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Mai 1998
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13- 1998, DLH 29 - Autorisation à M. le Maire de Paris de déposer une demande de permis de démolir visant 2 bâtiments à usage d'habitation et de commerce situés 116, rue de Meaux - 11, passage du Nord (19e).

Débat/ Conseil municipal/ Mai 1998



M. LE MAIRE DE PARIS. - Nous passons au projet de délibération DLH 29 qui porte sur l'autorisation à M. le Maire de Paris de déposer une demande de permis de démolir visant 2 bâtiments à usage d'habitation et de commerce situés 116, rue de Meaux - 11, passage du Nord (19e).
La parole est à M. BLET.
M. Jean-François BLET. - Monsieur le Maire, l'immeuble situé passage du Nord est en bon état et ne mérite pas d'être démoli. Celui de la rue Petit est en moins bon état mais pourrait également être réhabilité.
Mais, je vous le rappelle, c'est notre voeu, nous souhaitons que chaque permis de démolir soit accompagné du programme de construction prévu à la place.
En effet, et c'est une première raison, tous les permis de démolir déposés par la Ville constituent en réalité une destruction de logements sociaux de fait et tout ce qui est reconstruit à la place consiste en des programmes qui bouleversent l'équilibre sociologique et urbain et permettent une recomposition de la population et de l'électorat.
Cela a engendré un exode que les hauts responsables de la Ville de Paris, lors de la mandature chiraquienne, qualifiaient très précisément de " nettoyage " et le député R.P.R., Patrick DEVEDJAN, de " nettoyage ethnique " de Paris bien avant les événements survenus en Serbie et en Bosnie.
Deuxièmement, le résultat est désastreux, au point de vue architectural, esthétique, en terme de paysage urbain. Et le 19e arrondissement, du moins certains de ces quartiers, en est l'illustration flagrante, avec ses cités-dortoirs et certaines atrocités architecturales qui le défigureront pour longtemps !
Si nous voulons un aménagement urbain cohérent, nous ne devons plus être une simple chambre d'enregistrement et nous devons nous prononcer sur des projets !
Suite aux protestations du Conseil d'arrondissement et au voeu unanime qu'il avait adopté, un certain nombre de délibérations, ont fait droit à nos demandes et ont fourni quelques précisions, encore floues il est vrai.
Dans nos interventions au Conseil de Paris, tout en félicitant les responsables de l'urbanisme de la Ville pour cet effort, je leur ai demandé d'aller au-delà et de préciser le type de construction prévue, le parti pris architectural, la volumétrie, etc.
La réaction a consisté en un recul ; on nous a expliqué que dorénavant, plus aucune précision ne serait apportée, que la logique consistait à procéder par étapes : autoriser la démolition, puis le dépôt d'un permis de construire et seulement après, on pourrait éventuellement débattre des modalités.
Or, ces modalités ne sont jamais soumises à notre Assemblée, les élus n'en débattent jamais. Seul le Maire de l'arrondissement peut donner un avis, un simple avis, et c'est le Maire de Paris qui tranche.
Cela revient à dire que toutes les questions de construction, d'aménagement, de choix architecturaux sur Paris, échappent complètement aux élus et a fortiori, aux citoyens et aux habitants.
Dans l'opération passage du Nord-rue Petit, les immeubles visés par cette délibération ne sont pas les seuls immeubles concernés, tous les immeubles alentours le sont aussi.
J'ai donc demandé à l'opérateur, la S.A.G.I., de me faire connaître ses intentions précises sur ce programme.
Et pour la première fois, la S.A.G.I. nous a répondu d'une manière exhaustive, par écrit et très officiellement. Cela signifie que la Ville de Paris avait reçu ces précisions de la S.A.G.I. et les gardait par de vers elle.
Je vais donc vous faire état de ce projet global, afin de pouvoir nous prononcer sur le bien-fondé ou non de la démolition de cet ensemble d'immeubles.
Et ce projet global est, pour une fois, cohérent, intelligent.
S'appuyant sur le petit square actuel, il y aura un accroissement de l'espace vert, qui sera porté à 2.052 mètres carrés. Le programme sera, pour les 2/3 du P.L.A., avec toutefois, un débat, la S.A.G.I. préférant un programme mi P.L.A., mi P.L.I.
La S.A.G.I. a même accepté de procéder à une légère dédensification et ce seront en tout 55 logements qui seront construits sur ces parcelles, logements de 3 ou 5 pièces pour la moitié, studios et 2 pièces pour l'autre moitié.
La S.A.G.I. souhaiterait que les grands logements soient du P.L.A. et les petits du P.L.I.
Elle recrée, à partir de là, un parcellaire de type faubourien, les 3 rectangles qui vont entourer le square étant constitués de maisons de ville, c'est-à-dire d'immeubles de 3 étages maximum. Elles seront toutes orientées sur le square.
Le parti pris architectural a opté pour un revêtement en briques rouges. La brique peut plaire ou ne pas plaire, mais nombre d'H.B.M. qui ceinturent Paris ont fière allure et résistent remarquablement aux épreuves du temps, et si l'on considère des constructions plus contemporaines, les immeubles de Renzo Piano, au bas de l'avenue Secrétan, font partie des bijoux architecturaux que l'on retrouve dans toutes les expositions d'architecture contemporaine à travers la planète.
Le phasage de l'opération se déroulera en deux temps.
Seront d'abord concernés le 33, rue Petit, les 5,9,11,13, 17, 19, passage du Nord, le 115, rue de Crimée, qui ira, lui, jusqu'à R + 5 pour s'aligner sur la volumétrie de la rue de Crimée, mais avec un passage sous proche, permettant de rejoindre le square à partir de la rue de Crimée.
La deuxième phase concernera les 17,19, 21, 25, rue Petit.
Un problème se pose avec le 33, rue Petit, qui abrite le siège du Parti socialiste. Est-il réhabilitable ?
En ce qui concerne la globalité de l'opération, certes, on assiste à une légère densification, mais cette progression volumétrique s'étend sur l'ensemble de l'opération, de façon cohérente et n'a rien à voir avec ce qu'on peut déplorer ailleurs, notamment dans l'opération scandaleuse qui se déroule et sur laquelle vous êtes resté totalement silencieux en dépit des demandes de l'association riveraine " Jasmin ", de rendez-vous adressées à M. BULTÉ, et à vous-même, Monsieur TIBERI.
La réduction de l'emprise bâtie étant de l'ordre d'un tiers, la densification de l'ensemble reste très acceptable.
J'applaudis à l'agrandissement de l'espace vert, pas seulement par amour de la chlorophylle, mais chacun sait que les espaces verts sont des lieux de sociabilité, indispensables à l'épanouissement des enfants, des familles et des personnes âgées.
Pour toutes ces raisons, j'admets que l'on puisse démolir ce petit immeuble pourtant en parfait état.
Ce qui m'insupporte, c'est qu'on invoque son mauvais état simplement parce qu'on veut le démolir. Non, il n'est pas en mauvais état. Il est en bon état. On peut néanmoins admettre qu'il soit démoli dès lors qu'une opération intelligente et cohérence, respectant le quartier, sa volumétrie, prend place à l'endroit de ce petit immeuble.
Nous pouvons donc être favorables à ces permis de démolir dans la mesure où ils s'insèrent dans un programme cohérent et respectueux du tissu urbain et dans la mesure où ce programme nous a été communiqué par la S.A.G.I., ce que la Ville aurait dû faire.
Si la Ville de Paris acceptait d'être transparente par rapport à ses opérations, nombre de conflits pourraient être évités sur Paris, mais par son opacité, par son urbanisme autoritaire, elle fait le choix de l'affrontement systématique avec les riverains et associations de quartier.
Reste tout de même un dernier problème et de taille : il s'agit des occupants de ces immeubles au 19, passage du Nord et 14, rue Petit. Il est dit dans les projets de délibération que les expulsions sont prévues. Si l'on y ajoute les autres immeubles de cette opération, on arrive à plusieurs dizaines de personnes, on parle d'une centaine d'enfants concernés.
Je comprends donc l'émotion qui s'est manifestée auprès des habitants et des riverains de ce quartier. La Ligue des Droits de l'Homme, les associations " J2P ", " Jasmin ", " Bassin de la Villette " souhaitent que nous puissions prendre clairement position en faveur de cette opération, mais aussi en faveur du relogement préalable de toutes les personnes concernées. Elles souhaitent à juste titre un relogement préalable de tous les habitants pour que cette opération soit exemplaire, et pas seulement de ceux qui sont de bonne foi car parfois les tribunaux ont reconnu la bonne foi d'occupants des mois après qu'ils aient été expulsés sur la demande de la Ville de Paris. De plus, la notion de bonne foi est relative de la part de gens qui ont été abusés par des marchands de sommeil, qui ont payé et ont reçu des certifications en échange n'ayant aucune valeur.
Le relogement de tous les habitants est un préalable indispensable à toute destruction d'immeuble.
(Applaudissements sur les bancs des élus de " Paris écologie, solidarité et citoyenneté ").
(M. Jean-François LEGARET, adjoint, remplace M. le Maire de Paris au fauteuil de la présidence).
M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - Je donne la parole à M. BULTÉ pour répondre aux intervenants.
M. Michel BULTÉ, adjoint, au nom de la 6e Commission. - Merci, Monsieur le Maire.
Je me félicite de la position de M. BLET puisqu'il a, en quelque sorte, plutôt qu'une opposition, apporté une explication de vote puisqu'il avait lui-même voté ce projet de délibération au Conseil du 19e arrondissement.
Je le rappelle, ce projet a été voté à l'unanimité.
En ce qui concerne le projet de la S.A.G.I., je me félicite que M. BLET le trouve tout à fait convenable, mais je crois que là encore ce n'est qu'un projet, qu'il faudra aller plus loin dans le dialogue et la concertation avec les élus du 19e et les habitants de ce secteur. Il ne sera définitif qu'a ce prix. Ce n'est pas parce qu'il plaît à M. BLET aujourd'hui qu'il plaît forcément à la population locale et je crois qu'il est nécessaire d'aller un peu plus loin dans ce dialogue et cette concertation.
Merci, Monsieur le Maire.
M. Jean-François LEGARET, adjoint, président. - Je vous remercie, Monsieur BULTÉ.
Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DLH 29.
Qui est pour ?
Contre ?
Abstentions ?
Le projet de délibération est adopté à la majorité, Mme SCHNEITER ayant voté contre. (1998, DLH 29).