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Mai 1998
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63- 1998, JS 44 - Subvention à l'association " Guilde européenne du raid " (6e). - Montant : 550.000 F.

Débat/ Conseil municipal/ Mai 1998



M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - Nous passons au projet de délibération JS 44, relatif à la subvention à l'association " Guilde européenne du raid ".
La parole est à M. BRAVO.
M. Jacques BRAVO. - Monsieur le Maire, cette subvention déjà inscrite à la séance précédente et dont la délibération avait été reportée, présente un équilibre qui ne convient pas entre les frais de gestion et le volume des crédit qu'il s'agit de répartir entre les bénéficiaires de ces bourses de l'aventure.
Concrètement, les frais de gestion concernés représentent près de 20 % du total des bourses - je parle de mémoire car je n'ai plus le dossier près de moi - 460.000 F sont à répartir entre les jeunes et il y a 90.000 F de frais de gestion. Ces frais sont excessifs.
Pour la gestion du budget de la Ville, il serait convenable de plafonner les frais de gestion beaucoup plus bas, non seulement pour réaliser des économies, mais surtout pour que davantage de jeunes puissent profiter des bourses de l'aventure. Une règle plafonnant les frais de gestion à un maximum de 10 % serait suffisante. Ne voulant pas pénaliser les jeunes qui attendent le bénéfice de ces bourses, nous voterons pour. Mais j'insiste sur la méthode : la Ville peut réaliser des économies de gestion et engager des actions plus efficaces.
Merci de votre attention.
M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - La parole est à Mme SILHOUETTE.
Melle Cécile SILHOUETTE. - Je continue de déplorer l'absence d'informations sur les associations que vous nous proposez, Monsieur le Maire, de subventionner. Une quinzaine de lignes pour une subvention de 550.000 F, c'est beaucoup trop peu. Les élus doivent pouvoir délibérer en toute connaissance de cause. C'est pourquoi j'ai demandé dans l'urgence avant le dernier Conseil, à la Direction de la Jeunesse et des Sports dont dépend l'opération " Bourses de l'aventure ", de me fournir des renseignements indispensables comme par exemple l'objet de l'association subventionnée.
Fait nouveau : après tant d'autres demandes restées sans réponse, j'ai pu constater une certaine diligence à me répondre et je me réjouis de ce changement. Il était temps.
Je regrette que les services de la Ville ne soient pas autorisés à communiquer directement les informations demandées par les élus parisiens, puisqu'ils doivent en référer au Secrétariat général du Conseil.
Lorsque certaines délibérations nous parviennent 5 jours seulement avant la séance, nous gagnerions en temps et en transparence !
Par voie de presse, une réforme a été annoncée. Nous n'avons plus aucune nouvelle sauf celle indiquée par M. LEGARET, les élus ont des propositions, mais pourront-ils les formuler ?
La Guilde européenne du raid a donc signé une convention avec la Ville en 1990 pour les bourses de l'aventure réservées aux jeunes de 18 à 26 ans pouvant justifier d'un domicile ou d'un travail à Paris, valable d'année en année par tacite reconduction.
Cette association dont le siège se trouve dans le 6e arrondissement indique dans ses statuts, à l'article 5 que ses membres adhérents doivent être ressortissants d'un pays européen et que l'association ne peut en aucun cas admettre dans son sein plus de 25 % d'étrangers. Ce pourcentage est-il un critère pour le jury d'attribution des bourses dont est membre la Guilde ? Nous ne l'espérons pas.
La présence de cette disposition statutaire est surprenante, mais assez conforme à la réputation sulfureuse de cette association aux origines troubles, comme le relève René MONZAT dans deux ouvrages consacrés à l'extrême droite. Le premier s'intitule " Les droites nationales et radicales " et le deuxième " Enquête sur la droite extrême ".
Je cite René MONZAT : " Fondée en 1967 en tant que secteur étranger du Centre d'études et de liaison Georges Sorel, la Guilde européenne du Raid est une association hybride : humanitaire vouée à l'aventure et politique de par le projet qui a présidé à sa fondation ". " L'équipe qui anime la Guilde s'est forgée au cours de deux périodes de combat, à la lisière de l'illégalité ou de la clandestinité : celle suivant l'échec de l'O.A.S. au cours des années 60 puis celle de l'activisme solidariste au cours des années 70 ". Il note pour conclure que la Guilde souvent citée à l'extrême droite conserve l'estime du journal " Présent ", dont l'équipe s'est pourtant spécialisée dans la dénonciation des organisations humanitaires dont l'activité est supposée subversive.
Plus prosaïques sont les buts officiels de cette association. En effet, ils sont supposés mettre en valeur " toute activité ayant trait à la préparation, à la réalisation et à l'exploitation de raids définis comme des voyages à caractère sportif ou de découverte et, plus généralement, toutes initiatives individuelles ou collectives impliquant une aventure personnelle ".
Je souhaite attirer votre attention sur l'importance de la somme allouée : 550.000 F pour 26 bourses alors même qu'une délibération du dernier Conseil prévoyait l'attribution de 2,2 millions de francs pour l'organisation de séjours de vacances pour 482 adolescents parisiens, seulement. Je considère ce nombre insuffisant au regard du nombre de jeunes parisiens, même si la philosophie qui préside à l'attribution de cette bourse de l'aventure est différente de celle prévoyant l'organisation de séjours de vacances pour des jeunes qui, autrement, restent souvent à Paris.
Il est difficile de ne pas mettre en rapport ces deux sommes et le nombre de personnes concernées. 21.000 F par boursier de l'aventure et 4.500 F par adolescent parisien, soit 5 fois moins. Dans " Paris, le journal " du mois de février, un article était consacré au bilan des bourses de l'aventure pour 1997. Nous y apprenions que le premier prix de 100.000 F avait été attribué à de jeunes étudiants de l'Institut supérieur de gestion. C'est bien. Mais l'on peut également penser qu'ils étaient particulièrement bien placés pour trouver d'autres sponsors pour leur traversée du Groenland et que cette somme n'aurait pas été un luxe pour d'autres jeunes parisiens qui n'ont pas forcément les moyens de partir ne serait-ce que quelques jours en vacances.
Cette seule somme de 100.000 F aurait permis un séjour de vacances d'été à 21 adolescents de plus.
550.000 F, ce sont 120 adolescents de plus qui pourraient participer à des séjours hors de Paris ; ce n'est pas le Pérou, ni le Groenland, mais c'est parfois pour certains jeunes un des éléments d'une politique de prévention, dont nous souhaitons le développement et l'intensification.
C'est pourquoi je ne peux accepter de voter cette subvention. Je vous remercie.
M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - M. BURRIEZ va répondre aux deux intervenants.
M. Jean-Pierre BURRIEZ, adjoint, au nom de la 4e Commission. - Je vais essayer de répondre brièvement, surtout après l'intervention fleuve de Mme SILHOUETTE qui mélange un peut tout, partant des Bourses de l'Aventure, pour arriver aux vacances des jeunes Parisiens.
Je recentrerai un peu le dossier parce qu'effectivement, chaque année, ce n'est pas une orientation nouvelle ; cela fait la huitième année que nous faisons cette opération. La Mairie de Paris attribue de 20 à 30 bourses selon les années, de 10.000 à 100.000 F à des projets d'aventure. Il s'agit de projets d'aventure portés par des jeunes Parisiens qui doivent habiter Paris et dont l'âge doit être inférieur à 26 ans. Cela peut être des projets individuels ou des projets de groupe. Il s'agit d'encourager par ce biais les jeunes Parisiens à découvrir d'autres horizons. Ces bourses sont attribuées par un jury de professionnels de l'aventure puisque l'année dernière, ce jury était présidé par Catherine CHABOT. La Guilde européenne du Raid a été choisie ; Madame SILHOUETTE, je ne me suis pas penché sur son historique, mais vous savez qu'elle a une compétence reconnue par les pouvoirs publics et les différents ministères qui se succèdent, quelle que soit la couleur politique du Gouvernement qui est aux " affaires ". Cette Guilde du Raid a été choisie pour être le support de cette opération, c'est-à-dire que la Guilde du Raid reçoit les dossiers (environ 400 par an), établit une présélection. Vous avez parlé de critères, je suis désolé, les dossiers sont enregistrés, traités et une étude de faisabilité est faite et je vous rassure en ce qui concerne le financement : bien souvent, la partie consacrée par la Ville de Paris est la partie masquée de l'iceberg. Les groupes en particulier obtiennent du sponsoring de différentes entreprises.
Dans un deuxième temps, un jury se réunit et nous attribuons des bourses.
Pour répondre plus sérieusement à M. BRAVO, je m'étonne un peu que ce soit la première fois qu'il intervienne ; ce dossier a toujours été adopté à l'unanimité, si mes souvenirs sont bons.
Sur les 150.000 F, 90.000 F sont effectivement consacrés à la gestion, une gestion qui est très lourde car je vous rappelle qu'il y a 400 dossiers, avec une secrétaire en permanence pendant plusieurs semaines et une collaboratrice qui épluche les dossiers.
Enfin, la Guilde assure la préparation matérielle du jury et dans le souci de faire faire des économies à la Ville, cette somme de 90.000 F est plafonnée depuis la création.
Je vous remercie, Monsieur le Maire, ayant essayé d'être le plus bref possible.
M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - Je remercie M. BURRIEZ.
Je donne à nouveau la parole à M. BRAVO pour une courte explication de vote.
M. Jacques BRAVO. - Monsieur le Maire, compte tenu de notre débat et des informations qui viennent d'être apportées, je plaiderai volontiers pour que cette décision, déjà reportée d'un mois, fasse l'objet d'un sursis à exécution pour que l'on vérifie ce type d'information. C'est trop sérieux.
Si vous demandez le vote en l'état, nous n'y prendrons pas part.
Je demande qu'on vérifie ces différentes informations car, soit elles ne sont pas fondées et nous pouvons voter pour, soit elles sont avérées et c'est grave. Il faut vérifier d'abord et répondre sur le fond.
M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - Monsieur BURRIEZ, vous avez la parole sur la proposition de M. BRAVO.
M. Jean-Pierre BURRIEZ, adjoint, rapporteur. - Non, je suis contre la proposition de report de M. BRAVO.
M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - Alors je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération JS 44 dont nous venons de débattre.
Qui est pour ?
Contre ?
Abstentions ?
Le projet de délibération est adopté à la majorité, les groupes socialiste et apparentés et du Mouvement des citoyens n'ayant pas pris part au vote, le groupe communiste, Mmes BILLARD, SCHERER, SILHOUETTE et M. BLET ayant voté contre. (1998, JS 44).