la prévention des risques et la gestion des crises.

Nous renforcerons également les moyens dédiés au programme "Paris qui sauve", dont nous avons parlé ce matin. Je veux remercier les élus et les directeurs aussi, les équipes de la Ville, qui sont venus participer à ce programme extrêmement riche et qui nous apprend beaucoup. Avec ce programme, nous élargirons aussi la culture de la résilience.

Nous proposerons des outils pour démultiplier et simplifier les gestes solidaires du quotidien. Nous faciliterons l?occupation temporaire des espaces, des équipements publics par les associations et les collectifs de quartier ou de voisins. Pour faire progresser l?implication des citoyens, nous élargirons le principe du permis de végétaliser à d?autres objectifs. Nous créerons, en outre, un centre de ressources ouvert à tous, afin de permettre à l?intelligence collective de trouver des solutions nouvelles pour la Ville, ainsi qu?une cartographie dynamique et participative autour des risques alimentés par les citoyens.

Parce que l?éducation et la santé des enfants sont une priorité, nous engagerons un programme de long terme pour transformer les cours d?école en véritables oasis de fraîcheur. Les plus de 600.000 mètres carrés de surfaces bitumées qu?elles représentent participent massivement à l?effet d?îlots de chaleur urbains. Or, il est indispensable que les élèves puissent étudier et se dépenser dans de bonnes conditions.

Nous savons que les épisodes de canicule en période scolaire vont augmenter en fréquence, en durée et en intensité. Le climatologue Jean JOUZEL nous rappelle que ce sont les enfants d?aujourd?hui qui pourraient subir des étés à 50 degrés Celsius à Paris. En testant des solutions innovantes et en adaptant progressivement nos établissements, nous garantirons de meilleures conditions d?enseignement à nos enfants et offrirons en même temps un refuge de fraîcheur aux Parisiens qui en auront besoin le soir et les week-ends pendant les épisodes caniculaires.

Plus globalement, nous adapterons nos infrastructures en favorisant la modularité, la réversibilité et la sobriété. Nous nous doterons d?outils pour que chaque euro dépensé dans une infrastructure serve les impératifs de résilience. Parce que les autoroutes urbaines font subir aux populations des effets particulièrement néfastes, en partenariat avec l?Etat, la Métropole du Grand Paris, la Région Ile-de-France, avec le Forum métropolitain aussi parce qu?il y a déjà un groupe de travail engagé avec Jean-Louis MISSIKA et le président du Forum métropolitain, Jean-François VIGIER, nous engagerons aussi la transformation du boulevard périphérique et des autoroutes qui mènent à Paris.

Partout, de Séoul à New York, en passant par San Francisco, Vancouver ou Montréal, les villes se sont emparées de cette question et transforment leurs autoroutes urbaines au profit d?autres usages. Chez nous, cela a déjà commencé d?ailleurs : dès 2022, une forêt de 1.000 arbres enjambera le boulevard périphérique ; c?est un des projets qui a été adopté dans le cadre de "Réinventer Paris", notamment à la Porte Maillot. Nous poursuivrons ces efforts pour offrir à tous un cadre de vie plus agréable et plus sain. C?est l?un de nos objectifs essentiels.

Le Plan vélo, voté à l?unanimité, en 2015, à la fois sur son montant financier, sur son tracé et son calendrier, actuellement mis en ?uvre, s'inscrit pleinement dans cette approche.

Au-delà, je souhaite que toutes les opérations d'aménagement à venir et en premier lieu Saint-Vincent-de-Paul et Bercy-Charenton soient exemplaires en matière de résilience urbaine, tant au niveau climatique que social.

Cette stratégie bien sûr exige des moyens conséquents, nous créerons à l'image du "Climate Bond" que nous avons lancé en 2015 et de l'obligation pour le développement durable dont vous avez voté la mise en ?uvre au printemps, une obligation pour la résilience de Paris.

De nombreuses entreprises, des banques, des assurances, sont déjà convaincues de l'intérêt de cette approche résiliente. Elles sont partenaires d'ailleurs de cette approche résiliente. Notre administration municipale prendra sa part, je me suis d'ores et déjà engagée à dédier 10 % des investissements municipaux à la résilience, le secrétaire général de la Ville est là pour nous garantir cet engagement.

Pour répondre à des défis de cette ampleur, Paris a besoin des territoires qui l'entourent et réciproquement. Je suis donc très heureuse d'engager avec mes collègues, Vanik BERBERIAN, président de l'Association des maires ruraux de France, Patrick OLLIER, président de la Métropole du Grand-Paris, des travaux pour un pacte de coopération territoriale historique. Nous engagerons dès l'automne une réflexion pour aboutir à de premières actions communes l'année prochaine.

Mes chers collègues, la stratégie que nous vous présentons est concrète et tangible. Elle se propose de relever des défis bien réels, de préparer notre ville à des risques bien présents.

Je veux remercier l'ensemble des équipes, des adjoints et des maires d'arrondissement, mais permettez-moi de remercier tout particulièrement Célia BLAUEL et ses équipes, qui ont porté ce projet aussi ambitieux que nécessaire qui est pleinement bien sûr relié au Plan Climat et à tout le travail qui est fait dans la délégation qu'elle assure avec beaucoup d'énergie et de brio.

D'ailleurs, le petit Arthur qui est né avant l'été est sans doute quelqu'un qui va aussi inspirer Célia dans ses actions pour les futures générations, car ce que nous faisons là est vraiment une véritable révolution dont Paris et la métropole ont besoin. Changer notre cap et notre perspective pour penser différemment l'avenir des territoires nous permettra d'offrir à tous les habitants, et en particulier aux plus fragiles et vulnérables, une meilleure qualité de vie, une protection accrue face aux aléas et des perspectives d'avenir positives. L'approche résiliente est un choix indispensable, mais elle constitue également une chance immense.

Les solutions qu'elle promet sont essentielles, les opportunités qu'elle offre sont infinies.

Je vous remercie.

Nous allons commencer les prises de parole des orateurs.

La parole est donc à M. Nicolas BONNET-OULALDJ, président du groupe Communiste - Front de Gauche.

M. Nicolas BONNET-OULALDJ. - Merci, Madame la Maire, mes chers collègues.

Permettez-moi d'abord quelques digressions avant d'arriver au c?ur de la communication et des projets de délibération qui y sont associés.

Nous arrivons à notre moitié de mandat, et au bout de trois ans beaucoup de journalistes m'interrogent sur le bilan de mandat. Il me vient à l'esprit justement une situation que les autres Maires de Paris n'ont pas connue, et qui serait proche de la question de la résilience, puisque nous avons vécu depuis ce début de mandat, au moins trois, voire plusieurs chocs.

Le premier choc est d'abord économique avec la baisse des dotations aux collectivités territoriales, qui nous oblige à un exercice budgétaire assez compliqué.

Le deuxième choc, vous l'avez évoqué dans votre communication, ce sont évidemment les attentats qui ont marqué le c?ur de Paris, et cette situation de guerre qui a amené de nombreux réfugiés aux portes de Paris et au c?ur de Paris. Et bien évidemment, la crise climatique avec notamment ses pics de pollution à répétition au centre de Paris, qui nous a questionnés et à chaque fois qu?un journaliste m'interroge, je dis : nous avons fait preuve de courage, de détermination et nous avons surmonté les obstacles dans cette situation, mais jamais je n'ai utilisé le terme de résilience et je vais vous expliquer pourquoi.

Ce concept de résilience, terme médical s'il en est, a été élargi par le professeur CYRULNIK, qui l'a utilisé pour parler de la capacité des personnes à se reconstruire et à s'épanouir, ce sont ses mots, après un traumatisme.

Depuis, il est devenu, pour moi, un mot-valise dans lequel se sont engouffrées les meilleures comme les pires théories.

Je vais commencer par les pires, en évoquant un article de cette semaine dans la "Nouvelle vie ouvrière", mensuel de la CGT, qui vient d'inaugurer une rubrique sur le langage du monde du travail. Le premier épisode cette semaine est consacré au mot résilience dans le monde du travail.

Les chefs d'entreprises, en particulier les DRH, le définissent comme la capacité à résister aux chocs et à continuer son activité. Au Royaume-Uni, une enquête confirme que 80 % des DRH estiment que les salariés de demain seront recrutés sur leur capacité à la résilience, à survivre dans l'incertitude, tout un programme.

Drôle de destin pour ce mot de résilience, qui pour justifier les effets de la financiarisation du travail et la concurrence de tous contre tous deviendrait une qualité de résistance au stress des salariés face à des chocs, en oubliant au passage que le premier des principes de prévention est d'éviter les risques.

Ce mot de résilience est donc au c?ur aujourd'hui de la bataille des idées, et dans cette bataille je préfère qu'il aille vers la prévention des risques.

Je le disais dans mon propos, la capacité de ceux qui contrôlent le langage est toujours de dévoyer le sens premier d'un terme afin d'en faire un concept qui ne peut être remis en cause, puisque répété à l'envi.

Dans sa leçon inaugurale au Collège de France en 1977, Roland Barthes soulignait : "Dès lors que j'énonce, je suis à la fois maître et esclave, je ne me contente pas de répéter ce qui a été dit, de me loger confortablement dans la servitude des signes, je dis, j'affirme, j'assène ce que je répète dans la langue, donc servilité et pouvoir se confondent inéluctablement".

Je pourrais ainsi parler aussi de l'économie collaborative, "ubérisation" et "airbnbsation" de la société démontrent la capacité du capitalisme à vampiriser des initiatives citoyennes.

En son temps, Michel Clouscard disait que la force du capitalisme est de vendre à la fois le poison et l'antidote, cette plasticité du capitalisme, sa capacité d'adaptation n'est plus à démontrer.

Je ne mets pas en cause votre volonté, Madame la Maire, de donner à ce concept la part d'humanisme qui est la sienne, mais j'attire votre attention sur le fait qu'au nom de la résilience, on peut déporter la notion de responsabilité des victimes sur les victimes, tout en gommant les causes et les origines des chocs.

Je pense qu'autant nous devons bien sûr faire face à ces chocs, nous devons avant tout chercher à comprendre l'origine et les causes. Car lorsqu'on parle des catastrophes climatiques, de la pollution, des guerres et de leur cortège de misère et de réfugiés, des attentats, il y a bien des causes. Et je n'étonnerai personne en disant que pour ma part, le capitalisme financiarisé est l'une des causes essentielles par sa course effrénée au profit maximum.

Qui est responsable de la pollution ?

Qui a tardé à s'attaquer au quasi- monopole des énergies fossiles ? On peut répondre l'automobiliste, mais qui offre les produits polluants au consommateur au lieu de lui offrir des produits propres ? Les constructeurs, soit, on se rappelle de l'affaire Volkswagen, mais qui laisse faire, voire encourage les constructeurs à ne rien changer ? Les pouvoirs publics.

Il y a donc bien une chaîne de responsabilités, qui à chaque étage amène des conséquences dont nous sommes les victimes. Notre pouvoir d'élus, en tout cas pour celles et ceux d'entre nous qui pensent que la politique a encore un rôle à jouer, doit faire preuve de courage politique, et sur ce dossier vous n'en avez pas manqué, Madame la Maire, mais aussi décrypter le système et expliquer la chaîne des causes à effets et pointer les responsabilités.

Prenons un autre exemple, qui est cité dans votre communication.

Le terrorisme, oui, vous comme nous avez souligné la capacité de résilience de la population parisienne au moment des attentats.

Oui, vous comme nous avez souhaité qu'un certain nombre de Parisiennes et de Parisiens soient formés aux gestes de premier secours et à l'urgence, mais dans un même temps, avons-nous fait assez pour que la population connaisse les origines des mouvements de radicalisation?

Avons-nous fait assez que pour nos enfants, au lieu de se préparer à la terreur, à la peur, pensent à la paix, à l'égalité, à la justice comme objectifs d'une société moderne ?

Je pense à un grand programme de culture pour la paix.

Suite à un choc, l'Etat n'a pas fait le choix de l'éducation et de la prévention. Il a fait le choix de l'Etat d'urgence, des lois répressibles et liberticides. C'est un choix politique, assumé et sur ce sujet, on peut dire qu'il y a continuité entre M. SARKOZY, M. HOLLANDE et maintenant M. MACRON. Je continuerai de clamer, comme le Premier Ministre norvégien, au moment de l'attentat de Breivik, "il nous faut rire et chanter, et surtout ne pas avoir peur car c'est la démocratie, la tolérance qui doit nous guider". Ce message a trop vite été oublié par ceux qui nous gouvernent.

Ce phénomène est bien connu depuis que Naomi KLEIN l'a écrit dans son ouvrage, "La stratégie du choc" : "Le système capitaliste et les dominants ont besoin de chocs périodiques. Ceux-ci peuvent, y compris être provoqués pour faire accepter par la population des mesures d'exception qui peuvent devenir la règle".

Alors, Madame la Maire, nous sommes dans notre rôle de préparer les villes aux différentes catastrophes, mais le chemin que je vous propose de prendre est celui d'investir pour prévenir les risques, comme vous le dites dans votre communication, réorienter les mauvais choix du passé, et je penserai à commencer par les politiques libérales et investir plutôt que baisser les dépenses publiques.

Vous évoquez plusieurs priorités notamment les inégalités, le dérèglement climatique, la pollution, la question des crues du fleuve, le risque terrorisme, les territoires et leur évolution, je pense notamment à la Métropole et au risque de disparition des départements. Je pense que nous devons nous poser la question des choix qui sont faits actuellement, notamment, le choix de faire des cadeaux fiscaux pour les patrons et d'aller vers moins de protection des salariés avec l'explosion du Code du travail, l'extension du travail du dimanche et les nocturnes mises en place dans la capitale avec les zones touristiques, est-ce que ce sont des choix qui vont vers la résilience ? Je ne le crois pas. Au contraire, je crois que cela aggrave les chocs.

Nous militons à l'inverse pour une évolution d'un nouveau modèle économique et social, durable, dans la production locale, dans l'économie circulaire, dans la recherche avec l'objectif de relever les grands défis auxquels nous sommes confrontés, en premier lieu les inégalités sociales, la pollution et le réchauffement climatique.

Nous aurons prochainement un projet de délibération sur le "Fabriqué à Paris" avec cette proposition forte que nous avons défendue au Conseil de Paris pour relocaliser l'emploi durablement, retrouver une mixité sociale face à la gentrification des quartiers populaires. Le lancement de grands chantiers en termes de transition énergétique dans l'habitat, dans le transport, dans l'énergie, et bien d'autres secteurs industriels serait porteur de nombreux emplois et de résilience. Ce serait également l'occasion de relancer de grands services publics laissés à l'abandon aujourd'hui, je pense notamment aux transports comme la R.A.T.P. et la S.N.C.F. mais aussi à l'énergie, et je pense notamment aussi à la santé.

Autant de défis que nous devons relever, mais pas dans une politique économique libérale, dans une politique de la relance, de la relance économique qui serait, à mon avis, porteur d'un nouveau modèle économique, et donc de résilience.

Si nous ne faisons que décliner le célèbre concept de Margaret Thatcher "There is no alternative", qui brime la capacité d'invention et la part d'utopie qui doit rester au fond de nous et qui reste le meilleur des moteurs.

Je sais que vous, Madame la Maire, faites partie des personnes qui ne sont pas résignées et vous continuez de croire en leur capacité de changement dans l'intérêt des populations et pas à leur détriment.

Alors faisons de notre slogan sur la résilience, celle qui était celle du Forum social mondial, pensons global, agissons local mais n'abandonnons jamais le concept pour un autre monde qui, lui, devrait être entièrement résilient. Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, Nicolas BONNET-OULALDJ, d'avoir aussi introduit une question sémantique. Je crois que l'UDI sera assez proche de votre approche sémantique. C'est cela ? Peut-être. Comme quoi il y a aussi des ponts qui se font dans cette Assemblée.

Je donne à présent la parole à M. Pierre AURIACOMBE, pour le groupe PPC.

M. Pierre AURIACOMBE. - Merci, Madame la Maire.

Vous nous parlez de la communication de votre stratégie de résilience de la Ville, cette capacité, cette stratégie de résilience, la capacité, comme vous l'écrivez, à anticiper, à survivre et à développer. Vous l'avez déclinée en six thèmes et 35 actions.

Pour ma part, je me propose d'en retenir quatre sur lesquels je vais intervenir. J'ai fait le choix volontairement de ne pas parler du terrorisme qui nous touche tous actuellement, mais sur lequel plusieurs d'entre nous, j'imagine, vont intervenir.

Je voudrais parler du dérèglement climatique et du risque lié au fleuve, des solutions de résilience dans l'urbanisme, de la solidarité entre voisins et de la gouvernance enfin à Paris.

Le dérèglement climatique, les risques liés au fleuve : bien sûr, et vous en avez parlé, ce sont les inondations, et vous en avez parlé également, Madame la Maire, mais qui est trop souvent oublié en la matière, c'est le problème lié à la sécheresse.

Sur les inondations, vous ne l'ignorez pas, personne ne l'ignore, nous avons quatre barrages en amont de Paris qui sont gérés par "Seine Grands Lacs", mais ce que certains d'entre vous ignorent peut-être, c'est que nous avons, depuis plusieurs années, un site en attente, le site de "La Bassée", qui prévoit sept réservoirs en amont de Paris en Seine-et-Marne.

Je suis administrateur de "Seine Grands Lacs" et lorsqu'on m'a présenté, il y a quelques années, ce projet de "La Bassée", j'ai vu la personne à côté de moi n'être pas enthousiaste. Quand je lui ai demandé pourquoi, il m'a répondu que c'était un projet dont on leur parlait depuis les années 90, et cela fait vingt ans que cela ne bouge pas.

Si l'on veut parler de résilience, du problème des inondations, il faudrait être cohérent et faire avancer ce dossier. Je sais que vous n'êtes pas la seule décideuse, Madame la Maire, mais la Ville de Paris intervient beaucoup et il serait bon qu'en la matière, nous puissions faire progresser ce dossier.

Sur la sécheresse, autre problème lié au dérèglement climatique et au risque du fleuve, l'objectif numéro 1 de ces barrages, et on l'oublie trop souvent, c'est d'assurer un étiage de la Seine. Pour mémoire, nous avons en comparaison Strasbourg qui est une ville moyenne avec un très grand fleuve, le Rhin, Lyon qui est une grande ville avec un fleuve moyen, le Rhône, alors que l'Ile-de-France, qui est une mégalopole de 12 millions d'habitants, est arrosée par un petit fleuve, la Seine.

Alors, oui, il est primordial en matière de résilience d'assurer la navigation sur la Seine, d'assurer le rejet des eaux usées. J'ai l'impression parfois que ce risque n'est pas assez pris en compte par nos différents gouvernements.

Autre point, je voudrais maintenant parler des solutions de résilience en matière d'urbanisme, en matière de logement. Si vous l'avez dit, Madame la Maire, plusieurs actions sont entreprises, sont envisagées dans vos 35 actions, je pense aux espaces verts intégrés, aux usages des toits à l'urbanisme ou aux Z.A.C. que vous avez citées, Saint-Vincent-de-Paul et Bercy-Charenton, il s'agit essentiellement des logements nouveaux.

Qu'en est-il de l'ancien ? Quelques chiffres. Actuellement, le Plan climat prévoit pour les nouveaux logements une consommation en termes de chauffage de 50 kWh du mètre carré et par an. Sur l'ancien, notre objectif est de se rapprocher des 80. On voit bien que l'on est bien loin des 50 du neuf. Je rappellerai que sur le 1,360 million de logements que compte la Ville de Paris, 75 % ont été construits avant 1974 et le premier règlement thermique. Il y a urgence à accompagner la transition énergétique de ces logements, je pense à l'haussmannien et au plus ancien. Mon collègue, M. BONNET-OULALDJ, en a parlé à l'instant, nous avions dans le cadre de la M.I.E. "Fabriqué à Paris" soulevé ce point qui est très important, qui peut être source d'emploi pour la Ville et source de richesse.

Je soulignerai parce qu'il ne faut pas l'oublier, que l'Agence parisienne pour le climat, l'A.P.C., fait un gros travail en la matière, mais qui se concentre essentiellement sur les logements sociaux anciens, et pratiquement rien n'est fait sur les logements privés qui représentent le gros des logements parisiens.

Un point sur lequel je voudrais intervenir, qui n'est peut-être pas le plus important mais j'y tiens, c'est la solidarité entre voisins.

Je ne crois pas, et nous en sommes tous convaincus, que la Ville et l'Etat ne peuvent pas tout faire, oui, je suis un libéral et je l'assume, c'est au citoyen également de se prendre en charge. On l'a vu lors de la sécheresse de 2003, c'est lorsqu'il existait des zones de forte solidarité entre voisins que l'on a pu éviter les accidents, les incidents et les décès.

Je sais que vous faites des choses, mais je pense qu'il faut accentuer.

Dernier point de mon intervention, la gouvernance. C'est une de vos thématiques, vous travaillez à une nouvelle gouvernance, nous y sommes favorables. A Paris, oui, plus de décentralisation, j'y crois, plus de décentralisation vers les arrondissements, nous serons tous gagnants. Je crois également à une gouvernance au niveau du Grand Paris, et c'est pour cela que nous sommes favorables aux projets de délibération que vous nous présentez, nous les voterons mais nous sommes pour une résilience, mais une résilience ambitieuse. Merci.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci à vous.

La parole est à M. Didier GUILLOT, pour le groupe Radical de Gauche, Centre et Indépendants.

M. Didier GUILLOT. - Madame la Maire, mes chers collègues, permettez-moi de commencer tout d'abord cette intervention par une petite page de "pub" et de rappeler que l'E.I.V.P., l'Ecole des ingénieurs de la Ville de Paris, avait consacré son université d?été l?année dernière au thème de la résilience. Les actes qui sont sortis pour cette université d?été sont donc consacrés à ce sujet, et si certains veulent approfondir les choses, ces documents sont à disposition.

Paris fait face à des enjeux anciens que nous connaissons bien, comme la gestion des crues de la Seine, mais elle doit également faire face à des menaces nouvelles, telles que le réchauffement climatique ou le risque terroriste. Et à cela s?ajoutent les crises de long terme qui peuvent affaiblir notre ville au fil du temps, telles que celle du logement. Les risques sont donc à la fois divers, complexes et imprévisibles. Pour notre groupe, la résilience à Paris doit s?entendre comme la réponse à plusieurs de ces défis, mais en une seule intervention.

Je voulais prendre le temps de revenir sur un pilier qui me semble fondamental pour l?avenir : celui de l?intelligence collective et de la coopération entre nos territoires. Nous sommes à un moment charnière de la vie publique. Les politiques publiques apparaissent inefficaces aux yeux des citoyens, alors que l?innovation se situe plutôt du côté des entreprises. Parallèlement, les inégalités violentes perdurent, tant entre les territoires qu?entre leurs habitants.

Dans cette perspective, mettre en réseau les différents acteurs du territoire et bâtir un nouveau mode de gouvernance est une solution que nous appelons de nos v?ux. Cela doit nous permettre d?établir un diagnostic contrasté, un projet de développement territorial partagé, afin de combiner les talents dans l?objectif de favoriser la résilience des territoires. Il faut ainsi partir du bassin de vie, qui va aujourd?hui plus loin que le simple territoire de Paris, y recueillir les besoins des habitants et bâtir à partir de là une action conjointe permettant de dépasser les différences culturelles, les jeux d?intérêts et les rivalités de pouvoir.

C?est ainsi que nous pourrons accompagner une stratégie résiliente de qualité à l?échelle de la Métropole. Toutes les formes d?innovation et de décentralisation des prises de décision sont des exemples de mécanismes qui augmentent les effets bénéfiques de la résilience et que notre groupe encourage. Paris est une ville dense. La résilience doit être considérée comme un support de notre cohérence territoriale.

Un autre point de cette communication retient aussi tout particulièrement notre attention : celui de la transformation du boulevard périphérique. Paris propose d?en engager la mutation avec l?ensemble des collectivités de l?agglomération parisienne, avec pour ambition de réduire la pollution et d?abaisser la frontière entre Paris et sa périphérie. Orientons l?action de la Municipalité vers une régulation intelligente, juste et incitons aux bonnes pratiques. C?est pour cela que notre groupe a demandé l?installation d?une M.I.E. sur l?avenir du boulevard périphérique, que nous souhaitons voir jour.

Paris et l?ensemble de ses élus doivent pouvoir se positionner dans ce débat. En cette période historique de grande mutation, réduire les dommages des catastrophes et améliorer la résistance des sociétés face aux aléas est indispensable. L?émancipation durable de chacun et de tous est le c?ur de notre vision politique. Ainsi, parmi les facteurs positifs qui augmentent la résilience d?un système soumis à une perturbation, deux retiennent plus particulièrement notre attention : la diversité et l?apprentissage.

La diversité passe par notre capacité à préserver un certain capital économique, écologique et culturel que les générations passées ont contribué à préserver. Elle passe aussi par la lutte contre l?obscurantisme, l?oppression et la misère, qui risquent de se développer avec l?augmentation des crises écologiques et géopolitiques. Face à de tels événements, le fatalisme ne peut être de mise. La roue tourne, comme on dit, mais il est aussi possible de nourrir la résilience pour affronter les événements, de ne pas laisser le passé se renouveler. C?est là la nécessité de l?apprentissage.

La stratégie de résilience aujourd?hui présentée doit nous permettre de construire un monde meilleur, mais aussi de répondre aux crises économiques, écologiques et sociales auxquelles nous sommes confrontés. Il reste donc à engager et à réaliser des actions identifiées pour rendre durable cette gestion urbaine. Cette mise en ?uvre de la stratégie de résilience engage la Ville dans un exercice proactif à deux dimensions : l?une opérationnelle, pour permettre à Paris de résister aux chocs, risques et contraintes ; l?autre protective, pour agir sur les dynamiques socio-économiques et améliorer les conditions de vie des Parisiens.

Paris, ville de révolutions et d?innovations politiques, artistiques, culturelles, est à l?avant-garde de la prochaine révolution : celle de la résilience.

Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci à vous.

La parole est à M. Alexandre VESPERINI, pour le groupe les Républicains.

M. Alexandre VESPERINI. - Merci, Madame la Maire et chers collègues.

D?abord, je vais commencer rapidement sur des points positifs, mais comme je ne suis pas sur les bancs de la majorité, je me permettrai d?insister sur des points qui, à défaut de susciter les critiques, suscitent en tout cas chez un certain nombre de conseillers républicains des interrogations.

D?abord, sur les points positifs, il est toujours très sain qu?une ville comme Paris, même si c?est une très grande capitale, se compare à d?autres villes, y compris des métropoles mondiales de moindre importance. C?est toujours utile de faire du "benchmark" et des comparaisons internationales.

Le deuxième point positif dans cette stratégie de résilience, c?est que cela permet - cela a un mérite - à tous les élus et à tous les Parisiens, pour celles et ceux qui s?intéressent en tout cas à ce document, de savoir un peu quel est l?objectif de long terme que se donne la Mairie de Paris sur 2030, 2040, 2050. Et de ce point de vue, il y a évidemment des points de désaccords, pour le coup, puisque? Je regrette par exemple que dans cette stratégie de résilience, on fasse trop peu de place à la projection économique, à la croissance économique, parce que la Ville de Paris concentre 35 % de l?emploi francilien. C?est une véritable locomotive économique pour la France et depuis trois ans que je siège ici, je regrette que nous ne parlions pas suffisamment d?économie.

Enfin, maintenant sur les points négatifs, trois critiques : d?abord une critique qui a trait à la forme et deux critiques de fond.

Une critique de forme d?abord : là encore, cela fait trois ans que nous siégeons ici, en tout cas me concernant, et je trouve qu?on a un peu tendance à bavarder, je trouve que beaucoup de textes bavardent. On enfonce beaucoup de portes ouvertes, je trouve, dans beaucoup de projets de délibération, alors que l?on pourrait aller beaucoup plus vite et beaucoup plus au fond des choses.

Et d?ailleurs, je vais vous citer par exemple une phrase qui me semble tout à fait emblématique, un peu de ce verbiage technocratique, ce lexique universitaire auquel les Parisiens qui sont en dehors de cette enceinte ne comprennent pas grand-chose. Et d?ailleurs, on peut tout à fait les comprendre : moi-même, parfois, je suis un peu décontenancé par un certain nombre de concepts que je trouve un peu universitaires.

Je vois par exemple le concept de redondance. Je ne sais pas si les Parisiens que l?on rencontre dans nos permanences nous parlent de redondance ou de résilience, mais par exemple, je vous cite une phrase : "aussi, la bienveillance et la convivialité sont des conditions de la résilience individuelle et collective, elles imposent de maintenir et renforcer la cohésion sociale en créant des occasions, des lieux, des projets favorables au renforcement du lien social et la connectivité entre les habitants".

Très franchement, je pense que ce genre de phrases-là, on peut s?en passer. Je pense que si on veut vraiment parler de choses de fond? Et Nicolas BONNET-OULALDJ a très bien introduit le débat en parlant de ce que représentait pour lui la résilience, en parlant concrètement des choses, même s?il y a des points de désaccords. Je pense que si on veut vraiment faire du fond, évitons ce type de phrase qui franchement allonge inutilement nos délibérations. C?est une critique générale sur un certain nombre de projets de délibération, mais qui est ici centrée sur cette question.

Enfin, sur le fond, et c?est plus important maintenant, je trouve que, évidemment - moi aussi, je vais un peu parler de résilience, même si je n?arriverai pas forcément à citer Roland Barthes -, c?est un très beau thème, c?est une très belle notion, il faut aussi confronter, mais c?est une notion évidemment très large. Et vous courez ce risque, et vous êtes tombés en plein dedans, pardon de le dire : ce projet de délibération, cette stratégie est devenue une sorte de "gloubi-boulga", un fourre-tout de mesures dont je ne perçois pas complètement la cohérence.

Il y a des mesures qui vont dans le bon sens, il y a des mesures intéressantes, des mesures où naturellement, on peut avoir des désaccords, ou j?ai des désaccords, moi personnellement ou d?autres Conseillers de l?opposition, mais je ne vois pas très bien? Si vous voulez, à la fin, je regrette un peu que dans cette stratégie, on parle par exemple, face au risque terroriste, du vivre-ensemble et d?organiser des fêtes de quartier ; on parle de transformer les cours d?école en oasis ; on parle en même temps de dispositifs contraignants en matière d?urbanisme, comme si on avait encore besoin, dans le domaine de la construction, d?imposer de nouvelles normes contraignantes ; on parle aussi de créer un nouvel observatoire des fragilités dans le domaine de la santé environnementale ; on parle de choses, franchement, qui me paraissent un peu déconnectées et pas très cohérentes avec ce beau thème de la résilience qui, à mon avis, devrait se concentrer sur deux ou trois priorités majeures, comme par exemple le risque terroriste, le risque environnemental, le risque climatique.

Et d?ailleurs, et j?en terminerai là-dessus, la dernière critique que j?ai à faire, c?est que du coup, évidemment, comme c?est un fourre-tout, il y a un manque d?ambition. Il y a un manque d?ambition sur l?environnement. Je n?ai pas assez de temps pour y revenir. Je voulais parler de production d?énergie décentralisée. Je pense que la place qui est accordée à ce thème n?est pas suffisamment importante à Paris.

Et puis, évidemment, je voudrais terminer sur la sécurité. Vous avez raison, il y a de très bons constats qui sont établis sur la sécurité et sur le risque terroriste, mais bon, mesures proposées : "former d?ici 2030 90 % des Parisiennes et des Parisiens aux gestes qui sauvent". Alors, moi, j?ai le badge, je sais sauver, enfin, j?essaie de sauver quelqu?un, peut-être, s?il fait une crise cardiaque, mais très franchement, je pense que? Allez en Israël et vous verrez comment est-ce qu?on se prépare face au risque terroriste. C?est encore autre chose.

Voilà ce que je voulais dire. J?ai déjà pris trop de temps à l?égard de mes collègues. Merci.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci, Monsieur VESPERINI.

Je donne la parole à Mme Maud GATEL, pour le groupe UDI-MODEM.

Mme Maud GATEL. - Merci.

Madame la Maire, mes chers collègues, Houston, Mexico, Marigot : ces derniers jours, les catastrophes naturelles ont décimé des villes plus ou moins préparées à encaisser des chocs d?une violence inouïe. Le réchauffement climatique pose également des défis majeurs à nos villes, tant du point de vue de la santé de nos concitoyens que du traitement des migrations induites par le phénomène.

Alors, face à ces situations, peut-on être contre une démarche de résilience ? Bien évidemment, non. Pour autant, à la lecture de cette communication, on a surtout l?impression que le plan vient labelliser comme ville résiliente diverses mesures prises depuis le début de la mandature, et dont on est en droit de se demander pour certaines le lien avec la résilience : par exemple, la carte citoyenne, ou la charte de téléphonie mobile, ou encore le "Paris des familles", qui apparaissent sur le même plan que le Plan Climat Energie ou le Plan de prévention des inondations. Il n?y a pas de hiérarchie, ni de priorité, ni parfois même de fondement. Bref, désormais, tout doit être résilience.

Tout ou presque, parce que la résilience budgétaire, elle, est la grande absente du plan stratégique. Il n?en est que très peu question dans votre plan, alors même que c'est l'élément central d'une ville durable qui doit pouvoir financer l?absorption de chocs. Mais avec un budget qui n'atteint l'équilibre que par un tour de passe-passe comptable et une dette à la dérive, l?approche budgétaire de la Ville de Paris est tout sauf résiliente. Un exemple parmi tant d?autres : la Mairie dépense plus d?un million d?euros pour acheter une aire de livraison et un logement de "Pariculteurs" afin d'exploiter 0,6 hectare de cultures hors sol sur la toiture du futur centre logistique de la Chapelle, à 200 mètres de l'axe autoroutier le plus emprunté d'Europe. A ce prix-là, elle aurait pu acheter 120 hectares de terres agricoles en Ile-de-France, soit une surface environ 200 fois plus grande, préserver la ceinture vivrière d'Ile-de-France et développer les circuits d?approvisionnement courts pour les Parisiens, ce qui, en termes de résilience, nous paraît beaucoup plus efficient.

Alors, qu'est-ce qu?une ville résiliente ? Nicolas BONNET-OULALDJ nous a proposé une définition. Je vais me risquer à en proposer une également qui risque d?être un tout petit peu différente, mais pas tant que cela finalement. Une ville résiliente, c'est une ville sobre qui utilise intelligemment tous les moyens mis à sa disposition pour prévenir - et cette dimension de la prévention est trop peu présente dans cette communication -, anticiper et gérer les défis auxquels elle est confrontée.

Alors, pour nous, une ville résiliente doit passer par une véritable transversalité dans les politiques publiques menées. La résilience doit devenir, au même titre que le développement durable, une préoccupation de l'ensemble de l'action de l?Exécutif pour prévenir les chocs, s?y préparer et les surmonter. Ainsi, la politique de l'urbanisme doit intégrer cette dimension et, ainsi, éviter à l'avenir les aberrations que l'on a connues avec le réaménagement de la place de la République, dont la minéralité a augmenté significativement les températures. C?est aussi mettre en place des revêtements qui réfléchissent la chaleur pour diminuer d'autant les poches de chaleur en ville, comme cela a été expérimenté à Los Angeles.

Une ville résiliente, c'est également une manière différente de concevoir l'aménagement. Dans la communication, je le disais, on parle beaucoup de résilience, un peu moins de prévention. Or, c'est une dimension majeure. Ce plan doit conduire l?Exécutif à rompre avec la politique ayant pour effet de supprimer toutes les zones de respiration : mètres carrés de verdure pour construire dans une ville toujours plus dense, suppression des îlots de fraîcheur tels que les réservoirs de Grenelle. Ces espaces de respiration sont indispensables, tant pour les habitants que pour prévenir les crues en luttant contre l?imperméabilisation des sols qui aggrave le phénomène.

Et puis, une ville résiliente, c'est aussi une manière différente de travailler. C'est la coopération et le partenariat qui sont une nécessité. Ma collègue, Anne TACHÈNE, y reviendra plus longuement.

Un mot seulement. Vous évoquez la transformation du périphérique. Cela fait plus de 10 ans que nous proposons de reconquérir le périphérique pour mettre fin à cette frontière urbaine qui enserre Paris et la coupe de ses voisins. Mais rien ne peut se faire, justement, sans nos voisins. Si nous saluons le changement de paradigme annoncé, plus de concertations avec l?ensemble des parties prenantes, les derniers exemples récents nous rendent aussi sceptiques qu'exigeants en la matière.

Vous l'aurez compris, si nous partageons ces objectifs, nous attendons de cette communication un nouveau cadre d'organisation et de priorisation de l?action et des investissements publics, et que sa traduction mette enfin fin au décalage entre les actes et les discours.

Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci.

Monsieur Rémi FÉRAUD, président du groupe Socialiste et Apparentés, vous avez la parole.

M. Rémi FÉRAUD, maire du 10e arrondissement. - Merci, Madame la Maire.

Chers collègues, depuis décembre 2014, notre Ville est devenue première commune française membre du réseau des 100 villes résilientes, un programme qui est financé par la Fondation Rockefeller. Et, ensuite, grâce à la convention adoptée par notre Conseil en 2015, la Ville a pu notamment bénéficier d?un poste pour un haut responsable de la résilience afin de mettre en ?uvre une véritable stratégie de résilience territoriale. Cette démarche a aussi pu bénéficier de l'apport des 100 villes et métropoles qui font partie du même réseau et qui échangent avec nous sur les bonnes pratiques et les expériences concrètes. Je veux particulièrement, évidemment, saluer le travail mené par Célia BLAUEL et par celles et ceux qui travaillent avec elle sur ce sujet.

Car, et je ne partage pas toute l'intervention de Nicolas BONNET-OULALDJ, je pense que, loin d'être un effet de mode, le concept de résilience urbaine, défini comme la capacité d'un territoire d'anticiper, d'affronter, de survivre et de se développer quelles que soient les situations d'urgence que nous avons pu connaître, notamment avec des attaques terroristes terribles ou des difficultés plus structurelles - celles du logement, de l'emploi ou du dérèglement climatique -, donc situations d'urgence ou difficultés structurelles auxquelles nous sommes confrontés, le concept de résilience urbaine est une notion sur laquelle nous devons travailler et que nous devons développer en actions concrètes. Car il s'agit à la fois de récupération, de régénération et de projection de notre territoire vers l'avenir dans des circonstances qui, elles, ont changé et sont beaucoup plus urgentes.

Nous sommes donc obligés, dans le cadre de cette démarche, comme vous l'avez indiqué dans votre communication, d'intégrer l'ensemble des problématiques, qu'elles soient locales ou globales et sur lesquelles nous devons agir avec une vision de long terme. Il nous faut aussi associer à ce processus de réflexion le maximum d'acteurs, y compris les habitants, afin de trouver dans la concertation les moyens d'anticiper, de dépasser les obstacles, de résister aux difficultés ou aux chocs, en profitant aussi des opportunités très nombreuses dont nous disposons, qui sont parfois sous-utilisées, surtout dans une commune aussi vivante et prospère que Paris.

L'état des lieux, je le sais, a mobilisé plus de 800 parties prenantes, a été véritablement un travail collaboratif. Il a identifié 6 enjeux prioritaires : les inégalités sociales, économiques et territoriales et les risques pesant sur la cohésion sociale et sur la capacité de la société parisienne à faire bloc en cas de crise, le risque terroriste, le dérèglement climatique, la pollution de l'air, les enjeux liés à la Seine et la gouvernance territoriale.

La seconde phase d'élaboration, qui a commencé il y a un an, a permis de construire les actions susceptibles de répondre à ces enjeux prioritaires en mobilisant à nouveau un très grand nombre d'acteurs : services de la Ville, institutions extérieures à la Ville, opérateurs de réseaux, entreprises, chercheurs, associations, etc. Des ateliers ont été organisés sur des sujets très divers. Par ailleurs, des études complémentaires ont été conduites avec des prestataires extérieurs ou des universitaires, là aussi sur de très nombreux sujets. Ce travail a permis de dégager des initiatives stratégiques pour répondre à la vision d'une ville qui veut associer ses habitants, moderniser et adapter ses infrastructures et qui doit mobiliser aussi les collectivités environnantes pour transformer aussi un certain nombre de défis en opportunités nouvelles.

35 premières actions nous sont aujourd'hui proposées autour des thèmes de la ville inclusive et solidaire, de la ville construite et aménagée pour s'adapter aux défis du XXIe siècle, et d'une ville en transition. Il me semble que cette démarche qui commence est absolument essentielle pour la construction de l'avenir et pour fédérer l'ensemble de notre réflexion et de nos actions.

Je prendrai très brièvement quelques exemples des actions qui nous sont proposées. Je pense, par exemple, à la mobilisation du réseau de citoyens solidaires pour renforcer la résilience face aux chocs. Cela ne correspond pas à notre culture, à la culture française de l'urgence, et, pourtant, nous savons que nous avons besoin de progresser sur ce point. Il s'agit donc de créer un réseau de citoyens solidaires pour renforcer les moyens d'intervention des autorités en cas de crise majeure, ce qui est une dimension très importante pour l'avenir.

Je citerai aussi, comme action, l'action 17 qui propose une réflexion et la mise en ?uvre d'équipements publics qui soient flexibles et modulaires, capables d'accueillir des usages qui soient multiples, dans une ville dense qui doit affronter des enjeux écologiques, qui doit faire face à des évolutions sociales. Mieux allouer les surfaces occupées est absolument nécessaire, et, donc, il faut prévoir des critères multi-usages de la réversibilité de la modularité. Nous pouvons nous réjouir que cette méthode, déjà mise en ?uvre dans le futur éco-quartier Saint-Vincent-de-Paul ou dans la Z.A.C. "Bédier" porte d'Ivry, puisse se généraliser.

Enfin, je citerai une troisième action stratégique, qui consiste à définir un pacte de coopération territoriale avec les municipalités périurbaines et rurales autour d'intérêts communs et d'actions partenariales. Là aussi, nous avons besoin de travailler avec nos voisins et avec des communes plus éloignées de Paris sur le thème de la préparation de l'avenir et de la résilience, car c'est un enjeu évidemment important, mais aussi un long processus qui doit permettre à la Ville de Paris de mobiliser toutes ses énergies pour faire de la résilience une véritable culture commune dans les comportements et la faire rentrer aussi dans les textes réglementaires et dans les actions publiques que nous lançons. Il s'agit de faire évoluer notre manière de penser face aux nouveaux risques.

Je veux donc, au nom du groupe Socialiste, saluer la démarche engagée et présentée aujourd'hui, qui permet d'aborder les enjeux prioritaires de l'urbain dans une logique stratégique - capacité à anticiper, à réparer, à affronter des situations de crise, parfois malheureusement des catastrophes. C?est une obligation. C'est notre devoir aujourd'hui pour les générations qui viennent et même pour les années qui viennent.

Le fait d'appartenir au réseau des 100 Villes résilientes est aussi important car nous savons comment le travail en réseau et dans une logique d'alliance est aujourd'hui indispensable. En conséquence, nous voterons bien entendu la stratégie de résilience qui nous est proposée aujourd'hui et les projets de délibération qui y sont rattachés. Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, Monsieur le Président et tout nouveau sénateur de Paris. Je réitère mes félicitations.

La parole est à M. Yves CONTASSOT, pour le groupe Ecologiste de Paris.

M. Yves CONTASSOT. - Merci, Madame la Maire.

Devant l'ampleur des défis environnementaux, sociaux, démocratiques qui nous font face, s'engager dans une démarche de résilience constitue une excellente nouvelle.

En effet, nous ne pouvons plus constater jour après jour les conséquences dramatiques du dérèglement climatique, l'accroissement quasi-constant des inégalités sociales, ici et ailleurs, assister à la montée des partis xénophobes et à tendance fascisante sans réagir.

La résilience porte dans sa démarche cette volonté de promouvoir une approche systémique et non plus en silo, et en cela, elle marque un pas en avant. Avoir confié la mission d'élaboration de cette stratégie à un responsable dont l'engagement et les convictions en la matière sont unanimement reconnues ne peut que nous satisfaire.

Comme vous le dites dans votre document, il y a interaction entre les différents domaines. Nous avons eu plaisir à lire ce que nous disons depuis des années, à savoir qu'il y a un lien indissociable entre inégalités sociales et inégalités environnementales. Vous prenez comme illustration le périphérique. Vous soulignez qu'il est responsable de plus du tiers des émissions d'oxyde d'azote et de particules fines. Vous auriez pu ajouter que malheureusement les personnes qui habitent au plus près de cette verrue urbaine sont parmi les moins riches. Vous auriez ainsi mis en avant la nécessité, pour ne pas dire l'urgence, à repenser cet axe dans une optique de simple boulevard urbain, comme nous le réclamons depuis fort longtemps. Au-delà du constat, c'est l'action qui permettra d?accroître la résilience réelle du territoire parisien.

Je veux poursuivre avec le périphérique tant il illustre certains problèmes. Vous affirmez qu'il est une véritable frontière physique et symbolique entre la Capitale et le reste de la Métropole. Je suis tout à fait d'accord avec ce constat. Mais faisons en sorte que cette frontière symbolique ne perdure pas lorsque le périphérique sera transformé en boulevard urbain. Dans ce domaine, vous savez à quel point nous pensons qu?une approche interterritoriale est fondamentale.

Les inégalités sociales et environnementales sont encore plus fortes entre Paris et son "hinterland" qu'au sein même de notre ville. Comment croire que Paris pourrait devenir résiliente sans que tout le territoire qui l'entoure le devienne également ? Or dans ce domaine, il faut avoir le courage de dire que le développement de Paris depuis des années s'est effectué en partie au détriment de son entourage. Constater qu'en 15 ans 100.000 personnes supplémentaires viennent travailler à Paris chaque matin suffit à démontrer que cette vision de l?organisation spatiale et économique n'est pas viable.

C'est à une inversion de tendance que nous vous invitons, à considérer que ce qui est bon pour la banlieue est bon pour Paris et non plus penser l'inverse. La théorie du ruissellement, chère au Gouvernement, n'a jamais été démontrée dans les faits et seuls quelques libéraux l'avancent pour justifier l?enrichissement supplémentaire des plus riches.

Pour notre part, nous sommes convaincus que les Parisiennes et les Parisiens vivraient mieux si les habitants des banlieues vivaient mieux, elles et eux aussi. C'est pourquoi nous souhaitons que la Ville s'engage résolument dans la stratégie de rééquilibrage territorial, jalon fondamental de la construction de la résilience parisienne et métropolitaine.

Avoir un taux d'emploi parisien trois fois supérieur à la moyenne régionale en dit long sur l'importance d'inverser cette tendance. Cela implique d'aller beaucoup plus loin et plus vite dans la transformation de bureaux en logements, d'avoir une Métropole du Grand Paris capable d?investir massivement dans le rééquilibrage territorial, de trouver des partenariats avec l'ensemble des acteurs pour engager cette démarche de résilience au bon niveau d'efficacité.

Marie ATALLAH poursuivra mon intervention en insistant sur la dimension sociale, puis Jérôme GLEIZES conclura sur les aspects de gouvernance. Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci à vous, Yves CONTASSOT, et je donne la parole à Danielle SIMONNET, pour deux minutes.

Mme Danielle SIMONNET. - En deux minutes, on n'a pas le temps de dire beaucoup de choses ; j'essaierai au moins de donner une idée qui me semble essentielle.

Oui, face au dérèglement climatique, nos politiques publiques ne peuvent pas se cantonner à chercher à atténuer les effets de notre mode de développement. Il faut donc assumer des stratégies d'adaptation beaucoup plus fortes. Comment faire en sorte pour vivre correctement dans nos villes, demain, malgré le réchauffement climatique ?

Face à cet état d'urgence climatique, il nous faut totalement repenser nos modes de développement. Penser une stratégie d'une ville résiliente, c'est bien lier la question sociale et écologique, et assumer une approche systémique. Et une approche systémique pour Paris, c'est forcément une stratégie qui intègre la nécessité de repenser l'aménagement du territoire francilien de l'ensemble de la Métropole. On ne pourra pas faire une stratégie de résilience sur la Capitale indépendamment de l'aménagement du territoire plus global.

Je vous pose quelques réflexions. Attention à ce que ce terme d'une "ville résilience" ne soit pas dénaturé comme un paravent qui finalement nous donnerait bonne conscience pour ne pas s'attaquer au c?ur des problèmes.

Je vous donne, deux exemples. Vous êtes d'accord avec moi sur le fait que si la Ville doit continuer à développer la végétalisation au maximum du bâti, pour autant cela ne saurait se substituer au fait de réduire les espaces verts dans la Capitale. Voilà ce qui serait une politique paravent. On ne peut pas penser une métropole résiliente et en même temps accepter des projets complètement aberrants comme "EuropaCity". On ne peut pas non plus se dire que l'on s'engage dans une stratégie de résilience et se dire très fier de faire les Jeux Olympiques. Ces Jeux Olympiques, par exemple, même s'ils ont anticipé et essayé de réduire l'empreinte carbone par rapport aux autres Jeux Olympiques, de fait ils vont provoquer une empreinte carbone bien supérieure à l'absence de leur organisation.

Je vous le dis : attention à ce que l'on ne soit pas simplement dans un enrichissement du discours et que l'on ne prenne pas le c?ur de la mesure des choses. L'essentiel est néanmoins de repenser l'aménagement du territoire pour réduire les distances domicile/travail, réduire les spécialisations de zones, lutter contre la spéculation immobilière qui de fait aggrave ces spécialisations de zones, les relégations de populations et qui a un impact en retour sur, finalement, la production en termes de pollution que génère ce type de mode de développement.

Penser une ville résiliente nécessite forcément de repenser l'ensemble de l?aménagement du territoire et j?ai déjà dépassé mon temps de parole. Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci à vous.

La parole est à M. Geoffroy BOULARD, maire du 17e, pour le groupe LR.

M. Geoffroy BOULARD, maire du 17e arrondissement. - Merci, Madame la Maire.

Mes chers collègues, nous ne pouvions accueillir qu'avec bienveillance votre démarche en faveur de la résilience de notre cité. En effet, la capacité de Paris et des Parisiens à encaisser, à résister aux coups et aux effets de ce qui nous menace le plus relève de l'intérêt le plus élevé de nos concitoyens et doit ainsi nous réunir dans une sorte d'union sacrée pour parer au pire.

La gestion et la prévention des risques n'est pas chose nouvelle. Elle est formalisée dans les entreprises depuis une bonne dizaine d'années et il est nécessaire de s'y mettre. C'est donc avec beaucoup d'intérêt que nous avons pris connaissance de votre analyse des périls et de la manière dont vous envisagez d'y faire face.

Le premier bémol concerne le recensement des enjeux. Nous vous rejoignons globalement sur les cinq premiers. En revanche, la présentation de la gouvernance comme un enjeu rangé parmi les autres menaces soulève un problème de méthode assez surprenant pour un travail qui est censé avoir réuni des dizaines de spécialistes. La gouvernance est un vrai sujet, en ce sens qu'elle doit déterminer à quel niveau il convient d'anticiper les différentes menaces. Mais ce n'est pas une fin en soi. Le terme "enjeu", trop flou, a certainement semé la confusion dans l'esprit des rédacteurs ; "menaces" ou "périls" auraient gagné à lui être préféré.

Ce n'est pas anecdotique, car il faut nommer ce que l'on combat.

Cette sixième menace, que vous n'avez pas identifiée, c'est celle de l'économie - le nerf de la guerre - à l?heure où les villes-monde se battent pour garder leur attractivité, leurs sièges sociaux, leurs rentrées financières. Le sujet n'est pas abordé. Une fois encore, la méthode fait défaut.

Vous ne hiérarchisez pas les actions préconisées, ce qui rend toute stratégie illisible et in fine inefficace. Il faut bien avouer que vos propositions ne sont pas au niveau des menaces que vous avez identifiées. Pour s?en tenir aux seuls risques terroristes, les solutions que vous préconisez sont confondantes, pardonnez-moi de le dire, d?angélisme et se limitent aux risques de délitement de la cohésion sociale, aux tensions interculturelles et interreligieuses.

Ce n?est pas uniquement avec des bons sentiments que l?on va gagner la guerre contre le totalitarisme islamiste. Nous devons prendre exemple sur les pays les plus expérimentés en la matière. Nous devons investir pour équiper Paris, pour rendre les interventions des forces de l?ordre plus rapides, plus précises, plus efficaces. Votre refus d?étendre largement le réseau de caméras de rue à la surveillance des sites sensibles est à cet égard regrettable.

Une autre de vos préconisations en dit long sur votre vision limitée aux frontières du périphérique. C?est le projet que vous nourrissez pour ce dernier. Vous avez oublié les maires d?arrondissement et vos collègues de banlieue lors du fâcheux épisode de la fermeture des voies sur berges. Comptez-vous récidiver de la même manière avec la transformation du boulevard périphérique en boulevard urbain ? Les habitants du 17e arrondissement vivent dans la douleur les restrictions de voirie liées aux différents travaux. Aussi la perspective que la principale artère parisienne soit réduite en capacité nous inquiète au plus haut point.

Vous vous revendiquez de l?urbanisme de Haussmann mais c?est bien son héritage que vous ciblez quand vous autorisez des opérations de vandalisme, il faut le dire, parfois, du patrimoine architectural dans Paris, notamment sur des bâtiments haussmanniens.

Pour conclure, au lieu d?être un document visionnaire, votre stratégie de résilience reste un fourre-tout, nous le regrettons, dans lequel vous essayez de mettre en cohérence des mesures - des mesurettes diront certains - qui vous tiennent lieu de politique. Dénué de toute méthodologie de mise en ?uvre et d?évaluation, comme le rappellera Jean-Didier BERTHAULT, cet exercice semble se limiter à de la pure communication.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - La parole est à Mme TACHÈNE, pour le groupe UDI-MODEM.

Mme Anne TACHÈNE. - Merci, Madame la Maire.

Mes chers collègues, pour faire suite à l?intervention de ma collègue Maud GATEL, je voudrais insister sur certains des aspects particuliers de la stratégie de la Ville en matière de résilience.

Le premier aspect est celui portant sur le fleuve et ses caprices. On le sait depuis longtemps, mais les événements de l?an dernier nous l?ont rappelé : la crue de la Seine est le risque naturel auquel Paris et la Métropole sont le plus exposés.

En réponse, l?action 32 développée dans la stratégie n?est donc pas à la hauteur du risque. Notre collègue Yves POZZO di BORGO avait eu l?occasion de le dire à de nombreuses reprises lors de la crue exceptionnelle de la Seine : le plan Orsec de la zone de défense de Paris et le plan Neptune du Ministère de la Défense visent davantage l?organisation des secours, dont nous avions eu une démonstration avec l?opération "Sequana" en mars 2016, mais la Métropole n?est toujours pas dotée d?un dispositif de protection convaincant en amont, permettant de limiter la montée des eaux.

L?OCDE pointe d?ailleurs un manque de prise de conscience du risque et un déficit de gouvernance à l?échelle régionale, car nous ne sommes pas capables de prévenir le risque de crue et à peine d?en limiter les effets.

Depuis 2001, l?ensemble des pouvoirs publics, aussi bien la Ville de Paris que la Région, les communes et l?Etat se sont refusé à faire avancer le projet des barrages-réservoirs de "La Bassée". Paris devrait pouvoir remettre cette question au centre de ses priorités car l?impact économique d?une crue centennale, c?est-à-dire à peu près 100 milliards, serait très difficile à absorber.

Par d?avantage de prévisions, de simulations et d?anticipation, donc de réelles actions de prévention, le plan stratégique pourrait être efficient. La question du management du risque et de l?urgence doit être également posée, et je regrette ici que le rôle de la B.S.P.P. ou de la Protection civile soit à peine évoqué.

Sur un autre aspect, nous aurions aimé que des mesures plus concrètes soient proposées sur la cyber-résilience. C?est un axe stratégique qui est à travailler, notamment avec des grandes institutions, des entreprises, des banques ou des assurances, car il y a un véritable défi à relever pour répondre à un des nouveaux enjeux du XXIe siècle.

Le second aspect que je souhaite aborder est celui de la Métropole qui est aussi concernée que Paris par la crue de la Seine mais aussi par les réseaux de distribution d?énergie, par l?aménagement économique et social, par les questions de climat ou d?énergie.

Madame la Maire, dans le plan, vous nous indiquez que l?élaboration d?une vision et de solutions communes de résilience entre les différentes échelles de territoire est indispensable et nous y souscrivons. Après le sommet mondial pour les villes inclusives et la signature du Pacte métropolitain d?innovations en janvier dernier, pouvez-vous nous informer de la façon dont vous travaillez avec la Métropole du Grand Paris sur les enjeux prioritaires que vous avez identifiés ?

De même, et Maud GATEL l?a souligné, le plan stratégique comprend un long développement sur le boulevard périphérique qui structure aujourd?hui les échanges de Paris avec la Métropole et qui constitue un axe indispensable de l?évacuation routière de la ville de Paris en cas d?urgence. Vous prenez des options sur sa transformation. Avez-vous auparavant concerté la Métropole ? Quid de la M.I.E. demandée par le groupe des Radicaux et qui devrait débuter sur le sujet à la fin de l?année ?

Madame la Maire, comment revendiquer mener une gouvernance de résilience quand, depuis le début de votre mandat, vous vous employez à prendre encore des décisions stratégiques seule, sans prendre en compte les territoires voisins - je pense bien sûr aux voies sur berges - voire sans respecter des instances de consultation ? Et ainsi vous êtes passée outre l?avis négatif de la déclaration d?utilité publique des berges de Seine.

Sur la coopération avec les territoires enfin, je rappelle que les arrondissements sont toujours aussi peu associés ni aux décisions ni à la gestion effective des politiques publiques, la Ville de Paris restant particulièrement centralisatrice en la matière.

Alors, si ces annonces d?une plus grande concertation avec le territoire étaient l?aiguillon d?une nouvelle approche pour la seconde partie de votre mandat, nous ne pourrions que saluer cette évolution.

Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci.

La parole est à Mme Catherine BARATTI-ELBAZ, maire du 12e arrondissement, pour le groupe Socialiste et Apparentés.

Mme Catherine BARATTI-ELBAZ, maire du 12e arrondissement. - Merci, Madame la Maire.

"Les vents me sont moins qu?à vous redoutables. Je plie et ne romps pas. Vous avez jusqu?ici, contre leurs coups épouvantables, résisté sans courber le dos mais attendons la fin." A chacun sa tentative de définition de la résilience et j?ai trouvé que ces paroles du roseau au chêne empruntées à La Fontaine pouvaient en être une belle illustration.

En effet, la résilience n?est pas un anglicisme quelconque pour désigner une capacité à résister, mais bien une capacité à s?adapter aux événements afin de limiter leurs effets et de retrouver un fonctionnement normal le plus rapidement possible après des expériences extrêmes voire traumatisantes.

Pendant longtemps, nous avons pu croire que construire des remparts toujours plus solides, comme des barrières infranchissables, était le moyen le plus efficace de nous protéger. Mais les épreuves récentes, comme l?histoire de notre ville, nous invite aujourd?hui à repenser notre modèle de développement. Il n?existe aucune protection absolue contre les dangers du monde, ceux que l?on connaît, ceux que l?on imagine ou pire ceux qui nous sont encore complètement inconnus.

Les attentats de 2015, la crue de 2016, la canicule de juin 2017 ou encore l?arrivée des réfugiés sont autant d?événements récents qui ont amené notre ville à redécouvrir le sens et la terrible actualité de notre devise parisienne. S?il ne s?agit pas ici de prôner une simple décroissance, force est de reconnaître qu?il existe des sujets propres aux zones urbaines denses comme celles de notre Métropole.

Le diagnostic posé dans cette étude nous oblige à imaginer des solutions à mettre en place dès aujourd?hui pour préserver l?avenir, celui de nos enfants, petits-enfants, qui sont aujourd?hui dans nos cours d?école et qui selon le climatologue Jean JOUZEL, vous l?avez rappelé tout à l?heure, Madame la Maire, connaîtront des étés à 50 degrés.

A ce sujet, je salue les réflexions lancées pour aménager nos établissements scolaires, pour faire diminuer le risque d?exposition de nos enfants aux températures extrêmes et faire de nos cours d?écoles non plus des îlots de chaleur mais de fraîcheur : surfaces végétalisées, toitures cultivées, arbres plus nombreux, amélioration des performances énergétiques, les solutions sont en cours de mise en ?uvre.

Dans tous nos projets d'aménagement, nous devons penser désormais la ville autrement. Avoir ces objectifs en tête, c'est ce à quoi nous nous engageons, notamment dans la future Z.A.C. "Bercy-Charenton" par exemple. Ce, afin que ce nouveau quartier situé en bord de Seine soit imaginé en prenant en compte toutes les dimensions de la ville résiliente que nous définissons aujourd'hui.

Mais cette nouvelle approche globale ne peut se limiter au territoire de notre commune. Beaucoup de mes collègues l'ont rappelé, car beaucoup des risques que nous connaissons aujourd'hui doivent se gérer à une échelle bien plus large. Et je rassure mes collègues, les réflexions sont lancées en tout cas à l'échelle de la Métropole et je me félicite ainsi du pacte signé entre la métropole du Grand Paris et l'Etat l'an dernier, permettant de financer différents projets à l'échelle du territoire du Grand Paris, notamment sur les questions de la mobilité durable et de transformation de nos autoroutes urbaines.

Mais avec les élus métropolitains, il nous faut envisager aussi désormais ensemble la gestion de l'eau, des déchets, des énergies, comme la gestion du risque inondation.

Cette gestion collective ne se limite pas à gérer les conséquences du risque, mais bien à le limiter en amont et en particulier en contribuant au rééquilibrage à l'échelle du Grand Paris et en particulier en réduisant les inégalités.

Si les risques sont globaux, les solutions peuvent être locales.

Il s'agit aujourd'hui de notre responsabilité que de faire face à notre vulnérabilité dans beaucoup de domaines et d'imaginer ensemble, avec toutes les énergies de notre territoire, mais aussi en lien avec toutes les métropoles mondiales, les moyens de nous adapter pour survivre comme un réflexe darwinien.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci.

La parole est à Mme Marie ATALLAH, pour le groupe Ecologiste de Paris.

Mme Marie ATALLAH. - Merci, Madame la Maire, mes chers collègues.

Cette stratégie de résilience nous intéresse tout particulièrement par son approche globale et multidimensionnelle. Intégrer l'enjeu des inégalités et de cohésion sociale est un choix politique qui nous convient parfaitement en tant qu?écologistes engagés à vos côtés, Madame la Maire, pour mener le combat contre toutes les formes d'inégalités dans notre ville et renforcer sa cohésion sociale, beaucoup de positif et d'innovation dans cette stratégie en ce qui concerne l'enjeu des inégalités sociales.

En revanche, nous nous permettons Madame la Maire, un regret s'agissant du constat pour aborder les fragilités et vulnérabilités du tissu social, face aux 6 défis fixés par la stratégie.

Nous pensons en effet qu'il nous faut saisir l'opportunité de cette stratégie pour reconnaître et rendre plus visibles les nouvelles formes de fragilité sociale ou socioculturelle, qui peuvent générer des phénomènes d'exclusion dans le territoire urbain.

Et pour ne donner que quelques exemples, je citerai l'illettrisme et l'analphabétisme, l'isolement ou le repli sur soi, l'émergence de nouvelles zones de non-droit comme les bidonvilles ou les campements, mais aussi l'émergence de nouveaux mouvements socioculturels dans la ville.

A ce titre je suis convaincue, Madame la Maire, que les préconisations de la M.I.E. sur les pratiques interculturelles "Paris, ville interculturelle", que j'ai eu la chance de présider, ont vocation à s'intégrer dans le cadre de cette stratégie de résilience. Et pour revenir sur un point positif et porteur d'innovation dans cette stratégie, je tiens à souligner l'expérience de politique d'accueil des migrants par notre collectivité en s'appuyant sur une large mobilisation des Parisiens pour assurer un accueil et un accompagnement adaptés et innovants.

C'est une nouvelle occasion pour notre groupe Ecologiste de Paris de réaffirmer son engagement en faveur d'un accueil digne des migrants et d'inviter l'Etat à nous soutenir dans ce modèle de démarche de progrès en matière de construction d'une ville inclusive et solidaire.

En effet, le phénomène migratoire doit être considéré désormais comme faisant partie de la ville monde du XXIe siècle et non plus comme un phénomène temporaire.

Je terminerai par un autre regret, Madame la Maire, s'agissant de la volonté affichée de s'appuyer sur les citoyens volontaires, qui ne nous semble pas toujours respectée et mise en pratique.

A ce sujet, je souhaite évoquer le dossier brûlant de l'avenir des bidonvilles de la porte des Poissonniers dans le 18e arrondissement, le Tribunal administratif de Paris vient d'ordonner l'expulsion des familles qui y vivent, alors qu?un collectif de citoyens solidaires s'est emparé de cette situation indigne, pour porter un projet de hameaux passerelles auto construits par les familles dites "Roms". En matière de projet résilient, difficile de faire mieux.

Pourtant, ce collectif d'habitants n'a été reçu par la direction des finances que pour leur notifier que la Ville ne pouvait pas les accompagner dans ce projet.

De la théorie à la pratique, le groupe Ecologiste de Paris se réjouit du progrès dans la construction de la ville résiliente, mais le chemin reste encore trop long dans certains domaines et notamment ceux qui touchent aux questions liées aux nouvelles formes d'exclusion.

Malgré nos petits regrets, Madame la Maire, nous sommes satisfaits de cette démarche de construction de la ville résiliente, je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci, Marie ATALLAH.

Je donne la parole à M. Jean-Didier BERTHAULT, pour le groupe les Républicains.

M. Jean-Didier BERTHAULT. - Chers collègues, je souhaite tout d'abord vous faire part de tout mon intérêt à la lecture détaillée de la stratégie de résilience de Paris et de ma satisfaction de pouvoir m'exprimer sur le sujet et prendre quelques instants, je l'espère, un peu de hauteur sur le quotidien de nos travaux, qui ont certes leur importance mais nous permettent rarement de mettre en perspective notre vision globale et transversale de la ville de demain.

Deux raisons essentielles pour souligner toute la pertinence de cette démarche : renforcer le rôle des autorités locales dans la lutte contre le dérèglement climatique, et nous comparer à d'autres villes dans le monde en échangeant sur nos expériences réciproques et en mettant en ?uvre les meilleures pratiques.

Sur le premier point, nous l'avons vu depuis la COP 21, l'engagement des Etats ne suffit plus et les instabilités politiques et géopolitiques permanentes auxquelles nous sommes soumis rendent incontournable l'action des autorités locales et des plus grandes mégapoles de notre planète, responsables à elles seules d'une proportion considérable des émissions de gaz à effet de serre.

Sur le second point, et ce qu'il est convenu d'appeler le "benchmarking" international, il préserve aussi d'une démarche politicienne et d'un jugement à l'emporte-pièce. En effet, quand la fondation Rockefeller organise un réseau de 100 villes résilientes, il est évident qu'elles n'ont pas toutes les mêmes gouvernances et que toute récupération politique de ce sujet, dans un sens ou dans un autre serait inopportune.

Je le précise, car c'est malheureusement trop souvent le cas de ce qui guide votre action et votre communication, Madame la Maire, et je suis convaincu que cela ne serait pas la bonne façon d'avancer sur le sujet.

Mes chers collègues, vous le savez, certains s'interrogent souvent sur le bien-fondé de telles démarches ou de grandes conventions internationales comme les COP, qui aboutissent à des engagements et des intentions.

C'est l'occasion de dire à tous ceux-là que les chercheurs ont démontré que si des évolutions récentes ont pu aller dans le bon sens, c'est parce qu'il est important de montrer le chemin que les autres veulent suivre afin de ne pas rester en retrait.

Monde globalisé, réseaux sociaux, lanceurs d'alerte sont autant de moyens de pression sur les décideurs publics pour intégrer l'urgence de la situation et la nécessité d'agir. Et même si tout est loin d'être parfait, c'est bien cette dynamique qu'il est important de poursuivre, chaque ville étant un élément de ce moteur dans la stratégie qu'elle décide de mettre en place, personne ne possédant la vérité absolue ou n'imposant ses certitudes.

Alors, ville résiliente ou ville durable ? Ce n'est pas l'objet ici de débattre de ces deux notions, mais pour bien comprendre de ce dont nous parlons aujourd'hui, la durabilité est présentée comme un idéal urbain à atteindre et la résilience comme un outil, un moyen de concrétiser cet idéal, la capacité de persister et de s'adapter. Il est donc logique de développer dans une stratégie de résilience des enjeux prioritaires, 6 dans le document présenté aujourd'hui, accompagnés d'un plan de 35 actions.

Par manque de temps je ne pourrai pas toutes les évoquer, mais je voudrais m'arrêter sur celles liées à l'eau et à la Seine. Les chiffres indiqués dans ce document démontrent la pertinence de faire de ce sujet un des 6 enjeux prioritaires de la Ville.

La crue exceptionnelle de 2016 et l'exercice "Sequana" ont mis en évidence ces fragilités quant aux risques d'étiage de la Seine, ainsi que la raréfaction de la ressource en eau.

J'en profite pour saluer le projet de délibération DPE 35 annexé à ce débat, actant pour la première fois une démarche commune pour améliorer la sécurité du service public de l'eau, et préparer de manière concertée aux conséquences du dérèglement climatique entre Paris, le syndicat des eaux de la presqu'île de Gennevilliers et celui de Versailles et Saint-Cloud, et même le S.E.D.I.F., c'est pour dire si l'heure est grave pour que Paris accepte enfin de parler au S.E.D.I.F. et d'envisager des stratégies communes.

Depuis le temps que je défends dans cet hémicycle un peu plus d'intelligence collective dans ce secteur, tout arrive.

Ce sujet dépasse la seule gouvernance parisienne. Elle est un enjeu pour notre métropole dans sa compétence "Gemapi" dès le 1er janvier prochain, et mobilisera tous les acteurs institutionnels de ce secteur.

D'ailleurs, l'action 32 de votre stratégie n'est pas une action parisienne stricto sensu mais bien un soutien au programme d'adaptation aux changements climatiques du comité de bassin Seine Normandie.

Le focus sur la Seine vecteur de résilience est intéressant, mais souligne à nouveau les enjeux sans apporter plus de détails, c'est regrettable compte tenu de la place qu'il a été décidé de donner au fleuve dans cette stratégie.

La baignade en Seine est évoquée dans le cadre de la préparation des J.O., mais sur un sujet aussi vaste, il faudra aller vite pour savoir où nous allons, définir les zones concertées, ce que nous souhaitons pour les épreuves olympiques et comment nous envisageons la pérennité de ces zones.

La mise en ?uvre de ce projet nécessite du temps et des investissements encore incertains dans leur volume, c'est le chantier prioritaire de l'année 2018.

Par cet enjeu nous travaillerons aussi sur l'objectif de qualité de la Seine, puisque cela nécessitera des bassins de stockage des eaux de pluie et une performance plus grande du traitement des eaux usées pour atteindre les objectifs sanitaires.

Dans le même esprit, je souhaite mettre en exergue deux actions pour aider à mieux gérer les eaux de pluie et déclinées par les actions 15 et 18, afin d'améliorer la perméabilité des sols et pouvoir réemployer les eaux de pluie. Ces actions sont absolument essentielles pour réduire drastiquement l'arrivée des eaux en grande quantité par temps d'orage dans les stations d'épuration, afin de conserver un traitement optimal.

Je voudrais d'ailleurs souligner ici, à titre d'exemple, concrètement et pour lequel nous avons toujours été vigilants, et j'y associe mes collègues du 15e arrondissement, concernant le réservoir de Grenelle. En soulignant notre volonté de conserver un réseau d'eau non potable contre les projets de densification évoqués un moment par la Ville, nous resterons très attentifs à ce que la réversibilité soit réelle. C'est un engagement pris ici, à plusieurs reprises, et qui ne peut désormais qu'être au c?ur d'une telle stratégie de résilience. Je dis cela compte tenu du parcours hasardeux du projet qui fait aujourd'hui l'objet du réservoir de Grenelle.

Je voudrais tout de même m'interroger sur le suivi de cette stratégie globale, de ces 35 actions et sur l'évaluation des résultats qui seront obtenus. Rien n'est indiqué et c'est, à mon avis, la plus grande faiblesse de ce document dont je ne conteste pas l'utilité par ailleurs. Mais nous sommes face à une urgence qui nécessite une stratégie de mise en ?uvre et des outils d'évaluation afin de passer du constat à l'action concrète.

Avant de conclure, il me paraît important de vous demander également des précisions sur votre vision du lien entre résilience et développement économique. C'est tout l'enjeu du débat récent entre développement durable et résilience, certains, dont je ne suis pas, mettant en cause la volonté de concilier croissance économique et protection de l'environnement. Pour une métropole comme Paris, la mise en ?uvre de cette vision dans votre stratégie de résilience serait alors un handicap et conduirait à de nouvelles mesures autoritaires non concertées, comme nous l'avons vu récemment.

L'enjeu est bien de pouvoir combiner les deux, là où le développement durable vise à compenser, la résilience vise d'abord la prévention et l'adaptation.

Sous réserve de la prise en compte de ces considérations dans le suivi de l'application de la stratégie de résilience, je voterai en faveur du projet de délibération qui nous est présenté aujourd'hui. Nous l'avons encore vu cet été, les phénomènes climatiques d'une ampleur encore jamais connue se multiplient. L'heure n'est donc plus au constat mais à l'action rapide, et je resterai vigilant aux demandes de suivi et d'évaluation formulées précédemment.

J'espère trouver toutes les réponses de l'Exécutif, toutes les raisons d'accompagner cette stratégie qui ne peut pas être un prétexte à la prise de décisions punitives, isolées et inefficaces dans leur application car nous n'avons plus le temps d'attendre pour agir contre le changement climatique. Puisqu'il s'agit de notre responsabilité collective, n'opposez pas sur ce sujet les uns contre les autres, mais ?uvrez au rassemblement le plus large possible.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci.

La parole est à M. GLEIZES, pour le groupe Ecologiste de Paris.

M. Jérôme GLEIZES. - Merci, Madame la Maire.

Je suis souvent intervenu sur la question de la résilience depuis 2014, donc je suis très content de la venue de ce projet de délibération.

Je souhaite, dans mon intervention, donner des pistes de travail qu'il me semble important d'explorer afin d'enrichir les préconisations déjà très riches de ce document. Mais d'abord une petite remarque liminaire. Une politique de résilience est toujours une politique complexe, et des détails comptent et montrent tout le chemin qui reste à parcourir.

La communication qui nous est soumise est un document peu résilient : 24 "mégas" à cause des photos en haute définition. Imaginez si tous les conseillers de Paris avaient téléchargé le fichier, quelle quantité d'électricité aurait été nécessaire ? A titre d'information, Internet consomme aujourd'hui 2 % de l'électricité mondiale.

Cette digression étant faite, le temps étant compté, deux pistes importantes de préconisations, tout d'abord liées à la question urbaine et à la question des espaces verts.

Tout d'abord, la végétalisation et la perméabilisation des sols sont des leviers fondamentaux pour améliorer la résilience d'une ville, mais trop peu prises en compte. Rappelons encore une fois que la superficie d'espaces verts par habitant est de 36 mètres carrés à Amsterdam, 45 mètres carrés à Londres, mais qu'elle n'est que de 5,8 mètres carrés à Paris. Ce déficit d'espaces verts amplifie les risques qui menacent Paris et diminue son potentiel de résilience. Les trames vertes comme les trames bleues sont des îlots de fraîcheur qui permettent une lutte contre la hausse de la température dans les villes. Elles permettent également d'améliorer la qualité de l'air, de renforcer la biodiversité.

Or aujourd'hui, la politique urbaine entraîne la disparition des friches, le remplissement des dents creuses. Il me semble important qu'une impulsion forte soit donnée pour garder et augmenter la surface des espaces verts de pleine terre. Il faut lutter certes contre les îlots de chaleur, mais surtout préserver tous les îlots de fraîcheur qui existent dans notre ville.

Le deuxième point concerne la gestion de la politique de résilience, qui me semble le plus important. Elle nécessite une approche intégrée de l'espace public. Par exemple, plusieurs grandes directions interviennent sur la voirie : la Direction du Patrimoine et de l'Architecture, la Direction des Espaces Verts, la Direction de la Voirie. Elles sont interdépendantes mais pourtant travaillent trop souvent de façon sectorielle. Or la gestion des risques et défis environnementaux appelle une réponse intégrée dans une approche des systèmes complexes qui prend en compte les interactions des acteurs.

Il faut ainsi que tous les plans que nous votons, le P.L.U., le Plan de déplacement, le Plan déchets, le Plan climat, soient liés entre eux. Et je suis d'accord avec une des remarques qu'a faite Maud GATEL à propos de la question de la ceinture vivrière autour de Paris, notamment le projet "Europacity" où la situation de Paris n'est pas déconnectée de ce qui se passe dans la grande banlieue.

Aussi, pour les choix de matériaux de revêtement, l'aspect environnemental, l'accessibilité, la lutte contre les îlots de chaleur, le recyclage du matériau doit être pris en compte. De même pour la gestion de l'eau et sa qualité, raréfaction de la ressource, eau fluviale, crues, infiltration dans les réseaux, fuites d'eau, etc., et aussi bien sûr la question des usages.

En conclusion, nous souhaitons féliciter la Ville de Paris de s'être engagée dans le programme "100 villes résilientes", financé par la fondation Rockefeller. C'est une première pour Paris mais pas pour les écologistes qui parlent de résilience du territoire urbain depuis un grand nombre d'années. Au-delà de cette communication, nous souhaitons que ce texte soit accompagné non pas d'une campagne de presse "story telling", mais d'un véritable plan d'action permettant aux différents services de la Ville de travailler concrètement ensemble, sur des indicateurs de résilience quantifiés et mesurables, et un calendrier précis, ce qu'il n'y a pas encore dans ce projet de délibération.

La vision doit être partagée afin que les actions soient communes. C'est donc bien d'un pilotage et d'une coordination dont ce plan a besoin plutôt que d'une liste de 35 actions qui sinon risquent de rester lettre morte.

Merci de votre attention.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci, Monsieur GLEIZES.

Dernière oratrice, la parole est à Mme Déborah PAWLIK, pour le groupe LR.

Mme Déborah PAWLIK. - Merci.

Madame la Maire, mes chers collègues, nous avons la chance de débattre aujourd'hui de la résilience quand d'autres individus, chaque jour plus nombreux, n'ont pas d'autre choix, eux, que d'en faire preuve, confrontés à une grande variété d'événements particulièrement traumatisants. Je concentrerai mon propos sur deux thèmes majeurs, le dérèglement climatique et la qualité de l'air.

Cet été, ce ne sont pas moins de sept ouragans et six tempêtes qui ont frappé l'Atlantique-Nord. Cet état de fait nous place devant deux constats. Le premier, une évidence, est que le réchauffement climatique, en plus d'être une réalité, engendrera des phénomènes toujours plus puissants et meurtriers tels que ceux que l'on déplore aujourd'hui.

Je souhaite ici avoir une pensée particulière pour nos compatriotes des Antilles, si durement touchés par Irma, José et Maria, mais aussi pour les Mexicains, victimes d'un effroyable séisme. Paris n'affrontera pas de cyclone mais probablement une crue redoutable et des canicules de plus en plus longues. Songez que celle du mois de juin dernier a fait 580 morts à Paris dans une indifférence quasi totale.

Le second constat est que la conséquence directe de ces catastrophes sera l'explosion du nombre de réfugiés climatiques, qui commencent déjà à affluer des quatre coins de la planète. L'O.N.U. évoque le chiffre de 250 millions de personnes. Des millions sont déjà en exode.

Cela nous amène, Madame la Maire, mes chers collègues, à cette stratégie de résilience de la Ville de Paris que vous souhaitez développer. Naturellement je partage le constat que tous les niveaux de décision politiques doivent être mobilisés pour faire face au dérèglement climatique et à ses conséquences. Certaines des propositions formulées dans la stratégie pourraient être intéressantes. Proposer, par exemple, de transformer les cours d'école en oasis îlot de fraîcheur en cas de canicule est une piste à explorer. Mais comment être assuré de la mise en ?uvre d'une telle proposition lorsque l'on sait, alors que vous aviez annoncé que toutes les écoles parisiennes feraient l'objet d'une rénovation thermique d'ici la fin de votre mandat, Madame la Maire, que seule la moitié seront vraiment concernées. Et je ne parle même pas des obstacles à la mise en ?uvre, la réglementation posant déjà beaucoup de difficultés à la végétalisation des cours d'école.

Lorsque j'observe la situation parisienne, je m'inquiète également de la pollution de l'air. L'hiver dernier, nous avons subi des épisodes successifs de pollution et, en décembre 2016, le plus grave pic de pollution depuis 10 ans.

Cela fait désormais 15 ans que vous nous dites agir contre la pollution, mais force est de constater que la stratégie employée n'est pas la bonne.

Je pense également à ces chiffres alarmants de la pollution dans le métro, communiqués la semaine dernière, une concentration en particules fines jusqu'à 10 fois plus élevée qu'à l'extérieur.

Nous avions enfin évoqué, au sein de cette Assemblée, la qualité de l'air intérieur dans certains établissements recevant du public. Où en sommes-nous aujourd'hui ? Les enfants dans nos écoles sont-ils, par exemple, suffisamment protégés ? Là encore, le Grenelle prévoyait que tous les établissements scolaires soient audités pour savoir à quels polluants sont exposés les enfants. Qu'en est-il aujourd'hui ? J'aimerais savoir également où nous en sommes des clauses relatives aux perturbateurs endocriniens dans l'achat de matériels ou la réalisation de travaux. Les conséquences sur la santé sont en effet considérables et affectent le système cardiovasculaire, pulmonaire, respiratoire et cérébral.

Pourtant, il n'y a pas de fatalité. De grandes villes ont su prendre le virage de l'éco-responsabilité. Souvent d'ailleurs, ce sont les métropoles ou les régions qui portent ces stratégies puisque les villes ont en fait assez rarement la taille critique pour affronter les problématiques qui se posent.

Ainsi, on ne réglera pas la question de la pollution de l'air évidemment à l'échelle de Paris intra-muros mais bien au niveau de la Métropole, si ce n'est de la région. Mais voilà, Madame la Maire, vous avez parfois toutes les peines du monde à dépasser les clivages pour mener à bien des combats communs. Vous avez su le faire pour les Jeux olympiques, ne vous arrêtez donc pas en si bon chemin.

Les six axes identifiés pour bâtir la stratégie de résilience semblaient les bons, mais les actions proposées nous laissent, je l'avoue, un peu sur notre faim. Quand elles ne sont pas contradictoires entre elles, les intentions peinent à franchir l'étape de la concrétisation.

Enfin, Paris se dit être à l'avant-garde de l'ère numérique en donnant aux "start-up" les moyens de se développer. Je regrette donc que cette stratégie fasse l'impasse sur l?innovation ; on en parle si peu. Or la résilience est un formidable vecteur en la matière. Nous l?avons vu pendant les vagues d?attentats, les nouvelles technologies de communication réactives permettent d'informer en temps réel la population. En matière d'atténuation des effets du changement climatique et de la protection des ressources, la Ville doit aussi devenir intelligente. La résilience ne doit donc pas demeurer un vain mot mais doit être accompagnée d'actes et de résultats. Le temps des communications et des stratégies devrait déjà être derrière nous et il est regrettable d'avoir perdu autant de temps en la matière. Je vous remercie.